Fatma Oussedik : «La société est en danger» – RipouxBlique des CumulardsVentrusGrosQ


fatma-oussedikMes collègues l’ont fait, et puis je me suis rendue à Annaba qui est la gare maritime des harraga. Je pourrais dire la même chose de Constantine qui se met à être nostalgique. Chez nous, les harraga sont des boat peoples, mais ils ne partent pas parce qu’ils ont faim, ils partent car ils n’ont pas de droits. C’est une société où on n’a pas le droit de s’exprimer, de vivre, où l’âge de mariage est à trente ans, où on place tous les gens en criminalité. La société est placée dans une situation d’interdiction de penser, la preuve par les élites, par les coups qu’ont pris mes collègues universitaires. Le système ne veut pas d’élite car il a du pétrole et que tout l’enjeu est justement l’accès à la rente. Tous ceux qui sont en mesure d’analyser, de décrypter sont interdits de parole. Qu’est-ce qui a été fait contre le départ des élites ? La société a réagi en faisant appel à des lanceurs d’alerte, ils sont comme les blogueurs, en prison. Je ne comprends pas pourquoi mes collègues sont muets sur ce qui se passe au M’zab, Fekhar présenté come un activiste ibadite alors qu’il est activiste algérien, les 140 femmes qui observent le jeûne par protestation contre les procès politiques qui se préparent dans la vallée du M’zab. Comment analysez-vous le comportement, parfois très violent, des jeunes durant des actes de protestation ? Les autorités, mais aussi une grande majorité de la population, les considère comme des casseurs en fait…C’est le principe des catégories dangereuses. Les jeunes sont dangereux, les Kabyles sont dangereux, les ibadites sont dangereux… Chez nous, tout le monde est dangereux. Mais pour reprendre une expression célèbre : «Ils n’ont que leurs chaînes à perdre, en revanche, ils ont tout à gagner». Quand vous avez enlevé la parole, la pratique politique au sein des universités, que reste-t-il ? On a placé les jeunes dans une situation où ils n’ont que la violence pour s’exprimer. J’ai effectué de nombreuses enquêtes, et je me dois de témoigner de ce que l’on me dit . Et l’on me dit «rien ne nous appartient». Son pendant c’est : «On attend que l’on nous donne». Le travail ne veut plus rien dire chez nous. Je me sens tenue de dire les choses comme je les vois. C’est une question de dignité. Je le dois au terrain que je pratique depuis de longues années, je le dois aux premières générations qui m’ont permis d’être ce que je suis. Si je vois faux qu’on engage le débat…………

Source : Fatma Oussedik : «La société est en danger» – RipouxBlique des CumulardsVentrusGrosQ

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