Assaut contre Wikileaks (deuxième partie) : Dans la ligne de mire.


Jimmys LLAMA

Tandis que Laura Poitras jouissait du succès de son dernier documentaire, The Oath, le deuxième film d’une trilogie qui inclut son documentaire de 2006 My Country My Country, Wikileaks était occupé à publier son premier document de CablegateReykhjavik13 et la vidéo choquante Collateral Murder, qui montrait « le meurtre aveugle de plus d’une douzaine de personnes dans la banlieue irakienne de New Bagdad – dont deux journalistes de [l’agence de presse] Reuters ». Dans les semaines qui ont suivi la publication de Collateral Murder, le gouvernement des États-Unis a ouvert une enquête de grand jury sur Julian Assange parce que, comme tout le monde le sait, personne au sein du gouvernement n’aime quand on les interpelle sur leurs massacres, il faut donc s’attendre à devenir une cible.

Un peu plus d’un mois après la publication par Wikileaks de Collateral Murder, le soldat américain Bradley Manning (connu aujourd’hui sous le nom de Chelsea Manning), la source présumée des journaux de guerre irakiens et afghans de Wikileaks, de Cablegate et des fichiers de Guantanamo Bay, a contacté en ligne l’ancien hacker Adrian Lamo. Pendant plusieurs jours, Manning a révélé à Lamo qu’elle avait accédé à une quantité inimaginable de documents américains et lui a dit qu’elle était prête à les envoyer à Wikileaks. Après que Manning eut avoué l’ampleur extraordinaire des dossiers qu’elle avait pris, Lamo prit contact avec les autorités. Entre le premier échange en ligne entre Manning et Lamo et l’arrestation de Manning, il ne s’est déroulé que six jours. Et oui, « mouchard » est un mot qui me vient à l’esprit.

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Poulsen et Lamo

Mais à part la trahison, le plus drôle dans l’histoire de Lamo, un ancien hacker qui a plaidé coupable en 2004 pour le piratage du site du New York Times et qui n’a écopé en retour que six mois d’assignation à résidence, c’est qu’il a remis son journal des échanges avec Manning au journaliste Kevin Poulsen alors qu’il travaillait encore comme informateur pour le FBI. Selon Glenn Greenwald, Lamo et Poulsen ont une « longue et étrange histoireensemble » et a noté, parmi une myriade d’autres récits sur le tandem Lamo/Poulsen qu’il a fournis, que Lamo « recherchait typiquement la publicité dans les médias après ses aventures de piratage, et utilisait presque toujours Poulsen pour fournir cette publicité ».

Comme vous vous en souvenez peut-être, Julian Assange a mentionné Poulsen dans sa lettre du 1er décembre 2017 adressée à la Freedom of the Press Foundation (FPF) le mois dernier,

Poulsen a joué un rôle clé dans l’incarcération de Chelsea Manning, et est proche d’Adrian Lamo. Poulsen et [Micah] Lee ont tous deux développé SecureDrop. Poulsen a manipulé les journaux des conversations présumées entre Manning et Assange pour tenter de piéger Wikileaks…

M. Assange poursuit en citant un autre article de Glenn Greenwald,’The Worsening Journalism Disgrace at Wired’, dans lequel M. Greenwald a rapporté qu’Adrian Lamo avait, en effet, remis les journaux de ses conversations avec Manning à Poulsen et que Wired Magazine, bien qu’étant en possession de leur intégralité, n’en avait publié qu’environ 25%. Pire, Poulsen refusa de répondre aux questions sur ce qui se trouvait dans les 75% restant, laissant ainsi à Lamo le soin de fournir sa propre version sur les relations entre Wikileaks et Manning. Et oui, la CIA était probablement là-aussi aux commandes.

[note du traducteur : l’importance du contenu des échanges entre Wikileaks et Manning est due au fait que les Etats-Unis accusent Wikileaks d’avoir demandé ou incité Manning a voler et leur fournir les documents – ce qui, aux yeux de la « justice » US rendrait l’organisation complice, ou même l’auteur intellectuel du « crime ». Dans le cas contraire, Wikileaks n’aurait fait que son devoir d’information en les publiant.]

Par exemple, Greenwald a fait remarquer dans un article duNew York Times, que Lamo avait affirmé que le Ministère de la Justice (US) essayait de poursuivre WikiLeaks en se basant sur la théorie que Julian Assange avait aidé Manning à voler des documents. Et soit-dit en passant, l’État profond ne se lasse jamais de balancer cet argument. Sept ans après le commentaire de Lamo, Mike Pompeo a fait remarquer au cours d’un discours prononcé au Center for Strategic and International Studies que Wikileaks « a demandé à Chelsea Manning d’intercepter des informations secrètes précises et en très grande majorité relatives aux États-Unis ». Voilà donc un petit bout de propagande contre Wikileaks que les agences de renseignements aiment ressortir à intervalles régulières.

Lamo a également affirmé que Manning lui avait dit qu’il avait physiquement remis des informations classifiées aux ’intermédiaires’ de WikiLeaks à Boston – avec qui, j’en suis sûr, George Webb a partagé un verre de vin ou deux – et pourtant, après que les journaux des conversations aient finalement été publiés dans leur intégralité, à aucun moment Manning ne dit avoir remis des informations classifiées à Boston. Les conversations ne montrent pas non plus qu’Assange a aidé Manning à obtenir des documents. Pourtant, malgré les mensonges flagrants de Lamo que Kevin Poulsen a aidé à dissimuler, Poulsen a été invité à rejoindre le conseil consultatif technologique de la Freedom of the Press Foundation en 2014 et, bien qu’il ne soit plus répertorié comme tel, une page web FPF qui lui est dédiée existe toujours. Pourquoi les membres du conseil d’administration de la FPF ont-ils fermé les yeux sur ce que Lamo et Poulsen ont fait à la fois à Manning et à Wikileaks, y compris Glenn Greenwald qui, ironiquement, était celui qui a été le premier à qualifier le comportement de Poulsen de douteux, est inexplicable.

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John Cusack, Amy Goodman, Laura Poitras, Glen Greenwald, JP Barlow et Micah Lee
posté le 12 avril, 2014 via @micahflee

Comme indiqué par Assange dans sa lettre, Poulsen a également travaillé avec feu (et grand) Aaron Swartz et Micah Lee, membre du conseil d’administration de la FPF, sur le système de soumission de documents SecureDrop et, après la mort de Swartz, Poulsen a remis le projet à la FPF en Octobre 2013. Pour ce qui est des événements récents, si vous avez suivi la dernière saga de Micah Lee/Barrett Brown via Twitter, tout ce que je peux dire c’est ceci : Le concept derrière le système de soumission Dead Drop d’Aaron Swartz, qui a ensuite évolué vers SecureDrop, était basé sur le système de boîte aux lettres sécurisé de Wikileaks. Mais revenons à Poulsen…

Il n’a pas seulement déconné avec Wikileaks et Manning en 2010, après quoi le FPF a ignoré son comportement. Dans un article qu’il a écrit pour Daily Beast il y a moins de deux mois, la campagne anti-Assange de Poulsen a une fois de plus révélé son côté teigneux. Selon Assange,

Dans un article du Daily Beast de ’Kevin Poulsen’, qui a interviewé l’ancien membre du conseil d’administration de la FPF, Xeni Jardin, j’ai appris que l’affaiblissement de la détermination du conseil d’administration est dû à une initiative de Micah Lee qui a demandé à ses collègues membres du conseil d’administration de « couper les liens » avec Wikileaks… C’est cette personne que Jardin a utilisée pour promouvoir le mouvement visant à couper les donations à WikiLeaks, sur l’initiative de Lee.

Sympa, non ? Quant à Xeni Jardin, Assange a noté que lorsqu’elle a rejoint le conseil d’administration de la FPF, il ne l’avait jamais rencontrée ni travaillé avec elle auparavant, elle avait écrit dans le passé des articles désobligeants sur Wikileaks, et Assange la considérait comme une adversaire de longue date. Il a conseillé à Trevor Timm, co-fondateur de la FPF, d’être prudent car « C’est une exhibitionniste qui cherche à se faire des réseaux, qu’est-ce qui l’empêchera de changer de camp quand elle aura une meilleure offre ? » mais, comme pour Poulsen ou Micah Lee, l’intégrité ne semble pas être un facteur décisif pour devenir membre de la Freedom of the Press Foundation. Alors nous voici, quelques années plus tard, avec Jardin cité dans un article de Kevin Poulsen racontant qu’Assange est connu pour son esprit vindicatif et que ce qui semble n’être qu’un échange plutôt modéré entre elle et Assange devait être considéré comme une menace directe. Quelqu’un peut-il demander à cette petite fleur fragile de prendre un cachet et de se calmer ?

Jardin a par la suite transmis ces échanges à John Cusack, autre membre du conseil d’administration de la FPF, qui aurait répondu par « Oh mon Dieu » et lors d’une réunion du conseil d’administration de la FPF le mois suivant, elle a soulevé la question d’Assange, des échanges, et la question de savoir si oui ou non la FPF devait continuer à gérer les dons à Wikileaks. A l’évidence, il n’y avait là rien, mais vraiment rien, de personnel…

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Xeni Jardin

Pendant la réunion du CA où Jardin piétinait Assange, mais après la réunion où Cusack a pu ou non souffrir d’une légère dépression émotionnelle, Micah Lee a fait un pas de plus en prétendant qu’Assange avait harcelé les membres du conseil d’administration (échanges avec Jardin) et qu’il ne devrait pas avoir le droit de s’en tirer à bon compte (Est-ce que tous les membres de ce conseil sont à la solde de la CIA ? Non, mais sérieusement). En octobre 2017, la fondation était « prête à rompre avec Wikileaks » et ce n’est qu’après la publication de l’article de Poulsen qu’Assange apprit les intentions de la FPF. Si ce manque de professionnalisme à lui seul ne vous dégoûte pas de cette organisation, je ne sais pas ce qu’il vous faut. Mais je m’égare…

…. revenons à ces documents que Chelsea Manning a peut-être transmis ou peut-être pas à Wikileaks…

Après avoir appris que Wikileaks avait obtenu des milliers de documents de l’armée et du département d’État, selon un article publié par Vanity Fair qui pourrait être ou non un fake news, le reporter du The Guardian Nick Davies a traqué Assange à Bruxelles et a réussi à obtenir une rencontre de six heures. Ce qui s’est passé par la suite, c’est un partenariat entre Wikileaks et The Guardian pour publier les journaux de guerre de l’Afghanistan et de l’Irak. Peu de temps après, le New York Times et Der Speigel se sont joints au projet.

Les journaux de guerre de l’Afghanistan ont été publiés le 25 juillet 2010, après quoi les journaux de guerre de l’Irak devaient être publiés deux semaines plus tard, mais il a été rapporté qu’Assange a demandé un délai de six semaines afin de pouvoir informer d’autres médias. Apparemment contrarié par ce retard, le rédacteur en chef David Leigh a exigé que The Guardian reçoive le « troisième lot de documents [Cablegate] » en échange de ce délai. Assange a donné son accord sous réserve qu’ils ne partageraient ni ne publieraient les documents sans le consentement d’Assange. Cependant, avant la publication des journaux de la guerre en Irak, deux choses se sont passées : la Suède et Daniel Domscheit-Berg.

Je ne suis pas sur le point de récapituler tout le cauchemar juridique de Julian Assange avec la Suède, mais il est important de comprendre que ce qui s’est passé en août 2010 a très probablement été un piège monté par le gouvernement US pour empêcher Assange de publier d’autres documents (note : voir justice4assange.com pour plus d’informations sur l’affaire). Le 11 août 2010, moins de deux semaines après qu’Alan Rusbridger du Guardian ait signé un accord pour ne pas publier ou partager Cablegate sans le consentement d’Assange, Julian Assange est arrivé en Suède pour quelques jours seulement. À un moment donné, il a rencontré des représentants du Parti Pirate Suédois qui avait accepté d’héberger les serveurs de WikiLeaks et, fait intéressant, on a récemment appris que l’ambassade US a également rencontré des membres du Parti Pirate Suédois moins de deux semaines avant l’arrivée dAssange. Cette information a été révélée par un câble découvert dans l’ordinateur portable d’Anthony Weiner.

Une autre tournure intéressante des événements dont vous n’êtes peut-être pas au courant est que, peu de temps après son arrivée en Suède, les cartes bancaires personnelles d’Assange furent bloquées et je ne peux que deviner quel gouvernement était derrière la manoeuvre. Inutile de dire que Julian Assange fut forcé de compter, comme on dit, sur l’hospitalité d’étrangers. Bon, d’accord, pas tout à fait, mais on comprend bien qu’il n’avait plus accès à ses comptes et donc que la nourriture, le logement, le téléphone et sa sécurité en général devinrent autant de problèmes. Pour en savoir plus, voir la déposition de Julian Assange en 2013.

Comme nous le savons tous, Assange a eu des relations sexuelles consensuelles avec une femme (SW) pendant son séjour en Suède. Quelques jours plus tard et à sa demande, il a accepté de la rencontrer à l’hôpital pour passer un test de dépistage de MST. Cependant, avant que cette rencontre ait pu avoir lieu, SW a décidé, bizarrement et à l’insu d’Assange, de le dénoncer à la police. Une autre femme avec laquelle Assange avait couché pendant son séjour en Suède, AA, accompagna SW au poste de police. Une enquête fut ouverte pour agression sexuelle sur SW et pour viol sur AA – alors que cette dernière avait déclaré à la police que les rapports sexuels avaient été consentis. Le procureur adjoint a d’abord demandé l’arrestation d’Assange, mais moins de vingt-quatre heures plus tard, le procureur général de Stockholm a annulé le mandat d’arrêt, faute de preuves.

Et pourtant, le 27 août 2010, Claes Borgstrom, un politicien social-démocrate suédois qui « se présentait comme candidat aux élections législatives imminentes en Suède », fut nommé conseiller auprès des deux femmes et demanda la réouverture de l’affaire Assange. Chose que la procureure suédoise Marianne Ny s’empressa de faire, même s’il n’y avait aucune preuve et que des échanges de SMS, publiés plus tard, entre SW et AA, révélèrent la véritable nature des accusations et de l’enquête contre Julian Assange :

Je sais, je sais, comment se fait-il que la Suède ait pu faire traîner l’affaire aussi longtemps ? C’est littéralement fou. Et pour ceux qui aiment faire taire les trolls anti-Assange sur Twitter, n’oubliez pas qu’Assange est resté en Suède cinq semaines de plus après que Ny ait rouvert l’affaire et qu’il n’a pas quitté le pays avant que son avocat n’obtienne l’autorisation de la procureure. Il ne s’est donc pas « enfui », comme beaucoup le prétendent.

Comme si le piège tendu en Suède ne suffisait pas, voici Daniel Domscheit-Berg alias Daniel Berg alias Daniel Schmitt qui avait aussi une relation d’amitié avec Kevin Poulsen à l’époque. Ce clown était apparemment « responsable de la sauvegarde de certaines données de Wikileaks », selon une déclaration de Julian Assange, jusqu’à ce que le gars semble s’être rallié à la CIA/FBI vers 2010. Si vous me demandiez quel était le problème, je vous répondrais probablement « sa femme », Anke Domscheit-Berg, qui était à l’époque directrice des relations gouvernementales chez Microsoft, en Allemagne, et qui était « en très bons termes avec des personnalités du gouvernement et de la bureaucratie allemande ». Mais qui suis-je pour le dire ?

Selon son livre, Daniel Domscheit-Berg a rencontré Anke le 7 février 2010 à Berlin, en Allemagne – onze jours avant que Wikileaks ne lâche son premier document Cablegate, Reykhjavik13 – et quelques mois plus tard, le couple s’est marié. Selon Assange :

« DDB [Daniel Domscheit-Berg] a emménagé dans la maison de ADB à Berlin, sans se cacher, allant jusqu’à placer son véritable nom sur la boîte aux lettres, visible depuis la rue, et sur la porte d’entrée, et travaillait depuis la maison. »

Et oui, le gars est soit un imbécile, soit un informateur. Un des deux. Dans une lettre ouverte adressée à Wikileaks, Renata Avila, avocate des droits humains et de l’information, a également parlé de ses expériences avec Domscheit-Berg, comme lorsqu’elle est restée chez lui en Allemagne pendant une semaine et qu’elle a ensuite remis des documents destinés à Wikileaks qui contenaient des « preuves détaillées de torture et d’abus gouvernementaux dans un pays d’Amérique latine ». Selon ses termes, « je n’avais pas l’intention de donner un tel matériel personnellement à M. Domscheit-Berg, comme je le lui avais fait comprendre à ce moment-là. Mon intention était de le donner à la plateforme à laquelle je faisais confiance et à laquelle j’ai contribué ; à WikiLeaks. » Mais devinez quoi ? M. Daniel Domscheit-Berg n’a jamais remis ces documents à Wikileaks et, autant que je sache, ils n’ont jamais vu le jour. Suspect ? Bien sûr que oui, et c’était en 2009.

De plus, apparemment, Domscheit-Berg a également enregistré des conversations internes chiffrées de Wikileaks et a ensuite essayé de les publier dans son livre. En raison des lois allemandes sur la protection de la vie privée, les avocats de ses éditeurs lui ont fait abandonner cette idée et Domscheit-Berg a donc fait ce qu’il lui restait de mieux à faire. Bien qu’il l’a nié à l’origine, il les a envoyés à Wired Magazine, le même média où Kevin Poulsen travaillait. Amusant ! Inutile de dire que sa suspension de Wikileaks en août 2010, le même mois où Assange s’est rendu en Suède, n’était pas vraiment un surprise.

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Daniel Domscheit-Berg

Avant la suspension de Domscheit-BergBien, Renata Avila avait déjà remarqué chez lui une baisse d’enthousiasme pour Wikileaks, mais quelques semaines après la suspension, il est devenu carrément « hostile envers M. Assange », en communiquant à tous les médias qui voulaient bien l’entendre des remarques désobligeantes. L’une des histoires les plus marquantes a été celle où Avila est arrivée au domicile de Domscheit-Berg quelques semaines après sa suspension pour y trouver la journaliste Heather Brooke. Plus tard dans la soirée, elle a vu Domscheit-Berg, sa femme Anke et Brooke « porter un toast de champagne », sans vraiment savoir pourquoi. Si vous ne connaissez pas Heather Brooke, écoutez ça. En 2010, l’ex-bénévole de Wikileaks, Smari McCarthy, a divulgué une copie de Cablegate à Heather Brooke, qui a ensuite appelé The Guardian et a commencé à travailler pour eux. Le rédacteur en chef David Leigh a ensuite envoyé les documents au New York Times et Der Speigel, après quoi Assange a menacé le Guardiande poursuites judiciaires s’ils publiaient les documents que Brooke leur avait remis. Rappelez-vous que The Guardian avait signé une lettre qui disait qu’ils ne partageraient ni ne publieraient les documents Cablegatesans le consentement d’Assange. Apparemment, ils ont pensé que cette restriction ne s’appliquait plus s’ils recevaient les mêmes documents mais d’une autre source…

… et voici un an plus tard Brooke en train de trinquer avec Domscheit-Berg et sa femme. Tranquilles.

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Anke Domscheit-Berg

Mais ça s’empire. Dans le livre de Domscheit-Berg, il affirme avoir pris le contrôle du principal système de soumission de documents de Wikileaks en septembre 2010, parce que Julian Assange « n’était pas digne de confiance pour protéger les sources ». Bien qu’on ne sache pas exactement la quantité de crack que Domscheit-Berg fumait lorsqu’il a fait cette déclaration, ni les dégâts causés au système de soumission, Wikileaks a publié une longue déclaration où on trouve,

M. Domscheit-Berg a agi de manière malhonnête, il a admis avoir volé la propriété de WikiLeaks, et a admis avoir délibérément saboté les opérations de WikiLeaks, empêchant WikiLeaks d’accomplir la volonté de ses sources. Il a menti, de façon constante et flagrante, au public, à nous, à nos avocats…’

Domscheit-Berg a également essayé de lancer un site concurrent appelé OpenLeaks qui n’a évidemment jamais pu concurrencer Wikileaks et était clairement destiné à détourner du matériel (et des sources) à son profit. Il a probablement raconté à ses amis et à sa famille à l’époque que le site constituait une opportunité, mais certains l’appellent aujourd’hui « pot de miel » [un piège pour attirer les naïfs – NdT].

Ensuite, il y a le fait qu’Assange a reçu des mise en garde d’un agent des services de renseignement selon lesquelles Domscheit-Berg était en contact avec le FBI (chose qu’il a niée) alors que sa femme, Anke, aurait eu des échanges avec la CIA lorsqu’elle travaillait pour McKinsey & Company Consulting Group (chose qu’elle a niée). L’important, c’est que toute cette histoire autour de Domscheit-Bergs empeste l’influence du gouvernement et si mes journées comptaient plus de 24h, je chercherais à savoir dans quelle mesure Domscheit-Berg et sa femme, Anke, étaient proches de Smari McCarthy, Birgitta Jonsdottir et Sigurdur Thordarson, ex-bénévoles de Wikileaks, et peut-être même de gens comme Laura Poitras. Mais hélas, mes journées sont déjà bien remplies.

Donc, même si les États-Unis avaient préparé un grand jury, que Lamo et Poulsen ont tenté de saboter Wikileaks, que the Guardian a tenté d’agir dans le dos d’Assange, que la Suède tentait de lui coller des accusations de viol, que l’ex-bénévole de Wikileaks Daniel Domscheit-Berg a peté un plomb et saboté le logiciel de soumission de Wikileaks, et a probablement épousé un agent du renseignement, pour se vendre ensuite aux Etats-Unis, Julian Assange a quand même réussi à publier les journaux de guerre irakiens le 22 octobre 2010, parce que c’est un vrai dur qui refuse de céder sous la pression politique, le sabotage et les menaces.

Bien sûr, peu de temps après la diffusion d’une alerte rouge par Interpol pour l’arrestation d’Assange, la Suède a émis un mandat d’arrêt européen et le blocus financier contre Wikileaks a commencé et, le 7 décembre 2010, Assange s’est rendu à la police britannique après quoi il a passé dix jours en isolement. Celui qui a dit qu’aucune bonne action ne reste impunie savait exactement de quoi il parlait.

Dans les années qui ont suivi, Assange a continué à faire face aux mensonges de la Suède qui l’ont maintenu en détention pendant plus de sept ans à l’ambassade de l’Équateur, aux menaces américaines de le faire extrader, ou pas (parce qu’ils refusent de le dire), à la manœuvre maladroite du New York Times pour remettre secrètement le calendrier de publication des Cablegates de Wikileaks aux autorités US, à David Leigh de The Guardian qui a publié le mot de passe des fichiers Cablegate complets, non expurgés, et la folie de Domscheit-Berg comme lorsqu’il a annoncé qu’il avait détruit plus de 3500 documents inédits de Wikileaks. N’oublions pas cette présentation élégante de Palantir et HBGary pour Bank of America sur la façon de faire tomber Wikileaks parce que c’était super amusant.

Ce qui devient clair quand vous regardez l’historique des attaques contre Wikileaks, c’est qu’ils ont toujours augmenté en relation directe avec leurs publications. Nous l’avons vu avec les courriels DNC et Podesta (Guccifer 2, Russiangate, la campagne de calomnies, les accusations d’une collusion Assange-Trump-Putin) et encore une fois après les publications de Vault7 et Vault8 (Wikileaks est un ’service de renseignement hostile non étatique’, Section 623, comptes Anonymous anti-Assange, le remontage du documentaire de Poitras, Risk), et plus récemment, le récit que « Assange est un fasciste de l’Alt-Right ». Cela signifie-t-il que la récente décision de la Freedom of the Press Foundation de tourner le dos à Julian Assange et Wikileaks n’est qu’une opération de plus dans la guerre contre Assange menée par la CIA ? Peut-être. Peut-être pas.

Ce que je sais, c’est que des gens comme Laura Poitras, Glenn Greenwald, Micah Lee et l’activiste Barrett Brown ont tous encaissé des chèques du même type qui a acheté PayPal en 2002, la société de services financiers qui a participé au blocus financier contre Wikileaks : Pierre Omidyar. Je dis que certaines personnes qui siègent au conseil d’administration de la Freedom of the Press Foundation, créée spécialement pour protéger Wikileaks contre le blocus financier, ont été payées pendant des années par l’une des personnes responsables de ce blocus.

Hein ? Quoi ?

Jimmys LLAMA

(à suivre)

traduction « plus on en sait et plus on comprend qu’on ne savait pas » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» https://jimmysllama.com/2018/01/07/10557/
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https://www.legrandsoir.info/assaut-contre-wikileaks-deuxieme-partie-dans-le-ligne-de-mire.html
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