Assaut contre Wikileaks (quatrième partie) : Poupées russes


Jimmys LLAMA

« Mensonges imbriqués. Vérité massacrée. » Dans le climat politique actuel, je ne peux penser à des termes plus appropriés pour illustrer les allégations selon lesquelles Julian Assange a travaillé pour le Kremlin ; le récit russe est un nid de mensonges fabriqué et propagé par Hillary Clinton, la DNC (organe dirigeante du Parti Démocrate – NdT) et l’État profond. En fait, l’État profond est ’imbriqué’ dans les médias grand public et trompe le public depuis des décennies et la Russie n’est que l’un des mille mensonges qu’ils ont « propagandisés ». Ils ont passé des années à mener une guerre contre Assange avec l’aide de journalistes, de médias et même de gouvernements étrangers, apparemment chaque fois qu’ils le souhaitent. Des bénévoles traîtres de WikiLeaks aux mouchards du FBI en passant par un grand jury fédéral et une ordonnance secrète d’extradition, Assange a subi un barrage d’attaques ininterrompues qui ont diffamé sa personne, restreint sa liberté et nié le droit de recevoir des soins de santé appropriés. Il est devenu impératif qu’on lui accorde un sauf-conduit et qu’il ne soit plus obligé de « se planquer » dans l’ambassade équatorienne où il est impossible de recevoir les soins médicaux dont il a besoin. Le fait qu’un juge ait mis la vie d’Assange en suspens pour une semaine de plus est, à mon avis, scandaleux. Les organisations de défense des droits humains doivent s’exprimer sur la situation d’Assange et en tant que partisans de WikiLeaks, selon les mots de la mère de Julian Assange, Christine Assange, nous devons nous battre, pas nous apitoyer. (« we must be warriors, not worriers »)

MEURTRE COLLATÉRAL EN ISLANDE

Fin de mars 2010, Julian Assange et un groupe de journalistes se sont arrêtés à Reykjavik, Islande, pour préparer la publication Collateral Murder, une vidéo qui avait déjà été divulguée à WikiLeaks. Plus d’une poignée de personnes se sont réunies pour participer au projet, dont l’ancienne porte-parole de WikiLeaks, Kristinn Hrafnsson, membre du Parlement islandais et fondatrice du Parti Pirate d’Islande, Birgitta Jónsdóttir, la militante Smári McCarthy, et le bénévole Sigurdur ’Siggi’ Thordarson. Au cours de leur séjour, Assange a remarqué qu’il était surveillé lors de ses allers-retours et, le 22 mars 2010, Thordarson, âgé de dix-sept ans, fut arrêté et détenu sans explications par les autorités islandaises pendant près de vingt-quatre heures. Au cours de sa détention, la police lui a montré des photos de Julian Assange prises en cachette à l’extérieur d’un restaurant de Reykjavik où le groupe s’était déjà réuni. Ils ont également interrogé Thordarson au sujet des journalistes impliqués dans le projet Collateral Murder et, lorsqu’il a été interrogé plus tard à ce sujet, M. Assange a déclaré que l’incident et la surveillance accrue qu’il avait remarquée étaient probablement dus au projet de publier la vidéo et à d’autres documents publiés par WikiLeaks.

Aujourd’hui, on ne sait toujours pas exactement pourquoi Thordarson fut arrêté, à part qu’il s’agissait à l’évidence d’un exercice de collecte de renseignements pour le compte des États-Unis. Mis à part le fait que le gouvernement US surveillait les faits et gestes Assange dès le début de 2010, il est intéressant de noter que Thordarson a finalement trahi Assange et il faut se demander si cet incident a eu quelque chose à voir avec cela. Malheureusement, comme nous l’avons vu dans mes articles précédents, Thordarson n’était pas le premier à poignarder Assange dans le dos, et n’allait pas être le dernier ; la trahison était omniprésente.

LA DUPLICITÉ DE DOMSCHEIT-BERG

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M. et Mme Domscheit-Bergs

Deux mois avant l’épreuve de Thordarson, Daniel Domscheit-Berg, qui a au mieux joué un rôle marginal dans la publication de Collateral Murder, a rencontré Anke Domscheit, sa future épouse et soupçonnée d’être un agent de renseignement américain/allemand, dans un restaurant de Berlin. Bien que Domscheit-Berg ait été un soutien et bénévole de WikiLeaks pendant au moins deux ans au moment de la rencontre, après un mariage précipité avec Anke au milieu de l’année 2010, son attitude envers Julian Assange devint hostile et carrément agressif à l’automne 2010. Par exemple, alors qu’Assange attendait que la Suède lui donne le feu vert pour quitter le pays après avoir été piégé dans un scandale de sexe et prolongé son séjour de cinq semaines, Domscheit-Berg a passé la majeure partie de son temps à dénigrer publiquement Assange, à saboter le système de soumission de documents de WikiLeaks, à voler une quantité de documents non publiés, et à remettre les logs des conversations de WikiLeaks à Kevin Poulsen, un journaliste à Wired qui a également essayé de saper Assange avec l’aide d’un ancien hacker condamné, Adrian Lamo. (Voir la déclaration d’Assange sur Domscheit-Berg)

Dans le même temps, un autre collaborateur de WikiLeaks, Smári McCarthy, a partagé et divulgué les documents Cablegate de WikiLeaks à Heather Brooke, journaliste états-unienne, qui à son tour les a donnés au Guardian. Le Guardian les a ensuite transmis au New York Times, violant ainsi un accord conclu avec Assange. Il s’agit bien sûr du même média qui, l’année suivante, a non seulement divulgué dans un livre le mot de passe des fichiers Cablegate non expurgés, mais qui trois ans plus tard, et à la demande du gouvernement britannique, a détruit les disques durs contenant certains des fichiers de la NSA de Snowden qui avaient été confiés à Glenn Greenwald qui travaillait à l’époque pour The Guardian. Mais je m’égare. Peu après avoir remis les documents de Cablegate, Brooke a été vu en train de bavarder avec Domscheit-Berg et sa femme, chez eux à Berlin. Il n’est donc guère surprenant qu’elle ait publié plus tard un article intitulé, « The WikiFreak : Dans un nouveau livre, un auteur révèle comment elle a appris à connaître un Julian Assange mythomane, prédateur et narcissique ».

Avec les médias qui se bousculaient au portillon pour donner la parole à Domscheit-Berg et à d’autres bénévoles pour dénigrer Assange, il était inévitable qu’au mois de Novembre 2010, les journaux faisaient leurs Unes avec des titres tels que, « Le transfuge de WikiLeaks, Daniel Domscheit-Berg, dévoile la paranoïa de Julian Assange, » « Les journaux de guerre de l’Irak non publiés provoquent une révolte interne chez Wikileaks » (écrit par Kevin Poulsen, bien sûr), et cette histoire étonnamment biaisée publiée par le New York Times, « Le fondateur de Wikileaks en fuite, poursuivi par la notoriété » En fuite ? Certes, WikiLeaks a perdu un certain nombre de collaborateurs au cours de cette période, dont Birgitta Jónsdóttir qui a déclaré qu’Assange devrait démissionner en raison des allégations sexuelles en Suède, Herbert Snorrason qui semblait trop sensible au fait qu’Assange soit aux commandes, Domscheit-Berg qui lança une litanie d’accusations contre Assange en changeant de version aussi souvent que de chaussettes, et Smári McCarthy, l’activiste islandais qui donna à Brooke les documents Cablegate. Ouais, bon. Vu d’ici et sous cet angle, il ne semble pas que le Grand Exode WikiLeaks de 2010 ait été une grande perte pour l’organisation.

LE CHAOS COMPUTER CLUB

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Le hacker allemand, Andy Müller-Maguhn

Bien sûr, quitter WikiLeaks ne signifie pas toujours arrêter d’en parler. Prenons l’exemple de Domscheit-Berg qui, en février 2011, a publié un livre intitulé « A l’intérieur de WikiLeaks : mon temps passé avec Julian Assange et le site Web le plus dangereux du monde », qui était un regard cinglant, pathétique et diffamatoire sur son temps passé chez WikiLeaks. Je veux dire, le gars a littéralement écrit qu’Assange ne pouvait pas protéger ses sources alors que Domscheit-Berg, lui, traînait avec Kevin Poulsen dont l’ami de longue date, Adrian Lamo, était celui qui a dénoncé Chelsea Manning après être devenu un informateur du FBI. Bref. Après s’être séparé de WikiLeaks, lui et Birgitta Jónsdóttir ont également lancé un site Web appelé OpenLeaks, une plate-forme en ligne destinée à concurrencer WikiLeaks (sans succès, évidemment) que Domscheit-Berg a essayé de commercialiser auprès du Chaos Computer Club (CCC) à Berlin. Si vous n’êtes pas familier avec le CCC, c’est la plus grande association de pirates informatiques en Europe et fondée par Wau Holland et une poignée d’amis à Berlin, le 12 septembre 1981. Si le nom de Wau Holland semble familier, c’est probablement parce que la Fondation Wau Holland recueille des dons au nom de WikiLeaks depuis octobre 2009, ou parce que Julian Assange l’a brièvement mentionné dans sa lettre du 1er décembre 2017 adressée à la Freedom of the Press Foundation (FPF). Quant aux liens d’Assange avec le CCC, je crois qu’il a fait sa première visite lors du congrès du club en 2007 où il a rencontré Domscheit-Berg et le hacker allemand Andy Müller-Maguhn – mais ne dites pas que c’est moi qui vous l’ai dit.

Lorsque Domscheit-Berg faisait l’apologie de OpenLeaks au CCC, il était encore assis sur le tas de documents qu’il avait pillé chez WikiLeaks et des hackers comme Müller-Maguhn, membre du CCC depuis 1998 et membre du conseil d’administration de Wau Holland, se demandait s’il avait l’intention de les rendre un jour. En fait, Müller-Maguhn, qui était devenu une sorte de médiateur entre Assange et Domscheit-Berg, se demandait si la seule intention de Domscheit-Berg était de les utiliser pour son nouveau site (Domscheit-Berg annonça plus tardqu’il avait détruit les documents). Quoi qu’il en soit, Domscheit-Berg s’est retrouvé sous le feu de critiques après avoir annoncé que le CCC allait effectuer des tests de sécurité sur son site web, donnant ainsi l’impression qu’OpenLeaks pourrait recevoir la ’certification’ du club. Müller-Maguhn qualifia la tactique d’’éhontée’ et mit en doute l’intégrité de Domscheit-Berg.

Le club dans son ensemble n’a pas apprécié non plus et en février 2011, le CCC a expulsé Domscheit-Berg pour avoir « exploité leur réputation à des fins personnelles ». De plus, ils ont déclaré que sa présentation d’OpenLeaks était truffée « d’incohérences flagrantes » et ont noté son manque total de transparence. Selon handelsbalt.com, ils ne pouvaient même pas juger « si les lanceurs d’alerte potentiels (informateurs) qui se confiraient à OpenLeaks pouvaient être protégés durablement ». Le terme qui vient à l’esprit est « Pot de miel » . Mais n’applaudissez pas trop vite la décision du CCC. Pour une raison quelconque, en 2012, l’assemblée générale du CCC a renversé sa décision et permit le retour de Domscheit-Berg, et Müller-Maguhn, qui avait été l’initiateur principal de son expulsion, a quant à lui perdu son siège au conseil d’administration.

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Constanze Kurz

Plus récemment, il semble que le CCC ait avalé la narrative Assange-Russie-Trump de l’État profond, comme en témoigne la déclaration de Klaus Schleisiek, membre du conseil d’administration (traduit de l’anglais),

Il est certainement intervenu dans la campagne électorale américaine et nous en avons également discuté de manière controversée à la Fondation. Avec le recul, nous estimons qu’il n’a pas été très intelligent et, par conséquence, nous n’avons pas financé l’opération… Il y a actuellement des recherches effectuées par les journalistes américains pour prouver que ces données ont été piratées par des Russes en Russie et divulguées à WikiLeaks, et nous avons participé à ces recherches et avons été interrogés à ce sujet.’

Constanze Kurz, un porte-parole du club, a également déclaré (traduit) : « Entre-temps, le point de vue sur WikiLeaks a changé… Julian Assange fait beaucoup de politique et, bien sûr, est très activement impliqué dans la campagne électorale américaine ». Et puis il y a la femme de Daniel Domscheit-Berg, Anke, qui avait ceci à dire,

Je crois que le problème n’est pas seulement la plate-forme Wikileaks, mais le chef de la plate-forme, à savoir Julian Assange, et il faut le dire : se présence depuis un certain temps, un peu plus de quelques mois en public, avec un, je pense, mais clairement reconnaissable, agenda politique personnel – et qui s’ingère dans les campagnes électorales présidentielles aux États-Unis ou ailleurs, sur Twitter et sur d’autres plates-formes…’.

Bla bla bla bla bla. Vous avez entendu ? Lorsque vous devenez suffisamment important, vous aussi, vous pouvez obtenir un compte Twitter non vérifié et commencer à influencer les élections dans le monde entier. Entre-temps, le mari d’Anke, Daniel Domscheit-Berg, a également fait les manchettes récemment dans un article paru dans le Washington Post,

Il y a plusieurs mois… le FBI a demandé un entretien avec lui [Domscheit-Berg] dans le cadre d’un grand jury qui enquête depuis longtemps sur la publication par WikiLeaks de câbles du département d’État. Domscheit-Berg a dit dans un entretien qu’il avait rejeté la demande. « Peu importe le différend entre Julian et moi, je ne parlerai à personne de ce qui s’est passé. »

Et dans cet article de Reuters, il a été rapporté que Domscheit-Berg avait été contacté en Novembre 2017 par des « enquêteurs du Bureau fédéral de la criminalité (BKA), l’équivalent allemand du FBI » et que le FBI était « à la recherche de nouvelles informations sur la façon dont Assange avait été activement impliqué pour convaincre Manning de fuiter des secrets des Etats-Unis. »

Tout d’abord, quand est-ce que Domscheit-Berg s’est-il jamais abstenu d’essayer de discréditer Assange et n’est-ce pas ce qu’il venait de faire ? Pourquoi Domscheit-Berg en a-t-il fait allusion s’il n’avait pas l’intention d’en parler, ce qui illustre mon propos – parce qu’il ne peut pas ne pas parler d’Assange. Quant à la question de Cablegate et à l’allégation selon laquelle M. Assange aurait aidé Manning à se procurer des documents, elle découle des mensonges d’Adrian Lamo en 2010, mensonges que le gouvernement américain n’a cessé de répéter depuis. L’année dernière, Mike Pompeo, directeur de la CIA, a répété cette invention lors d’un discours au Center for Strategic and International Studies. Il a déclaré que WikiLeaks avait « demandé à Chelsea Manning d’intercepter des informations secrètes spécifiques et qu’il se concentre principalement sur les Etats-Unis ». Le fait que Pompeo n’ait pas utilisé le mot « prétendument » dans sa déclaration pourrait faire croire que a) il ne connaît pas les lois sur la diffamation et b) pas plus que la présomption d’innocence et c) n’est pas apte à exercer ses fonctions. Je veux dire que s’il a autant de preuves (et d’arrogance) pour affirmer que Assange a manipulé Manning alors pourquoi le FBI aurait-il besoin d’approcher un menteur notoire comme Domscheit-Berg pour obtenir plus d’informations… presque huit ans après les faits ?

Cette allégation n’est évidemment qu’une manœuvre de plus utilisée par les services de renseignements pour s’en prendre à Assange parce que Domscheit-Berg est probablement prêt à mentir pour eux et évite de façon commode de compromettre d’autres journalistes et médias qui ont aussi publié des informations classifiées – l’une des principales raisons pour lesquelles Obama a abandonné la chasse à Red October. Et « trotskyser » Domscheit-Berg comme toutou bien dressé est à la fois pathétique et embarrassant. Le FBI n’aurait donc rien d’autre à se mettre sous la dent ? La vérité, c’est que le gouvernement US, les médias et même d’anciens collaborateurs de WikiLeaks comme Domscheit-Berg ont beau empiler les diffamations, les désinformations et les tromperies comme des poupées russes, il n’en demeure pas moins que tout ça ne constitue qu’un tas de mensonges.

Jimmys LLAMA

(à suivre)

traduction « plus on en sait et plus on comprend qu’on ne savait pas » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

»» https://jimmysllama.com/2018/02/05/10757/
URL de cet article 32998
https://www.legrandsoir.info/assaut-contre-wikileaks-quatrieme-partie-poupees-russes.html
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