Comment l’Orient peut sauver l’Occident


4841e69338cb93bb8d26e0bb8dd5242fPar The Saker, le 30 mars 2018

Europe : mon honneur, c’est la solidarité !

Ceci vous dit tout ce que vous avez besoin de savoir sur la différence entre la Grande-Bretagne moderne et le gouvernement de Vladimir Poutine. Ils produisent du Novitchok, nous fabriquons des sabres-laser. L’un est une arme hideuse spécifiquement conçue pour l’assassinat. L’autre est un accessoire théâtral improbable doté d’un bourdonnement mystérieux. Mais laquelle de ces deux armes est plus efficace, dans le monde d’aujourd’hui ?

– Boris Johnson

Commençons cette discussion en posant quelques questions de base.

  •  Première question : y a-t-il vraiment quelqu’un pour croire que « Poutine » (le terme générique pour le Mordor russe) a réellement tenté de tuer un homme que « Poutine » avait personnellement relâché dans le passé, qui ne présentait pas le moindre intérêt pour la Russie, qui comme Berezovsky désirait rentrer en Russie et que pour accomplir ce forfait « Poutine » s’est servi d’un agent neurotoxique binaire ?
  • Deuxième question : quelqu’un croit-il sincèrement que les Britanniques ont présenté à leurs « alliés » (je resterai poli ici, en me servant de cet euphémisme) des preuves incontestables, ou à tout le moins très fortes, indiquant que « Poutine » a réellement fait une chose pareille ?
  • Troisième question : y a-t-il quiconque pour penser franchement que l’expulsion en masse de diplomates russes va, on ne sait comment, rendre la Russie plus malléable face aux exigences occidentales (pour notre argument, peu importe les exigences précises) ?
  • Quatrième question : quelqu’un songe-t-il réellement qu’après ce dernier épisode, les tensions vont s’apaiser comme par magie ou même diminuer, et que la situation va s’améliorer ?
  • Cinquième question : y a-t-il vraiment qui que ce soit pour croire que la récente augmentation de tensions entre l’Empire Anglo-Sioniste (alias « l’Occident ») et la Russie ne les place pas sur une trajectoire de collision sûre pouvant aboutir à la guerre, peut-être même une guerre nucléaire, sans doute pas délibérément mais en conséquence d’une escalade d’incidents ?

Si dans le monde zombifié des drones idéologiques qui se complaisent dans la transe morne induite par les médias « grand public », il existe assurément le lot de ceux qui répondent « oui » à certaines de ces questions voire à toutes, je postule que pas un seul des grands décisionnaires occidentaux n’apporte la moindre once de crédit à ces balivernes. En réalité, tous ceux qui comptent savent très bien que les Russes sont totalement innocents de l’incident Skripal, que les Britanniques n’ont fourni aucune preuve, que l’expulsion des diplomates russes ne fera que renforcer la détermination russe, que toute cette hystérie anti-russe ne fera qu’empirer et que tout ceci place l’Europe et les USA, sinon la planète entière, en grand danger.

Et pourtant ce qui s’est passé est absolument stupéfiant : plutôt que de se tenir aux fondamentaux du droit occidental (innocence jusqu’à preuve de culpabilité issue d’une prépondérance de preuves au-delà du doute raisonnable), aux règles foncières d’un comportement civilisé (n’attaquez pas une personne dont vous connaissez l’innocence), aux normes éthiques universellement reconnues (la vérité sur le fond est plus importante que l’utilité politique) ou même aux instincts primordiaux de survie individuelle (je ne veux pas mourir pour ta cause), la vaste majorité des dirigeants occidentaux ont choisi un nouveau paradigme de prise de décisions qui peut être résumé en deux mots :

  • « hautement probable »
  • « solidarité »

Ceci est absolument essentiel et marque un changement fondamental dans la façon d’agir dorénavant de l’Empire anglo-sioniste. Penchons-nous sur les présomptions et les conséquences de ces deux concepts.

D’abord, « hautement probable ». Tandis que « hautement probable » ressemble assez à une version simplifiée d’une « prépondérance de preuves » sa signification réelle est très différente, et tourne en rond : « Poutine » est méchant, l’empoisonnement c’est méchant, donc il est « hautement probable » que « Poutine » soit le coupable. Comment savons-nous que le postulat « Poutine est méchant » est vrai ? Eh bien – il empoisonne bien les gens, n’est-ce pas ?

Vous pensez que je plaisante ?

Jetez un œil à cette splendide infographie présentée au public par « le gouvernement de Sa Majesté », intitulée « un long schéma d’activité malveillante russe » :

SakerBritainRussia

Sur les douze événements listés comme preuves d’un « schéma d’activités malveillantes russes », un d’entre eux est manifestement faux (l’invasion de la Géorgie en 2008), un autre confond deux accusations (l’occupation de la Crimée et la déstabilisation de l’Ukraine), un se prend les pieds dans le tapis (l’assassinat de Skripal) et tous les autres sont des accusations totalement dénuées de preuves pouvant les justifier. La seule chose y manquant serait le viol en masse de bébés pingouins par des matelots russes ivres au Pôle Sud, ou l’usage d’une « arme climatique secrète » pour envoyer des ouragans vers les USA. Vous n’avez pas besoin d’une maîtrise en droit pour le voir, tout ce qu’il vous faut c’est un QI au-dessus de la température ambiante et une compréhension basique de la logique. Malgré tout mon mépris pour les dirigeants occidentaux, même moi je n’affirmerais pas qu’ils en sont totalement dépourvus. Donc voici où intervient la « solidarité » :

Dans ce contexte, la « solidarité » ne fait figure que « d’ancrage conceptuel » pour la fameuse phrase de Stephen Decatur « my country, right or wrong » [« mon pays, à tort ou à raison »] appliquée à l’Empire tout entier. Le précédent de Meine Ehre heißt Treue [« mon honneur s’appelle fidélité »] simplement un peu reformulé en Meine Ehre heißt Solidarität [« mon honneur s’appelle solidarité »] vient aussi à l’esprit.

Solidarité signifie simplement que l’élite compradore régnante en Occident fera et dira tout ce que leur ordonneront les Anglo-Sionistes. Si demain les dirigeants étasuniens ou britanniques annoncent que Poutine mange des bébés au petit-déjeuner, ou que l’Occident a besoin d’envoyer un message fort à « Poutine » selon quoi une invasion russe du Vanuatu est intolérable, alors ainsi soit-il : l’ensemble de la nomenklatura anglo-sioniste chantera la rengaine à l’unisson et au diable les faits, la logique ou même la décence !

La proclamation solennelle de mensonges n’est pas un fait nouveau en politique, il n’y a rien d’inconnu ici. Ce qui est inédit, ce sont deux développements beaucoup plus récents : premièrement, désormais tout le monde sait que ce sont des mensonges et deuxièmement, personne ne les réfute et personne ne les invalide. Bienvenue, en effet, au Nouvel Ordre Mondial anglo-sioniste !

L’Empire : par la tromperie la guerre tu mèneras

Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement et n’était pas établi dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, parce qu’il est menteur et père du mensonge.

Jean 8:44 – Bible de Jérusalem

Ces dernières semaines j’ai observé quelque chose que je trouve plutôt intéressant : à la fois sur les chaînes de TV russes et dans les médias anglophones évolue une espèce particulière d’individu anti-Poutine, qui tire une immense fierté du fait que l’Empire se soit embarqué dans une campagne sans précédent de mensonges dirigés contre la Russie. Ces gens ne voient les mensonges que comme un autre outil sortant d’une « boîte à outils politiques », et pouvant servir comme n’importe quelle autre technique politique. Comme je l’ai déjà mentionné par le passé, l’indifférence occidentale face à la vérité est un phénomène très ancien remontant, de fait, au Moyen-Âge : à peu près quand les héritiers spirituels des Francs, à Rome, décidèrent que leur propre forme particulière de « Christianisme » n’avait plus d’usage pour 1000 ans de Consensus Patrum. La pensée scolastique et une pulsion insatiable de pouvoir mondain et séculier produisirent à la fois le relativisme moral et le colonialisme (avec l’Imprimatur papal, sous la forme du Traité de Tordesillas). La Réforme (avec son influence judaïque très prononcée) produisit les bases du capitalisme moderne qui, si Lénine avait correctement fait son diagnostic, est l’impérialisme à son stade ultime. Maintenant que l’Occident perd sa mainmise sur la planète (rendez-vous compte, quelques p*tains de nations osent résister !), on s’est délesté de toutes les justifications idéologiques et il ne nous reste que les réelles, honnêtes et franches pulsions, à nu, des dirigeants de l’Empire : un orgueil messianique (principalement narcissique), la violence et, par-dessus tout, une dépendance massive aux mensonges et à la tromperie à tous les niveaux de la société, depuis les publicités commerciales ciblant les enfants à Colin Powell agitant un flacon contenant un quelconque détergent domestique au Conseil de Sécurité des Nations Unies, pour justifier encore une autre guerre d’agression.

Le narcissisme et une dépendance totale envers la force brute et la duperie – voilà les réelles « valeurs occidentales » de nos jours. Pas la règle du droit, pas la méthode scientifique, pas la pensée critique, pas le pluralisme et définitivement pas la liberté. Nous avons opéré un cycle complet, nous sommes revenus à l’espèce de brutalité ignare si parfaitement incarnée par les Francs et qui les a rendus si notoirement célèbres à travers le monde civilisé (d’alors, dans la Méditerranée méridionale et orientale). L’agenda, au fait, est aussi identique à celui des Francs d’il y a 1000 ans : soit vous vous soumettez à nous et acceptez notre domination soit vous mourez, et la façon d’accepter notre domination est de nous laisser piller toutes vos richesses. Encore une fois, pas grande différence ici entre le sac de la première Rome en 410, le sac de la Seconde Rome en 1204 et le sac de la troisième Rome en 1991. Comme le savent bien les psychologues, le meilleur moyen de prédire le comportement futur est le comportement passé.

Fait notable, les Chinois ont vu au travers de cette opération stratégique de manipulation psychologique comme si elle était limpide, et ils sonnent désormais l’alarme dans les colonnes de leur très officiel Global Times (emphase ajoutée) :

Les accusations lancées par des pays occidentaux contre la Russie correspondent à d’autres objectifs, comme lorsque les Chinois se servent de l’expression « peut-être que c’est vrai » pour saisir l’opportunité souhaitée. Du point de vue d’une tierce personne, les principes et la logique diplomatiques derrière une telle entreprise dramatique sont viciés, sans parler du fait que l’expulsion presque simultanée de diplomates russes relève d’un comportement grossier. De tels actes ont peu d’autre impact que celui d’augmenter l’hostilité entre la Russie et ses homologues occidentaux (…) Le fait que des puissances occidentales majeures puissent se liguer pour « condamner » un pays étranger sans suivre les mêmes procédures que celles auxquelles se plient les autres pays, et dans le respect des principes de base du droit international est glaçant. Pendant la Guerre Froide, pas une seule nation occidentale n’aurait osé commettre une telle provocation et pourtant aujourd’hui elle est accomplie avec une aise sans restreinte. De tels actes ne sont rien de plus qu’une forme de brutalité occidentale qui menace la paix et la justice du monde. (…) C’est au-delà de l’outrage, comment les USA et l’Europe ont traité la Russie. Leurs actes représentent une frivolité et une imprudence qui en sont venues à caractériser l’hégémonie occidentale qui ne sait seulement que contaminer les relations internationales. C’est désormais le moment parfait pour que les nations non-occidentales renforcent leur unité et leurs efforts de collaboration entre elles. Ces nations ont besoin d’établir un niveau d’indépendance hors de l’atteinte de l’influence occidentale tout en brisant les chaînes des déclarations monopolisantes et des adjudications prédéterminées, et d’en venir à apprécier leurs propres capacités de jugement. (…) L’Occident ne constitue qu’une petite fraction du monde et n’est pas, de loin, le représentant planétaire qu’il a naguère cru être. Les minorités réduites au silence au sein de la communauté internationale ont besoin de s’en rendre compte et de démontrer combien leur compréhension de cette réalisation est profonde, en le prouvant au monde par des actes.

Comme il se dit en France, « à bon entendeur, salut ! » : la position chinoise est claire comme de l’eau de roche, tout comme l’avertissement. Je le résumerai ainsi : si l’Occident est un paillasson anglo-sioniste, ce n’est résolument pas le cas de l’Orient.

[Aparté : je sais qu’il y a quelques pays en Europe qui ont, jusqu’ici, témoigné de courage pour résister au Diktat anglo-sioniste. Tant mieux pour eux. Je vais attendre pour voir combien de temps ils peuvent résister à la pression avant de leur faire une standing ovation]

Le Generalplan Öst de l’Ahnenherbe moderne

La décision, donc, réside ici en Orient ; ici doit l’ennemi russe, ce peuple dénombrant deux cents millions de Russes, être détruit sur le champ de bataille et personne par personne, être saigné à mort

– Reichsfûhrer Heinrich Himmler

Nonobstant, rien de tout ceci n’explique pourquoi les dirigeants de l’Empire ont décidé d’amorcer une partie désespérée de « trompe-la-mort nucléaire » pour tenter, une fois de plus, de contraindre la Russie à se plier à leurs exigences de « s’en aller et de la boucler ». C’est contraire au bon sens et je reçois de nombreux courriels chaque semaine m’affirmant qu’il est tout bonnement impossible que les dirigeants de l’Empire anglo-sioniste désirent une guerre contre la Russie, surtout une guerre avec des armes nucléaires. Le fait est que bien que les dirigeants occidentaux sont assurément des psychopathes ils ne sont ni stupides ni suicidaires, et Napoléon et Hitler ne l’étaient pas non plus ! Et certes, ils ne veulent probablement pas vraiment d’une guerre totale contre la Russie. Le problème est que ces dirigeants sont également désespérés, et pour cause.

Voyons donc la situation d’il y a quelques mois. Les USA étaient vaincus en Syrie, ridiculisés en Corée du Nord, Trump était honni en Europe, les Russes et les Allemands travaillaient sur North Stream, les dirigeants britanniques étaient contraints de faire au moins semblant de travailler au Brexit, l’ensemble du projet « ukrainien » s’était pris une gamelle, les sanctions contre la Russie avaient échoué, Poutine était plus populaire que jamais et l’hystérique campagne anti-Trump voguait toutes voiles dehors aux USA. Le geste suivant des élites anglo-sionistes n’était rien de moins que brillant : en organisant un false-flag vraiment grossier au Royaume-Uni, l’Empire a obtenu les résultats suivants :

  • Les Européens ont été ramenés de force à l’intérieur de l’Anglosphère (« solidarité », vous vous souvenez ?) ;
  • Les Britons brexitants sont à nouveau une espèce de leader (im-)moral de l’Europe
  • Les Russes sont désormais diabolisés à un tel point que n’importe quelle accusation, aussi grotesque soit-elle, leur collera ;
  • Au Moyen-Orient, les USA et « Israël » ont dorénavant toute latitude pour initier n’importe quelle guerre qu’ils désirent parce que la capacité (purement hypothétique) des Européens à s’opposer aux moindres fantasmes des Anglos vient de s’évaporer, surtout maintenant que les Russes sont devenus des « criminels chimiques reconnus » de la Ghouta à Salisbury ;
  • Au minimum, la Coupe du Monde en Russie sera sabotée par une énorme campagne anti-russe. Si cette campagne est vraiment une réussite, il demeure toujours l’espoir que les Allemands finissent par céder et, à défaut de l’annuler carrément, retardent significativement North Stream contraignant ainsi les Européens à accepter, quoi d’autre, du gaz naturel US.

C’est un plan ambitieux et, à moins d’un développement impondérable, qui semble bien pouvoir marcher. Le problème avec cette stratégie est qu’il échoue à faire que la Russie, réellement, « s’en aille et la boucle ». Les Néocons sont particulièrement friands de l’humiliation de leurs ennemis (voyez comme ils continuent de s’en prendre à Trump alors que le pauvre homme est devenu leur plus humble serviteur) et il y a beaucoup de prestige en jeu, ici. Par conséquent, la Russie doit être humiliée, vraiment humiliée, pas juste en sabotant sa participation aux Jeux Olympiques ou en expulsant des diplomates russes, mais par quelque chose de beaucoup plus tangible comme, pourquoi pas, une attaque contre le très petit et très vulnérable contingent de forces militaires russes présentes en Syrie. Là se trouve le plus grand risque.

Le contingent russe en Syrie est minuscule, du moins en comparaison des immenses capacités de CENTCOM et de l’OTAN. Les Russes ont prévenu que s’ils sont attaqués, ils détruiront non seulement les missiles en approche mais aussi leurs lanceurs. Comme les USA ne sont pas assez stupides pour exposer leurs avions aux défenses aériennes ruses, ils n’emploieront leurs forces aériennes qu’en dehors de la portée des défenses aériennes russes et n’utiliseront que des missiles de croisière pour frapper des cibles à l’intérieur du « cône de protection » des défenses aériennes russes. La vérité est que je doute que les Russes aient l’opportunité d’abattre le moindre aéronef US, du moins pas avec leurs missiles sol-air à longue portée S-300 et S-400. Leur formidable système combiné de missiles sol-air à courte et moyenne portée et d’artillerie anti-aérienne, le Pantsir, aura sûrement plus de chances parce que sa localisation est impossible à prévoir. Mais la réelle question est la suivante : les Russes riposteront-ils contre les navires de l’US Navy si ceux-ci lancent des missiles de croisière contre la Syrie ?

Mon opinion strictement personnelle est qu’ils s’en abstiendront à moins que Khmeimim, Tartous ou un autre objectif russe majeur (les locaux officiels russes à Damas) soient frappés. Le fait de frapper un navire de l’US Navy constitue un acte de guerre, et ce n’est tout simplement pas une chose que feront les Russes s’ils peuvent l’éviter. Le problème est que cette retenue sera, encore une fois, interprétée comme un signe de faiblesse et pas de civilisation, par les « Francs modernes » (imaginez un Néanderthalien avec une massue nucléaire dans sa pogne). Si les Russes décidaient d’agir « à l’américaine » en se servant de la violence pour « envoyer un message », l’Empire le percevra immédiatement comme une perte de face et un prétexte pour immédiatement faire monter l’escalade encore plus, afin de rétablir la hiérarchie « appropriée » entre la « nation indispensable » et la « station-service s’affichant comme un pays ». Voici donc la dynamique à l’œuvre :

  • La Russie se limite à des paroles de protestation ===>> l’Empire le voit comme un signe de faiblesse et fait monter la tension
  • La Russie réplique pareillement avec de vrais actes ===>> l’Empire se sent humilié et fait monter la tension

Considérez maintenant tout cela depuis le point de vue russe pour un instant, et demandez-vous ce que vous feriez dans une telle situation…

La réponse, il me semble, est évidente : vous essayez de gagner autant de temps que possible et vous vous préparez à la guerre. Les Russes ont fait précisément cela depuis au moins 2015.

Pour la Russie il n’y a vraiment rien de nouveau : déjà vu, déjà fait, avec des souvenirs très, très vivaces au fait. Le « projet occidental » pour la Russie a toujours été le même depuis le Moyen-Âge, la seule différence étant aujourd’hui les conséquences de la guerre. Avec chaque siècle passant, le coût humain des diverses croisades occidentales contre la Russie s’est alourdi et nous contemplons maintenant la possibilité très réelle d’un autre Borodino ou d’un autre Koursk, et en plus même pas d’un autre Hiroshima mais d’une chose que nous ne pouvons même pas vraiment imaginer : des centaines de millions de gens qui meurent en l’espace de seulement quelques heures.

Comment pouvons-nous stopper cela ?

L’Occident est-il même capable d’agir différemment ?

J’en doute fortement.

L’unique acteur pouvant stopper la guerre imminente : la Chine

Il y a un acteur qui, peut-être, pourrait stopper le glissement actuel vers l’Armageddon : la Chine. D’ores et déjà, les Chinois ont officiellement déclaré posséder ce qu’ils appellent un « partenariat stratégique global de coopération » plus tard abrégé en « partenariat stratégique ». C’est une expression très apte car elle n’évoque pas une « alliance » : deux pays de la taille de la Russie et de la Chine ne peuvent pas avoir d’alliance dans le sens traditionnel du terme – ils sont trop grands et trop différents pour cela. Ils sont, cependant, dans une relation de symbiose, parfaitement entendue par les deux parties (voir ce Papier Blanc pour les détails). En termes très simples, voici ce que cela signifie : les Chinois ne peuvent pas laisser les Russes être défaits par l’Empire parce qu’une fois la Russie partie, ils seront face à face avec un Occident uni, triomphant et infiniment arrogant (pareillement, je plaiderais que la Russie ne peut pas se permettre de voir l’Iran être défait par l’Empire pour exactement les mêmes raisons, et l’Iran ne peut pas non plus laisser « Israël » détruire le Hezbollah). Bien entendu, en termes de puissance militaire la Chine est un nain en comparaison de la Russie, mais en termes de puissance économique c’est la Russie qui est le nain en comparaison de la Chine dans cette « communauté d’intérêts stratégiques ». Ainsi, la Chine ne peut pas assister militairement la Russie. Mais rappelez-vous que la Russie n’en a pas besoin, pour la simple raison que l’assistance militaire est ce qu’il vous faut pour gagner une guerre. La Russie ne veut pas gagner une guerre, la Russie a désespérément besoin d’éviter une guerre ! Et voici où la Chine peut faire une énorme différence : psychologiquement.

Oui, l’Empire affronte présentement la Russie et la Chine en même temps mais tous, depuis ses dirigeants jusqu’à sa population zombifiée, semblent penser qu’il s’agit de deux adversaires distincts et différents. [Nous pouvons saisir ici l’opportunité de remercier sincèrement Donald Trump, pour avoir si « parfaitement » calculé le début de sa guerre commerciale contre la Chine.] Ils ne le sont pas : non seulement la Russie et la Chine sont des symbiotes partageant la même vision d’une Eurasie prospère et paisible, unie par un avenir commun centré autour d’OBOR et, fait crucial, libéré du dollar US et de toute sorte d’influence US majeure par la même occasion, mais la Russie et la Chine défendent exactement la même notion d’un ordre mondial post-hégémonique : un monde multipolaire de nations différentes et véritablement souveraines vivant ensemble selon les règles du droit international. Si les Anglo-Sionistes remportent la mise, cela ne verra jamais le jour. À la place, nous aurions le Nouvel Ordre Mondial promis par Bush, dominé par les pays de l’Anglosphère (en gros les membres d’ECHELON, alias les « Cinq Yeux ») avec, tout en haut de cette pyramide, le souverain mondial sioniste. C’est une chose que la Chine ne peut pas permettre, et qu’elle ne permettra pas. La Chine ne peut non plus permettre une guerre entre les USA et la Russie, surtout pas une guerre nucléaire car la Chine, à l’instar de la Russie, a aussi besoin de paix.

Conclusion

Je ne vois pas ce que la Russie peut faire pour convaincre l’Empire d’altérer sa trajectoire actuelle : les dirigeants US croient à leurs délires et les Européens sont leurs serviteurs silencieux et serviles. Comme démontré plus haut, quoi que fasse la Russie elle suscite toujours davantage d’escalade de la part de l’Empire. Bien entendu, la Russie peut faire de l’Occident un tas de cendres radioactives. Ce n’est guère une solution puisque ce faisant, au cours de l’échange nucléaire inévitable, la Russie elle-même pourra aussi être transformée en un tas similaire de cendres radioactives par l’Empire. En dépit de cela, le peuple russe a très clairement signalé par son récent scrutin qu’il n’a aucunement l’intention de plier face à la dernière croisade en date qui le menace. Pour ce qui est de l’Empire, il n’acceptera jamais que la Russie refuse de se soumettre. Par conséquent, il me semble que la seule chose en mesure de stopper l’Armageddon est que la Chine ne cesse de répéter aux dirigeants de l’Empire et aux peuples d’Occident ce qu’elle a écrit dans l’article cité plus haut : que « L’Occident ne constitue qu’une petite fraction du monde et n’est pas, de loin, le représentant planétaire qu’il a pu croire être » et que « les minorités réduites au silence au sein de la communauté internationale ont besoin de s’en rendre compte et de démontrer combien leur compréhension de cette réalisation est profonde, en le prouvant au monde par des actes. »

L’histoire nous enseigne que l’Occident ne frappe que des adversaires qu’il considère sans défense, ou du moins plus faible. Le fait que les Papes, Napoléon et Hitler se soient trompés dans leur évaluation de la puissance russe n’altère en rien ce truisme. Et en fait, les Néocons d’aujourd’hui commettent exactement la même erreur. Donc, les informer de la réalité que la Russie est beaucoup plus puissante que le claironne la propagande occidentale à laquelle, apparemment, de nombreux dirigeants occidentaux donnent crédit, n’est d’aucun secours. Les « rappels à la réalité » russes n’y feront rien tout simplement parce que l’Occident a perdu de vue la réalité et ne possède pas la capacité d’appréhender ses propres limites et faiblesses. Mais si la Chine intervenait et véhiculait ce message crucial que « l’Occident n’est qu’une petite fraction du monde » et que le reste du monde le prouve « à travers des actes » alors d’autres pays s’y joindront et une guerre peut être évitée parce que même la présente « solidarité » fondée sur des illusions s’effondrera face à une Eurasie unie.

La Russie ne peut pas continuer à porter seule le poids de stopper les psychopathes messianiques qui dirigent l’Empire.

Le reste du monde, emmené par la Chine, a maintenant besoin d’intervenir pour éviter la guerre.

 le                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              Source : http://www.unz.com/tsaker/how-the-east-can-save-the-west/

Traduit par Lawrence Desforges                                                                                                                                                                                                                                        https://globalepresse.net/2018/04/05/comment-lorient-peut-sauver-loccident/

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