Citoyen, complément d’objet.


Gêneur, parfois indiscret ou donnant mine d’un clandestin, tout est presque fait pour son compte sans pour autant qu’il ne soit principalement intéressé. On le chouchoute, on le cite partout. Lui, avec sa gueule sans titre ni intitulé, demeure toujours anonyme sans pouvoir se justifier à soi. Son existence est un devoir. Il doit être là où l’on voudrait qu’il le soit. Dans les fichiers électoraux, dans les filets sociaux, dans les registres des prétoires. Cet individu, ce souffle qu’il ne respire que pour motiver ceux qui, se disent-ils travaillent pour son bien-être en qui il ne voit que le leur. Le sien, p’tit qu’il soit, est confiné dans cet immense rêve, crevé à chaque étape ; de se voir un jour au moins baignant dans l’égalité et la considération. Il ne rêve plus maintenant et se dit n’exister que par acte de présence. Sa voix camisolée, sa tête courbée mais son regard est toujours vif, perçant, haineux.

Quelles sont ses attentes, ses avenirs ? Il s’en soucie très peu. A force de vouloir se mettre en quête d’un brin de lueur qui semble apparaître de temps à autre, au coin d’un an ou à l’orée d’un scandale ; tout se terre, s’ensevelit et que l’on n’en parle plus.

Je le vois descendre cette pente habituelle qui relie sa demeure au centre de la vie. Son corps n’est qu’une charpente osseuse sur laquelle reposent tous les maux de l’humanité, du moins ceux de sa génération. Il prend le comptoir d’un café ou sa terrasse pour une terre à conquérir et s’empêche de sucrer son café en prenant tout aussi son diabète pour une maladie politique. Je le vois sous une autre forme venir pointer chaque matin dans un bureau qui lui semble beaucoup plus à un mouroir qu’à un moyen d’exercer ses missions. Un peu plus loin, ailleurs je le vois regarder la mer et me vois sentir son ardeur à prendre le large pour fuir cette terre si noble et parfois si ingrate. Le littoral qui lui fait face est un portail sans gardiennage, sans geôliers. Seul le caprice marin et la colère du ciel peuvent lui permettre ou une vie meilleure ou une mort certaine. La mort, dites-vous ? Elle ne lui fait plus peur. C’est le vivant qui doit la craindre, tiendrait-il à narguer ainsi ses ultimes décisions, ses définitifs désespoirs.

L’on construit des logements ailleurs que dans la case des recasements ou des opérations dites de relogement. Il n’en est pas identifié. Le promotionnel, l’individuel ne se conjugue pas à ce sujet. Lui est un pluriel, une majorité. C’est à l’autre, cet autre branché à une banque ou connecté à un pilier qu’échoit le choix du site ou la faveur du gite.

Voyez-vous, là où vous mettez les pieds, le doigt, là où vous posez le regard ou la réflexion, il existe bel et bien un sujet pour un complément d’enrichissement ou d’accomplissement de fonctions. Sans le pauvre il n’y aura pas de riche. Sans le silence, il n’y aura pas de vacarme. Ainsi va la vie pour certains, ainsi est faite d’embûches, de blues et de fiel celle des autres. Pour lui, l’oubli et la mise d’oreiller sur la tête reste une thérapie. Il préfère ne pas penser à cette actualité lui faisant dire que les savoureux sièges, les jolis bureaux, les bancs d’hémicycles, les salons de groupes et d’entreprises là où s’affalent des inopportuns, des opportunistes ou leurs cousins germains, ne sont que des façades de clandestinité, de contrefaçon et de parodie. Lui, n’en est qu’un élément de remplissage, un ingrédient de gradins et une unité de comptage.

Je le vois partout agir involontairement, se dresser, se redresser, essayant la levée de son torse, essuyant ses revers, ses sueurs. Las, en fin de chaque crépuscule : il attend en guettant une autre aurore, un nouveau jour où il pense y trouver une issue, un remaniement, une conjugaison enfin à son pronom personnel défini. Il voudrait voir le temps se mettre à sa première personne du singulier et son verbe s’extraire à tout impératif. Il dira un jour, son siècle, ses ans, ses mémoires ainsi que les déboires d’un temps qu’il ne faillait pas vivre. Par El-Yazid DIB

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