Une représentation politique pour le hirak, vite !


Ce n’est peut-être pas le moment de vérité mais cela y ressemble. Depuis plusieurs semaines, le message d’une grande majorité du peuple algérien est un refus de se contenter d’une élection présidentielle prévue pour le 4 juillet. Bien sûr, le hirak du 22 février a engrangé des succès non négligeables dont l’abandon du projet de cinquième mandat de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika. Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Un peuple uni est sorti dans les rues pour clamer son besoin de changement. La « feuille de route » constitutionnelle telle qu’elle est vantée par les tenants du cachir/corndbeef est tout sauf une réponse sérieuse à son aspiration. 

Beaucoup de gens pensent que les problèmes politiques se règlent par une élection. Cela peut être le cas dans les pays où l’État de droit existe et où la démocratie n’a pas été totalement galvaudée (qui peut vraiment croire que les problèmes profonds des États-Unis se règlent uniquement par la désignation du locataire de la Maison Blanche ?). Il y a dans la position du chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah de nombreux motifs d’étonnements. La Constitution ? Depuis quand est-elle ainsi devenue le texte fondamental du pays ? Car combien de fois a-t-elle été violentée et souillée ? Prévue pour limiter les mandats présidentiels à deux, elle a été amendée pour les besoins d’un troisième mandat qui n’aurait jamais dû exister. Prévue pour garantir que le numéro algérien soit capable de mener à bien sa mission, elle n’a pas empêché que soit « élu » en 2014 un homme malade et largement diminué. Or, c’est bien l’application de la Constitution que les opposants aux troisième et quatrième mandats réclamaient (en vain). De grâce, que l’on cesse donc de nous parler de la Constitution car personne n’est dupe à son sujet. Mieux, il est des pays qui se passent d’un tel texte, l’État de droit suffisant à garantir la pérennité et le bon fonctionnement du pays. 

L’autre motif d’étonnement concerne cette focalisation sur l’élection du 4 juillet prochain. Admettons qu’élire un nouveau président de la République soit le plus urgent et rappelons, en même temps, que personne ne nie désormais que l’Algérie ne va pas bien dans bien des domaines. Si l’on suit cette logique, cela signifie que ce scrutin qui doit avoir lieu dans moins de deux mois sera la base sur laquelle sera entreprise la refondation du pays. La question est alors simple : une élection d’une telle importance peut-elle se passer de vrais débats ? Et, surtout, peut-elle faire l’impasse d’une vraie campagne électorale où les Algériens, tout à leur passion nouvelle qu’est la politique, auraient le temps de réfléchir, de discuter, de s’organiser et, in fine, de choisir ? Certes, la Constitution – encore elle – oblige à organiser un scrutin à cette date. Mais cette disposition vaut pour des circonstances « normales » ce qui est tout sauf le cas de la situation actuelle. En 1992, quand feu Chadli Bendjedid fut démissionné, le pouvoir n’a pas organisé de scrutin avant novembre 1995 et cela en raison du caractère exceptionnel du moment. 

Depuis le 22 février dernier, l’Algérie vit un instant exceptionnel qui peut conduire au meilleur. Organiser une élection présidentielle le 4 juillet c’est donc faire obstacle à ce possible changement. C’est créer de nouvelles difficultés et de nouvelles turbulences car quel que soit le résultat du vote, l’élu (ou l’élue) sera forcément rejeté par une bonne partie de la population qui défile aujourd’hui aux cris de « système dégage ». Bien entendu, il n’est pas question non plus de favoriser le vide. La piste d’une instance collégiale de transition doit absolument être creusée. Inspirons-nous de ce qui se passe au Soudan où l’idée d’une phase transitoire plus ou moins longue (un à quatre ans) fait désormais consensus y compris au sein de l’armée. 

Des jours précieux sont gaspillés. Plutôt que de s’arc-bouter sur la date du 4 juillet, le chef d’état-major devrait entériner l’idée d’un report. Mais il n’est pas le seul concerné. Il est temps que naisse une coalition nationale pour la transition et le changement qui parlera au nom du hirak. Chose difficile à concevoir, me direz-vous, tant ce mouvement semble privilégier l’approche horizontale. Mais il faut essayer avant qu’il ne soit trop tard. Depuis plusieurs semaines, plusieurs acteurs de la société civile, des associations, des personnalités mais aussi des partis politiques ont fait des propositions allant dans le sens du changement. Autre question : est-ce que ces acteurs se parlent ? Où en est le projet de conférence nationale ? 

Bien sûr, il y a les égos. Bien sûr, il y a la facilité qui fait qu’il est plus simple de protester contre le système que de proposer une démarcher destinée à unifier – sur le plan politique – cette protestation. Bien sûr, il y a l’expérience du passé. On peut craindre qu’une Coordination, une plate-forme ou tout type d’initiative soit très vite minée de l’intérieur par de soudaines dissensions… Mais, encore une fois, il y a urgence en la matière car le changement ne sera pas octroyé. Le mouvement populaire a désormais besoin que des forces politiques le relayent. 

par Paris : Akram Belkaïd

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5276818

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