Maroc. Le roi, son or et le groupe Managem


Dans le tumulte des événements politiques qui secouent le Soudan, un mystérieux incident a propulsé la monarchie marocaine au cœur de l’actualité, avec un hélicoptère stoppé à Khartoum. Il transportait une importante quantité d’or, propriété du groupe Managem, appartenant à Mohammed VI.

Le 9 mai 2019, un hélicoptère transportant une cargaison de 84 kilos d’or pour le compte du groupe marocain Managem (mines) contrôlé par la famille royale est intercepté par les autorités soudanaises alors qu’il se dirige vers la capitale Khartoum. Un premier communiqué officiel de ce pays indique aussitôt qu’il s’agit d’un « avion privé appartenant à une société étrangère », et qu’il a été « intercepté en train de transporter illégalement de grandes quantités d’or. » Le lendemain, une autre source officielle soudanaise nuance un peu : « L’hélicoptère a été arrêté parce qu’il ne disposait pas des autorisations nécessaires avant son décollage. » La quantité d’or saisie aurait été ensuite déposée à la Banque centrale du Soudan.

Cet incident, qui ternit un peu plus l’image de la monarchie marocaine en Afrique, a été abondamment relayé par les médias et les réseaux sociaux, et a remis sur la table la question très problématique des liens, souvent jugés « incestueux », que le roi du Maroc entretient avec l’argent et les affaires.

Avec une fortune personnelle de plus de 5 milliards de dollars (4,48 milliards d’euros) selon le magazine Forbes (2015), Mohammed VI est un homme d’affaires prospère qui contrôle le plus grand groupe financier du pays (Al-Mada, présent dans les secteurs les plus stratégiques de l’économie marocaine : banque, immobilier, télécoms, énergie, assurances, etc.). Il est à la fois « commandeur des croyants » (un statut qui le rend intouchable) et un chef de l’État disposant de pouvoirs politiques et administratifs quasi absolus, notamment en matière de nomination : les directeurs des « établissements publics stratégiques » sont désignés par lui, selon la Constitution.

La plupart de ces hauts fonctionnaires — qui doivent leur poste au monarque — sont souvent appelés à trancher dans les appels d’offres pour la conquête des marchés publics, où les entreprises du roi postulent au même titre que d’autres. Cela pose un problème de compatibilité avec les règles du marché et de la concurrence loyale, et augmente les risques de conflit d’intérêts tel qu’il est généralement défini : un conflit entre la mission d’un agent public et ses intérêts privés, susceptible d’influencer la manière dont il exerce ses fonctions.

Le groupe Managem est emblématique de cette situation, où le roi n’est pas un monarque à la scandinave, neutre, ou un arbitre transcendant les clivages politiques ou administratifs. C’est un acteur dont le statut et les prérogatives en matière de nomination peuvent facilement peser sur le processus d’octroi des permis d’extraction et d’exploitation des métaux précieux au Maroc. Résultat, Managem est depuis des décennies en situation de monopole écrasant dans ce secteur, et est devenu lui aussi intouchable.

UN « BAZAR FRANCO-MAROCAIN »

La compagnie minière de Tifnout Tighanimine (CTT), première société du groupe avait été créée en 1930 par les autorités coloniales pour « l’extraction, la valorisation et la commercialisation des métaux de base, des métaux précieux, du cobalt et d’autres minerais ». Mais à partir des années 1990, une opération de grande envergure pour la privatisation des entreprises publiques est menée par le roi Hassan II (1929-1999) et André Azoulay, l’inamovible conseiller économique de la monarchie. Grâce à ce dernier, par exemple, le groupe français Accor a pu acquérir à l’époque six hôtels de la chaîne marocaine Moussafir et la gestion du palais Jamaï de Fès. Cette opération de privatisation qui avait pris la forme d’un gigantesque bazar franco-marocain a permis d’une part aux notables marocains proches du Palais de contrôler les entreprises publiques les plus en vue, et, d’autre part, aux sociétés françaises d’opérer un retour en force après la « marocanisation » de 1973, qui les avaient écartés momentanément du champ économique marocain.

C’est pendant ce partage de gâteau que la monarchie a pu acquérir ce qui deviendra Managem, aussitôt rattaché au groupe royal Omnium nord-africain (ONA), puis à la Société nationale d’investissement (SNI), devenue enfin Al-Mada. Managem se métamorphose en quelques années en un mastodonte dont le siège international est à Zoug, en Suisse, la capitale mondiale du courtage des matières premières et la ville où la politique fiscale est la plus généreuse de l’union helvète.

Aujourd’hui, Managem, c’est 500 millions d’euros de chiffre d’affaires selon les chiffres publiés par le groupe en 2018. C’est aussi et surtout une bonne dizaine de complexes miniers très riches en or et en argent :

Source : plaquette de présentation de Managem

En dehors du Maroc, Managem est présent dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne et d’Afrique noire, surtout dans l’exploitation des mines d’or. Sur les six complexes miniers exploités dans quatre pays du continent noir, seul celui de la République démocratique du Congo n’exploite pas l’or, mais le cuivre et le cobalt.

Source : plaquette de présentation de Managem

LA POULE AUX ŒUFS D’ARGENT

À l’intérieur du Maroc, la majorité des complexes miniers exploités par Managem se situent dans les régions berbérophones, les plus pauvres du pays. Imider, au sud-est du royaume, à 137 km de Ouarzazate, est sans doute l’un des plus importants sites d’exploitation de l’argent. Niché au pied du Haut-Atlas marocain, cette mine produit chaque année plus de 240 tonnes d’argent destinées presque entièrement au marché européen et aux pays du Golfe. Mais à deux kilomètres du complexe, dans le village d’Imider et ses environs, les habitants, des Berbères de ce Maroc « inutile » selon Hubert Lyautey1, vivent encore à l’âge de pierre : aucune infrastructure socio-économique (pas d’hôpital ni d’écoles, des routes datant de la présence coloniale, etc.) n’a été prévue par les autorités depuis que l’exploitation a commencé en 1969.

En août 2011, dans le sillage du Printemps arabe, les villageois d’Imider organisaient un sit-in de longue haleine pour dénoncer la pollution des eaux par la mine d’argent exploitée par une filiale de Manager, la Société Métallurgique d’Imider (SMI) et protester contre la marginalisation dont ils souffrent depuis des décennies, alors que la mine située dans leur village et exploitée par le groupe royal — « une poule aux œufs d’argent », disent-ils — est la plus importante d’Afrique. Près de huit ans après, malgré la répression subie par les manifestants dont certains ont été arrêtés et condamnés à des peines de prison ferme, la mobilisation n’a pas faibli : ce mouvement est considéré comme le sit-in le plus long de l’histoire du Maroc.

OMAR BROUKSY

https://orientxxi.info/magazine/maroc-le-roi-son-or-et-le-groupe-managem,3106

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Qui sont ces « djihadistes » qui mettent en échec l’armée française dans le Sahel


L’armée française s’enlise au Sahel. Malgré les déclarations de victoire ponctuelles, les combats s’étendent à de nouveaux pays de la région. À la racine des échecs, l’incapacité de Paris à comprendre les enjeux politiques, mais aussi les motivations qui poussent des centaines de jeunes à rejoindre le djihadisme.

Soldats français de l’opération Barkhane en patrouille avec des soldats maliens à Timbamogoye (Mali) avril 2016
Pascal Guyot/AFP

L’armée française communique régulièrement et fièrement ses « victoires » dans le Sahel, où elle intervient depuis cinq ans dans le cadre de l’opération Barkhane1. Il peut s’agir de destructions de munitions, de véhicules ou encore de campements, ou, tout aussi souvent, de « neutralisations » de djihadistes, ou du moins d’hommes présentés comme tels. Dans la novlangue de l’armée française — adoptée depuis peu par certains de ses alliés africains —, une « neutralisation » signifie la mort. Celle-ci a la plupart du temps été donnée à l’issue de combats armés, mais elle peut également relever de l’exécution, lorsqu’une cible préalablement localisée par les drones ou les écoutes téléphoniques a été bombardée par les avions de l’armée de l’air.

« TONDRE LA PELOUSE »

Depuis que la France a envoyé ses soldats au Mali en janvier 2013, des centaines de djihadistes présumés ont été tués. En février 2019, la ministre des armées Florence Parly évoquait devant les sénateurs un bilan de 600 « terroristes » mis hors de combat depuis 2015, dont 200 pour la seule année 2018. Parmi eux, des chefs bien connus des groupes djihadistes armés sahéliens : Abdelhamid Abou Zeïd en 2013, Omar Ould Hamaha en 2014, Mohamed Ag Almouner en 2018, Djamel Okacha en 2019, etc.

Hors micros, ces exécutions extrajudiciaires sont revendiquées par les officiers et assumées par les responsables politiques. Elles répondent à une stratégie clairement établie : il s’agit de « tondre la pelouse », c’est-à-dire d’éliminer à intervalles réguliers les chefs dans le but d’amoindrir les groupes armés en escomptant que l’herbe ne repoussera pas après eux (si l’on poursuit la métaphore). Au-delà des débats sur la légalité ou la légitimité de telles opérations, ou même sur leur intérêt stratégique, nombre d’observateurs notent que les chefs sont aisément remplacés et qu’en dépit de ces exécutions successives, les groupes djihadistes armés sont toujours aussi nocifs dans le Sahel, voire plus. Une question se pose quant à l’identité des autres « djihadistes » tués par l’armée française.

La plupart des victimes de Barkhane n’ont en effet ni nom ni âge, dans les communiqués officiels. On ne sait rien d’eux, si ce n’est qu’ils ont été tués lors d’une bataille ou d’un bombardement, en un lieu souvent imprécis, et sans que l’on connaisse réellement la cause de leur mort ou que l’on sache ce qui a été fait de leur corps. Leur culpabilité n’est jamais prouvée — elle n’est d’ailleurs jamais interrogée par les médias qui reprennent les communiqués officiels —, pas plus que leur appartenance à un groupe armé dit terroriste. Ils se trouvaient en un lieu probablement suspect. La plupart des observateurs ainsi que les militaires des pays du Sahel qui collaborent avec Barkhane assurent que l’armée française prend toutes les précautions avant de mener un assaut, même si quelques « bavures » ont été commises ces dernières années. Ainsi un enfant de 10 ans pris pour un indic [a été tué en novembre 2016 ; trois civils, dont deux mineurs qui se déplaçaient dans un véhicule ont été abattus en juin dernier ; des soldats maliens qui se trouvaient dans une katiba ont été tués dans un bombardement en octobre 2017. Que faisaient-ils là ? Se battaient-ils ou étaient-ils de passage pour une raison ou une autre ? Étaient-ils des combattants ou des civils plus ou moins liés au groupe armé ?

PRISONNIERS D’UN CHOIX IRRÉFLÉCHI

Les hommes et les femmes qui composent les rangs des groupes djihadistes armés sahéliens ne répondent pas tous à la caricature très souvent médiatisée du « fou de Dieu » prêt à mourir dans des attentats kamikazes pour imposer la charia à ses congénères et s’inscrivant dans un improbable « djihad global ». De même, certains de ces groupes s’apparentent plus à des insurrections locales alimentées par des enjeux sociétaux et socio-économiques qu’à des appendices d’une guerre de religion mondialisée. De nombreuses études menées ces dernières années par des ONG, des think tanks ou des agences internationales telles que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ont démontré que la plupart de ces « djihadistes » étaient en réalité guidés par de tout autres convictions, qu’ils étaient bien souvent prisonniers d’un choix irréfléchi ou d’une mauvaise rencontre, et que certains avaient même été contraints par la force à rejoindre les insurgés.

Dans le premier cas, plusieurs raisons expliquent leur « engagement ». En 2016, l’Institut d’études de sécurité (ISS) a rencontré au Mali 63 anciens soldats engagés âgés de 17 à 75 ans, dont 19 en milieu carcéral. De ces entretiens, il ressort que « des facteurs qui n’ont rien d’économique, de religieux ou d’idéologique expliquent la présence de jeunes dans les rangs des groupes armés djihadistes ». Ainsi « la volonté de se protéger, de protéger sa famille, sa communauté ou son activité économique apparaît comme un des facteurs importants d’engagement […] Dans la plupart des cas documentés par cette étude, l’engagement des jeunes n’était pas l’aboutissement d’un processus d’endoctrinement religieux ».

L’histoire de l’association Dewral Pulaaku et de son chef Amirou Boulikessi illustre les conclusions de l’ISS : lorsqu’en 2012, les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) chassent l’armée malienne de la partie septentrionale du pays, dont le Hayré et le Seno, les éleveurs peuls de ces deux régions s’inquiètent de la multiplication des vols de bétail dont ils sont victimes. Chef du village de Boulikessi, Amirou se déplace à Bamako pour demander de l’aide au gouvernement. En vain. À son retour, un autre groupe armé est apparu dans la région : le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), issu d’une scission au sein d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Poussé par les éleveurs, Amirou entre en contact avec eux. Il ne s’agit alors en aucun cas d’épouser leurs idées, ni même d’imposer la charia aux habitants de la région, mais de négocier une protection.

« NOUS DÉFENDRE CONTRE LES VOLS »

Les hommes du Mujao qui ont pris le contrôle de la ville de Gao entre temps et en ont chassé le MNLA lui proposent de leur envoyer des jeunes afin qu’ils suivent une formation au combat. Ce qu’Amirou fait. Depuis lors, ces jeunes sont soupçonnés d’être des djihadistes. Certains ont été tués. Amirou lui-même a fait plusieurs séjours dans les geôles maliennes et burkinabées. Il n’a pourtant jamais cessé de clamer sa fidélité à l’État malien et d’assurer qu’il ne partage pas les idées des groupes djihadistes. « Il s’agissait seulement de nous défendre contre les vols et de sauver notre seule richesse », répète-t-il à ses interlocuteurs.

Un processus similaire a poussé des Peuls de la région du Nord-Tillaberi, au Niger, à rejoindre les groupes djihadistes, dont le Mujao et l’État islamique dans le grand Sahara (EIGS). « Certains ont épousé leur combat, mais ils sont très peu nombreux, indique un négociateur qui les connaît bien pour les avoir côtoyés dans une milice d’autodéfense fondée à la fin des années 1990. La plupart ont rejoint les groupes djihadistes uniquement pour se défendre face aux agressions des rebelles touaregs, et n’ont pas réussi ensuite à s’en défaire ».

D’autres facteurs expliquent l’engagement de ces jeunes : l’appât du gain (plusieurs centaines de milliers de francs CFA promis aux futures recrues, une arme, une moto…), la promesse d’un avenir meilleur ou simplement une rencontre opportune. Un notable de la région de Mopti qui souhaite rester anonyme pour des raisons de sécurité en a aidé certains à se cacher après qu’ils avaient réussi à s’enfuir des camps djihadistes. Selon lui, « ces jeunes ont été trompés. La plupart n’ont pas été à l’école et sont issus de familles très pauvres. Ils n’ont pas les arguments pour contrer les beaux discours. On leur a dit ce qu’ils voulaient entendre, mais une fois sur place, ils se sont rendu compte que ce n’était pas ce qu’ils imaginaient. Ils ignoraient tout de ce qu’on leur demanderait de faire ».

L’ARGENT COMME MOTIVATION

Ancien membre de la katiba Macina2, Brahima (prénom d’emprunt), 22 ans, est de ceux que le notable a hébergé. Issu d’une famille pauvre et d’une fratrie de 11 enfants, il n’a pas été à l’école publique, et n’a fréquenté que l’école coranique. En 2013, il a rejoint une association luttant contre les vols de bétail. Il n’avait alors que 16 ans. Des jeunes l’ont approché. « Ils m’ont dit qu’eux aussi luttaient contre les vols, et qu’ils touchaient de l’argent pour cela, raconte-t-il. Ils ne m’ont pas parlé d’une somme en particulier, mais ils m’ont dit que je toucherai l’argent une fois que je les aurai rejoints. L’argent était ma principale motivation. Mais j’étais aussi intéressé par l’opportunité de recevoir un enseignement religieux plus poussé, et pourquoi pas d’être envoyé au Yémen ou en Afghanistan pour mes études. »

C’est ainsi qu’il a rejoint les djihadistes. Après avoir reçu une formation au maniement des armes dans une forêt, il a été envoyé dans un camp du delta intérieur du Niger pour servir d’éclaireur. Jamais il n’a eu d’arme en sa possession, affirme-t-il. Sa mission était d’aller dans les villages, notamment les jours de foire, et de recueillir des renseignements. S’il s’est vite rendu compte qu’il n’était pas à sa place, il lui a fallu plusieurs mois pour trouver un moyen de s’enfuir. « On nous disait que si on partait, on deviendrait des ennemis et on saurait où nous trouver. »

Abdou (prénom d’emprunt), lui aussi hébergé par le notable, avait quant à lui 14 ans quand il a rejoint la katiba Macina. Fils d’un éleveur, il n’a fréquenté que l’école coranique. Sans perspective d’avenir, il a décidé en 2014 de rejoindre l’Europe. Lors de son périple, il a rencontré un homme qui lui a expliqué qu’en rejoignant les hommes de Koufa, il pourrait gagner de l’argent facilement et qu’on pourrait l’aider à rejoindre la Libye. Après avoir suivi une formation militaire, il a été envoyé dans un camp en tant que combattant. Il a participé à plusieurs missions, dont une au cours de laquelle des militaires maliens ont été tués. « Après cette mission, j’ai reçu les félicitations du chef. On m’a donné 300 000 francs CFA [457 euros]. Mais je ne me sentais pas bien après ça. J’ai demandé à prendre du recul. » Il a été affecté dans un groupe destiné à prêcher dans les mosquées, puis il a réussi à s’enfuir. Lorsqu’il a suivi sa formation au maniement des armes dans une forêt située à la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, Abdou dit avoir entendu des bombardements tout près de son camp. Il aurait pu périr ce jour-là sous les bombes des armées malienne ou française3.

Durant leur récit, Abdou et Brahima ont raconté la vie dans les camps de la katiba. Il ressort de leur témoignage que tous les « habitants » de ces camps ne sont pas des combattants. L’étude de l’ISS précise d’ailleurs que les ex-engagés interrogés n’étaient pas tous destinés à se battre : « À titre d’exemple, certains puisaient de l’eau, préparaient les repas, fournissaient des informations, dirigeaient les prières, apprenaient ou enseignaient le Coran. D’autres encore assuraient le ravitaillement en carburant, organisaient des patrouilles, ou agissaient comme chauffeurs, secrétaires, messagers, coursiers, mécaniciens ou réparateurs de motos. »

Un autre phénomène est souvent ignoré (ou tout du moins caché au grand public) par les états-majors des armées occidentales et sahéliennes : nombre de ces « djihadistes » n’ont jamais voulu le devenir. Un rapport du think tank International Crisis Group publié en mai 2019 et consacré au conflit dans le centre du Mali constate que tous les membres de la katiba Macina « ne se sont pas enrôlés de plein gré ». En effet, indique-t-il, les dirigeants djihadistes, qui contrôlent une grande partie des zones rurales, « forcent les familles du delta intérieur à y inscrire leurs enfants sous peine de sanctions ».

ENRÔLÉS DE FORCE

Les engagés « passifs » sont particulièrement nombreux chez Boko Haram4. Le groupe fondé au Nigeria a mené de nombreuses razzias d’humains autour du lac Tchad ces dernières années. En 2015 et 2016, l’enrôlement de force a été pratiqué à une échelle quasi industrielle au Nigeria, mais aussi au Cameroun, au Niger et au Tchad. Des enquêtes confidentielles menées par différentes ONG au Niger dont Orient XXI a consulté les résultats révèlent l’ampleur du phénomène. Retenus dans les prisons nigériennes, des dizaines d’ex-membres de Boko Haram ont été interrogés. Les données recueillies sont à prendre avec des pincettes, car elles sont fondées uniquement sur les déclarations des personnes rencontrées. Elles restent toutefois relativement proches de la réalité constatée par d’autres ONG sur le terrain, ainsi que par les autorités nigériennes : un tiers des hommes interrogés déclarent avoir été des combattants ; la moitié disent n’avoir jamais manié d’armes ; près de la moitié affirment en outre avoir été enrôlés de force par Boko Haram ; seule une personne sur cinq dit avoir été motivée par des raisons idéologiques.

Une autre étude, rendue publique celle-là, menée par l’ONG Mercy Corp auprès de 47 jeunes anciens membres de Boko Haram au Nigeria, arrive aux mêmes conclusions. La plupart des jeunes disent avoir été contraints de rejoindre le groupe, sous peine d’être exécutés et de voir un de leurs proches tués. « Boko Haram a envahi notre village et a dit à tous les jeunes qu’ils devraient les suivre sinon ils seraient tués. On a tenté de résister, mais quand ils ont tué le premier à s’y être opposé, nous les avons tous suivis », a expliqué l’un d’eux aux enquêteurs.

Lors de chaque attaque, les combattants de Boko Haram arrivaient dans un village, tuaient deux ou trois hommes — la plupart du temps des notables —, regroupaient plusieurs dizaines de villageois, y compris les femmes et les enfants, et les menaçaient de les tuer eux aussi s’ils ne les suivaient pas immédiatement. « Les Boko Haram nous ont dit de les suivre. Je suis parti avec mon enfant. Nous avons marché pendant un mois. On nous a conduits sur une île contrôlée par Boko Haram. J’y suis restée deux ans », raconte Hafisata (prénom d’emprunt), une Tchadienne de 38 ans originaire d’une île du lac Tchad. Des estimations issues de sources diverses évaluent à près de 2 000 le nombre des habitants des îles qui, côté tchadien, auraient ainsi été contraints de suivre les combattants de Boko Haram et de vivre dans leurs camps ou sur les îles que le groupe contrôlait alors. Certains d’entre eux, très rares, sont devenus des combattants. Mais la plupart n’ont jamais touché une arme. Ils menaient une vie de prisonniers, tout en s’activant aux tâches qui étaient les leurs auparavant — la pêche, l’agriculture, l’élevage, etc. — jusqu’au jour où ils ont réussi à s’enfuir et à rentrer chez eux.

Ces personnes peuvent difficilement être considérées comme des terroristes à combattre jusqu’à la mort. De fait, si certaines d’entre elles ont été arrêtées et emprisonnées dans leur pays une fois qu’elles ont pu s’enfuir, les autorités judiciaires ont vite compris qu’elles n’étaient pas en présence de gens prêts à mourir pour la cause. Au Tchad, plusieurs dizaines de « retournés » ont été libérés après avoir passé plusieurs mois en prison. Au Niger, un processus de réintégration sociale des « repentis » est en cours. Mais dans les discours des dirigeants français, nulle trace de ces nuances : ceux que la France combat au Sahel sont les mêmes djihadistes qui ont attaqué Charlie Hebdo ou Le Bataclan ou que ceux qui ont rejoint l’Organisation de l’État islamique (OEI) au Levant, nous dit-on. Cette vision dénuée de toute complexité, qui ignore les facteurs locaux ayant poussé des hommes à prendre les armes, « prive les acteurs de cette catégorie de toute forme de retour/réintégration », notaient les chercheurs Yvan Guichaoua et Mathieu Pellerin en 2017. Et, par conséquent, de tout droit à la présomption d’innocence.

RÉMI CARAYOL Journaliste

https://orientxxi.info/magazine/qui-sont-ces-djihadistes-qui-mettent-en-echec-l-armee-francaise-dans-le-sahel,3269

Les médias occidentaux présentent les hooligans de Hong Kong comme des héros. Mais le sont-ils?


Chaque fois que les manifestants de Hong Kong détruisent des biens publics, il n’y a pas de caméras des médias occidentaux en vue. Mais lorsque la police décide d’intervenir, en protégeant leur ville, les croisés des médias occidentaux émergent en force.

Dimanche, d’énormes drapeaux étatsuniens flottaient dans les airs. Une manifestation massive, composée principalement de jeunes gens, se déplaçait du vieux centre-ville de construction britannique vers le consulat général des États-Unis, souvent appelé à tort « ambassade ».

La température dépassait largement les 30 degrés Celsius, mais le nombre de manifestants ne cessait d’augmenter. Bon nombre des artères principales de Hong Kong étaient entièrement bloquées.

Les médias occidentaux étaient présents en force, portant des gilets fluorescents jaunes, leurs insignes de « presse », des casques et des masques. Ils se sont mêlés à la foule, filmant les drapeaux étatsuniens, appréciant clairement le spectacle.

« Président Trump, Libérez Hong Kong, s’il vous plaît« , j’ai lu sur plusieurs affiches.

« Libérer de qui ? » J’ai demandé à un groupe de manifestants, tous en tenue ninja, des barres de métal dans leurs mains, des foulards noirs couvrant leur visage.

Plusieurs d’entre eux ont répondu en marmonnant quelque chose d’incompréhensible. Une fille a crié d’un air de défi :

Tout près, j’ai vu l’Union Jack britannique, avec de vieilles armoiries de l’époque coloniale de Hong Kong.

La grande manifestation était clairement une trahison. Ses membres ont adressé une pétition au consulat général des États-Unis, demandant au Congrès US d’adopter une loi qui obligerait son gouvernement à surveiller et à décider si Hong Kong est « suffisamment autonome » par rapport à la RPC, et si elle devrait alors bénéficier des avantages commerciaux et économiques étatsuniens.

Partout dans le centre-ville, des centaines de « ninjas » criaient des slogans pro-occidentaux. Ici, les drapeaux de Hong Kong de l’époque britannique étaient agités, à côté des drapeaux US.

J’ai approché un jeune couple parmi les manifestants, qui se reposaient sur un banc :

« Vos amis réalisent-ils à quel point la domination britannique était brutale, antidémocratique et oppressive ? Savent-ils dans quelle misère de nombreux citoyens de Hong Kong ont dû vivre à cette époque ? Et à propos de la censure, l’humiliation… ?«

« Non ! » Ils m’ont crié dessus, outragés. « C’est de la propagande !«

« La propagande de qui ? » Je me demandais.

« La propagande de Pékin !«

Au moins, ils parlaient un peu anglais. Ce qui est bizarre à Hong Kong, c’est que, alors que certaines personnes ici aimeraient (ou sont peut-être payées pour dire qu’elles voudraient ?) retrouver l’administration coloniale britannique, une grande majorité de la population ne parle presque plus l’anglais maintenant, et refuse de parler le mandarin. Rien d’étonnant à ce que Hong Kong perde rapidement son avantage face à Singapour, une ville pro-chinoise et très cosmopolite !

Mais la manifestation n’était pas là où « l’action » était vraiment et je le savais intuitivement.

La marche brandissant le drapeau était une grande manifestation organisée par les médias occidentaux. Là-bas, les slogans « pro-démocratie » étaient chantés d’une manière ordonnée. Rien n’a été brûlé, vandalisé ou démantelé partout où des caméras de presse occidentales étaient présentes !

Quelques pâtés de maisons plus loin, cependant, j’ai été témoin du vandalisme monstrueux de l’une des entrées de la station de métro Central (MTR). Les hooligans qui se qualifient eux-mêmes de « manifestants » ruinaient la propriété publique, un système de transport utilisé par des millions de citoyens chaque jour.

Pendant qu’ils y étaient, ils ont également démantelé des garde-corps publics en métal qui séparent les trottoirs des routes. Les barres de métal de ces garde-corps ont ensuite été utilisées pour d’autres attaques contre l’infrastructure de la ville, ainsi que contre la police.

Avant de brûler le magasin

Des parapluies dans les mains de « manifestants » couvraient la scène du crime. Parapluies similaires à ceux utilisés en 2014, lors de la précédente « Révolte des parapluies ».

Aucun journaliste étranger n’était en vue ! Ce n’était pas pour le monde. C’était brut, réel et violent.

« Ne filmez pas ! » Des bouches couvertes ont commencé à me crier dessus.

Je n’arrêtais pas de filmer et de photographier. Je ne portais ni veste, ni casque, ni insigne de presse. Je ne le fais jamais, nulle part dans le monde.

Ils m’ont laissé seul, trop occupé à détruire la rue. Alors qu’ils démantelaient les biens publics, leurs sacs à dos, remplis de lecteurs portables, régurgitaient l’hymne national US.

Mon ami de Pékin m’a écrit un bref message :

Mais ce n’est pas seulement la Chine continentale qui est dégoûtée par ce qui se passe à Hong Kong. Trois grands journaux de Hong Kong, Wen Wei PoTa Kung Pao et Hong Kong Commercial Daily, sont tous pro-Pékin, pro-police et définissent les « manifestants » comme des « émeutiers » ou « fauteurs de troubles » (en chinois).

Parmi les grands, seuls Ming Pao et Apple Daily, traditionnellement anti-Pékinois, définissent les « manifestants » comme des « rassembleurs« , des « manifestants » et même des « libérateurs« .

Les citoyens locaux sont principalement (comme ils l’avaient été lors des émeutes de 2014) hostiles aux « protestations », mais ils ont peur d’affronter les gangs principalement jeunes, couverts et armés (avec des barres et des clubs métalliques). Certains ont essayé, même dans un centre commercial de luxe au centre-ville, et ont été brutalement battus.

Les « protestataires » semblent être sous adrénaline, et dans une humeur très militante. Ils se rassemblent et se déplacent en hordes. La plupart d’entre eux refusent de parler.

Ce qu’il est important de comprendre, c’est que pendant que les émeutiers essaient de faire passer le message qu’ils « luttent pour la démocratie », ils sont en fait très intolérants envers tous ceux qui sont en désaccord avec leurs objectifs. En fait, ils attaquent violemment ceux qui ont des opinions différentes.

Attaque sur la station Central

En outre, et je dois le dire clairement, après avoir couvert les manifestations dans des centaines de villes du monde entier, de Beyrouth à Lima, Buenos Aires, Istanbul, Paris, Le Caire, Bangkok et Jakarta : ce qui se passe à Hong Kong est extrêmement modéré en ce qui concerne les réponses policières ! La police de Hong Kong fonctionne bien et rapidement. Elle a créé des chaînes humaines, a projeté beaucoup de gaz lacrymogène léger et sporadiquement utilisé. Il se défend en cas d’attaque. Mais la violence ?

Si vous comparez les actions de la police ici à celles de Paris, c’est de la politesse et de la douceur. Presque pas de balles en caoutchouc. Le gaz lacrymogène est « honnête » et n’est pas mélangé à des produits chimiques mortels, comme c’est le cas dans de nombreux autres endroits, et administré à petites doses. Pas de canon à eau crachant du liquide plein d’urine et d’excréments, comme dans beaucoup d’autres villes du monde. Faites-moi confiance : Je suis un expert en gaz lacrymogène. A Istanbul, pendant l’insurrection du Gezi Park, les manifestants ont dû utiliser des masques à gaz, moi aussi, sinon on se serait évanoui ou on aurait fini dans un hôpital. Les gens s’évanouissent aussi à Paris. Personne ne s’évanouit ici, c’est un produit léger.

La presse occidentale en action

Quant à « l’autre côté », le niveau de violence des manifestants est extrême. Ils paralysent la ville, ruinant des millions de vies. Le nombre d’arrivées d’étrangers à Hong Kong a diminué de 40%. La réception de l’hôtel Mandarin Oriental, qui se trouve juste à côté des batailles du dimanche, m’a dit que la plupart des chambres sont maintenant vides et que pendant les « événements », l’hôtel est coupé du monde.

Et qu’en est-il de leurs exigences traîtresses ? Cela serait-il accepté n’importe où dans le monde ? Les drapeaux battant pavillon d’un pays étranger (en l’occurrence, des États-Unis) et exigeant une intervention ?

Les « dirigeants militants pro-démocratie » de Hong Kong, comme Joshua Wong, sont clairement de connivence avec les intérêts et les gouvernements occidentaux. Lui et d’autres répandent constamment ce que l’on pourrait qualifier de fausses nouvelles n’importe où ailleurs. Par exemple, « Ma ville est le nouveau Berlin de la guerre froide« , a-t-il récemment déclaré. Oui, peut-être, mais pas à cause du gouvernement de Hong Kong, mais à cause de ses propres actions et de celles de gens comme lui.

La couverture des événements par les médias occidentaux est clairement sélective et c’est le moins qu’on puisse dire. En fait, de nombreux médias d’Europe et d’Amérique du Nord « versent de l’huile sur le feu ». Ils encouragent les émeutiers tout en exagérant les actions de la police locale. Je surveille et filme leur travail et ce que je vois est scandaleux !

J’écris ce rapport au Centre Tai Kwun. Aujourd’hui célèbre dans le monde entier pour son complexe artistique (du « nouveau Hong Kong chinois »), c’était le poste de police central sous l’occupation britannique, ainsi que ce que l’on appelle l’enceinte de la prison de Victoria.

M. Edmond, qui travaille pour le centre, explique :

Cellule de prison britannique

Ici, les prisonniers étaient enfermés et exécutés, sous la domination britannique. Non loin d’ici, des bidonvilles monstrueux abritaient des sujets privés de la reine. Après le départ des Britanniques, ces bidonvilles ont été convertis en parcs publics.

La vie à Hong Kong s’est améliorée. Pas aussi vite qu’à Shenzhen ou Guangzhou voisins, mais elle s’est améliorée. La raison pour laquelle Hong Kong est « laissée pour compte », c’est à cause de ses lois, règles et règlements archaïques de l’époque britannique, de son système capitaliste extrême ; à cause de « trop peu de Pékin », et non à cause de « trop de Pékin ».

Ces voyous vont à l’encontre des intérêts de leur propre peuple, et leur propre peuple les maudit maintenant. Pas encore bruyamment, comme les émeutiers ont des clubs et des barres en métal, mais en jurant.

Les médias occidentaux choisissent de ne pas entendre ces malédictions. Mais la Chine le sait. Elle entend. J’entends aussi les gens de Hong Kong.

Les malédictions chinoises sont terrifiantes, puissantes. Et elles ne se dissolvent pas dans l’air.

Andre Vltchek

Article original en anglais :

Western Media Portrays Hong Kong Hooligans as Heroes. But Are They?

Cet article a été publié initialement en anglais par RT.

Traduction par Réseau InternationalLa source originale de cet article est Mondialisation.caCopyright © Andre Vltchek, Mondialisation.ca, 2019

Le New York Times admet avoir envoyé un article au gouvernement pour approbation. Par Ben Norton


Le journal américain de référence a donné très récemment un exemple éloquent de la relation de symbiose qui existe entre les médias institutionnels et le gouvernement, par Ben Norton pour Grayzone

Le New York Times a publiquement reconnu qu’il avait envoyé un article au gouvernement américain afin qu’il soit approuvé par les « responsables de la sécurité nationale » avant sa publication.

Cela confirme ce que des correspondants chevronnés du New York Times, comme James Risen, ont affirmé : le journal américain de référence collabore régulièrement avec le gouvernement américain, supprimant les reportages que les hauts fonctionnaires ne veulent pas rendre publics.

Le 15 juin, le Times a rapporté que le gouvernement américain intensifie ses cyberattaques contre le réseau électrique russe. Selon l’article, « l’administration Trump, dans le cadre élargi d’une guerre froide numérique entre Washington et Moscou, utilise de nouveaux pouvoirs pour déployer des outils informatiques de manière plus agressive ».

En réponse à ce reportage, le président Donald Trump a attaqué le Times sur Twitter, qualifiant l’article « d’acte virtuel de trahison ».

Le bureau des relations publiques du New York Times a répondu à Trump à partir de son compte Twitter officiel, défendant l’histoire et notant qu’elle avait, en fait, été approuvée par le gouvernement américain avant d’être publiée.

« Accuser la presse de trahison est dangereux », a déclaré l’équipe de communication du Times. « Nous avons expliqué l’article au gouvernement avant sa publication ».

« Comme le souligne notre article, les responsables de la sécurité nationale du président Trump ont déclaré qu’il n’y avait aucune objection », a ajouté le Times.

[Le croyez-vous, ce faiblard New York Times vient de publier une histoire racontant que les États-Unis multiplient considérablement leurs cyberattaques contre la Russie ? C’est virtuellement un acte de trahison de la part d’un grand journal qui cherche désespérément une histoire, n’importe quelle histoire, même si elle est désastreuse pour notre pays…]

En réalité, le reportage du Times sur l’escalade des cyberattaques américaines contre la Russie est le fait de « fonctionnaires actuels et anciens du gouvernement [américain] ». En fait, le scoop vient de ces apparatchiks, et non d’une fuite ou de l’enquête tenace d’un journaliste intrépide.

Les « vrais » journalistes obtiennent l’approbation de diffuser

La « Résistance » néolibérale autoproclamée a sauté sur l’accusation imprudente de trahison portée par Trump (la Coalition démocratique, qui se vante du « Nous aidons à mettre en œuvre #LaRésistance », a répondu en qualifiant Trump de « marionnette de Poutine »). Le reste de la presse institutionnelle s’est déchaînée.

Mais ce qui a été complètement occulté, c’est ce qui est le plus révélateur dans la déclaration du New York Times : le journal officiel admettait en substance avoir une relation symbiotique avec le gouvernement.

En fait, certains grands experts américains sont même allés jusqu’à insister sur le fait que cette relation symbiotique est précisément ce qui fait que quelqu’un est un journaliste.

En mai, Marc Thiessen, le chroniqueur néoconservateur du Washington Post – ancienne plume des discours du président George W. Bush – a déclaré que l’éditeur de WikiLeaks, d’autre part prisonnier politique, Julian Assange n’est « pas un journaliste », mais bien un « espion » qui « mérite la prison ». ( Par le passé Thiessen a aussi qualifié Assange de « diable ».)

Quelle a été la raison invoquée par le chroniqueur du Post pour invalider les compétences journalistiques d’Assange ?

Contrairement aux « organes de presse réputés, Assange n’a pas donné au gouvernement américain l’occasion d’examiner les informations classifiées que WikiLeaks avait l’intention de divulguer de sorte à leur permettre de soulever des objections en matière de sécurité nationale », a écrit Thiessen. « Les journalistes sérieux n’ont donc rien à craindre. »

En d’autres termes, cette ancienne plume des discours du gouvernement américain, devenu spécialiste des médias institutionnels, insiste sur le fait que ce qui fait de vous un journaliste, c’est votre collaboration avec le gouvernement et la censure en ce qui concerne vos reportages afin de protéger la « sécurité nationale ».

C’est la conception idéologique expresse des commentateurs américains.

[Julian Assange n’est pas un héros. C’est le diable. http://wpo.st/ep782]

La relation symbiotique qui existe entre les médias institutionnels américains et le gouvernement est connue depuis un certain temps déjà. Les services de renseignement américains jouent avec la presse comme avec un instrument de musique, l’utilisant pour faire fuiter sélectivement des informations à des moments opportuns afin de faire pression sur le pouvoir doux [soft power, NdT] des États-Unis et faire progresser les intérêts de Washington.

Mais rarement cette relation symbiotique n’a été attestée de façon aussi désinvolte et publique.

En 2018, l’ancien journaliste du New York Times, James Risen, a publié un article de 15 000 mots dans The Intercept, donnant un aperçu du fonctionnement de cette alliance tacite.

[1. #JamesRisen : “Un haut fonctionnaire de la CIA m’a dit un jour que sa règle de base pour savoir si une opération secrète devrait être approuvée était : “De quoi cela aura-t-il l’air à la une du New York Times ?”]

Risen a expliqué très précisément comment ses rédacteurs en chef avaient été « tout à fait disposés à coopérer avec le gouvernement ». En fait, un haut fonctionnaire de la CIA a même dit à Risen que sa règle de base pour approuver une opération secrète était : « De quoi ça aura-t-il l’air à la une du New York Times ? »

Il existe un « accord informel » entre l’État et la presse, a expliqué Risen, par lequel des représentants du gouvernement américain « ont régulièrement entrepris des négociations discrètes avec la presse pour tenter d’empêcher la publication d’articles sensibles concernant la sécurité nationale ».

« À l’époque, j’étais généralement d’accord avec ces négociations », a déclaré l’ancien journaliste du New York Times. Il se souvient d’un cas particulier, celui d’un article qu’il écrivait alors sur l’Afghanistan juste avant les attentats du 11 septembre 2001. George Tenet, alors directeur de la CIA, a téléphoné personnellement à Risen et lui a demandé de supprimer l’histoire.

« Il m’a dit que sa divulgation menacerait la sécurité des agents de la CIA en Afghanistan », a dit Risen. « J’ai accepté ».

Risen a dit plus tard qu’il s’était demandé si oui ou non c’était la bonne décision. « Si j’avais raconté cette histoire avant le 11 septembre, la CIA aurait été furieuse, mais cela aurait peut-être pu déclencher un débat public sur la question de savoir si les États-Unis en faisaient assez pour capturer ou tuer ben Laden », a-t-il écrit. « Ce débat public aurait peut-être forcé la CIA à prendre plus au sérieux la question de la capture de ben Laden. »

Ce dilemme a amené Risen à reconsidérer sa position quant aux demandes de censure du gouvernement américain concernant ses articles. « Et cela m’a finalement mis dans une situation de conflit avec les rédacteurs en chef du New York Times », a-t-il dit.

« Après les attentats du 11 septembre 2001, l’administration Bush a commencé à demander à la presse de supprimer plus souvent des articles », a poursuivi Risen. « Ils l’ont fait si souvent que j’ai acquis la conviction que l’administration invoquait la sécurité nationale pour faire supprimer des histoires qui étaient simplement politiquement embarrassantes. »

Dans la période qui a précédé la guerre en Irak, Risen s’est souvent « heurté » aux rédacteurs en chef du Times parce qu’il avait mis en doute les mensonges du gouvernement des États-Unis. Ses articles « soulevant des questions sur le renseignement, en particulier les allégations de l’administration quant à l’existence d’un lien entre l’Irak et Al-Qaïda, ont été tronqués, noyés dans le reste ou complètement exclus du journal ».

« Pour beaucoup de gens au journal, [le rédacteur en chef du Times, Howell Raines] préférait les articles qui soutenaient la cause de la guerre », a dit Risen.

Autre anecdote, l’ancien journaliste du Times se souvient d’un scoop qu’il avait découvert quant à un complot foireux de la CIA. L’administration Bush en a eu vent et l’a convoqué à la Maison-Blanche, où Condoleezza Rice, alors conseillère à la sécurité nationale, a imposé au Times d’enterrer l’histoire.

Rice lui a dit : « Oubliez l’histoire, détruisez mes notes et ne téléphonez plus jamais pour en discuter avec qui que ce soit ».

« L’administration Bush a réussi à convaincre la presse de retenir ou de supprimer des articles concernant la sécurité nationale », a écrit Risen. Et l’administration de Barack Obama a ensuite intensifié la « guerre contre la presse ».

La salle de rédaction du New York Times en 2008, peu après son déménagement à son siège actuel. (Bpaulh, Wikimedia Commons)

Infiltration de la CIA et fabrique du consentement

Dans leur remarquable étude sur les médias américains, « La Fabrication du consentement : De la propagande médiatique en démocratie », Edward S. Herman et Noam Chomsky ont exposé un « modèle de propagande », démontrant comment « les médias servent les puissants intérêts des sociétés qui les contrôlent et les financent et font de la propagande pour leur compte », au moyen de « la sélection de collaborateurs raisonnables et par l’internalisation des priorités et définitions du caractère opportun des informations conformes aux politiques de l’institution par les rédacteurs et journalistes en activité. »

Mais dans certains cas, la relation entre les services de renseignement américains et les médias institutionnels n’est pas seulement une relation de persuasion idéologique, de pression indirecte ou d’amitié, mais plutôt une relation professionnelle.

Dans les années 1950, la CIA a mené une opération secrète appelée Projet Mockingbird, qui lui permettait de surveiller, influencer et manipuler les journalistes américains et les médias, et ce, de façon ouverte afin d’orienter l’opinion publique de façon défavorable vis-à-vis de l’Union soviétique, la Chine et le mouvement communiste international grandissant.

Le bien-connu journaliste Carl Bernstein, anciennement au Washington Post qui a aidé à déterrer le scandale du Watergate, a publié pour Rolling Stone, en 1977, un article majeur ayant pour titre « La CIA et les médias : Comment les médias d’information les plus puissants d’Amérique ont travaillé main dans la main avec la Central Intelligence Agency et pourquoi la Commission Church a couvert tout ça ». [La commission Church, dont le nom complet est « United States Senate Select Committee to Study Governmental Operations with Respect to Intelligence Activities », est une commission formée à l’initiative du Sénat des États-Unis et dirigée en 1975 par le sénateur démocrate Frank Church, NdT].

Bernstein a obtenu de la CIA des documents qui révèlent qu’au cours des 25 dernières années, plus de 400 journalistes américains avaient « secrètement effectué des missions pour la Central Intelligence Agency ».

Bernstein a écrit : « Certaines des relations entre ces journalistes et l’Agence étaient tacites, d’autres explicites. Il y a eu coopération, accommodement et superposition. Les journalistes ont assuré une gamme complète de services clandestins – depuis la simple collecte de renseignements jusqu’à la mise en relation avec des espions dans les pays communistes. Les journalistes partageaient leurs notes avec la CIA. Les rédacteurs en chef partageaient leurs équipes. Certains de ces journalistes avaient obtenu le Prix Pulitzer, éminents reporters qui se considéraient comme des ambassadeurs sans accréditation pour leur pays. Nombre d’entre eux étaient moins emballés : les correspondants à l’étranger qui trouvaient cependant que leur association avec l’Agence les aidait dans leur travail ; les journalistes d’investigation et les pigistes qui s’intéressaient autant aux arcanes de l’espionnage qu’à la publication de leurs articles ; et catégorie la plus mineure, celles des employés à temps plein de la CIA se faisant passer pour des journalistes à l’étranger. Dans de nombreux cas, les documents de la CIA montrent que des journalistes étaient recrutés pour exécuter des tâches pour la CIA, et ce, avec l’accord des différentes directions des principaux organes de presse américains. »

Pratiquement tous les médias américains majeurs ont coopéré avec la CIA, a révélé Bernstein, notamment ABC, NBC, l’AP, l’UPI, Reuters, Newsweek, les journaux du groupe Hearst, The Miami HeraldThe Saturday Evening Post et The New York Herald Tribune.

Cependant, a-t-il ajouté, « Selon les responsables de la CIA, les plus précieuses de ces associations sont de loin celles avec le New York Times, CBS et Time Inc. ».

Ces strates de manipulation de l’État, que ce soit la censure ou même la création directe de médias d’informations montrent que, même s’ils prétendent être indépendants, The New York Times et d’autres médias servent de facto de porte-paroles au gouvernement – ou du moins à la sécurité nationale de l’État américain.

Ben Norton est journaliste et écrivain. Il est reporter pour The Grayzone et producteur du podcast « Moderate Rebels », qu’il co-anime avec Max Blumenthal. Son site Web est BenNorton.com et il twitte sur @BenjaminNorton.

Source : Consortium News, Ben Norton, 25-06-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/le-new-york-times-admet-avoir-envoye-un-article-au-gouvernement-pour-approbation-par-ben-norton/

Julian Assange remporte le prix Gavin MacFadyen 2019 de Compassion in Care pour les dénonciateurs.


PS. Photo d’illustration : la prison où est incarcéré Julian Assange.

Le prix sera remis le 28 septembre devant la prison Belmarsh à Londres où Julian Assange est incarcéré.

Je suis fière d’annoncer que le courageux journaliste et éditeur Julian Assange est le lauréat du prix Gavin MacFadyen de cette année ; c’est le seul prix décerné uniquement par des dénonciateurs.

En tant que dénonciateur d’abus et de torture à grande échelle infligés aux personnes vulnérables, ce sont les médias qui nous ont aidés à protéger ceux qui n’ont pas voix au chapitre.

Ayant fait campagne et soutenu plus de 7 000 dénonciateurs de tous les secteurs, je sais que lorsque vous êtes seul face à la puissance de multinationales ou de gouvernements, le seul champion dont vous avez besoin est quelqu’un qui a le courage de publier la vérité.

Le fil rouge le plus commun qui a traversé les raisons qui ont motivé la nomination du lauréat de cette année peut être résumé en une phrase : « Que se passera-t-il quand le prochain abus, la prochaine corruption, le prochain crime ou la prochaine mauvaise conduite nécessiteront d’être révélés, les autres médias auront-ils trop peur de publier la vérité ? » Cette question ne devrait jamais être posée dans un pays civilisé.

En tant que journaliste, j’ai honte du silence qui a prévalu pendant la persécution d’un courageux disciple de la vérité.

Ces derniers mois, j’ai continuellement vu des Britanniques brandir des pancartes avec le mot « démocratie ». Si la démocratie ne défend pas la liberté d’expression et la liberté de la presse, alors c’est une imitation répréhensible. Il est du devoir de tout véritable journaliste de se lever et de dénoncer le châtiment immoral de Julian Assange.

Nous décernons le prix de cette année à un homme qui a le courage de publier la vérité et qui a fait tant de sacrifices en conséquence.

En tant que dénonciateurs, nous avons, en raison de notre expérience, une très longue liste de méchants, mais une liste très limitée de champions, et vous avez été élu champion numéro un de la vérité.

Merci Julian Assange pour tout ce que vous avez fait pour exposer les faits, aucun service plus important ne peut être rendu au public et nous sommes désolés que votre sacrifice n’ait pas encore été reconnu par le public dont vous servez les intérêts.

Eileen Chubb, fondatrice de Compassion in Care

Traduction : Romane

»»https://defend.wikileaks.org/2019/09/09/julian-assange-wins-the-2019-g…

URL de cet article 35215
https://www.legrandsoir.info/julian-assange-remporte-le-prix-gavin-macfadyen-2019-de-compassion-in-care-pour-les-denonciateurs.html

Un centre d’espionnage israélien à deux pas de la Maison-Blanche


Un centre d'espionnage israélien à deux pas de la Maison-Blanche

Les dispositifs de surveillance par téléphone portable découverts près de la Maison-Blanche et d’autres lieux sensibles autour de Washington auraient été installés par Tel-Aviv, assure le média américain Politico. En effet, selon le témoignage de trois anciens hauts responsables qui ont commenté cette information, les investigations menées par le gouvernement américain ont conclu qu’Israël était à l’origine du placement de ces dispositifs dans le but d’espionner le président Donald Trump.

Alors que le président américain, Donald Trump, est fier de ses relations étroites et amicales avec le régime israélien, Tel-Aviv aurait espionné Washington.

En conséquence, au cours de ces deux dernières années, qui coïncident avec le mandat présidentiel de Trump, de petits dispositifs d’espionnage appelés « StingRay » ont été installés près de la Maison-Blanche et d’autres bâtiments gouvernementaux importants à Washington. Ces appareils se font passer pour des émetteurs de télécommunications mais leur tâche véritable est de localiser les téléphones portables et d’extraire leurs informations d’identification.

Ces appareils, dont le nom industriel est « IMSI-catchers », sont capables de récupérer le contenu des appels utilisés et des données Internet.

Un IMSI-catcher (International Mobile Subscriber Identity) est un matériel de surveillance utilisé pour intercepter des données de trafic de téléphonie mobile et pour suivre les données de localisation des terminaux, et donc de leurs utilisateurs.

Une ancienne autorité américaine a déclaré que ces dispositifs avaient peut-être été installés pour espionner Trump, ses principaux conseillers et ses proches collaborateurs, et qu’en dépit des affirmations de la Maison-Blanche, on ignore encore dans quelle mesure la mission israélienne a été couronnée de succès.

La rédaction de Politico affirme que Donald Trump est réputé pour son laxisme quant aux protocoles de sécurité de la Maison-Blanche. Le journal avait d’ailleurs signalé en mai 2018 que le président utilisait souvent un mobile insuffisamment sécurisé pour communiquer avec ses amis et ses confidents. En octobre 2018, le New York Times avait révélé que « des espions chinois écoutaient souvent » les appels de Trump sur son téléphone portable.

Les agents du département de la Sécurité intérieure des États-Unis, qui ont découvert en 2018 des dispositifs d’espionnage dans divers endroits à Washington, sont convaincus, après des recherches approfondies et une coopération avec le FBI et d’autres agences de sécurité, que des agents israéliens avaient installé ces appareils.

Les porte-parole de l’administration Trump, le FBI, le département américain de la Sécurité intérieure et les services secrets américains ont refusé de commenter le rapport de Poltico et les révélations des anciennes autorités américaines.

« Même après que la police fédérale et d’autres agences de renseignement ont conclu que les Israéliens avaient installé ces dispositifs près de la Maison-Blanche, Trump n’a toujours pris aucune mesure pour sanctionner publiquement ou secrètement Tel-Aviv », a déclaré une ancienne haute autorité de la sécurité américaine en critiquant la négligence de l’administration Trump.

Citant des sources anonymes, Politico a écrit : « Bien que l’information ait été connue auprès des agences concernées (FBI, DHS, NSA et la CIA), le gouvernement Trump n’a fait aucun reproche au gouvernement israélien ni pris aucune mesure contre lui, contrairement à la plupart des autres cas où des incidents d’espionnage étrangers flagrants ont été découverts sur le sol américain. »

Contacté par Politico, le porte-parole de l’ambassade israélienne, Elad Strohmayer, a nié qu’Israël ait placé ces appareils et a déclaré : « Ces allégations sont un non-sens absolu. Israël ne mène pas d’espionnage aux États-Unis, point final. »

Notons que ce « scandale » sécuritaire a éclaté 48 heures après le limogeage du faucon John Bolton du poste de conseiller à la Sécurité nationale. Israël serait-il derrière ce limogeage surprise ?

Source

http://www.wikistrike.com/2019/09/un-centre-d-espionnage-israelien-a-deux-pas-de-la-maison-blanche.html

Mort de Steve: La police des polices remplie de ripoux ?


L'IGPN a-t-elle sciemment omis un élément important dans son rapport adressé suite à son enquête sur les circonstances de la mort de Steve Caniço à Nantes pour orienter ses conclusions vers l'absence de lien entre la charge des forces de l'ordre et le décès du jeune homme ?
L’IGPN a-t-elle sciemment omis un élément important dans son rapport adressé suite à son enquête sur les circonstances de la mort de Steve Caniço à Nantes pour orienter ses conclusions vers l’absence de lien entre la charge des forces de l’ordre et le décès du jeune homme ?
La police des polices remplie de ripoux ? 
Le téléphone de l’animateur a « borné » au moment de l’intervention policière, alors que le rapport de la police des polices faisait jusque-là simplement état d’un SMS envoyé une heure auparavant.

Nouvel élément dans l’enquête sur la mort de Steve Caniço: le portable de l’animateur disparu pendant la Fête de la musique à Nantes émettait un signal au moment de l’intervention policière alors que l’IGPN faisait jusque-là simplement état d’un SMS envoyé une heure auparavant.

Cette découverte de la police judiciaire nantaise pourrait permettre d’éclairer les circonstances de la mort de cet animateur périscolaire de 24 ans, dont le corps sans vie a été retrouvé le 29 juillet dans la Loire après environ cinq semaines de recherche et de controverses.

Chargée de faire la lumière sur l’opération policière menée dans la nuit du 21 au 22 juin sur les quais de la Loire pour faire cesser la musique, l’IGPN, la “police des polices”, avait indiqué en juillet que ce téléphone avait – via l’envoi d’un SMS – déclenché “un relais téléphonique à 3 heures 16″, soit plus d’une heure avant le début de l’intervention. 

Rapport “d’une qualité extrêmement médiocre”?

C’est en se fondant sur ce rapport administratif que le Premier ministre Edouard Philippe avait fin juillet conclu “qu’aucun lien” n’avait pu être établi entre la disparition de Steve Caniço et la charge des policiers, qui avaient fait usage de gaz lacrymogène et de lanceurs de balle de défense.

Confirmant une information du Canard Enchaîné, des sources proches de l’enquête ont toutefois indiqué mardi à l’AFP que le téléphone du jeune homme “bornait au moment de l’intervention policière”, renforçant le flou sur les circonstances de sa chute dans la Loire. Selon l’hebdomadaire satirique, ce dernier bornage a été relevé à 4 heures 33 sur le Quai Wilson.

“Le vrai problème c’est que personne n’a vu Steve à ce moment là”, confie une source proche du dossier, ajoutant: “On ne sait pas où ni comment il est tombé”.

Contactée par l’AFP, l’avocate de la famille Caniço a estimé que cette découverte confortait ses convictions. “Je ne peux pas communiquer sur l’instruction en cours mais je rappelle que je dis depuis fin juillet que la chute de Steve dans la Loire est concomitante de l’intervention policière”, a réagi Me Cécile de Oliveira. L’avocate a également de nouveau critiqué la communication du Premier ministre qui était, selon elle, “beaucoup trop rapide sur un rapport qui moi m’apparaissait d’une qualité extrêmement médiocre”.

– “Fadettes” –

Pour s’expliquer, la Direction de la police nationale (DGPN) met en avant les différences fondamentales qui existent entre les enquêtes administratives (dont celle de l’IGPN) et judiciaires. “La disparition de Steve a été signalée le 23 juin. Les policiers de la Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) ont alors fait une réquisition des fadettes, c’est à dire des relevés des appels et SMS passés par le téléphone de Steve”, a expliqué à l’AFP la DGPN.

“Ces fadettes ont révélé qu’un dernier SMS avait été envoyé à 3 heures 16. Un télégramme, document administratif, a alors été rédigé”, précise-t-on à la DGPN. Pour rédiger son rapport sur l’intervention des forces de l’ordre, l’IGPN a “alors réuni tous les documents administratifs, dont ce télégramme”, défend la DGPN. Dans une enquête administrative, l’IGPN n’a par ailleurs pas le droit d’effectuer des réquisitions auprès des opérateurs téléphoniques, contrairement à ce qu’autorise une enquête judiciaire comme celle ouverte après la mort du jeune homme.

L’enquête a été dépaysée le 4 septembre à Rennes, à la demande des deux juges d’instruction nantais en charge de l’enquête pour “homicide involontaire”.

Face aux critiques contre le rapport de l’IGPN, l’Intérieur avait saisi fin juillet l’Inspection générale de l’administration (IGA), l’organe de contrôle du ministère, “pour comprendre les conditions de l’organisation” de la Fête de la musique à Nantes. Ses conclusions sont attendues au plus tard le 15 septembre.

http://www.wikistrike.com/2019/09/steve-la-police-des-polices-remplie-de-ripoux.html

Source