L’Algérie a besoin d’un électrochoc politique pour sortir de la crise


Auteur de plusieurs ouvrages sur la guerre d’Algérie, professeur de médecine et politologue, Belaid Abane en appelle à des hommes, à des projets et à des partis qui seront les forces vives du renouveau démocratique algérien. Un entretien avec Djaffar Amokrane

Vous êtes un esprit libre et indépendant de toute chapelle et de toute obédience. Que pensez-vous de cette mise en mouvement massive et inédite du peuple algérien ?

La marche du vendredi 22 février a été pour tous les observateurs de la vie politique algérienne, une immense surprise. Les Algériens que l’on croyait amorphes dépolitisés et résignés étaient sortis massivement exprimer leur refus du projet aberrant d’un 5emandat pour un homme incapable de s’occuper de lui-même. Tout a été dit sur ce mouvement massif, citoyen, ordonné, pacifique qui a su donner à l’extérieur une image éminemment positive d’un pays perçue jusque-là plutôt sous l’angle exclusivement négatif, peuple et gouvernants confondus. T

out cela j’ai pu le constater moi-même lors de la marche du vendredi 29 mars. J’ai pris la mesure du très haut niveau de conscience politique qui anime chaque Algérien avec qui il m’a été donné d’échanger, toutes générations et toutes tendances politiques confondues. J’ai pu également constater la disposition de chacun à l’apaisement et au consensus.

Pensez-vous que le mouvement est « une génération spontanée » pour reprendre une métaphore aristotélicienne ?

Je ne le crois pas. Le caractère massif, coordonné, national du mouvement pacifique, le choix minutieux de ses slogans m’avaient amené à penser qu’une main intelligente avait su exploiter le juste mécontentement populaire. Et que le mouvement était guidé et stimulé en sous-main. Bien évidemment si le terreau n’était pas bon, la graine de la Révolution pacifique n’aurait pas pris, ou le mouvement aurait fait long feu. Qui peut en Algérie mobiliser la rue de manière aussi massive et ordonnée ? J’avais émis l’hypothèse il ya plus d’un mois sur une chaine de télévision que seuls les anciens réseaux du DRS (services algériens) étaient capables d’une telle performance. Et bien entendu ils jouaient sur du velours car pour les Algériens la coupe était pleine face à un système prédateur et corrompu qui a décidé de se maintenir par tous les moyens. Pourquoi les ex DRS me diriez-vous ? Il y a en quelques mots deux objectifs : prendre leur revanche sur Bouteflika et Gaïd, les deux responsables de leur disgrâce ; et se repositionner dans l’après Bouteflika. Ce qu’ils ont seulement oublié c’est que le Hyrak est une immense lame de fond qui submergera sans doute tout ce qui a fait le lit du système honni.

La patron de l’armée algérienne, Gaïd Salah, a accusé des « mains étrangères ». Qu’en pensez-vous ?

L’occasion était trop bonne. Je ne pense pas que les promoteurs de révolutions orange aient détourné le regard de ce qui se passe en Algérie. L‘esprit avisé du sémioticien ne manquerait pas de relever certaines étranges similitudes entre ce qui se passe dans les villes d’Algérie et les révolutions oranges dans les anciens pays de la sphère soviétique. La question peut être posée de savoir s’il y a collusion entre la main interne et la main externe, comme l’avait sous-entendu le chef d’état-major (CEM). Je ne le pense pas sauf peut-être au niveau des individus aux échelons les plus bas. Quoi qu’il en soit c’est mal connaître les Algériens que de croire qu’on pourrait leur faire avaler des couleuvres du genre Saakachvili ou Hamid Karzaï.

Selon vous le mouvement populaire pacifique a-t-il de l’avenir ?

Oui bien évidemment car on ne peut pas imaginer le Hyrak comme un nuage qui passe et se dissipe dans l’atmosphère. Mais à la seule condition de dépasser la phase actuelle d’euphorie populaire et d’angélisation du peuple auquel sont attribuées toutes les vertus révolutionnaires et créatrices. Et dépasser également le discours d’indignation et de diabolisation de l’ancien régime.

Il faut maintenant passer à la réflexion, l’organisation et aux choses concrètes. Certes le mouvement est un organisme vivant, puissant et dynamique mais il faut se rendre à l’évidence qu’il n’a ni tête, ni bras, du moins visibles. Supposons qu’on mette fin à la procédure de l’article 102 et qu’on envisage une solution politique pour satisfaire la revendication populaire : avec qui discuter, avec qui mener la transition ? C’est un nouveau blocage en perspective. Il est donc urgent que sortent du mouvement des hommes, des projets et des partis politiques qui seront les forces vives du renouveau démocratique algérien. Car, il faut bien comprendre que c’en est fini de ces partis-tambouille qui ont fait le lit de la mégalomanie bouteflikienne.

Après l’impasse Bouteflika, la situation politique algérienne ne semble-t-elle pas de nouveau bloquée ?

Je ne reviendrai pas sur les causes qui ont mené le pays au bord de la catastrophe et dont Bouteflika porte seul l’immense responsabilité. Le système qu’il a mis en place et dont il était la clé de voûte ne s’est pas effondré après sa démission « forcée » comme on pouvait s’y attendre. L’Armée en la personne du CEM a immédiatement colmaté l’édifice. A son corps défendant il faut le souligner. Et à ce titre on peut dire que pendant les deux premières semaines ayant suivi le départ « forcé » de l’ancien président, nous avons eu à faire à un néo-système Bouteflika. Du reste rien ou presque n’a changé. Ce qui a incité le CEM à vouloir à tout prix donner l’illusion du changement, en incitant la justice à ouvrir des dossiers de corruption et de prédation de la richesse nationale. Illusion en effet, car qui pourrait croire que l’appareil judiciaire actuel aussi gangréné que tout le reste, est le mieux indiqué pour une vaste opération « mains propres ». Mais sous la pression tsunamique de la Protesta populaire, l’édifice commence de nouveau à se fissurer. Après la démission du président du Conseil constitutionnel, le CEM qui avait fermé toutes les voies de sortie de crise sauf celle de l’article 102 de la constitution, vient de déverrouiller le jeu. Il laisse en effet entendre dans son allocution du 16 avril à Ouargla que la voie est ouverte à une solution politique en dehors de la « légalité constitutionnelle » dont il avait pourtant fait son credo après l’éviction de Bouteflika.

L’Armée est de nouveau impliquée dans la politique. En sortira-t-elle indemne ?

Même si elle s’en défend, l’armée, du moins le commandement, revient en effet au-devant de la scène politique. Mais il ne s’agit là aucunement d’une tentative putschiste. On peut même dire que l’immense raz-de marée populaire l’avait propulsée malgré elle sur la scène politique face à l’impasse Bouteflika. Gaïd Salah a vite fait son choix : débarquer Bouteflika ou risquer de sombrer avec lui. Les choses se sont accélérées lorsqu’on a voulu lui retirer le tapis sous les pieds. Les tractations opaques menées par Saïd Bouteflika qualifié alors de « chef de bande mafieuse », avec le général Toufik, ancien chef des Services secrets, tractations auxquelles s’est prêté avec une naïveté d’amateur Liamine Zeroual ancien président de la République, ont déclenché chez Gaïd Salah une réaction de fauve blessé. La transition allait donc se faire sans lui voire contre lui. La suite on la connaît : démission de Bouteflika sous la menace de lui faire appliquer dans le déshonneur la procédure d’empêchement prévue à l’article 102 de la constitution ; graves accusations d’agissements antinationaux portées à l’encontre de Toufik et du clan Bouteflika, accusations dont on ne peut dire avec certitude qu’elles épargnent Liamine Zeroual. Dommage collatéral considérable, ce dernier pressenti pour jouer un rôle clef dans la conduite de la transition a pris le risque de se démonétiser en se prêtant à d’anciennes pratiques d’officines « interlopes » dont il a pourtant eu à souffrir au cours de son mandat présidentiel durant les années 1990. Cet épisode critique révèle également ce que j’avais évoqué à plusieurs reprises il y a plusieurs semaines : l’existence d’une opposition militaire constituée par les anciens réseaux de l’Etat profond. Hostile au système Bouteflika, cette opposition qui grenouille hors de l’institution militaire, vise tout particulièrement le CEM accusé d’être le bras armé du système qui les a exclus et parfois humiliés. Ce dernier de son côté est prêt à tout pour empêcher la résurrection du DRS et menace même d’arrêter Toufik. L’ancien chef des Services est en effet accusé sans ambages de vouloir diaboliser l’armée aux yeux du peuple en marche, en créant des troubles et en pervertissant le caractère pacifique de la Protesta. Tout cela signifie d’évidence qu’il faut au plus vite mettre fin à la crise en accélérant la fin d’un ancien régime qui s’entête à rester et l’émergence d’un nouveau qui tarde à naitre. Pour Gaïd Salah, même si sa stratégie n’est pas encore au point, il ne rêve que d’une chose : c’est de refiler la patate brûlante aux civils et que tout cela prenne fin.

Vous semblez penser que la Protesta populaire est devenue un enjeu de pouvoir

Exactement. L’état-major et le commandement militaire se sont rangés aux côtés du peuple dès les premières marches. Il s’agissait de prendre date. Mais aussi, eu égard au caractère tsunamique inédit de la réaction populaire face à l’aberration d’un 5e mandat pour un homme au bout de ses capacités physiques et intellectuelles, il s’agissait de mettre l’institution militaire du bon côté de la barrière. Et pour le commandement de ne pas faire partie du jusqu’auboutisme suicidaire de Bouteflika. Quant à l’ex Etat profond, la Protesta qu’il a sans doute accompagnée et orientée dès ses débuts, est l’occasion de prendre sa revanche sur Bouteflika et Gaïd, son bras armé, en rêvant sans doute de retrouver son omnipotence passée. Pour Gaïd Salah le retour même timide de l’ancien DRS est un casus belli comme il vient de le signifier lors de son allocution du 16 avril à Ouargla.

Entrevoyez-vous une piste possible pour dénouer la crise ?

J’essaie comme tout un chacun d’imaginer comment le pays pourrait se sortir de ce qu’on peut véritablement qualifier d’impasse politique. Mais à quelque chose malheur est bon. N’était-ce le risque d’une nouvelle tragédie encouru par le pays par la faute d’un homme qui a placé son destin personnel au-dessus du destin national, on pourrait même se réjouir de la maturité citoyenne du peuple algérien.

Quelles sont les données de la situation actuelle ? D’un côté le peuple, véritablement le peuple algérien, s’est exprimé sans la moindre ambigüité pour le départ de tout le système Bouteflika. De l’autre, l’armée en la personne du CEM officiellement aligné sur la revendication populaire mais qui entend résoudre la crise par la voie constitutionnelle, c’est à dire en actionnant la procédure prévue à l’article 102 de la constitution. Mais devant la détermination du mouvement populaire et les manigances prêtées à l’ex DRS pour faire déraper la mobilisation, Gaïd Salah est décidé à aller très vite quitte à bousculer la légalité constitutionnelle au profit de la souveraineté populaire. Le jeu est donc maintenant ouvert à toutes les voies y compris donc celle de la solution politique. Il y a plus d’un mois j’insistai sur l’impossibilité d’une solution juridique à une crise d’essence profondément politique. Je préconisai un « électrochoc politique ». Nous y voilà. Mais comment ? Le Hyrak dénie toute légitimité aux institutions post-Bouteflika : gouvernement Conseil constitutionnel, présidence par intérim ainsi que pour le parlement prétendument élu. Le pouvoir d’Etat doit changer de mains. Seule alternative possible : le CEM, clef de voûte du système finissant doit remettre la destinée du pays aux mains d’un Directoire national de transition (DNT) et se mettre sous son autorité jusqu’à la fin de la transition. J’ai déjà évoqué le profil des personnes habilitées à composer le DNT : des personnalités propres, connues au moins nationalement, crédibles internationalement, patriotes, n’ayant d’autre prétention politique que de remettre le pays sur les rails et de transmettre l’amana novembro-soummamienne aux jeunes générations du renouveau national, ce qui est en soi un acte hautement symbolique. Ces personnes sans la moindre ambition politique que celle d’être utiles au pays piloteront en tant que caution morale la transition en s’entoureront d’un staff de compétences et d’experts en tout domaine.

Voici les noms que j’ai évoqués et qui me paraissent tous indiqués pour être la caution morale et patriotique de la transition : Ahmed Taleb, Lakhdar Bouregaa, Djamila Bouhired, Hocine Zehouane et Liamine Zéroual. Ce dernier a néanmoins pris le risque de la décrédibilisation en entrant dans l’opacité des jeux d’appareils. J’ajouterai le nom de Hassan Khatib. Bien sûr qu’Ali Yahia Abdenour et Sadek Hadjeres auraient parfaitement convenu dans ce rôle, n’étaient-ce leur santé fragile et leur grand âge. Bien sûr je comprends qu’on puisse contester toutes ces personnalités. Nul n’est parfait et l’on ne peut faire qu’avec ce qu’on a.

On m’a reproché d’occulter les Bouchachi, Tabou, Assoul, Belabbas, Djilali et toutes les potentialités du Hyrak. Tous ceux-là, comme du reste les Benbitour, Hamrouche, Benflis…ce sont les probables futurs candidats qui ambitionnent de présider aux destinées du pays. Ils ne peuvent donc pas être d’abord juges puis partie. C’est une question de bon sens.

Voici comment je vois leur feuille de route du DNT :

-déterminer après consultations la durée de la phase de transition. C’est une question centrale. Trop courte, le DNT travaillera dans la précipitation avec un risque de bricolage et de bâclage. N’oublions qu’il s’agit d’une véritable refondation de la nation et de l’Etat. Et l’occasion est unique, il ne faut pas la rater. Ceux qui trépignent d’impatience pour aller vite aux présidentielles ne se préoccupent que de leur avenir politique. A l’inverse, si elle trop longue, ça perdrait de son sens alors que le pays est impatient. Une période de 24 à 30 mois me parait un bon terme pour mener à bien une transition sur des bases sûres et sérieuses. En outre une période suffisamment longue permettra au mouvement populaire de s’organiser en partis politiques, peaufiner des projets et surtout pour la jeunesse, se familiariser avec l’exercice de la politique au sens noble.

-Nomination d’un gouvernement de transition qui aura pour tâche de redynamiser et d’assainir l’économie, d’élaborer un véritable fichier électoral et de préparer les prochaines échéances.

-Dissolution de l’APN et abolition du Conseil de la nation, cette singerie institutionnelle, chambre d’encanaillement politique qui coûte trop d’argent à un pays qui doit dorénavant compter drastiquement ses sous.

-Elaboration d’une charte d’honneur et ’éthique politique à laquelle doivent souscrire et se conformer tous les acteurs de la vie politique nationale. Il y sera entre autres question du respect de toutes les libertés fondamentales, y compris la liberté de culte et de conscience, de la stricte égalité entre l’homme et la femme, du non recours à la religion, l’identité, la force et la violence dans l’exercice de la politique… Après nul n’est fondé à exclure et nul ne peut être exclu de la compétition politique. Y compris bien sûr ce que j’appelle la sensibilité traditionnaliste.

-Organisation des élections législatives sur la base d’un scrutin proportionnel pour permettre une représentation équilibrée de la société.

-Désignation par le DNT d’un Premier Ministre lequel formera un gouvernement d’union nationale pour l’apaisement et la décrispation.

-Création au sein de la nouvelle assemblée d’une Haute commission de réforme constitutionnelle pour la transformation en profondeur du système politique qui sera bien entendu validée par référendum. Il s’agira alors de réduire les pouvoirs présidentiels et d’instaurer des pouvoirs de contrôles et de régulation. Ou mieux, réfléchir à la manière d’en finir définitivement avec l’archaïsme et l’anachronisme d’un système zaïmien et présidentialissime en instaurant un régime parlementaire à l’instar de toutes les démocraties avancées. Mise à part la France où l’on commence du reste à grincer des dents devant les pouvoirs jupitériens du président de la République, tous les régimes ’Europe occidentale sont parlementaires. L’Algérie innovera et l’exemple fera surement tache d’huile. Il est temps que les gouvernants soient comptables de leurs bilans devant la représentation nationale.

-Fin de mission du DNT qui remettra solennellement ses pouvoirs soit à un président de la république élu au suffrage universel (régime présidentiel) soit à un chef de l’Etat élu au suffrage indirect au sein de l’assemblée (régime parlementaire).

Vous ne paraissez guère inquiet du retour des islamistes sur la scène politique ?

Non pas du tout. A partir du moment où ils adhèrent à la charte d’éthique que je viens d’évoquer, nul n’est habilité à les exclure. Au surplus, les islamistes de 2019 ne sont pas les mêmes que ceux de 1990. Aujourd’hui toutes les sensibilités politiques ont compris que le pouvoir se prend et se garde par les voies consensuelles apaisées. D’autre part, les islamistes y compris le puriste que fut Ali Belhadj, ont fait leur aggiornamento. Leur discours est plus politique qu’idéologique. Ceux qui pensent avec un manque flagrant de réalisme que l’Algérie ne doit être que moderne et laïque veulent à l’évidence reproduire le schéma sociologique de l’Algérie coloniale. La grande masse indigène c’est fini. Tous les Algériens sont citoyens à part entière et doivent être tous tirés vers le haut.

Vous n’avez pas parlé de constituante ?

Non. Je pense que ce n’est vraiment pas le moment de revenir aux surenchères idéologiques avec le risque d‘une nouvelle fracture dont le pays mettrait beaucoup de temps et aurait beaucoup de mal à se remettre. Hocine Ait Ahmed qui en avait fait longtemps son cheval de bataille avait fini par y renoncer. Il s’était sans doute rendu compte qu’elle pouvait être source de nouveaux déséquilibres.

Je voudrais finir cet entretien en attirant l’attention sur l’occasion unique qu’est cette période de transition pour aller au fond des choses si l’on veut véritablement refonder le pays. D’autre part je ne suis pas dans l’optimisme béat car le pays sera vite rattrapé par la logique économique alors que la population attend des mesures très concrètes et très vite. Le risque de désillusion est grand si la patience, la raison et le travail n’accompagnent pas le renouveau politique comme des vertus cardinales.

https://mondafrique.com/pour-belaid-abane-lalgerie-a-besoin-dun-electrochoc-politique/

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AU TRIBUNAL DES INVISIBLES DE LA RÉVOLUTION DU SOURIRE.


Quand je me suis rendue au tribunal d’Alger à Abane Ramdane, pour aller voir de plus près comment étaient traités les manifestants arrêtés, avant, pendant ou après la 8ème manifestation du vendredi, dans un contexte de révolution pour la citoyenneté adoptée par des magistrats, des avocats, des journalistes et des militants des droits humains, tous se précipitant à la rencontre du « peuple formidable », j’étais loin de me douter à quel point j’allais trouver « le peuple » bien seul. 
Il était parqué derrière des barrières, derrière le tribunal, côté garage, et il attendait, les yeux rivés sur les paniers à salade qui ramenaient les prisonniers pour leur première comparution devant le procureur de la république. C’était lundi 15 avril, jour d’audience. 
La majorité « du peuple » était des mères, femmes au foyer ou femme de ménage, éplorées comme d’habitude devant les tribunaux, comme hier les mères des disparus, les mères victimes du terrorisme, elles découvraient une nouvelle géographie du monde en voyageant dans le sombre univers de la machine policière et judiciaire, accompagnées de leurs filles et de leurs poussettes. Et si les pères étaient plus discrets, les frères aussi étaient là, frères de coeur, ou de sang, nombreux à la recherche du voisin de vie interpellé. Je pensais trouver des journalistes, des caméras, des selfies, des drapeaux comme à la Grande poste, je m’étais trompée, je n’ai trouvé que le silence d’une cinquantaine de personnes qui chuchotaient, totalement désemparés. Est-ce que ce qui se jouait ici était extérieur au Mouvement du 22 février? Il faut croire que oui, c’était comme si l’affaire était privée et relevait du droit commun, des drames de famille en galère entre enfants délinquants et justice. 
Je n’ai pas tout de suite compris ce qu’elles attendaient, ainsi parquées pendant que des policiers en uniforme et en civil, faussement débonnaires, les surveillaient de près, venant, quand elles s’engageaient pour se rapprocher, les rassurer tout en les repoussant, « ne vous inquiétez pas, ceux qui n’ont rien fait seront libérés ». Quel aveu, il y a donc bien des personnes arrêtées pour rien ; et ceux qui ne seront pas libérés, qui jugera de ce qu’ils ont fait ? J’étais loin de me douter, là aussi, à quelle point cette distinction, véhiculée par la propagande rassurante de la police, allait m’expliquer cette absence de solidarité avec ces algériens anonymes raflés lors des marches. 
Ce que ces rendus invisibles attendaient, c’était l’arrivée de ces vieux paniers à salade blancs desquels ils espéraient voir descendre leur fils, leur frère, leur ami, les interpellés du vendredi dont certains était sans nouvelles après quatre jours de garde à vue, une éternité. Selon la loi, la garde à vue est de 48 heures, et elle ne peut être prolongée que par un officier de la police judiciaire et avis du procureur, mais qui se soucie de la loi ? Ils ne savaient même pas si le leur serait présenté au procureur de la république aujourd’hui ou bien demain.

« Je veux juste voir mon fils sortir ». 
« C’est trop, ils nous ont volé nos enfants. Pourquoi ils nous font ça ? ils nous ont blessés, ils nous tuent». Au début, cette célibataire de 37 ans, travaillant dans un centre d’appel, était réticente à me parler, elle ne comprenait pas trop ce que je lui voulais et qui j’étais, une journaliste sans caméra, sans portable, ça existait encore ? Le malheur est peu bavard. Naïma cherchait des yeux son « petit frère, c’est mon coeur ». Comme toutes les personnes présentes, Naïma ne fait rien d’autre que chercher son frère depuis son interpellation, trois jours déjà. D’abord il a fallu chercher dans quel commissariat « il a été jeté », sans aucun droit, il a fallu trouver une connaissance, « tu connais ce pays, tout est maarifa » pour obtenir et sa localisation et un droit de visite. La rencontre fut terrible : « Quand il a vu ma mère, il m’a dit : « pourquoi tu l’as ramenée ? » il ne voulait pas qu’elle le voie dans cet état, puis il s’est tu, il était cassé. » Ces mères terribles à force d’amour pour leurs fils, au bord de la crise des nerfs, elles prient, elles se mettent en pénitence, s’interdisant de manger, de boire, de dormir, elles pleurent, elles ont le diabète, la tension, elles souffrent, spectaculaires, « Ils veulent nous faire sortir notre coeur ». Le petit frère n’a que 24 ans, il est chômeur même s’il a « un métier dans les mains», il a été arrêté au niveau du Telemly avant même que ne commence la marche, fouillé, il a été immédiatement embarqué. Pour son malheur, il avait oublié, idiot, un petit bout de shit dans ses poches, « mais ce n’est pas un voyou, il dort toute la journée et c’est moi qui lui paye ses cigarettes pour qu’il ne traîne pas dans la rue ». Quel malheur, lui qui « ne connaît rien de la vie », il risque jusqu’à 2 ans de prison pour une poussière de plaisir si la justice considère « qu’il a fait ». Chaque histoire est différente mais toutes racontent la même expérience de l’aléatoire et de l’impuissance, une mère me dit : « Pour l’instant je ne sais rien, dans ma tête, là, maintenant je veux juste voir mon fils sortir ».

« Les listes ne sont pas prêtes. »
C’est par les amis du quartier, el houma, qu’ils apprennent la nouvelle, « votre fils a été arrêté », aucun d’entre eux n’était préparé « On ne connait pas ce monde là ». Ils n’ont aucune information sur le lieu de détention de chacun, la seule chose qu’ils savent, c’est que leurs téléphones ne répondent plus. Légalement, les personnes interpellées ont le droit à un appel, justement pour informer leur famille, et à une visite médicale, on ne sait jamais, un droit interdit de fait puisque la première chose que font les policiers dans les commissariats c’est de les leur confisquer. Leurs témoignages disent l’ampleur des arrestations, officiellement, ils auraient été ce vendredi 100 à avoir été interpellés, mais devant tous ces témoignages, il n’est pas interdit de se demander si ce chiffre n’est pas sous- estimé . 
De Cavaignac au commissariat du 8ème à Bab El Oued, le 5ème etc… les policiers sont débordés, les commissariats d’Alger sont pleins, semble t-il, au point de ne plus savoir où mettre tout ce monde, ce qui fait que bien qu’arrêtés à Alger, certains se retrouvent à La Pérouse, à Zéralda où ils sont accueillis mais non identifiés, « les listes ne sont pas prêtes ».
Une mère raconte, c’est grâce à un piston qu’elle a pu voir son fils aîné, 24 ans lui aussi, niveau terminale, il travaille dans un atelier de confection, elle vient de la banlieue d’El Hraoua, il a été arrêté sur l’autoroute, après la manifestation, par les BRI, malheur à ceux qui tombent entre leurs mains : « Il avait les yeux gonflés, ils les ont frappés, sa jambe je ne sais pas ce qu’elle avait, il avait du mal à marcher, sa poitrine, il avait du mal à respirer »Pour plaider sa cause, prouver qu’il n’était pas un voyou, elle avait ramené sa fiche de paye, ils n’ont pas voulu la prendre. Oh mon Dieu, préservez nous»
Le fils de cette autre femme qui vient de Birkhadem n’a que 18 ans, il travaille lui aussi dans un atelier à Alger même le vendredi, il était sorti lui aussi au niveau du Telemly pour la pause déjeuner avec un travailleur comme lui, un paysan qui vit dans l’atelier et qui ne retourne en Kabylie que quelques fois par an, quand la police a voulu l’arrêter il s’est interposé pour plaider sa cause, embarqué. « Haggarine, la police, dit-elle, ceux qui cassent avec des cagoules ils se sauvent et ils embarquent les fragiles. Quand je l’ai vu, il avait le moral à zéro, une minute et quand il a voulu me parler, un policier lui a dit, tais toi, si tu n’avais rien fais tu ne serais pas ici. Qu’est ce qu’il a fait mon fils ? »
« Moi mon fils était sorti pour manifester, on ne ment pas devant Dieu, parce qu’on est contre ce système, on est sortis et on continuera à sortir, mais j’ai peur qu’ils lui montent une affaire, si il est jugé parce qu’il a marché, je n’ai pas peur. » Elle habite à Birtouta, elle aussi son fils de 24 ans est chômeur, il a fait des stages mais pas son service national, alors qu’il s’apprêtait à rentrer en fin de journée avec un copain qui avait une moto, ils ont été interpellés, il n’avait pas ses papiers d’identité alors ils l’ont embarqué. « Il n’y a pas de place pour ces jeunes et en plus ils les jettent en prison. On n’a pas encore eu de PV, on ne sait rien, est-ce qu’il faut prendre un avocat, qu’est -ce qu’on peut faire? »
La plupart de ces rendus invisibles sont chômeurs, vendeurs à la sauvette, ouvriers, travailleur à la RSTA, et extrêmement jeunes, ils arrivent des banlieues, Birtouta, de Hadjout, de Tipaza, Zeralda, Badjarah, Aïn Benian. Que des zawaliya, me dit cette mère femme de ménage de Birtouta, « j’ai arrêté de travailler et je n’arrête pas de pleurer, mon fils est si jeune, il n’a que 24 ans et il est receveur à la RSTA, il a été arrêté à la Grande poste mais il m’a dit, je n’ai rien fait, alors j’attends de voir s’ils vont le libérer ou le garder, je n’en sais rien, j’attends, l’espoir. »
La plus âgée des personnes arrêtées parmi les gens rencontrés a 40 ans. Ancien militaire, après 20 ans de service, il a démissionné en dépression grave, « il est malade » dit son frère et quand les policiers ont commencé à taper le peuple à la Grande Poste, ils l’ont frappé lui aussi à plusieurs sur la tête, quand je l’ai vu, il avait une grosse bosse rouge, alors il s’est défendu et il a frappé lui aussi. » C’est ce que la version de la police appelle « il a fait ». Et quand je leur demande s’ils ont pensé à prendre un avocat, ils répondent perturbés : « Pourquoi faire, on ne nous a rien dit », ou encore « Pour quoi faire, ils n’ont rien fait, ils vont les relâcher » et les plus avertis : « Avec quoi veux- tu que je prenne un avocat, pour qu’il se dresse une seule fois, il faut 50 000 da, où veux- tu que je les trouve ? » 
Du petit matin à deux heures de l’après- midi, ils ne bougeront pas, ils attendent que l’audience s’ouvre, si elle s’ouvre.

« Présent. » 
Le manque de solidarité constaté, la solitude de ces couches sociales qui quand « elles mangent à midi, ne mangeront pas le soir », déjà exclues économiquement et socialement et aujourd’hui abandonnées à la justice et à la police, alors que l’on est censé combattre un système autoritaire, dont les armes essentielles sont la justice et la police, participe d’une autre exclusion : leur exclusion de la représentation politique. Comme une dépossession de leur rôle d’acteur par les couches sociales dominantes et qui souhaitent diriger ce mouvement, oublieuse que ce sont eux « le plus grand parti d’Algérie », ce sont eux qui ont apporté au Mouvement sa force, sa langue révolutionnaire, leurs chants de résistance fabriqués dans les stades et leurs slogans, itnahwgaa, el ‘issaba, la Casa d’El Mouradia, la liberté ne nous fait pas peur, makanche el khamssa, et que ce sont eux qui nous ont ouvert les portes de la ville comme des béliers, dans lesquelles elles se sont engouffrées et se dévoilent par leurs pratiques et leurs « feuilles de route » qui ne dessinent que le contour d’un projet de classes possédantes. 
Pour s’en convaincre, il suffit de voir arriver les prévenus, si jeunes mon Dieu, si jeunes et si beaux, ils sont défaits. Les yeux cernés de noirs, épuisés, ils ne portent pas fiers sur le banc des accusés. La tête baissée, honteux, Ils ne sourient même pas à leur mère dont ils évitent le regard qui les accable en pleurant. Ils ne balaieront même pas la salle de leur regard peu curieux de cet entre- soi. Il aura suffi de ces quatre jours de garde à vue, nourris de pain et de salade, nourris du mépris, de l’humiliation habituelle, pour transformer leurs corps qu’ils avaient mis en mouvement en marchant en corps cassés. 
Ecrasés, ils n’auront pas de voix, juste celle de répondre à l’appel de leur nom : « présent »
Autant l’attente aura été longue, autant l’audience est expéditive. La justice rendue au nom du peuple et en public est inaudible, il n’y a pas de micro et depuis les bancs, on n’entend rien, c’est comme assister à un huis clos codé entre la juge et les trois ou quatre avocats constitués pour trois ou quatre prévenus alors qu’ils sont 19 à la barre. 
On comprend vaguement que ceux qui « n’ont rien fait » seront libérés à la fin de l’audience, même pas le peine de lire leurs noms, et qu’en revanche, ceux dont les noms suivent, et qui « ont peut-être fait », leur affaire est renvoyée au 29 avril, et que cette nuit, munis d’un mandat de dépôt, ils passeront leur première nuit de « petit frère » dans une vraie prison. « Va lui acheter un sandwich, murmure une avocate à Naïma livide, qui s’exécute comme un petit soldat. Une mère s’effondre de tout son corps dans un bruit assourdissant, évanouie, elle est pressée de se lever sans ménagement par un policier qui souhaite maintenant évacuer la salle. Les mères heureuses poussent des yous-yous, ouf, la preuve vient d’être faite que leurs fils ne sont pas des voyous. Pour les autres, le cauchemar continue, mais au nom de Dieu, comment on fait maintenant pour avoir un avocat ? demande l’ami de celui « qui n’a rien fait, je vous jure qu’il n’a rien fait, il avait un bâton j’étais présent qu’il avait enlevé à un enfant parce qu’au bout il y avait un bout de fer, un bâton du drapeau qui s’était cassé, je vous jure j’étais présent. » Dans cette justice de l’urgence en comparution immédiate, le temps de comprendre, il est déjà trop tard. Une avocate à des familles qui ont perdu leur boussole, décode pour nous tous ce qui vient de se passer : « La juge a été clémente, en renvoyant les affaires elle s’est donnée les moyens de ne pas être sévère, si elle les avait jugés maintenant elle les aurait sacqués, après quinze jours de prison, elle pourra juger qu’ils ont payé et peut-être les libérer. » Peut-être pas. Etait-il nécessaire de les envoyer en prison pour un bout de shit, un bâton, une pièce d’identité manquante comme des criminels ? Leur affaire est renvoyée au 29 avril, les autres, sur les 82 prévenus entendus aujourd’hui par le procureur de la République, se partagent en deux groupes, l’un vient d’être libéré par la juge et l’autre groupe absent de l’audience, avait été envoyé à la sortie de chez le procureur en prison et en instruction pour enquête, ceux- là risquent le plus, des preuves « accablantes » sur le dos, genre, une vidéo, une preuve de leur violence, ceux- là, «ils ont fait », sans l’ombre d’un doute. 
Ces arrestations qui ne sont pas portées politiquement par un Mouvement auquel tous ces jeunes garçons pensaient appartenir et qui les a entraîné à le penser sont destructrices, elles participent par sa périphérie à sa destruction, ne pas le comprendre rend indignes tous ceux qui prétendent aujourd’hui faire de la politique et combattre le système. 
Quand une ligue des droits de l’homme, des militants politiques très en vue, les médias dénoncent la répression des étudiants, des militants d’association arrêtés arbitrairement, etc. et se taisent sur les arrestations massives des jeunes des quartiers populaires, des banlieues, des chômeurs, en déclarant que « le hirak condamne ces violences », alors qu’ils n’ont aucun mandat pour parler en son nom, il y a comme un abandon à la justice et à la police de la définition de la violence. En se regardant dans son miroir pacifique, ce discours condamne à ne pas voir ce qui se passe entre une partie des manifestants et les forces de répression dont il reprend la langue, ce qui équivaut à se faire complice de la répression d’une partie du mouvement sans questionner politiquement, ni les conditions de l’émergence de violence, ni sa définition autonome de la violence. 
Ce discours moral et apolitique, définit deux collèges de militants, ceux qui ont droit à notre solidarité et ceux qui n’ont droit qu’à « la justice » en plus sans avocat. Il ne nous appartient pas de dire qui est coupable et qui est non coupable mais un Mouvement pour le changement est en droit de questionner les conditions dans lesquelles « ses » manifestants sont arrêtés et jugés. Depuis quand y a t-il une justice en Algérie ? Ce discours délégitime les luttes populaires en les déshumanisant, en les rendant invisibles et en ne leur reconnaissant pas le rôle d’acteur au «peuple » dans le Mouvement, même si on apprécie sa précieuse puissance. Qu’est -ce que dit ce discours quand il ne se solidarise pas avec les plus démunis socialement et économiquement, ni fiche de paye, ni parti, ni épaule, ceux que les mères appellent « le peuple maigre » ? Tout changer pour que rien ne change, pour « les voyous » qui gâchent le cliché de la « révolution du sourire », comme disent ceux qui ne savent pas ? Il est où le sourire ?

Ghania Mouffok

http://lequotidienalgerie.org/2019/04/18/au-tribunal-des-invisibles-de-la-revolution-du-sourire/

TOURNANT RÉPRESSIF ET EXACTIONS POLICIÈRES : LA TENTATION DU PIRE DU RÉGIME ALGÉRIEN


Depuis le 22 février 2019, au fil de méga-manifestations hebdomadaires et de mobilisations quotidiennes rassemblant toutes les catégories sociales et générations, le peuple algérien offre une image exceptionnelle de pacifisme et d’organisation. Dans une ambiance joyeuse, il montre sa détermination à faire advenir un État de droit. Mais les tenants du pouvoir n’entendent rien céder et accentuent la répression.

Espoir

Semaine après semaine, qu’il pleuve, qu’il vente ou sous le soleil printanier, par millions, les femmes et les hommes de ce pays, de tous âges et de toutes conditions clament leur rejet unanime de la dictature, de ses mœurs et de ses personnels. Les slogans et mots d’ordre qui se répandent comme un feu de plaine à travers tout le territoire traduisent l’exaspération de tous devant un système politique absurdement inefficace, complétement corrompu et d’une violence perverse jamais démentie.

La modération de l’expression et l’humour témoignent d’une immense créativité traduisant un authentique génie populaire. Mais ils expriment surtout la volonté de sortir dans l’ordre, dans la dignité retrouvée et l’éthique souveraine, d’un infernal et interminable cycle d’oppression et d’arbitraire. Alimenté par la volonté de vivre ensemble dans la paix et la dignité, l’espoir dans la possibilité du bonheur est le moteur de ces mobilisations. Elles constituent de ce point de vue une rupture radicale dans le continuum politique national, une césure inaugurale par l’émergence d’une nouvelle génération qui s’est ostensiblement approprié une histoire héroïque, en se révélant fort différente de celles qui l’ont précédée.

Le régime a été visiblement pris de court par les premières mobilisations populaires. Il a vainement tenté d’identifier – sinon de fabriquer – des meneurs islamistes et une immixtion étrangère relayée par une hypothétique cinquième colonne (les « ennemis de l’intérieur ») également fantasmatique (voir l’article de Marwan Andaloussi). Mais il n’existe rien de tel, ni dans la composante sociale très diverse ni dans des slogans focalisés sur le changement démocratique, le respect des libertés fondamentales et l’État de droit. Les forces « régulières » de police déployées par le régime pour canaliser ces masses innombrables ont été confrontées à des manifestants déterminés mais pacifiques, disciplinés mais résolus à faire entendre leurs voix multiples dans le respect et la dignité.

Subterfuges

Mis au pied du mur de leurs errements, les décideurs à l’abri des regards ont fait mine de concéder le départ de leur absurde candidat, en réaménageant un gouvernement fantoche et en désignant un chef d’État intérimaire dont la carrière est notoirement construite sur la fraude et l’imposture. Et pour tenter de calmer la colère de l’opinion, ces décideurs ont fait embastiller quelques milliardaires trop voyants acoquinés à l’entourage du président déchu.

Les chefs réels du système de la prédation rentière – les principaux généraux de l’armée et des moukhabarate (la police politique) – ont cru trouver dans la stricte observance d’un leurre constitutionnel le moyen de durer en dupant l’opinion. Ces stratagèmes élaborés sur l’illusion que la population entérinerait une logique de changement en trompe-l’œil tablent sur la faiblesse supposée des capacités de discernement politiques de l’opinion. L’annonce d’élections présidentielles pour le 4 juillet (dont la population ne veut pas entendre parler) fait partie du dispositif de transition à l’intérieur du pouvoir. Le peuple, pensaient ses dirigeants, se contenterait de ces faux-semblants et admettrait la vessie constitutionnelle qui passerait pour une tremblante lanterne démocratique. Cela, bien entendu, dans les limites très étroites d’un statu quo actualisé sans marge de négociation.

Il n’en a rien été, bien évidemment. À bout de sa patience pourtant légendaire et ayant déchiré le voile de peur jeté sur elle depuis le putsch du 11 janvier 1992, la population, semaine après semaine, continue d’exiger une authentique transition vers un régime pleinement démocratique et renvoyant avec mépris ces subterfuges à leurs concepteurs. L’amère réalité de la résistance populaire s’imposant à des généraux acculés, il ne reste à ces derniers que le recours à ses ressorts propagandistes usuels. Les discours officiels reprennent des éléments de langage démonétisés, au point d’en être ridicules. Tout le registre est convoqué, de la très classique « citadelle assiégée », à l’omniprésente « main étrangère » jamais identifiée en passant par les « complots ourdis » par d’indicibles puissances elles aussi étrangères.

Répression

Ces constructions paranoïaques pourraient prêter à sourire si elles n’annonçaient pas le tour de vis sécuritaire déjà perçu au cours de la semaine du 8 avril. Avec l’asséchement de ses capacités financières, le régime n’a plus comme moyen de régulation sociopolitique que la violence nue, son domaine d’expertise par excellence. Les dirigeants actuels des forces de sécurité ont fait leurs armes au cours de la guerre de terreur contre la population des années 1990. Laquelle s’inscrivait dans une tradition répressive plus ancienne encore. Cette violence est en effet depuis 1962 la culture matricielle du pouvoir militaro-policier algérien, dont les dirigeants ont été formés dans le mépris des civils et le culte de la force brutale. La dictature, continuatrice de l’ordre colonial, corrompt quand elle peut, terrorise et humilie pour maintenir son emprise sur la société.

C’est bien cette méthode qui est aujourd’hui à l’œuvre à ciel ouvert. Sournoise et de basse intensité dès le 22 février, quand des provocations policières ont néanmoins coûté la vie au professeur de médecine Selim Ben Khedda, l’un des fils du dernier président du GPRA. Depuis cette date, des dizaines de jeunes issus de milieux populaires croupissent en prison sans jugement. Au fil des journées de mobilisation, par glissements successifs, la répression a été progressivement élevée à un niveau supérieur jusqu’à ce fatidique vendredi 12 avril. Des délinquants recrutés pour l’occasion ont été chargés de provoquer les forces de l’ordre pour les amener à se déchaîner aveuglément, à coups de matraques et de grenades lacrymogènes contre des manifestants paisibles, souvent venus en famille, enfants compris. Des « policiers de choc » cagoulés et armés ont fait ostensiblement usage de fusils chargés de balles en caoutchouc, causant de très nombreux blessés, certains très sérieusement. Comble de l’irresponsabilité ou du sadisme, un grand nombre de grenades lacrymogènes ont été tirées à l’intérieur du tunnel des facultés, au centre d’Alger.

Terrorisme

Des jeunes parfaitement innocents, contrairement aux agents provocateurs pourtant identifiés par les manifestants, ont été arrêtés et déférés en procédure d’urgence. Certains de ces jeunes ont écopé de peines de prison ferme allant jusqu’à deux ans sous des prétextes complément fallacieux. Le même jour à Béchar, dans le Sud-Ouest, les forces anti-émeutes du Darak (gendarmerie) se sont livrées à de véritables exactions contre des manifestants pacifiques, occasionnant de nombreux blessés.

Plus gravement, dimanche 14 avril, des militantes associatives et politiques qui manifestaient devant la Grande Poste au centre-ville d’Alger ont été raflées et transférées au commissariat de Baraki, à une trentaine de kilomètres à l’est de la capitale. Selon l’une des victimes et une source journalistique fiable s’exprimant à visage découvert sur les réseaux sociaux, quatre de ces militantes, relâchées au bout de quelques heures, ont été contraintes de se dévêtir et de subir une fouille « corporelle » par des policières (voir cet article). Il s’agit là de méthodes coloniales typiques, totalement inacceptables, assimilables à des actes de torture et relevant donc des tribunaux. Sur le plan symbolique, le dommage est désastreux tant cet outrage évoque les insupportables images de la prison américaine d’Abou Ghraïb en Irak occupé.

Ces exactions et atteintes inadmissibles à l’intégrité physique des manifestants et à la dignité de citoyennes parfaitement non violentes ne constituent qu’une partie des faits observés depuis quelques jours. Les observateurs sur le terrain conviennent tous que ces dépassements vont crescendo, tant en termes de niveau de violence et de formes d’humiliation que d’occurrences. Cela indiquerait que le système dirigé de facto par le général Ahmed Gaïd Salah se dirige vers une gestion durcie afin de tenter de juguler cette profonde éruption populaire.

L’option d’une répression brutale et au recours à la pression psychologique est une voie extrêmement périlleuse car, outre la violation manifeste des droits humains, elle heurte frontalement la volonté populaire massive et unanime. Le peuple algérien, ayant abattu le mur de la peur, est résolu à avancer dans la voie des libertés et de la démocratie. Il est difficile d’imaginer que la force brute puisse endiguer un tel mouvement tellurique. La répression pourra éventuellement ralentir la dynamique en cours, mais sa principale victime risque d’être l’alliance du peuple et de son armée dans un contexte lourd de dangers.

Impunité

Les policiers qui donnent de tels ordres et ceux qui les exécutent doivent être, dès que possible, identifiés et poursuivis. D’autant plus que les temps ont profondément changé depuis les paroxysmes meurtriers de la « sale guerre », masqués à l’époque grâce à la complicité de l’Occident. Or aujourd’hui, l’alibi djihadiste ne peut être invoqué, ni de près ni de loin. De surcroît – et cet élément est déterminant –, la révolution numérique, les réseaux sociaux et l’omniprésence des smartphones ont modifié la nature des rapports aux événements. Comme chacun a pu le constater au vu des images très nettes de violences policières, plus personne n’est à l’abri des caméras. Les images de ces policiers aux allures de délinquants tirant sur la foule ou matraquant des manifestant-e-s ont intensément circulé. L’anonymisation de la violence n’est donc plus vraiment possible et il est relativement simple pour un utilisateur expérimenté des ressources du Web de tracer ceux qui se risquent à des exactions. Dans ce monde où rien ne peut être efficacement et durablement dissimulé, les donneurs d’ordre comme les chaînes de commandements ne peuvent plus agir dans le secret.

Des voix s’élèvent ainsi pour que le directeur de la Sûreté nationale, Abdelkader Kara Bouhadba, soit appelé à s’expliquer publiquement sur le traitement infligé aux militantes au commissariat de Baraki. En attendant que la justice se saisisse de cette affaire gravissime, le chef de la police devra nécessairement situer le rôle de chacun et préciser les sanctions qu’il entend exercer à l’encontre des coupables de ces crimes. Les policiers dignes de l’uniforme qu’ils portent sont mis devant l’obligation de se démarquer des auteurs de ces violences. Les fonctionnaires chargés du maintien de l’ordre le savent comme tout un chacun : les Algériennes et les Algériens sont fermement résolus à arracher leurs droits.

Responsabilité

Le chantage à la « main étrangère » et le recours à la terreur ou l’intimidation pour les empêcher d’atteindre cet objectif traduisent l’aveuglement et l’effondrement moral de ceux qui se pensent en maîtres incontestables et éternels du pays. En jouant l’ultime carte de la répression pour imposer une farce électorale, les généraux-décideurs – et à leur tête le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah – mettent en péril un État défendu avec conviction par cette population maltraitée de manière barbare. Le triptyque du régime – rente, corruption et violence – sape continuellement la stabilité de l’État et insulte la dignité du peuple.

Dans cette escalade policière, que valent les promesses solennelles de défense du peuple et de ses choix ? Le 10 avril, le chef d’état-major avait en effet publiquement affirmé que l’armée se tenait « aux côtés du peuple » (voir sa déclaration). Mais nul n’ignore que le personnel dirigeant a une conception spécifique de la parole donnée. Quelle est la valeur des déclarations lénifiantes de dirigeants usés, corrompus et cyniques face à la réalité d’une jeunesse bastonnée, emprisonnée et humiliée ?

Dans cette séquence très particulière de l’histoire du pays, la responsabilité directe du haut commandement militaire est très clairement engagée. C’est en son nom collectif que ces méthodes inacceptables sont employées. C’est bien l’ensemble des officiers généraux et supérieurs occupant les fonctions décisionnaires qui devront assumer les actes commis sous leur autorité, réelle ou nominale. La population a montré sa maturité en opérant clairement une distinction entre l’armée et ses chefs au niveau le plus élevé. Ces généraux restent donc confrontés à l’impératif d’évaluer leur responsabilité historique et de se hisser à la hauteur des aspirations du peuple. Ils sont personnellement comptables de la gestion de la crise en cours et des atteintes aux droits humains. Il est clair pour tous, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, que l’impunité des années 1990 n’est plus de mise. Chacun, inévitablement, rendra compte individuellement de son rôle dans les violences de tous ordres infligées à la population.

Transition

Le réalisme politique, la sagesse et l’authentique patriotisme doivent prévaloir sur la volonté pathologique de conservation à tout prix du pouvoir absolu. La crispation des dirigeants et leur refus d’entendre raison relèvent d’une posture d’arrière-garde. La paix civile finira par s’imposer à cet ordre archaïque qui obère la sécurité nationale. Car, plus que jamais, l’Algérie a besoin d’une armée moderne et puissante dans un contexte géostratégique éminemment dangereux, marqué par le retour décomplexé de la politique coloniale de la canonnière. L’armée algérienne, libérée des contingences politiciennes, doit vitalement orienter toutes ses capacités vers la mission qui est la sienne, en acceptant enfin la vraie modernité juridique consistant pour elle à se placer sous l’autorité civile.

À l’évidence, personne n’attend que la hiérarchie militaro-policière cède le pas de bonne grâce à l’expression politique du peuple et à son désir de légalité. Mais l’irrésistible changement de paradigme est en action, le modèle de gouvernement autoritaire mis en place au cours de l’été 1962 est forclos. Tous ceux qui observent le mouvement populaire en cours s’accordent pour souligner qu’un seuil sociopolitique majeur a été franchi. Censées bloquer ce processus, la répression et la terreur ne sont que des palliatifs très coûteux pour maintenir en survie artificielle un système arrivé au bout de lui-même. La tentation du pire par le non-respect des droits humains pourrait mener à des dérives inquiétantes.

La résolution de la crise n’est pas dans le maintien, même revisité, de l’autoritarisme militaire et du non-droit. Aussi violente et déviante que puisse être la répression, elle ne pourra pas restaurer un lien définitivement rompu avec le système de la rente. Les méthodes avilissantes pour ceux qui y ont recours ne font qu’approfondir le rejet unanime de la société. Toutes les alternatives à un règlement politique fondé sur le principe de réalité et le respect des libertés fondamentales sont vouées à l’échec. La négociation, aussi complexe soit-elle, du pouvoir réel militaire avec les forces politiques réelles issues de la mobilisation du peuple pour l’instauration de l’État de droit, demeure l’unique option honorable.

Par Omar Benderra Algeria Watch

http://lequotidienalgerie.org/2019/04/18/omar-benderra-tournant-repressif-et-exactions-policieres-la-tentation-du-pire-du-regime-algerien/

Le hirak doit savoir comment ne pas tout gâcher…


Je souhaite d’abord aux ultras hirakistes qui ne savent retirer d’un texte que les mots qui choquent et des caricatures que le détail qui fâche, d’éviter de me commenter si c’est pour me faire le procès de l’anti-hirakisme pour espérer se montrer eux-mêmes super-hirakistes…

Amma baâd …

La sagesse populaire dit « eddayem Rabbi ! »… et nos frères Chaouia disent une lapalissade en forme de proverbe: « akhret’ha mout ! »…

Même si d’aucuns voient en moi je ne sais quoi, j’affirme ici et maintenant que je considère le hirak comme un mouvement d’une sublime beauté, d’une immense générosité, et surtout d’une grande efficacité… et j’appelle de tous mes voeux une pérennisation de la vendredisation de nos rues, pour que les pouvoirs qui auront à nous régenter trouvent toujours en face d’eux un peuple qui leur rappellera qu’il ne sera plus cette quantité négligeable qu’ils ont fait marcher à coups de slogans, et que l’ère de la prolifération des ubus, des big brothers, des parvenus, des opportunistes, des prédateurs, des jouisseurs, des faux dévots, et des gredins de tous acabits est révolue en ce pays.

Je reviens à mes deux proverbes pour dire que le Hirak, comme tout mouvement populaire est appelé lui aussi à mourir et tout le monde sait qu’il y’a deux sortes de morts… la mort dans l’honneur et la mort dans l’indifférence pour ne pas dire dans le déshonneur…

Et je dis qu’il est toujours plus facile de faire naître une révolution que de l’entretenir et surtout de la terminer dans l’euphorie et l’enthousiasme de ses adeptes mais surtout dans le respect et l’honneur qu’elle aura acquis.

Pour qu’une Révolution puisse rester avec toute son aura dans la mémoire collective, il faut qu’elle sache s’arrêter quand son prestige est à son summum, c’est à dire après avoir réalisé le but essentiel qu’elle s’est assigné…

La Révolution de Novembre est un exemple vivant de ce qui attend un mouvement populaire quand il est tenté par la poursuite de son action au delà de l’objectif qu’il s’est fixé… c’est cette tentation qui a fait que Sidi Said occupe aujourd’hui le prestigieux poste qu’occupait Aissat Idir et que des Belkhadem, Saidani, Ould Abbes et Bouchareb squattent la symbolique défendue par Ben M’Hidi…

Le Hirak a obtenu par les moyens pacifiques la chute du plus iniques des pouvoirs qui ont eu à régenter ce pays, je ne dis pas que sa mission est terminée mais il doit savoir s’arrêter quand il aura défenestré le dernier occupant de la citadelle encore occupée par le remugle de cette gouvernance de l’absurde..

Parce que s’il continue, il se retrouvera inévitablement dans l’une des deux situations dans lesquels finit toute révolution qui s’oublie:
– un partage ignoble de sa victoire entre les forces qui s’empressent déjà de le squatter et qui vont se disputer son héritage par les armes ou par des compromis peu honorables…
– une poursuite d’autorité de son action par l’inévitable adoption du statut de « parti unique » qui le fera ressembler en plus hideux au système qu’il a mis hors d’état de nuire…

Voila ce que j’avais à dire… elli f’ham, Allah ibarek et elli ma f’hamch idir belli ma goult walou… Publié par Mohamed Adjou

Le hirak, une sacrée aubaine..


Le Hirak est une occasion inespérée pour certains de mobiliser des troupes qui ne sont pas les leurs afin de réaliser des « agendas » qui sont bien les leurs et qu’ils n’ont pu réaliser par leurs propres troupes, ni en se positionnant en opposants, ni en se livrant à l’entrisme…

Quand je vois aujourd’hui la meute d’opportunistes qui a pris le train en marche, je me dis que c’est une sacrée aubaine pour ces parties et partis qui en sont arrivés pour certains à se retrouver figures de proue de cette vague de contestation qui ne leur doit absolument rien…

Et c’est avec consternation et surtout inquiétude que je vois comme vous tous, ces « leaders » sortis de leurs tanières haranguer les foules en se présentant sans aucune gène comme pères ou mères spirituels du ras le bol populaire en espérant s’en faire les porte-paroles.

Il est pourtant une évidence que personne ne pourra nier: ce ne sont ni les luttes islamistes, ni les luttes identaristes, ni les luttes syndicales, ni les luttes démocratistes, ni les luttes contre le gaz de schiste ou pour le droit à la route, à l’eau, au gaz ou a l’électricité etc qui ont préparé le hirak comme veulent le faire croire les animateurs de ces luttes dont le sectarisme égoïste est aux antipodes du principe rassembleur de ce mouvement… dont les méthodes sournoises ou carrément violentes sont aux antipodes de la franchise et du pacifisme de ce mouvement… dont les buts limités à l’accès à des strapontins sont aux antipodes des principes révolutionnaires refondateurs de ce mouvement.

Et j’ose dire que, si par malheur ces jeunes enthousiastes se laissent prendre au piège de ces chapelles vermoulues qui veulent s’imposer comme tutrices au nom d’un passé d’égoïsme et de tractations sur le partage du pouvoir, présenté comme faire valoir révolutionnaire; ils n’auront fait que reconduire le statu quo ante en arbitrant sans le savoir le combat indigne que se livrent les forces prédatrices qui veulent se partager le pouvoir et l’argent du pouvoir…

Je tenais à dire ces mots… elli f’ham, Allah ibarek!… ouelli ma f’hamch idir belli ma goult walou … Publié par Mohamed Adjou

Un ministre allemand accuse la France d’avoir saboté un projet géant en Algérie


Peter Altmaier, ministre allemand de l’Energie. D. R.

L’association des oulémas a fait état de révélations graves attribuées au ministre allemand de l’Energie, Peter Altmaier, cité, selon cette organisation, par la chaîne de télévision allemande ZDF, au sujet du projet d’énergie solaire prévu dans le désert algérien, Desertec, qui devait regrouper onze partenaires, dont le groupe énergétique algérien Sonelgaz. Des médias avaient déjà évoqué ce sujet, mais la version qu’en donne l’association des oulémas est tout à fait inédite, même si elle ne précise pas la date. «Nous voulions investir avec l’Algérie dans le plus grand projet solaire au monde, dans le grand désert algérien», aurait déclaré le ministre allemand, selon l’association. «L’Algérie pourrait alimenter l’Europe en électricité et gagner des milliards de dollars, mais le gouvernement de Bouteflika n’était pas de cet avis, car la France s’opposait fermement à l’idée que l’Algérie puisse se développer, diversifier son économie et sortir de sa dépendance aux hydrocarbures. L’Algérie aurait pu devenir l’un des plus gros exportateurs d’électricité au monde, mais la France a bloqué le projet, l’un des projets les plus importants et les plus lucratifs pour l’Algérie», aurait encore soutenu Peter Altmaier.

Cinq groupes allemands, et pas des moindres, issus tous du pays le plus impliqué dans le très médiatisé projet Desertec, s’étaient retirés en 2014. Après Siemens et Bosch qui avaient pris leurs distances deux années auparavant, ce fut au tour du groupe de BTP et de services Bilfinger, de la compagnie d’électricité E.ON et du groupe bancaire HSH Nordbank de se désengager. Les principaux partenaires et associés du consortium quittaient ainsi le train avant même l’arrivée en gare, ce qui hypothéquait définitivement l’immense projet boudé par les Français.

En plus de Sonelgaz, dix autres partenaires allemands, espagnols, tunisiens et marocains étaient impliqués dans Desertec Industrial Initiative. Le consortium regroupant des sociétés et des institutions européennes et du pourtour méditerranéen, créé en 2009, visait à l’origine à couvrir une part des besoins en énergie de l’Europe en exploitant le potentiel solaire et éolien du sud de la Méditerranée. Le coût total du projet s’élevait initialement à 400 milliards d’euros.

Si, pour l’association des oulémas, le plus important dans le sujet est de nourrir le sentiment anti-français qui s’est davantage développé chez les Algériens depuis le début du soulèvement populaire du 22 février et qui transparaissait à travers les slogans, l’information en soi mérite d’être débattue et clarifiée auprès des responsables algériens. Car il s’agirait d’une opération de sabotage caractérisée de l’économie nationale.

R. Mahmoudi. https://www.algeriepatriotique.com/2019/04/18/un-ministre-allemand-accuse-la-france-davoir-sabote-un-projet-geant-en-algerie/

La pratique du « Copier, coller « 


Le colonialisme français ne nous a pas seulement génocidé nos populations, spolié nos richesse, refusé de nous payer nos dus, irradié notre désert, divisé notre peuple, sequestré nos terres, miné nos espaces, déculturé, appauvri et déchiqueté nos masses, tué le dernier de nos lions… Il a continué après notre indépendance à héberger les comptes devises de nos oligarques, à soigner nos VIP au lieu de les laisser mourir, à vouloir nous imposer ses pommes pourries et à soutenir toutes les subversions menées contre notre pays…

Mais le plus grand mal qu’il nous a fait provient de notre imbécile propension à copier-coller ses lois et ses procédures…

Des lois et procédures rigides, bureaucratiques, rédigées de manière à n’être comprises que par leurs rédacteurs et tournées toutes vers la promotion du tout etat au détriment du citoyen…

Cette pratique du « copier-coller » a instauré chez nos juristes une grosse paresse intellectuelle puisqu’il leur a toujours été très facile de prendre les lois françaises et de changer leurs en-têtes au lieu de s’échiner à rédiger leurs articles en tenant compte de nos réalités… et ce fut ainsi pour le Code du travail, le Code de commerce, le Code des impôts, le Code douanier, le Code de la route etc…

Pire, même notre Constitution est allée s’inspirer de celle de Fafa de 1958 qui a instauré la 5eme république après des siècles de cafouillage… et c’est à ce titre que nous parlons déjà, en parfaits peaux noires et masques blancs de notre « deuxième république »…

Copier pour copier, nous aurions du, pour rompre définitivement avec l’esprit français que tout le monde sait « précieusement ridicule », choisir la Constitution des Etats Unis; une des plus anciennes au monde puisqu’elle s’applique depuis le 4 mars 1789.

On n’a jamais eu l’idée de brûler cette Constitution ou d’en froisser les pages pour les jeter à la poubelle de l’Histoire et d’en confectionner une autre comme cela s’est fait chez nos tortionnaires d’hier et exemples d’aujourd’hui…

A chaque fois que la nécessité a imposé son adaptation, les américains ont recouru sereinement aux amendements… et c’est ainsi que cette Constitution a connu pas moins de … 27 amendements !

Moi je suggère aux hirakistes de généraliser leur exigence disant « yetneh’aw ga3 » aux textes de lois dont regorgent nos journaux officiels afin que tout ce qui est inspiré des lois françaises soit abrogé pour être remplacé par des lois qui peuvent être comprises et appliquées sans le recours à un collège d’initiés en droit se comportant comme celui des initiés en « tafsir » qui continuent à nous sortir des fatwas toutes fraîches pour nous expliquer des prescriptions datant de 15 siècles ! Publié par Mohamed Adjou