La Justice est là pour rendre Justice. Pas pour rétablir l’ordre.


Que se passe-t-il dans la magistrature française ?

Dans le silence obstiné des organisations syndicales, un pouvoir aux abois a instrumentalisé une répression judiciaire sans précédent pour tenter de mater un mouvement social. Il y a bien évidemment la stratégie du ministère de l’intérieur qui pousse à la violence pour tenter de disqualifier le mouvement. Mais malheureusement la magistrature accepte ces dérives et joue sa partition dans ce qui désormais s’apparente à une répression de masse qui entretient des rapports très lointains avec l’État de droit dont on nous rebat pourtant les oreilles. Cravachés par Nicole Belloubet en personne (!) se déplaçant au tribunal de Paris un dimanche, et par les interventions permanentes de la place Vendôme voire de Matignon y compris des instructions individuelles pourtant interdites par la loi, les parquets déchaînés basculent avec zèle dans la répression de masse, font procéder à des arrestations souvent préventives, par milliers, défèrent également par milliers des gens devant les tribunaux, à l’aide de procédures d’urgence dans lesquelles par des réquisitoires violents, il demande des peines folles. Et de façon stupéfiante la magistrature du siège a accepté de rentrer dans cette logique et distribue en cadence des peines ahurissantes. Depuis le début du mouvement, plus de 5000 arrestations, 1000 condamnations, 350 personnes incarcérées sur la base d’incriminations parfois farfelues. Et avec des interprétations de la loi répressive souvent audacieuses pour ne pas dire plus. Désolé, mais ceci n’est pas de la justice, c’est de l’abattage.

Et manifestement c’est loin d’être fini. Des anecdotes effarantes remontent de toute la France sur ce qui est en train de se passer. Tel sera condamné à six mois de prison ferme pour avoir partagé un statut sur Facebook, tel autre à 28 mois tout aussi fermes, sans avoir été défendu par un avocat, au prétexte selon la présidente du tribunal « que cela n’aurait rien changé ». Il y a des dizaines et des dizaines d’autres histoires qui font froid dans le dos. La France prend un drôle de chemin. Dans tel département, le procureur et le préfet font conférence de presse commune pour menacer : « la justice sera impitoyable ! » Depuis quand sont-ce les procureurs et les préfets qui jugent ? Jusqu’à nouvel ordre, dans une démocratie, ils sont responsables du maintien de l’ordre, pas de rendre la justice. Dans tel autre, il semblerait bien que le procureur ait organisé une forme de « comité de salut public » chargé de fournir les charrettes, et on dit que les juges du siège qui vont juger le font sur la base du volontariat ! Naturellement les pressions se font nombreuses contre les avocats qui s’élèvent contre ces dérives et font leur devoir. Gare à la fermeté, l’exigence ou la passion, les plaintes du parquet contre les défenseurs dégringolent immédiatement. Et naturellement il y a le refus obstiné de se pencher sur la multiplication des violences policières, sur l’usage incroyablement excessif de la force. Notamment avec les flashs ball et les grenades de désencerclement utilisés en violation de règles pourtant claires. Et puis il y a bien sûr la violence directe, arbitraire dont de multiples vidéos donnent de tristes exemples. Cette impunité, ne peut qu’être un choix délibéré, et provoque fatalement l’émotion et la rage. Le procureur de Toulon ayant sous les yeux les vidéos du commandant Didier Andrieux permettant de voir parfaitement à qui on avait affaire a trouvé le moyen de se déshonorer en refusant immédiatement toute enquête au motif que le comportement du commandant frappeur aurait été « proportionné ». On rappellera que dans le passé ce n’était pas l’avis de ses subordonnés, et que le préfet plus malin et devant l’évidence a demandé une enquête de l’IGPN.

Dans cette ambiance, et comme les tribunaux les suivent, comment s’étonner que les ministres les plus déplorables se permettent de proférer des menaces comme le font tous les jours Christophe Castaner,Benjamin Grivreaux ou Marlène Schiappa qui viennent d’inventer une nouvelle définition de la complicité, et exigent des arrestations préventives (!). Comment s’étonner qu’un premier ministre dont on attendait peut-être un peu plus de tenue annonce des mesures législatives liberticides qui vont finir par faire envie à Erdogan ?

Préférer l’ordre à la justice ?

Alors vient à l’esprit la question : comment le corps de la magistrature dont les organisations syndicales aujourd’hui muettes, nous rebattent les oreilles avec son indépendance et son impartialité depuis 30 ans accepte-t-il de devenir ainsi l’instrument de la violence d’un parti de l’ordre à ce point déchaîné ? Comment oublie-t-on ainsi que la justice se rend au nom du peuple français ? Personne pour sauver l’honneur ? Aucun procureur dont la parole est libre à l’audience pour refuser les ordres de Belloubet ? Aucune juridiction pour se rappeler que sa mission n’est pas de rétablir l’ordre mais de rendre la justice. Dans le respect de la loi, quoi qu’il arrive. Ce n’est pas semble-t-il le choix qui a été fait, et pour illustrer l’ampleur du mal on citera Madame Noëlle Lenoir, ancienne ministre et ancien membre du conseil d’État et du conseil constitutionnel, donc juriste affirmée qui nous dit dans un tweet : « que la justice doit être réellement faite par les tribunaux dont la responsabilité est immense pour restaurer l’ordre ». Quelqu’un pour rappeler à cette aimable versaillaise (dans le sens que la Commune lui a donné) manifestement en panique, que la mission de restauration de l’ordre est celle de l’exécutif, pour les tribunaux c’est celle de la Justice ? Dans le respect de la loi et des procédures.

Alors il est vrai, que depuis une trentaine d’années, on pouvait espérer que la justice française et le corps des magistrats qui la rend s’étaient enfin émancipés de leur soumission au pouvoir mais avaient aussi abandonné sa vieille culture qui lui avait toujours fait préférer l’ordre la justice. Depuis 1940 un certain nombre d’épisodes douloureux l’avait marquée et généré une véritable volonté d’émancipation. Malheureusement depuis quelques années grâce une forme d’alliance avec les médias, magistrats se sont pensés débarrassés de la tutelle de l’État. Sans mesurer que celui-ci, lui imposant un invraisemblable déficit de moyens continuait à la tenir en laisse. Depuis quelques années on a ainsi assisté à toute une série de dérives orchestrées en général par les institutions d’exception que sont le Parquet National Financier, et le Pôle d’instruction financier, systématiquement couvertes par les juridictions supérieures. D’abord la chasse au Sarkozy sous Hollande, ensuite la volontaire destruction judiciaire de la candidature présidentielle de François Fillon applaudie à tout rompre par les syndicats et la hiérarchie judiciaire. Il faut cesser de finasser, le contester relève aujourd’hui simplement du grotesque. De ce point de vue la sincérité du scrutin de la présidentielle a été faussée. Comme elle l’a été par les moyens financiers et médiatiques massifs pour la plupart illégaux qui ont été utilisés à l’appui de la candidature Macron et qui n’ont pas arraché une plainte aux organes de contrôle et à la justice. C’est d’ailleurs cette illégitimité initiale qui explose la figure de celui qui en avait été le bénéficiaire. Par la suite, une fois le jeune roi au pouvoir, il y a eu la protection judiciaire dont a bénéficié son entourage et sa cour. C’est Richard Ferrand, Muriel Pénicaud, Collomb, Ismaël Emelien, et quelques autres avec à leur tête la star de la complaisance judiciaire Alexandre Benalla, l’homme qui embarque et planque son coffre-fort sous le nez de la police sans que cela arrache un froncement de sourcils au procureur, qui prétend grossièrement contre l’évidence n’avoir été en possession que d’un pistolet à eau que l’on maintient sous le statut de témoin assisté, et qui semble depuis son départ de l’Élysée multiplier les infractions sans que là aussi il ne se passe grand-chose. Jusqu’à cet article récemment paru dans le Canard enchaîné où l’on apprend que pour François Bayrou qui connaît les mêmes soucis d’assistants parlementaires au Parlement européen que le Rassemblement National et La France insoumise, il a été demandé au parquet de n’effectuer absolument aucune investigation susceptible de chagriner le maire de Pau. Parquet qui s’est paraît-il exécuté aimablement.

La contrepartie de cette incroyable mansuétude, c’est la multiplication des avanies judiciaires contre le Rassemblement National, et contre Jean-Luc Mélenchon et son parti. N’en jetez plus! Dernière petite cerise sur le gâteau de ces dérives, la publication ces jours-ci par la presse du réquisitoire du PNF demandant le renvoi de François Fillon devant le tribunal correctionnel, parfait hasard du calendrier bien sûr.

On pouvait penser que cette connivence de la haute fonction publique judiciaire avec le plus haut niveau du pouvoir d’État reposait sur des affinités sociologiques, idéologiques, voire politiques et ne concernait que cette couche.

Malheureusement ce qui vient de se produire, cette façon dont l’appareil judiciaire, n’hésitant pas devant des illégalités parfois flagrantes, s’est mis avec zèle au service d’une répression de masse contre le mouvement des gilets jaunes, et avec une violence sans précédent depuis la fin de la guerre d’Algérie, démontre que le mal est beaucoup plus profond. La justice française se vit toujours comme un outil de maintien de l’ordre au service du pouvoir en place. J’avais écrit il y a une quinzaine d’années à propos de l’affaire d’Outreau que les magistrats gardaient une culture qui leur fait préférer l’ordre à la justice.

C’est toujours le cas aujourd’hui, et la démonstration que l’on vient de nous faire est une véritable catastrophe institutionnelle. La défiance envers l’institution judiciaire va redevenir massive et pour très longtemps.

Ce n’est pas une bonne nouvelle.

Régis de Castelnau

Source : Vu du droit, Régis de Castelnau, 13-01-2019. https://http://www.lescrises.fr/giletsjauneslajusticeestlapourrendre-la-justicepaspourretablirlordreparregis-de-castelnau/

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Contre les Kurdes, la nouvelle «bande des quatre»


Ainsi, les dictateurs Erdogan, El-Assad, Khamenei et Abadi se permettent de donner des leçons de constitutionnalité au Kurdistan…

Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani
Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani discutent lors d’une conférence de presse commune à Téhéran, le 4 octobre 2017.

Les Kurdes irakiens ont donc tenu un référendum digne, exemplaire et conforme à toutes les règles requises par un scrutin démocratique.

Ils se sont bien gardés de proclamer, dans la foulée, l’indépendance à laquelle ils ont droit et qui leur a été promise, depuis un siècle, par des traités.

Et le président Barzani, à qui le monde doit d’avoir, deux ans durant avec ses peshmergas, fait rempart à Daech et de nous avoir ainsi protégés contre le déferlement de la barbarie, n’a cessé de dire, avant et après le scrutin, que cette indépendance ne pouvait intervenir, dans son esprit, qu’au terme d’une négociation patiente, soutenue, éventuellement longue, avec le pouvoir de Bagdad.

N’empêche.

Toutes les dictatures de la région se sont, comme un seul homme, immédiatement déchaînées contre lui et contre son peuple.

Et ce fut, à la minute même où furent proclamés les résultats du vote, la course à qui ferait le plus pour aboyer, asphyxier, étouffer, bloquer, soumettre à embargo, emprisonner un petit peuple dont le seul crime aura été d’exprimer son double désir d’être libre et de voir fleurir, dans cette région du monde, un îlot de démocratie et de paix.

Ici, c’est l’Irak prétendument fédéral qui n’a, ces dernières années, respecté aucune de ses obligations constitutionnelles et qui a le front de reprocher à ce référendum d’être anticonstitutionnel.

Là, c’est la Turquie dont on sait avec quel souci du droit elle traite ses intellectuels, ses journalistes, ses avocats, ses supposés opposants, ses défenseurs des droits de l’homme – et qui feint de s’offusquer du crime de lèse-légalité dont se serait rendue coupable Erbil en affirmant une volonté d’émancipation pourtant bien modérée.

Là encore, c’est l’Iran qui oublie, pour un instant, la querelle sunnites-chiites tant lui semble soudain urgent le besoin de nouer avec les nouveaux Ottomans une sainte alliance permettant d’en finir, une bonne fois, avec l’irrédentisme obstiné de cet autre peuple à la nuque raide.

Et l’on n’évoquera que pour mémoire la contribution à la curée du quatrième larron : ce régime syrien, massacreur de son peuple et diviseur de sa propre nation, qui appelle, lui aussi, à l’unité de la nation irakienne et s’écrie, à l’unisson, que ce référendum kurde est «inacceptable» !

Jadis, dans une autre partie du monde, on appela «bande des quatre» une camarilla de dirigeants qui estimaient que la révolution chinoise n’avait pas encore dévoré assez de ses enfants et que le mouvement devait se poursuivre.

Eh bien, voici une nouvelle bande des quatre composée de MM. Abadi, Erdogan, El-Assad et Khamenei qui, chacun dans son style, brandissent ou, hélas, mettent déjà en œuvre la menace, qui d’un blocus aérien, qui d’un blocus terrestre, qui d’une coupure des robinets pétroliers, qui d’une intervention militaire – à quand les rivières de sang ?

Et le plus navrant est qu’arrive alors le moment où les Kurdes qui en ont, certes, vu d’autres mais qui sentent bien que, cette fois-ci, c’est une menace existentielle qui se profile, appellent le monde à leur secours ; or le monde, démocraties en tête, ne trouve rien à répondre, détourne pudiquement les yeux et prend, de fait, le parti des dictateurs : nous n’avions que les peshmergas à la bouche tant que nous avions besoin d’eux pour, encore une fois, faire la guerre à l’Etat islamique – maintenant que l’épisode irakien de cette guerre est en passe d’être gagné, on les jette après usage…

Le président français a certes évoqué, à Paris, lors de la visite du Premier ministre irakien, les droits du peuple kurde. Et il a fermement rappelé que ce peuple était, de longue date, un peuple ami de la France – sous-entendant qu’il serait inacceptable, pour lui, pour nous, que lui soit porté atteinte.

Mais ce n’est pas assez.

Car chacun sent bien que, sans une mise en garde solennelle à l’intention de la bande des quatre, sans le rappel clair qu’il n’y a, en la circonstance, qu’une escalade et qu’elle est de leur fait, sans la réaffirmation, en un mot, des grands principes qui fondent le droit international et la morale universelle, le pire peut arriver.

Et la France, par ailleurs, pourra difficilement mener seule ce combat pour l’honneur, la dignité et l’intérêt bien compris des démocraties qui auraient grand besoin, dans cette région, d’un allié de la trempe des Kurdes.

Alors, est-ce Munich qui recommence ?

L’acquiescement à la loi du plus fort et des maîtres chanteurs ?

Une colossale erreur d’appréciation de l’Occident et, en particulier, des Etats-Unis ne comprenant visiblement pas qu’il y a quelque chose de suicidaire dans cette façon de rejeter l’allié loyal et vaillant pour endosser le point de vue de ses adversaires ?

Ou le peuple kurde qui a, entre autres torts, de n’être pas arabe, d’être laïque, de croire en la démocratie pluraliste, de reconnaître des droits égaux aux femmes et d’avoir, de tout temps (jusques et y compris, très récemment, dans les combats menés pour la libération de la plaine de Ninive) protégé, délivré et accueilli les minorités serait-il, lui aussi, un peuple en trop sur la terre ?

Une seule solution : hausser le ton ; rappeler calmement mais fermement qu’il y a quelque chose d’absurde à voir des régimes autoritaires se permettre de donner des leçons de constitutionnalité à un peuple hier encore sous leur botte ; et obtenir des autorités irakiennes qu’elles répondent, sans conditions ni délai, à la main tendue des Kurdes et à leur offre de dialogue.

par Bernard-Henri Lévy

Kurdes : L’Europe va-t-elle joindre les actes à la parole ?


Trump a sonné une nouvelle défaite morale, politique et militaire de l’Amérique. Et l’Europe doit choisir entre être un continent somnambule ou un continent debout.

Donald Turmp lors de sa conférence de presse du 26 septembre 2018 à New York.
Donald Trump lors d’une conférence de presse du 26 septembre 2018 à New York.

Outre s’inscrire en bonne place dans la lignée des bouffons politiques qui, de Caligula et Néron à Amin Dada et Kadhafi, n’ont cessé d’endeuiller l’Histoire de leurs frasques sinistres, Donald Trump vient de rejoindre dans le grand livre des lâcheurs de peuples les tenants, jadis, à Paris et à Londres de la Non-Intervention qui abandonnèrent la république espagnole à Franco et ses parrains fascistes, suivis à Munich des Daladier et Chamberlain qui sacrifièrent la Tchécoslovaquie à Hitler, par hantise de la guerre. Le même Trump, hier encore, qui vantait la vaillance et la constance des combattants kurdes pour leur lutte au premier rang contre l’Etat islamique, et les assurait de la reconnaissance de l’Amérique, s’est, en une de ces pirouettes géopolitiques dont il est coutumier et contre l’avis des plus hauts militaires américains, mué en Nouveau Ponce Pilate. Se souciant comme d’une guigne des conséquences du retrait des deux mille hommes des Forces spéciales américaines qui sanctuarisaient le nord de la Syrie face au rêve d’Erdogan d’éradiquer l’irrédentisme kurde, Trump, après le renoncement d’Obama de punir Damas pour l’emploi des gaz contre les populations civiles, après le lâchage par les Occidentaux du Kurdistan irakien coupable d’avoir voté l’indépendance, a sonné une nouvelle défaite morale, politique et militaire de l’Amérique.

Devant le tollé universel, Donald Trump, dans un xième retournement, parle désormais de reporter le désengagement américain et, après lui avoir donné son feu vert, menace la Turquie de désastre économique si l’armée d’Ankara fondait sur les Kurdes syriens. Mais, devant tant d’inconséquences, de bravache, qui peut croire encore en la parole de l’Amérique, en la fidélité à ses engagements ? N’avons-nous d’autre choix, nous Européens, que d’être les complices impuissants et navrés des foucades irrationnelles du docteur Folamour en poste à la Maison Blanche ? Ainsi que BHL le pointe dans les colonnes du Point cette semaine, les deux mille conseillers américains que Trump s’apprêtait à rapatrier, sont un contingent aussi décisif politiquement que modeste numériquement. Les remplacer par un contingent égal de militaires européens, outre qu’y sont présents depuis trois ans deux cents hommes des Forces spéciales françaises, n’est en aucune façon une tâche ni un fardeau insurmontables pour les vingt-sept nations du Vieux continent, pour peu qu’elles en décident ainsi. Il n’y faut rien d’autre, en effet, que ce ressort, si rare par les temps qui courent, que serait une volonté politique digne de ce nom. Volonté tant vis-à-vis de l’(ex) Ami américain que du bourreau de Damas et du néo-sultan d’Ankara, afin de contenir par une présence européenne sur place l’esprit d’abandon qui anime outre-Atlantique le fossoyeur en chef de l’Occident et, au Proche-Orient, de barrer la route à l’esprit de meurtre des deux fossoyeurs de peuples qui broient jour après jour la Syrie. L’Europe proclame haut et fort vouloir avancer comme entité unie sur le plan militaire et diplomatique. Elle a, comme hier en Bosnie et au Kossovo, une occasion à peu de frais de faire œuvre commune pour elle-même et sa sécurité collective contre le terrorisme, en fortifiant nos alliés kurdes dans le combat de tous contre les djihadistes de Daech, qui sont loin d’avoir dit adieu aux armes – et encore moins au crime – sur les bords de l’Euphrate et du Tigre.

On s’étonne que dans le concert de protestations diplomatiques et autres contre le n’importe quoi trumpiste, nulle voix européenne ni même française ne se soit, à ce jour, fait entendre pour proposer de reprendre le flambeau de la lutte avec les Kurdes de Syrie contre l’ennemi commun et de combler le vide laissé par le départ, serait-il remis pour l’heure, des Américains. En prime, va-t-on laisser Erdogan, après qu’il se soit emparé de l’enclave syrienne d’Afrin, faire le ménage des populations kurdes toujours plus loin de ses frontières ? Va-t-on, de même, laisser Bachar El Assad imposer aux Kurdes syriens la fin sans rémission de leur autonomie, si chère payée ?

Europe somnambule ou Europe debout : le choix, une fois de plus, est là.

L’Europe qui désespère à voix haute de l’Amérique de Trump, va-t-elle se réveiller, joindre les actes à la parole ? Ou, arguant médiocrement, misérablement que sans les Américains on ne peut rien, fermer les yeux et laisser faire ?

par Gilles Hertzog

Ils voulaient la guerre civile, ils ont récolté la révolution


Les pyromanes mondialo-sionistes n’en reviennent pas. Tant d’années passées à monopoliser la parole dans tous les grands médias, en nous alertant contre la menace verte, le danger islamiste, la cinquième colonne musulmane…

Tant de chroniques haineuses et d’analyses apocalyptiques, prédisant le déferlement prochain de hordes d’islamistes violeurs de femmes et poseurs de bombes, venues de nos banlieues pour instaurer la charia dans l’Hexagone. Le tout avec la complicité et la complaisance des médias, transformés en machines de propagande dignes de la Pravda de la grande époque.

Le bon peuple gaulois, à qui on martelait l’essence judéo-chrétienne de la France, était assailli de toute part par cette menace verte : voile, laïcité, halal, droit à la caricature et à l’islamophobie, etc. Telles étaient les nouvelles priorités de notre société.

Les agents sionistes semaient les graines de la division et soufflaient sur les flammes de la guerre civile, dans leur stratégie du « diviser pour régner ». Le musulman se retrouvait stigmatisé, coupable par défaut, bouc émissaire idéal, pour détourner l’opinion des véritables problèmes.

Mais c’était insulter l’intelligence du peuple français, cette majorité silencieuse à qui on ne demande pas son avis, qu’on méprise constamment, en tentant de lui faire prendre des vessies musulmanes pour des lanternes sionistes, et qui a bien compris, malgré ces tentatives d’enfumage, quel était le problème, et qui étaient les véritables responsables de sa situation dramatique.

Une majorité qui se retrouve pleinement dans un mouvement de jaune vêtu, portant haut et fort ses revendications et criant sa colère à la face d’une Élite dirigeante complètement dépassée et déconnectée des réalités du pays.

Un aveuglement incroyable qui confine à l’autisme, mais qui n’est guère étonnant pour une classe dominante vivant depuis trop longtemps dans sa tour d’ivoire, incapable de comprendre ou de ressentir la fureur d’un peuple à bout.

Un peuple qui a bien compris quels étaient les tenants et les aboutissants d’un système oligarchique dont il ne veut plus et dont il a parfaitement identifié les acteurs: les banques, les multinationales, les lobbies, ainsi que les politiciens et les médias qui sont à leur service.

Un système qui favorise les plus forts et fragilise les plus faibles, à l’inverse de ce qu’exige le peuple. Celui-ci a décidé de renverser la table pour congédier ceux qui n’ont jamais cessé de lui mentir et de le trahir, alors qu’ils étaient censés le représenter.

Le mouvement des gilets jaunes, que beaucoup prenait pour un feu de paille, est beaucoup plus profond que cela. Il exprime une exaspération contenue depuis trop longtemps, contre les injustices de tout bord, contre la paupérisation, contre le coût de la vie, contre les cadeaux fiscaux faits aux plus riches, contre la disparition programmée des acquis sociaux, contre la justice à deux vitesses, contre les mensonges des médias, contre la non-représentativité de la classe politique, en bref, contre le modèle néolibéral impérialo-sioniste que l’on veut nous imposer coûte que coûte.

Non, la France ne doit pas être gérée comme une entreprise. Non, l’hôpital, l’école ou l’université n’ont pas vocation à être des centres de profits. Non au racket des radars et des péages d’autoroutes, non à la privatisation des services publics, non aux guerres néocoloniales, non à l’alignement sur la vision américano-sioniste, non à la soumission aux banques et à la dette, non à l’individualisme, non à l’américanisation de la société, non au rejet des valeurs traditionnelles.

Voila ce que les gilets jaunes, et à travers eux la majorité du peuple de France, expriment.

Nul ne peut dire sur quoi ce mouvement révolutionnaire va déboucher, mais il a déjà une victoire à son actif, celle d’avoir dévoilé la nature de ce système. Le roi est désormais nu.

Démocratie, liberté d’expression, droit de manifester, etc., terminé. Le pouvoir sonne « la fin de la récré » comme on a pu l’entendre dans une expression visant à infantiliser un mouvement légitime, et il se montre tel qu’il est vraiment.

Place à la répression, aux comparutions immédiates et aux mépris envers des citoyens révoltés qualifiés de « foule haineuse », d’antisémites, d’homophobes, d’extrémistes de droite ou de gauche, de complotistes… La litanie d’anathèmes habituels lancés à la face de ceux qui s’opposent à ce système oligarchique, dépassant bien sûr le cadre Hexagonal.

Face à eux, un pouvoir pris en otage entre le monde de l’argent qui l’a « élu », et un peuple qui lui demande des comptes. Un pouvoir ne représentant que lui-même et une classe de privilégiés, qui n’a pour seule réponse que de vagues promesses ainsi qu’une répression policière et judiciaire impitoyable.

Un pouvoir qui ne manque pas de superlatifs pour vilipender la violence d’une minorité de casseurs, en oubliant celle, beaucoup plus brutale, du système dominant qu’il incarne.

La violence de l’usure bancaire, des licenciements, de la misère sociale, du mépris de classe et de l’arrogance avec lesquels est traité le petit peuple. La violence des guerres menées par nos armées au Sahel et en Syrie, celle qui s’abat sur les enfants yéménites avec les armes que nous fournissons à nos « alliés » saoudiens, la violence du massacre des Palestiniens par nos « amis » israéliens, et bien d’autres violences encore, dont les journalistes aux ordres et les politiciens, philosophes ou autres experts de l’Élite, oublient de nous parler, ou minimisent à l’extrême.

Une Élite dont les agents se permettent d’exhorter les policiers à faire usage de leurs armes, sans risquer d’être condamnés par la justice pour « appel à la violence ». Une Élite dont les journalistes usent de « fake news » à longueur d’émissions en relayant les mensonges étatiques sur la soi-disant faible mobilisation populaire ou en se basant sur des sondages bidonnés minimisant le soutien, pourtant massif, de l’opinion publique envers les gilets jaunes.

Les masques sont tombés et ce pouvoir ne tient que par la grâce des forces de police qui, malgré leur sympathie évidente envers les manifestants, sont sommées de les réprimer pour préserver l’ordre public. Des policiers exténués, sous-payés, qui comprennent et approuvent les revendications du peuple dont ils sont issus, et qui ont certainement conscience d’être le dernier rempart d’un système aux abois.

Un peuple qu’on a méthodiquement remonté contre ses concitoyens musulmans pour le détourner des véritables responsables de ses problèmes économico-sociaux, et qui démontre aujourd’hui qu’il ne s’y est pas trompé, lorsqu’il hurle sa haine des banques, des journalistes et des politiciens.

Un peuple qui a compris que la religion de ses oppresseurs n’était ni l’Islam, ni  aucune autre religion monothéiste, mais qu’il s’agissait de la religion de l’argent, du pouvoir, de l’exploitation des faibles et de la loi du plus fort.

La guerre civile n’aura pas eu lieu. Il s’agit de lutte des classes et de révolte populaire, prémices probables d’une révolution à venir, car lorsque la coupe de l’injustice est pleine, le peuple veut changer le paradigme et rabattre les cartes.

Le Parti Anti Sioniste se réjouit de ce réveil populaire, lui qui a toujours œuvré pour l’éveil des consciences, et qui a toujours dénoncé ce système injuste ne profitant qu’à une minorité.

Il en a lui-même subi les foudres, à la veille du lancement de ce mouvement révolutionnaire, et a toujours prévenu les pyromanes à la solde de l’oligarchie que leurs manigances se retourneraient contre eux. Nous y sommes.

Mais nous appelons également les Français à ne pas tomber dans les pièges que ce système en bout de course ne manquera pas de leur tendre, lui qui est prêt à tout pour sa survie.

La conscience aura alors raison de l’injustice, et, sortant des ténèbres dans lesquelles le grand capital nous aura plongés depuis trop longtemps, nous pourrons enfin nous mettre en marche vers un monde plus juste, dont la France serait l’un des phares.

Brésil – Les peuples autochtones réagissent aux attaques du nouveau gouvernement


Les attaques du nouveau gouvernement contre les peuples autochtones, les changements administratifs dans le portefeuille de l’Agriculture et la responsabilité de la démarcation des terres d’origine provoquent déjà une réaction immédiate des communautés organisées et autonomes qui survivent et luttent dans le territoire national. Plus de 500 ans après l’invasion et une politique systématique d’extermination, 305 groupes ethniques résistent encore, occupant un peu plus de 12% du territoire brésilien.

La majorité, près de 90%, est concentrée en Amazonie, un espace de forêt luxuriante où les communautés peuvent encore vivre selon leur culture et, par ailleurs, garantir la préservation d’un biome fondamental non seulement pour le Brésil, mais pour la planète entière. Il suffit de regarder les applications « Google Maps » et « Google Earth » et immédiatement vous pouvez voir que là où il y a une communauté autochtone il y a protection et la forêt est en vibration. Là où il y a une industrie ou une exploitation agricole, la vie agonise.

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L’Amazonie, en raison de ses caractéristiques climatiques et environnementales, a toujours été un espace difficile à occuper, à tel point qu’aujourd’hui encore, c’est la région où la densité de population est la plus faible. Mais la richesse de sa diversité, de ses minéraux et la voracité dans la recherche d’énergie (avec la construction de centrales hydroélectriques), y a attiré l’attention des yeux avides. Ainsi, le latifundium, qui occupent déjà plus de 60% du territoire avec l’agro-industrie, veut couvrir ces 12% qui sont sous le contrôle des peuples autochtones.

L’intention du gouvernement, en réponse au désir des paysans, est de retirer les indigènes de la terre en « faisant d’eux des citoyens », ce qui, en pratique, signifie non seulement éliminer leur manière d’être dans le monde, mais aussi leur désintégration en tant qu’êtres humains ayant leur propre culture, viscéralement différente de la culture occidentale juive et chrétienne. Conformément aux souhaits du capital ultralibéral, les peuples autochtones doivent être incorporés en tant que main-d’œuvre dans les villes et les campagnes, sans avoir le droit à leur propre terre. C’est un épisode de plus d’accumulation primitive qui ne servira qu’à détruire le mode de vie des peuples d’origine.

Cette semaine, à la suite d’une déclaration du président selon laquelle les autochtones qui vivent dans les terres indigènes sont comme des animaux dans des zoos, une lettre ouverte des peuples Aruak Baniwa et Apurinã expose très clairement leur position sur cette proposition de faire d’eux des citoyens :

« Nous ne vivons pas dans des zoos, Monsieur le Président, nous sommes dans nos terres, nos maisons, comme le Seigneur lui-même et comme toute société humaine dans leurs maisons, villes, quartiers. Nous sommes des personnes, des êtres humains, nous avons le sang comme vous, nous sommes nés, nous avons grandi, nous procréons et puis nous mourons dans notre terre sacrée, comme tout être humain vivant sur cette terre. Nos terres, déjà reconnues sur les plans technique et scientifique, sont des garanties de protection de l’environnement, préservées et gérées par les peuples indigènes, favorisant des pluies constantes dont bénéficient les plantations et les agro-industries de la région sud et sud-est et nous le savons« .

Ils n’acceptent pas non plus l’idée d’intégration proposée par le président :

« Nous avons été décimés, surveillés et victimes de la politique intégrationniste des gouvernements et de l’État national brésilien, c’est pourquoi nous sommes ici pour affirmer que nous n’acceptons plus de politique d’intégration, de tutelle et nous ne voulons plus être décimés par de nouvelles mesures gouvernementales et nationales. Ce pays qu’on appelle le Brésil nous doit une valeur inestimable, Monsieur le Président, pour tout ce qui a déjà été fait contre et avec nos peuples. Les terres autochtones jouent un rôle très important dans le maintien de la richesse de la biodiversité, la purification de l’air, l’équilibre environnemental et la survie même de la population brésilienne et du monde« .

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Toujours cette semaine, un représentant de l’Articulation des Peuples Indigènes du Brésil (APIB) est arrivé au Bureau du Procureur Général de la République pour demander le contrôle judiciaire de la mesure provisoire signée par le Président Jair Bolsonaro qui transmet au portefeuille agricole les pouvoirs d’identification, de délimitation et d’enregistrement des terres occupées par les peuples autochtones. Selon l’APIB, cette mesure contrevient à l’article 6 de la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail ainsi qu’à un certain nombre d’autres lois nationales.

La représentation demande également l’ouverture d’une enquête civile afin de vérifier et de contrôler les actes administratifs et les processus de démarcation des terres autochtones qui seront traités au Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de l’Approvisionnement, ainsi que de déterminer une éventuelle responsabilité administrative en matière de morale administrative, de démocratie et de droits culturels des populations indigènes, conformément au paragraphe 5 [ le Ministère public est chargé de défendre par voie judiciaire les droits et intérêts des populations autochtones ] de la constitution fédérale de 1988.

Elle exige également que des mesures urgentes soient prises pour éviter le risque d’un préjudice irréparable causé aux peuples autochtones par l’ingérence politique ou la suspension des procédures de démarcation, selon le comportement de la Ministre et de ses subordonnés.

Outre les actions dans les domaines de la communication et de la justice, les entités autonomes de l’organisation autochtone préparent déjà des actions publiques contre l’attaque contre leur culture et leurs terres. Selon les communautés, il n’est pas possible de revenir en arrière sur les progrès importants réalisés grâce à la Constitution de 1988. Le Brésil ne peut plus avoir de pratique coloniale, comme celle qui a marqué l’ethnocide et la mémoire post-invasion. Il y aura des combats.

Elaine Tavares

Article original en espagnol : Los pueblos indígenas reaccionan ante los ataques del nuevo gobierno, Rebelión, le 12 janvier 2019

Traduit par Pascal, revu par Martha pour Réseau InternationalLa source originale de cet article est RebelionCopyright © Elaine TavaresRebelion, 2019

Le «grand jeu» des bases en Afrique


L’art de la guerre

Les militaires italiens en mission à Djibouti ont donné des machines à coudre à l’organisation humanitaire qui assiste les réfugiés dans ce petit pays de la Corne d’Afrique, situé en position stratégique sur la voie commerciale fondamentale Asie-Europe à l’embouchure de la Mer Rouge face au Yemen. L’Italie a là une base militaire qui, depuis 2012, “fournit un support logistique aux opérations militaires italiennes qui se déroulent dans l’aire de la Corne d’Afrique, Golfe d’Aden, bassin somalien, Océan Indien”.

À Djibouti les militaires italiens ne s’occupent donc pas seulement de machines à coudre. Dans l’exercice Barracuda 2018, qui s’est déroulé ici en novembre dernier, les tireurs choisis des Forces spéciales (dont le commandement est à Pise) se sont entraînés, en toutes sortes de conditions environnementales y compris de nuit, avec les fusils de précision les plus sophistiqués pouvant centrer l’objectif à 1-2 km de distance. On ne sait pas à quelles opérations participent les Forces spéciales, puisque leurs missions sont secrètes ; il est en tous cas certain qu’elles se déroulent essentiellement dans un cadre multinational sous commandement USA.

À Djibouti se trouve Camp Lemonnier, la grande base étasunienne d’où opère depuis 2001 la Task Force conjointe-Corne d’Afrique, composée de 4000 spécialistes en missions hautement secrètes, dont les assassinats ciblés par des commandos ou des drones tueurs notamment au Yemen et en Somalie. Tandis que les avions et les hélicoptères pour les opérations spéciales décollent de Camp Lemonnier, les drones ont été concentrés à l’aéroport Chabelley, à une dizaine de kilomètres de la capitale. On est en train de réaliser là d’autres hangars, dont la construction a été confiée par le Pentagone à une entreprise de Catane déjà employée dans des travaux à Sigonella, principale base des drones USA/Otan pour les opérations en Afrique et Moyen-Orient.

À Djibouti se trouvent aussi une base japonaise et une française, qui accueille des troupes allemandes et espagnoles. S’y est ajoutée en 2017 une base militaire chinoise, la seule hors de son territoire national. Bien qu’ayant un objectif logistique fondamental, comme hébergement des équipages des navires militaires qui escortent les navires marchands et comme entrepôt pour les approvisionnements, elle représente un signal significatif de la présence chinoise croissante en Afrique. Présence essentiellement économique, à laquelle les États-Unis et les autres puissances occidentales opposent une présence militaire croissante. D’où l’intensification des opérations menées par le Commandement Africa, qui a en Italie deux importants commandements subordonnés : le U.S; Army Africa (Armée USA pour l’Afrique), à la caserne Ederle de Vicence ; les U.S. Naval Forces Europe-Africa (Forces navales USA pour l’Europe et l’Afrique), dont le quartier général est dans la base de Capodichino à Naples, formées des navires de guerre de la Sixième Flotte basée à Gaeta.

Source : https://journals.openedition.org/espacepolitique/4719

Dans le même cadre stratégique se trouve une autre base US de drones armés, qui est en construction à Agadez au Niger, où le Pentagone utilise déjà pour les drones la base aérienne 101 à Niamey. Celle-ci sert aux opérations militaires que les USA mènent depuis des années, avec la France, au Sahel, surtout au Mali, Niger et Tchad. Dans ces deux derniers pays arrive demain le président du Conseil Conte.

Ces pays sont parmi les plus pauvres du monde, mais très riches en matières premières -coltan, uranium, or, pétrole et nombreuses autres- exploitées par des multinationales étasuniennes et françaises, qui redoutent de plus en plus la concurrence des sociétés chinoises, lesquelles offrent aux pays africains des conditions beaucoup plus favorables.

La tentative d’arrêter avec des moyens militaires, en Afrique et ailleurs, l’avancée économique chinoise est en train d’échouer. Probablement même les machines à coudre, données à Djibouti par les militaires italiens pour les réfugiés, sont-elles “made in China”.

Manlio Dinucci

Article original en italien :

Il «grande gioco» delle basi in AfricaL’Arte della guerra

Édition de mardi 15 janvier 2019 deil manifestohttps://ilmanifesto.it/il-grande-gioco-delle-basi-in-africa/Traduit de l’italien par Marie-Ange PatrizioLa source originale de cet article est ilmanifesto.itCopyright © Manlio Dinucciilmanifesto.it, 2019

11 JANVIER 1992-11 JANVIER 2018 : La fable criminelle de la sauvegarde de la démocratie.


Le 11 janvier 1992, une poignée de généraux putschistes, corrompus et sans honneur, commettent un attentat imprescriptible contre le peuple algérien avec la bénédiction de l’étranger. Conscients de la haine que leur vouent la population, ces officiers félons décident de tuer dans l’œuf une expérience démocratique balbutiante et néanmoins bouillonnante, née d’un « chahut de gamins » le 5 octobre 1988.

Alger, janvier 1992

Relayés par la police politique et par les thuriféraires civils de tous les milieux de la corruption, ils conduisent le pays au plus profond d’un gouffre d’horreurs sous les vivats d’admirateurs stipendiés et les applaudissements intéressés de leurs clientèles et de leurs sponsors étrangers.   

Vingt-sept ans plus tard, le régime, et par conséquent tout le pays tenu en joue par une organisation de nervis, se retrouve dans une impasse totale. Il n’y a plus d’argument et plus aucun acteur recevable dans le théâtre d’ombres du système de la sécurité militaire. A tel point que les Algériens sont invités à attendre l’apparition incertaine d’un président muet au stade de l’agonie, qui n’a pas prononcé une parole publique depuis plus de cinq ans.

Va-t-il être candidat à un cinquième mandat ou pas? Y aura-t-il une élection ou non? La population a beau s’en fiche comme d’une guigne, les manœuvres d’appareils et les spéculations médiatiques les plus farfelues tiennent lieu d’animation politique. Il s’agit de gesticulations absurdes dans un désert vide de spectateurs. Les oracles mercenaires de tous bords, islamistes comme laïcs aussi inféodés les uns que les autres, sont chargés d’occuper la scène pour enfumer la population un jour et revenir sur leurs déclarations le lendemain sans le moindre état d’âme.

Quant aux Algériens, revenus de toutes les mystifications du régime, ils se débrouillent comme ils peuvent, rongés par l’anxiété d’un avenir trouble et dangereux. 

À quoi a eu droit le peuple algérien depuis le coup d’État de 1992?

Pour entamer cette période dramatique, après des rafles et les internements de milliers d’innocents, les Algériens ont assisté à l’assassinat en direct à la télévision d’un vieux militant ressuscité de l’oubli, mais bénéficiant de l’aura du 1er novembre, six mois à peine après son intronisation-résurrection. Le malheureux trompé par des intrigants roués aura néanmoins apporté sa caution historique, c’était l’objectif, des putschistes… La mort en direct du malheureux Mohamed Boudiaf un certain 26 juin 1992 est le crime inaugural d’un carnage qui a duré dix ans.   

Après l’intermède grotesque d’un comité de coup d’état, le HCE, les putschistes ont exhumé un général velléitaire et balbutiant de sa retraite pour le placer à la tête du pays. Les mêmes lui organiseront des « élections » desquelles, l’ANP étant décidément invincible sur ce terrain, il sortira bien évidement vainqueur. … Une victoire « légitimée » par la présence de candidats-alibi sans relais ni base validant toute honte bue une sinistre mascarade.

Ce même général-président, au bout du ridicule (on se souvient de son « parachèvement » institutionnel) et de l’impuissance quatre ans après son « élection », démissionnera dans une logique de soumission aux vrais pouvoirs. (Les pires massacres de la décennie sanglante ont lieu à la veille de sa démission). Mais il ne quittera pas son poste le jour de l’annonce comme c’est l’usage partout dans le monde, il laissera le temps (environ huit mois) à ses « capi » de l’ombre et du crime de lui trouver un successeur. 

En avril 1999, les généraux de l’ombre propulsent à l’avant-scène (à partir de Paris tout de même…) leur candidat idéal, dûment adoubé par l’ex-métropole. Abdelaziz Bouteflika, ramené d’un exil doré autant que cliniquement délinquant, est coopté pour signifier aux Algériens et au monde que le régime enfin « civil » tournait la page du sang et de la torture. Cette élection singulière restera dans les annales de l’histoire de la fraude politique. Comme prévu, le candidat des putschistes est « élu » …. sans compétition. Les sept autres candidats se sont retirés la veille de l’élection pour protester contre la fraude aussi gigantesque que grossière.

Connu pour son amour immodéré du pouvoir et confirmé dans sa mégalomanie, le nouveau préposé à la devanture du régime prend goût aux ors de la dictature au risque d’agacer ses parrains, comme un serpent qui voudrait se mesurer à un tigre. Sans réelle conséquence bien sûr. Ses sponsors qui contrôlent l’armée et les polices secrètes le remettent à sa place sans faire trop de vagues. Larbi Belkheir, maire du palais, intermédiaire de l’étranger et faiseur de rois, meurt dans l’anonymat des courtisans délaissés. Il est remplacé dans ce rôle par le général Toufik Mediene, chef du DRS, bien moins urbain et tapi dans l’ombre. Ce dernier au bout des intrigues est à son tour écarté, le général Tartag dit «la chignole » prend sa place en attendant qu’un autre nervi surgisse …

Au fil des échecs et des scandales, les gestionnaires se succèdent, le style change à peine et le système perdure. C’est ce jeu de chaises musicales qui se perpétue depuis 20 ans sous le regard désabusé et méprisant des Algériens.   

La violence comme seul instrument de gouvernance

Après 200 000 morts, 20 000 disparus, des milliers de veuves et d’orphelins, autant de blessés, la tragédie algérienne se poursuit dans la répression brutale de toutes les contestations, l’écrasement des libertés et l’interdiction de toute expression indépendante. 

La surenchère des manipulations pour une fuite en avant dans le statu quo tient lieu de politique. Les tractations entre généraux et affairistes constituent la toile de fond d’un vie politique réduite à des concurrences rentières et de complots sordides. Le voile jeté sur les marchandages du sérail est aussi épais que le mur d’argent qui sépare les Algériens démunis de la nouvelle classe compradore. Que manigancent-ils encore? Comment vont-ils se répartir les dépouilles? se demandent les Algériens. Quel lapin mité et pervers vont-ils sortir de leur képi?

Avec une classe politique factice associée à la captation de la rente, une police politique omniprésente, les Algériens n’attendent plus rien d’un régime constitué d’apparatchiks aux ordres, sans base et sans morale.

Le régime a réussi en 27 années à décrédibiliser radicalement l’action politique en préfabriquant une scène politique complètement artificielle, complétement soumise aux désirs des maitres de l’heure.

Qu’est-ce qu’un homme politique en Algérie aujourd’hui aux yeux des Algériens? C’est un député inculte et servile, corrompu, pourvu d’un salaire mirobolant et d’avantages indécents, dont la seule activité est de lever la main pour approuver les décisions de ses parrains.

Qu’est-ce qu’un chef de parti politique? Un personnage médiocre, souvent folklorique, qui aspire à devenir ministre ou sous-ministre pour prendre « sa part » de la rente.

Qu’est-ce qu’un ministre? Un bureaucrate rapace, sans relief ni projet, qui tente d’amadouer l’opinion avec des formules « humoristiques » vulgaires. Ou, pour marquer son autorité, il feint la colère en réprimandant des petits fonctionnaires face aux caméras, lors de « sorties sur le terrain ». 

En 27 ans, les maîtres de l’Algérie ont transformé le pays en un terrain vague désolé où règne l’incompétence. Les médiocres de tous poils dominent et obèrent l’avenir du pays, sacrifient la jeunesse et détruisent l’héritage libérateur en toute impunité.

Économiquement, malgré près de 1000 milliards de dollars de recettes pétrolières depuis 20 ans, le pays est à genoux, et s’achemine vers l’asphyxie. L’ultime expédient du régime pour masquer très temporairement des déficits abyssaux est le recours irresponsable à la planche à billets.

Mais cette situation de désordre organisé est très profitable pour ceux qui titrent les ficelles. La nouvelle oligarchie mise en place par le régime et ses sbires est la première bénéficiaire de l’effondrement programmé. Les barons-voleurs bénéficient sans limites de la rente, en distribuent une partie aux clientèles en laissant parfois des miettes au petit peuple pour qu’il se tienne tranquille.

La fable et les choristes

27 ans après, le chœur des adorateurs du putsch s’est tu. Leur mantra « moderniste » et « républicaniste » ressassé à longueur de colonnes de la presse « indépendante » aux ordres n’est plus audible. La mystification de l’époque était la « sauvegarde de la république » et « la protection de la démocratie ». Vraiment? Qui peut croire encore à de telles fadaises? De république et de démocratie, il ne reste que le nom. Quant au régime, il est toujours là, omnipotent, dénué de tout scrupule et d’une insondable médiocrité, fonçant dans le mur en mettant en danger des millions d’Algériens voués au désespoir.

Les propagandistes de l’éradication sont désormais muets, mais ils sont toujours là, après des dizaines de milliers de victimes de la politique qu’ils ont défendue au mépris de toute considération morale ou humaine. Remplacés sur un registre bien plus global par des littérateurs qui vomissent la haine de leur peuple, ces femmes « civilisées » et ces « intellectuels laïcs » ont déserté les plateaux des télévisions françaises… Ils devraient pourtant sortir de leurs retraites dorées et célébrer fastueusement cet événement tragique, tous ces généraux, ces directeurs de journaux, membres du Conseil National de Transition (CNT), ministres et sous ministres, sénateurs et députés qui se sont succédé à la mangeoire sanglante de la rente…

Car après toutes ces années, la question s’impose : pourquoi ce coup d’État n’est -il pas commémoré ? N’aurait-il pas sauvé l’Algérie du « péril islamiste » comme le clamaient les commandos médiatiques de l’éradication ? Ne serait-ce pas une date de l’histoire du pays qu’il conviendrait de marquer ? Au fond de la trahison et de la tragédie, ces généraux éprouveraient-ils des difficultés à finalement assumer leur forfait?

Qui accorde encore le moindre crédit aux affabulations des tenants du système?  

Le peuple sait et l’Histoire a déjà jugé.

ffschroniquesActualitésAnalyses janvier 15, 2019 

FC

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