Israël veut fabriquer des Juifs en série pour dépasser en nombre les Palestiniens (Counterpunch)


   Jonathan COOK
  Photo : thierry ehrmann

  Le Premier ministre israélien Benjamin      Netanyahou a anéanti les espoirs de paix    imminente que la visite au Moyen-Orient    du conseiller et du gendre de Donald           Trump, Jared Kushner, avait suscités chez   les perpétuels optimistes, la semaine   dernière. Lundi dernier, lors d’une   célébration, en Cisjordanie, des 50 ans d’occupation israélienne, Netanyahou a clairement admis que les efforts étasuniens pour relancer le processus de paix n’étaient qu’une vaste farce.

Il n’y aura pas de démantèlement des colonies ni d’expulsion de leurs 600 000 habitants – le minimum de ce qu’il faudrait faire pour établir un État palestinien à peine viable. « Nous sommes ici pour toujours », a assuré Netanyahu à son auditoire de colons. « Nous nous enracinons, nous construirons, nous deviendrons de plus en plus fort et nous resterons ».

Alors, qu’est-ce qui va devenir le nerf du conflit israélo-palestinien si la solution à deux États est morte ? La même chose qu’au début du conflit. On va avoir une nouvelle bataille éperdue de chiffres contre les Palestiniens – dans laquelle Israël se prépare à créer de nouvelles catégories de « Juifs » qui viendront grossir les troupes.

La démographie a toujours été au cœur de la politique israélienne. Pendant la guerre de 1948, qui a établi un état juif sur les ruines de la patrie palestinienne, 750 000 Palestiniens ont été expulsés au cours de qu’on appellerait aujourd’hui une campagne de nettoyage ethnique. À la fin de cette campagne, la large majorité palestinienne autochtone avait été réduite à moins d’un cinquième de la population du nouvel État. Cela ne troublait pas David Ben Gurion, le père fondateur du pays. Il espérait bien noyer ce petit reste sous les Juifs venant d’Europe et du monde arabe.

Mais le projet s’effondra à cause de deux erreurs de calcul.

Tout d’abord, Ben Gurion n’a pas pris en compte le taux de natalité beaucoup plus élevé de la minorité palestinienne. Malgré les vagues d’immigrants juifs, les Palestiniens se sont maintenus à 20% des citoyens d’Israël. Depuis, Israël livre une bataille d’arrière-garde contre eux. Selon des études, la seule manière avouable qu’a trouvée Israël pour limiter la natalité palestinienne est le planning familial.

Des manigances démographiques israéliennes ont été dévoilées la semaine dernière. Une enquête menée par le journal Haaretz a révélé qu’au cours des dernières années, Israël a dépouillé des milliers de Bédouins de leur citoyenneté ; les Bédouins connaissent la croissance démographique la plus rapide du pays. Israël prétend qu’il y a eu des « erreurs » bureaucratiques dans l’enregistrement de leurs parents ou grands-parents après la fondation de l’État.

Un autre Rubicon a été franchi ce mois-ci quand un tribunal israélien a approuvé la révocation de la citoyenneté d’un Palestinien reconnu coupable d’une attaque mortelle contre des soldats. Les associations de droits de l’homme craignent que, en le rendant apatride, le droit israélien n’ait établi un précédent qui permettra de conditionner la citoyenneté à la « loyauté ».

La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, est d’ailleurs allée dans ce sens cette semaine en disant que les juges du pays devaient mettre la démographie et le caractère juif de l’État au-dessus des droits de l’homme.

La deuxième erreur de calcul a été faite en 1967. En occupant les derniers fragments de la Palestine historique sans en avoir expulsé la majorité des habitants, Israël s’et retrouvé responsable de plusieurs centaines de milliers de Palestiniens supplémentaires, y compris des réfugiés de la guerre précédente.

Le « démon démographique », comme on l’appelle souvent en Israël, n’a été conjuré pendant toutes ces dizaines d’années que par la promesse mensongère qu’il serait bientôt mis fin à l’occupation. En 2005, Israël s’est offert un sursis en se désengageant de la petite enclave de Gaza et de son million de demi d’habitants.

En tuant l’espoir d’un Etat palestinien, Netanyahou vient de rendre publique son intention de mettre en place la solution d’un État des colons. Naftali Bennett, le principal rival de Netanyahou au gouvernement, est démangé par l’envie d’ignorer l’opinion internationale et d’annexer des grandes parties de la Cisjordanie.

Il y a cependant un problème. Au moins la moitié de la population du Grand Israël de Netanyahou est palestinienne. Et, avec les taux de natalité actuels, bientôt les Juifs seront clairement une minorité – qui régnera sur une majorité palestinienne.

Il faut savoir tout cela pour comprendre le rapport d’un groupe de travail du gouvernement – qui a fuité au week-end dernier – qui propose une révision révolutionnaire de qui peut être considéré comme juif et donc habilité à vivre en Israël (et dans les territoires occupés).

La loi israélienne du Retour de 1950 a déjà élargi la définition en allant au-delà de la définition rabbinique traditionnelle selon laquelle un Juif devait être né d’une mère juive. La loi accorde la citoyenneté instantanée à toute personne ayant un grand-parent juif. Cela a bien fonctionné tant que les Juifs fuyaient la persécution ou la détresse économique. Mais après l’arrivée d’un million d’immigrants suite à la chute de l’Union soviétique au début des années 1990, le réservoir de nouveaux Juifs s’est asséché.

Les États-Unis, même dans l’ère Trump, se sont révélés le principal aimant. Le Jerusalem Post a rapporté le mois dernier que sans doute plus d’un million d’Israéliens vivaient Etats-Unis. Pire encore pour Netanyahou, il semble qu’au moins certains d’entre eux soient inclus dans les chiffres israéliens, pour renforcer leurs revendications démographiques contre les Palestiniens.

Il y a actuellement deux fois plus d’Israéliens qui émigrent aux États-Unis que de Juifs étasuniens qui viennent vivre en Israël. Avec 150 start up israéliennes rien que dans la Silicon Valley, cette tendance n’est pas près de s’inverser.

Cette catastrophique pénurie de Juifs pousse le gouvernement Netanyahou à envisager une solution désespérée pour vaincre les Palestiniens au plan démographique. Le rapport qui a fuité conseille d’ouvrir les portes à une nouvelle catégorie de « juifs » à partir de non juifs. Selon Haaretz, cela concernerait des millions de personnes dans le monde. Le nouveau statut s’appliquerait aux « crypto-juifs », dont les ancêtres se sont convertis au judaïsme ; aux communautés « juives émergentes » qui ont adopté des pratiques juives ; et à ceux qui prétendent descendre des « tribus perdues » d’Israël.

Bien qu’au départ il ne leur soit offert que des séjours de longue durée en Israël, l’idée est que cela servira de prélude à l’élargissement de leur droit à finalement obtenir la citoyenneté. L’avantage pour Israël est que la plupart de ces non juifs « Juifs » vivent actuellement dans des parties du monde reculées, pauvres ou déchirées par la guerre, et pourraient être attirés par une nouvelle vie en Israël – ou dans les territoires occupés.

C’est à ce grand projet que s’accrochent les adeptes invétérés de la solution à un état comme Netanyahou et Bennett. Ils ont besoin de plus de soldats pour voler les terres palestiniennes, piétiner les frontières internationalement reconnues, et les espoirs de paix.

Réussiront-ils leur coup ? Ils le croient peut-être, surtout à un moment où l’administration étasunienne prétend qu’elle ferait preuve de « favoritisme » en s’engageant à faire avancer la solution à deux États. Trump a déclaré que les deux camps devraient élaborer ensemble leur propre solution. Netanyahou réussira-t-il à mettre les chiffres de son côté d’ici là ?

JONATHAN COOK

Traduction : Dominique Muselet

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Charlie Hebdo et sa « canaille » grimacière sur la 5 contre Mediapart


Le Grand Soir a très peu de raisons de défendre Médiapart. Tout ce que LGS peut attendre de Plenel, un de ces quatre, c’est un missile inattendu et immérité.
Cependant, comment se taire quand, dans la polémique qui l’oppose à Médiapart, Charlie Hebdo se vautre dans le n’importe quoi, sans scrupule, pariant (à juste titre) que les mensonges proférés en direct ne seront pas contredits et que, s’ils sont découverts ensuite, ils ne seront pas relevés, surtout s’ils visent le camp qu’il faut viser ?

LGS

Fabrice Nicolino, de Charlie Hebdo débattait dimanche 12 novembre 2017 dans l’émission C politique sur la 5 avec Fabrice Arfi,responsable des enquêtes à Mediapart autour de la polémique déclenchée par la Une de Charlie Hebdo accusant Edwy Plenel de complaisance vis-à-vis de Tariq Ramadan.

Fabrice Nicolino a sans doute quelques talents, mais on ne les as pas vus lors de cette émission. Bouffi de contentement de soi, il multipliait ad nauseum des grimaces molles d’un visage de latex pour signifier sa désapprobation quand son contradicteur parlait. Moment hallucinant que celui où il a cru porter l’estocade contre Edwy Plenel qui avait tweeté cette phrase de Romain Rolland : « Ils peuvent me haïr, ils ne parviendront pas à m’apprendre la haine ».

Nicolino, triomphal, annonça qu’il allait dire des choses « très graves » : « Romain Rolland est un homme, est un homme, est un homme qui a soutenu efficacement et ouvertement pendant toutes les années 30 la dictature stalinienne de l’Union soviétique… »

En vérité, Romain Rolland, communiste, s’est éloigné de l’action politique au moment et en raison des procès de Moscou (deuxième moitié des années 30).

On le savait, il nous le confirme, Nicolino est un anticommuniste sans scrupule (dame ! Charlie Hebdo soutient toutes les guerres de l’OTAN et bave sur les pays d’Amérique latine qui tiennent tête aux USA). Là, on découvre en plus un abruti infatué.

En effet, réduire Romain Rolland, prix Nobel de littérature, pacifiste militant, ami de Hermann Hesse, Alphonse de Châteaubriant, Richard Strauss, André Suarès, Stefan Zweig, Alain, René Arcos, Jean Guéhenno, Sigmund Freud, etc. à son soutien au mouvement communiste international et à ce que fit Staline de la révolution d’octobre est d’une bêtise grasse.

Plenel se hasarderait-il à citer Picasso ? Ce stalinien ! 
Aragon ? Ce stalinien !
Sartre ? Ce maoïste !

La plupart des grands intellectuels qui ont marqué le siècle passé peuvent ainsi être cloués au pilori par des Nicolino : André Breton, Paul Éluard, Paul Nizan, Joliot Curie, ce cher Jack Ralite qui vient de mourir et des dizaines d’autres.

Mais la crapulerie, l’ignorance, la mauvaise foi de Nicolino explosent quand il s’en prend à un autre tweet d’Edwy Plenel invoquant l’Affiche Rouge. Nicolino : « Edwy Plenel ose se comparer à un héros du combat anti-nazi qui a été fusillé par les Allemands…  ».

En fait dans sa diatribe, Nicolino reprend sur le plateau de télé le texte d’un de ses billets : « Plenel aime à citer Romain Rolland, cette vieille canaille stalinienne, mais on ne pensait pas le voir s’emparer de l’Affiche rouge des FTP-MOI de 1944, jeunes résistants étrangers, juifs pour la plupart, exécutés par les nazis  ».
Car, pour Nicolino, l’Affiche Rouge, c’est plutôt Charlie Hebdo que Plenel.Il aurait suffi à Nicolino, inculte, d’aller faire un tour sur Wikipedia pour apprendre que le réseau Manouchian était constitué de 23 résistants communistes [comme Romain Rolland ! ] et dirigé par Missak Manouchian qui fut membre du Komintern. Il faisait partie des « Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée ». FTP-MOI : unités de la Résistance communiste.

Allez, Nicolino, encore un petit effort : expliquez-nous pourquoi, après avoir craché qu’il est honteux de citer un grand écrivain communiste, Charlie Hebdo peut se réclamer des 23 « canailles » communistes qui ont soutenu « la dictature stalinienne de l’Union soviétique » avec le Parti communiste français.

Vladimr MARCIAC

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Vous souvenez-vous du « socialiste » Manuel Valls, premier ministre français ? Il est actuellement à Barcelone, en campagne électorale, et regardez bien qui il soutient. (Insurgente)


Rien de nouveau, rien de surprenant. Lorsque l’argent est l’unique idéologie des personnes, il arrive ce qui arrive. Des sources du parti orangé (Ciudadanos) ont déclaré qu’ils sont assurés d’avoir un soutien international lors des prochaines élections du 21 Décembre en Catalogne. Et pour en apporter la preuve ils affirment que l’ex premier ministre « socialiste » français, Manuel Valls, et le prix Nobel de Littérature, Mario Vargas LLosa, seront présents lors du meeting de campagne de Ciudadanos du samedi 16 décembre.

Apparemment, ces individus se partageront la tribune avec le président du parti, Albert Rivera, et la candidate à la présidence de la Genaralitat, Inés Arrimadas. L’« orgie » droitière aura lieu dans un théâtre de Barcelone non encore précisé.

Manuel Valls à qui, très logiquement, étant donné sa qualité d’ex « socialiste », il est arrivé de participer à quelque meeting du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol), a qualifié de « grand » le discours prononcé en octobre par Inés Arrimadas sur le « destin » de l’Espagne et de la Catalogne. Et en effet, cette girouette politique faite homme, à travers son compte Twiter et à maintes reprises, a fait l’éloge des vomissements verbaux de dame Arrimadas.

Ce qui ne manque pas non plus de sel c’est le commentaire de la très honorée candidate à propos de cette participation d’un « socialiste » dans sa campagne électorale. Inés Arrimadas a déclaré qu’en plus de ses origines catalanes, l’ex premier ministre français reflète les « valeurs européistes, modernes, des personnes qui, comme elle, défendent l’union, l’égalité, la solidarité ». Que de mensonges en une seule phrase !

La participation de Manuel Valls dans la campagne de Ciudadanos, et non dans la campagne du PSC (Parti Socialiste Catalan), a soulevé une certaine polémique. Le candidat du PSC, Miquel Iceta, face aux questions de quelques journalistes, s’est défendu tant bien que mal.

Iceta a déclaré qu’il « respecte » la décision de Valls. Il ajoute que ce dernier est « un homme indépendant, libre, il n’est plus membre du Parti Socialiste Français et il est une personne envers qui j’éprouve le plus grand respect. Il suit de près la politique catalane avec le plus grand sérieux ; il va venir à Barcelone et il participera aux manifestations publiques qu’il jugera opportunes ». 

Et ce candidat « socialiste » catalan, pleinement résigné, d’ajouter : « Nous avons convenu ensemble de prendre un café parce que je suis très intéressé par sa vision du cours de la vie politique en France et en Europe. Toutes les activités qu’il voudra bien avoir et les soutiens qu’il voudra bien apporter, je les appuie et je les respecte, étant donné son indépendance politique présente. »

Traduction M. Colinas

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Le droit made in USA mondialisé : une nouvelle arme de l’impérialisme. (Al-Akhbar)


  Lina Kennouche

Depuis plusieurs années les Etats-Unis ont développés une arme de destruction massive , le droit tricoté par ultralibéraux qui gouvernent à Washington/Wall Street depuis des lustres. Ainsi, sous des prétextes le plus souvent inventé, du genre corruption ou aide au terrorisme, non respect des sanctions imposées aux autres pays par l’Amérique, des firmes du reste de la planètes peuvent être détruite, rackettées, interdites de business par la volonté des génies affairistes d’outre Atlantique. C’est par exemple la cas d’Airbus gravement menacé par cette offensive à laquelle l’Europe, bien sûr, prête le flanc.

La publication prochaine d’une liste qui allonge le nombre de personnalités et d’institutions libanaises visées par des mesures de rétorsions est attendue avec une grande perplexité. L’offensive juridique agressive dans le cadre de loi américaine de 2015 sur la prévention du financement international du Hezbollah (qui permet au Trésor américain d’imposer de sévères sanctions à toute institution financière étrangère facilitant des transactions pour le compte de l’organisation ou des entités listées) s’apparente de plus en plus, selon certains observateurs libanais, à un mandat américain sur les finances du Liban. Mais si cette arme politique explicitement tournée, au Liban, contre le Hezbollah dans le but d’accentuer les pressions sur sa base sociale n’a pas permis d’affaiblir une organisation profondément ancrée dans le tissu social libanais, elle reste néanmoins un puissant levier de dissuasion et de chantage.

La politique judiciaire extraterritoriale qui repose sur la double capacité des Etats-unis à contrôler les circuits financiers et d’information est, en effet, devenue le principal instrument de défense de leurs intérêts stratégiques. L‘entrée en vigueur, le 2 août dernier, du Cuntering America’s Adversaries Through Sanctions Act qui édicte des sanctions dépourvues de toute légitimité internationale contre la Russie, l’Iran et la Corée du Nord s’inscrit directement dans la bataille stratégique livrée par les Etats-unis pour le maintien de leur hégémonie globale.

Depuis l’adotion du Patriot Act en 2001 (dans le contexte de la lutte anti-terroriste) la machine de guerre judiciaire américaine a tourné à plein régime pour instaurer un état d’exception planétaire en subordonnant le droit aux intérêts nationaux de Washington. Le Foreign Account Tax Compliance Act (2010) conférant au FISC des pouvoirs extraterritoriaux marque un tournant décisif dans ce processus de « conversion du modèle de puissance » (selon l’expression de Hervé Juvin, président de l’Observatoire Eurogroup Consulting) qui repose sur la capacité à produire des normes et les imposer de manière universelle. Au centre de ce nouveau modèle stratégique, l’extraterritorialité du droit américain constitue une arme redoutable qui, en détruisant les principes d’intangibilité de la souveraineté et de territorialité des lois, frappe les intérêts contraires aux orientations de la politique américaine et conforte la domination de Washington dans les secteurs stratégiques.

La systématisation du recours à un arsenal juridique conçu dans l’intérêt exclusif des Etats-unis est supposé pallier les insuffisances d’un modèle reposant sur la force militaire brute et la puissance économique désormais âprement concurrencée. La révolution dans les affaires militaires (liée aux mutations de l’arsenal modernisé par l’électronique) comme « paradigme stratégique » censé garantir la pérennité de l’hégémonie impériale a montré ses limites à l’épreuve des guerres d’Afghanistan et d’Irak. La modernisation continue des forces armées américaines, la supériorité technologique qualitative qui assure le contrôle des airs et a fortiori du théâtre des opérations n’ont cependant pas permis de développer la flexibilité et l’adaptation opérationnelle aux innovations qu’exigent les guerres asymétriques. Le chercheur en géopolitique français Alain Joxe rappelle dans son ouvrage les Guerres de l’empire global (La Découverte, 2012) que cet « autisme dérive de la disparition d’un ennemi clair et distinct et entrave la naissance d’une pensée stratégique permettant de maîtriser l’interaction avec l’autre en fonction d’un but politique ». Pour surmonter cette incohérence stratégique, la nouvelle philosophie militariste de l’administration Obama a exhibé le concept de« leading from behind » qui forge l’illusion que les Etats-unis tout en tentant de se dégager du terrain maitrisent un rapport de force complexe et contrôlent suffisamment les dynamiques pour peser sur les évolutions. L’application de cette doctrine à l’occasion du conflit en Libye et dans le cadre de la crise syrienne révèle l’étendue de ses limites.

Confrontés à ces impasses stratégiques et face à leur insuccès permanent à se construire comme « hyperpuissance » dans un contexte géopolitique transformé par l’ascension de nouvelles puissances internationales et régionales, les Etats-unis ont procédé à une reconversion du modèle : la domination impériale par occupation militaire cède le pas à l’hégémonie par le droit. L’ auteur de l’ouvrage « Le Mur de l’Ouest n’est pas tombé : Les idées qui ont pris le pouvoir et comment le reprendre » (Pierre-Guillaume de Roux : 2015) Hervé Juvin, note qu’il devient dès lors « très difficile de s’opposer à ce smart power, véritable idéologie qui s’appuie sur la défense des droits de l’homme, la libre concurrence non faussée, le droit des consommateurs, le droit des minorités etc. ». Cette stratégie globale de puissance mobilise des ressources considérables en matière de recueil d’information et de renseignement. Dans le sillage du Patriot Act des pouvoirs élargis sont conférés aux différentes agences CIA, NSA, FBI pour collecter des données informatiques et les transmettre aux organismes qui surveillent l’application des sanctions américaines à l’instar du département de la justice (DOJ), du Trésor ou de la la Réserve fédérale et l’Office of Foreign Assets Control (OFAC).

Or cette position de toute puissance juridique qui profite de l’hégémonie du dollars dans le système monétaire international et repose en partie sur l’abandon d’autonomie décisionnelle ou la solidarité contrainte de la part des alliés des Etats-unis pourrait être remise en cause sous l’impulsion de deux facteurs.

Alors que ces dernières années les partenaires des Américains au premier rang desquels l’Europe ont appliqué avec célérité les sanctions imposées par Washington, il n’est pas certain que cette situation perdure dans un contexte où leurs intérêts économiques sont de plus en plus menacés. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour appeler l’Europe à protester énergiquement contre les sanctions très sévères auxquelles sont soumises par ricochet ses entreprises. Les Etats-unis contrôlent en effet le volume d’investissement des sociétés européennes qui sont empêchés de dépasser un certain seuil, et celles qui trouveraient un intérêt à commercer avec l’Iran ou la Russie dans le secteur énergétique sont lourdement pénalisées. En raison des contradictions d’intérêts objectifs, les positions conciliantes de l’Europe sur le plan politique pourraient finalement laisser place à une plus grande fermeté dans la protection de ses intérêts économiques.

Par ailleurs, l’abus de ce pouvoir d’extraterritorialité risque fortement d’inciter Chinois et Russes à accélérer leur efforts pour créer des paniers de monnaie alternatifs. La Chine a d’ores et déjà commencer à libeller les exportations en Yuan dans le cadre de plateformes qui dépendent de Pékin ou de Moscou. La lente transformation présageant de la fin de la suprématie du dollars américain semble donc déjà à l’oeuvre.

Lina Kennouche

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En 25 ans, la Chine a sorti de la pauvreté extrême 635 millions de personnes – soit le total de la population africaine


Quatre choses à savoir sur la Chine dans le cadre du XIXème congrès du Parti communiste

Marc VANDEPITTE

La communication médiatique occidentale sur le XIXème congrès du Parti communiste chinois a été affligeante. L’attention a presque exclusivement porté sur les “marionnettes du spectacle”, sur un seul homme et les spéculations à propos de l’hypothétique étendue de son pouvoir. Toutefois ce congrès ne portait pas sur la personne de Xi Jinping mais sur les changements et les défis fondamentaux du plus grand pays au monde. Mais nous n’avons pas appris grand chose à ce sujet, sinon quelques clichés éculés.

1. L’économie

Au cœur du congrès : le fait que la Chine se trouve dans une nouvelle ère de développement. L’expression “ère nouvelle” figurait 36 fois dans le discours du président Xi. L’ère ancienne s’est caractérisée par le développement rapide de l’économie et de la technologie, parallèlement à l’inégalité sociale et aux problèmes environnementaux.

L’ère nouvelle œuvre pour une croissance durable et équilibrée, une meilleure qualité de vie pour la population, davantage de participation et un rôle plus prépondérant sur la scène mondiale (1)

Nous donnons ci-après quelques informations contextuelles sur un certain nombre de domaines dans la société chinoise en pleine mutation, en plein “développement”, dans l’espoir de pouvoir étayer plus solidement les connaissances et ou les critiques.

Des chiffres qui donnent le tournis

Ces 35 dernières années la croissance a été tout bonnement phénoménale. Le PNB par habitant a été multiplié par 17, oui vous lisez bien, par 17. En comparaison, celui de l’Inde a quadruplé pendant la même période (2). Entre 2003 et 2013 l’économie des pays industrialisés a connu une croissance de 16%, en Chine elle a été de 165% et en Inde de 102% (3). En outre il ne s’agissait plus de “davantage des mêmes choses”, car la productivité elle aussi a bondi en avant. Aujourd’hui un ouvrier chinois moyen produit cinq fois plus qu’il y a vingt ans (4).

Pour rendre plus concrètement cette poussée de modernisation : tous les deux ans, la Chine produit autant de ciment que les Etats-Unis pendant tout le vingtième siècle (5). La Chine produit aujourd’hui autant d’acier que le reste du monde (6). En 15 ans la Chine a posé 20.000 km de voies ferrées pour des trains à grande vitesse, soit davantage que le reste du monde. D’ici 2025 elle prévoit encore 15.000 km de plus (7). Deux tiers de tous les aéroports en construction se trouvent aujourd’hui en Chine. D’ici 2020 il y aura 240 aéroports (8).

Il a fallu 150 ans à la Grande-Bretagne, là où la révolution industrielle a commencé, pour doubler son revenu par habitant. Aux Etats-Unis il a fallu 30 ans. En Chine c’est le cas tous les sept à dix ans, et en outre sur une bien plus grande échelle (9). Aujourd’hui le PNB chinois est plus élevé que celui de l’économie entière de 154 pays (10).

A son arrivée il y a cinq ans, le président Xi Jinping indiquait déjà qu’une transformation du modèle de croissance » était nécessaire. Le vieux modèle se basait sur l’exportation et sur des investissements dans l’industrie lourde, la construction et l’industrie manufacturière. Dans le nouveau modèle, le moteur est la consommation de masse (marché intérieur), l’augmentation du secteur des services et le progrès technologique (11).

Cette conversion est bien engagée. En 2005 le secteur des services représentait 41% du PNB, en 2016, 52%. Les exportations comptaient en 2005 pour 37% ; en 2016 elles avaient baissé à 20%. Par ailleurs la Chine n’est plus un pays de transit où les marchandises sont assemblées avec peu de bénéfice pour le pays même. Aujourd’hui la Chine ajoute 76 % de valeur à ses produits d’exportation. Dans l’UE ce chiffre est de 87% (12). La Chine est actuellement au sommet de l’innovation : 40 % de tous les brevets dans le monde sont chinois, soit davantage que ces trois pays réunis : les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud (13).

Caractéristiques chinoises

Dans le passé, Deng décrivait le passage progressif de l’économie planifiée à l’économie de marché par la métaphore : “Nous traversons la rivière en nous appuyant sur les pierres, à tâtons”. Cela, il n’en est plus question. L’économie chinoise est et reste un système hybride où l’Etat exerce un contrôle fort et autorise le marché dans certaines limites. C’est le socialisme dit “ à caractéristiques chinoises”.

Dans ce contexte le président chinois a répété à peu près ce qu’il disait déjà il y a cinq ans : les marchés doivent jouer “un rôle décisif” dans l’octroi de moyens, mais en même temps les autorités doivent jouer “un plus grand rôle” dans l’économie (14). Dans la pratique, il n’a pratiquement pas été question du premier point. Ces cinq dernières années nous avons assisté à une plus forte emprise des autorités sur l’économie, et ceci sur quatre terrains (15).

  1. Marchés financiers : le “ rôle décisif” visait surtout les marchés financiers. La formulation servait sans doute aussi à ne pas effaroucher les investisseurs étrangers. Quoi qu’il en soit, après le mini krach de la bourse chinoise en 2015 et la ruée sur le yuan, toute une série de déréglementations dans les marchés financiers ont été revues. Depuis 2016 il y a aussi davantage de restrictions sur les investissements étrangers d’entreprises chinoises, tant sur des entreprises d’Etat que sur des firmes privées (16).
  2. Extension du plan : jusqu’en 2010 la planification économique se limitait à neuf industries clés, comme l’acier, la pétrochimie et la construction navale. En 2010 sept secteurs y ont été ajoutés comme les énergies alternatives et les biotechnologies. En 2015, nouvelle extension, avec dix secteurs comme l’aéronautique, les équipements agricoles et les nouveaux matériaux (17).
  3. Consolidation des entreprises d’Etat. En novembre 2015 il est décidé que les efforts de réforme viseront principalement le “renforcement, l’optimisation et l’extension d’entreprises d’Etat”. En même temps la “privatisation” est rejetée. Avec la fusion de grandes entreprises d’Etat dans des entités encore plus grandes, les pouvoirs publics renforcent leur emprise sur l’économie. Les entreprises privées sont encouragées à ne prendre que de petites parts minoritaires dans les entreprises d’Etat. Entre 2006 et 2013 les actifs des entreprises d’Etat sont passés de 130% du PNB à 176% (18).
  4. Rôle plus important du parti. De grandes entreprises d’Etat cotées en bourse ont modifié leurs statuts afin d’ancrer le parti communiste, plutôt que l’Etat chinois, dans l’entreprise. On prévoit que davantage d’entreprises vont suivre. Le parti veut aussi davantage de membres du parti dans le haut management de l’entreprise. Bien sûr les cadres supérieurs gagnent bien leur vie, mais comparés à leurs collègues étrangers ils sont sous-payés. Ainsi le directeur de PetroChina gagne 200 fois moins que le PDG de Chevron (19).

Dans une économie avancée, la planification exige le traitement rapide d’une quantité gigantesque de données. Jusqu’à récemment c’était une tâche surhumaine et c’est peut-être une des raisons pour lesquelles l’économie soviétique a commencé à se gripper au début des années ‘80. Mais les progrès actuels de l’intelligence artificielle semblent rendre la chose possible. La grande entreprise chinoise en ligne Alibaba a déjà acquis une fameuse expertise dans ce domaine. Selon son fondateur Jack Ma “les Big Data rendront le marché plus malin et permettront de planifier et de prévoir les forces du marché, si bien que nous pourrons enfin réaliser une économie planifiée”. Sur base de Big Data, les économistes sont en train d’élaborer une économie hybride selon un modèle “planifié et conforme aux conditions du marché” (20).

Plusieurs formes différentes de propriété ont été autorisées dans l’économie chinoise. Dans des secteurs où la propriété d’Etat n’était pas nécessaire, comme la production d’articles de consommation, le petit commerce et les petits services, la propriété privée a été autorisée voire encouragée. Par ailleurs les rapports de propriété ne disent pas toujours tout du contrôle des pouvoirs publics sur l’économie.

Via l’attribution ou non de l’accès aux marchés publics ou aux crédits bon marché, les avantages fiscaux, l’accès aux fonds d’investissement publics, institutions financières et subventions etc., l’autorité centrale dirige des secteurs entiers sans avoir le contrôle direct sur les entreprises séparément. Le capital privé est le bienvenu aussi longtemps qu’il est au service des objectifs de l’autorité. Inversement, l’Etat peut aussi prendre ses distances par rapport à la gestion de ses entreprises sans renoncer à les détenir, parce que les limites à l’intérieur desquelles il faut travailler sont très claires (21).

Wu Jinglian, professeur à la China Europe International Business School de Pékin, le résume comme suit : « la présence de l’Etat reste grande, il maîtrise les courants financiers et fonctionne comme gardien de quasi toutes les décisions importantes, depuis les transactions foncières jusqu’aux fusions. Le contrôle ne se fait pas seulement à l’échelon le plus élevé. Les autorités locales participent aussi au fonctionnement d’une entreprise”. Le capital international ne peut y échapper. Selon leFinancial Times : “De cette manière, la Chine accueille le capital international à ses propres conditions et elle neutralise son pouvoir” (22).

2. Le social

Salaires et pouvoir d’achat

Presque partout dans le monde les salaires restent constants voire reculent. Même en Inde, dont la croissance surpasse celle de la Chine, les salaires sont restés constants. Ce n’est pas le cas en Chine, où ces dix dernières années les salaires moyens ont été triplés. Avec une augmentation de 10,5 %, c’est bien au-dessus de la croissance économique. Les Indiens gagnent à présent un cinquième de leurs voisins chinois. Ces quarante dernières années la consommation des ménages a augmenté de 7,7% par an, inflation comprise (23).

Il y a quinze ans des multinationales occidentales sont allées massivement en Chine en raison des faibles salaires. A présent le mouvement inverse est en train de s’amorcer. Les salaires moyens dans l’industrie chinoise ne sont plus inférieurs que de 20% à ceux du Portugal. En Bulgarie, Macédoine, Roumanie, Moldavie et Ukraine, dès 2013 les salaires minimum étaient déjà plus bas qu’en Chine (23).

La pauvreté et le fossé

Contrairement à beaucoup d’autres pays, la croissance économique en Chine s’accompagne d’un fort recul de la pauvreté. Entre 1978 et 2015 le revenu des 50% de Chinois les plus pauvres a augmenté de 400%. Pendant la même période il baissait de 1% aux Etats-Unis alors même que l’économie y croissait de 184%. Là-bas l’accroissement des richesses va exclusivement à la couche supérieure (25). Ces 25 dernières années, la Chine a tiré un nombre record de personnes de la pauvreté extrême : 635 millions – soit le total de l’Afrique noire à ce moment. Au rythme actuel l’extrême pauvreté sera éradiquée vers 2020 (26).

A présent que la majeure partie de la pauvreté a disparu, les autorités chinoises ne se concentrent plus tellement sur le développement des régions arriérées mais plutôt sur les individus pauvres, avec des programmes personnalisés. D’autres pays font de même, mais selon The Economist, “La Chine est un des rares pays en développement dotés d’une bureaucratie qui est suffisamment grande et solide pour réussir dans cette voie”.

Le Forum Economique Mondial est du même avis : “La Chine est sans aucun doute un leader mondial dans le domaine de la lutte contre la pauvreté et de l’amélioration des résultats de santé. Le reste du monde peut tirer beaucoup d’enseignements de son expérience” (27).

Les pauvres y ont gagné, mais les Chinois les plus riches y ont gagné bien plus encore. Un grand fossé s’est donc creusé depuis les années ‘80. L’indice de Gini est passé de 29 à 41,5 – ce qui n’est guère une évolution positive (28). L’écart est le plus fort entre ville et campagne, entre régions les plus pauvres et provinces côtières. C’est surtout une conséquence d’une hausse de productivité plus rapide dans l’industrie et le secteur des services que dans l’agriculture (29).

Les dix dernières années ont vu un léger revirement et le coefficient de Gini a commencé à baisser. En 2009 le revenu moyen en ville était 3,3 fois plus élevé qu’à la campagne. Aujourd’hui il a baissé à 2,7 (30).

Il y a septante ans, la Chine était l’un des pays les plus pauvres du monde. Le PNB par habitant était la moitié de celui de l’Afrique (31). La population chinoise arrivait tout à fait en queue. Aujourd’hui, septante ans plus tard, elle acquiert lentement une position dans le peloton de tête, comme le montre le graphique ci-dessous. Sur l’axe horizontal figurent les déciles. 1 représente les 10% de plus pauvres, 10 représente les 10% des plus riches. L’axe vertical montre le pourcentage par région. La majeure partie de la population chinoise se situe entre le sixième et le neuvième décile de la population mondiale (32).

3. La géopolitique

L’encerclement

En 1992, un an après l’effondrement de l’Union soviétique, le Pentagone lançait une doctrine qui reste aujourd’hui le fil conducteur de la politique étrangère des Etats-Unis : “Notre objectif premier est d’empêcher qu’un nouveau compétiteur n’apparaisse sur la scène mondiale. Nous devons empêcher les concurrents potentiels ne serait-ce que d’aspirer à jouer un plus rôle au niveau mondial” (33).

Un rapport récent cite quatre pays qui sont les cibles potentielles d’une action militaire : l’Iran, la Russie, la Corée du Nord et la Chine (34). En dépit des roulements de tambour face à la Corée du Nord et de la rhétorique sur la Russie et l’Iran, c’est aujourd’hui en premier lieu la Chine qui est au centre du viseur. Tout autour de ce pays les Etats-Unis ont plus de trente bases militaires, points d’appui ou centres d’entraînement (petites boules sur la carte). D’ici 2020, 60% du total de la flotte sera stationnée dans la région (35). Vu sur une carte, il n‘est pas exagéré de dire que la Chine est cernée ou encerclée.

Face à cette surpuissance des Etats-Unis, la Chine est extrêmement vulnérable. Pour son commerce extérieur la Chine dépend à 90% du transport maritime. Plus de 80% du transport pétrolier doit passer par le détroit de Malacca (près de Singapour), où les Etats-Unis ont naturellement une base militaire. Washington peut ainsi fermer le robinet à pétrole, et actuellement la Chine n’a aucun moyen de défense à cet égard. Les Etats-Unis dépensent en armement plus de quatre fois plus que la Chine, et par habitant c’est quinze fois plus (36).

C’est dans ce contexte qu’il faut voir la construction de petites îles artificielles en mer de Chine méridionale, de même que la revendication d’une grande partie de cette zone. Contrôler les routes maritimes par lesquelles sont transportés son énergie et ses biens industriels a une importance cruciale pour Pékin. D’ailleurs aucun des six pays qui revendiquent des parties de la mer de Chine méridionale ne suit au pied de la lettre le code de conduite sur cette zone (37).

La stratégie d’Amsterdam

Pendant la majeure partie de l’Histoire, l’économie chinoise a été largement autosuffisante. Il n’y avait pas de pénurie de matières premières. Le pays pouvait se permettre de s’isoler du monde étranger et l’a souvent fait. Les principaux risques, vu l’étendue du pays, étaient d’ordre interne.

Aujourd’hui la situation est totalement différente. Le pays n’est plus autosuffisant. Avec 18% de la population mondiale il ne dispose que de 7% des terres agricoles fertiles et extrait seulement 5% du pétrole mondial. Proportionnellement les Etats-Unis ont 8 fois plus de minerai et la Russie 31 fois plus. En outre le pays produit beaucoup plus de biens qu’il n’en consomme lui-même. Pour toutes ces raisons le pays dépend aujourd’hui fortement de l’économie extérieure (38).

C’est dans ce cadre et aussi à cause de l’étreinte des Etats-Unis que le pays commence à mettre en œuvre une Nouvelle Route de la Soie. C’est un gigantesque réseau de routes maritimes et terrestres, lancé sous l’appellation “la Ceinture et la Route”. L’initiative implique des investissements, des financements, des accords commerciaux et des dizaines de zones économiques spéciales (ZES) d’une valeur de 900 milliards de dollars.

Au total le pays veut investir pas moins de 4.000 milliards de dollars dans 64 pays, pour une population de 3 milliards de personnes. Cela représente environ 30 fois l’aide au développement annuelle des pays riches. C’est donc de loin le plus grand programme depuis le plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe après la Deuxième guerre mondiale (39).

La Nouvelle Route de la Soie fait beaucoup penser à la stratégie commerciale des Pays-Bas il y a 400 ans. Les colonialismes britannique et français tentaient de conquérir et de soumettre des sociétés entières. Amsterdam par contre visait un “empire de commerce et de crédit”. Il ne s’agissait pas de territoires mais d’affaires. Ils construisirent une flotte gigantesque, installèrent des postes commerciaux sur les grandes routes tout en essayant de les sécuriser (40).

Tout comme les Néerlandais du XVIIème siècle, la Chine détient actuellement la plus grande flotte commerciale (41). Les ZES sont “des garnisons commerciales dans les chaînes d’approvisionnement internationales, grâce auxquelles la Chine peut sécuriser son commerce sans s’encombrer de soumission coloniale” selon Stratfor, un prestigieux laboratoire d’idées (42).

4. L’écologie

Une situation intenable

Depuis la fin des années ‘80 la Chine est entrée dans une phase de développement qui entraîne une grande pollution environnementale. En tant “qu’atelier du monde”, la Chine est forcément un des plus gros pollueurs de la planète. Plus de 40% du territoire agricole sont actuellement affectés, dont un cinquième de terres arables est même gravement pollué.

A Pékin la pollution de l’air a atteint jusque quarante fois le seuil d’alerte fixé par l’Organisation mondiale de la santé. Dans le nord du pays, la pollution atmosphérique a réduit de cinq années l’espérance de vie et elle cause un nombre inquiétant de cancers du poumon et d’accidents cardiovasculaires (43).

La Chine est maintenant largement le principal émetteur de CO2, même si les émissions par personne sont moitié moindres que celles des Etats-Unis et environ aussi importantes que celles de l’Europe. Elle n’est d’ailleurs responsable que de 11% des émissions cumulées, contre plus de 70% pour les pays industrialisés.

La situation n’en est pas moins intenable. Au rythme actuel, la Chine aura produit entre 1990 et 2050 autant de dioxyde de carbone que le monde entier entre le début de la révolution industrielle et 1970, ce qui est catastrophique pour le réchauffement climatique. Au rythme actuel de croissance il y aura d’ici vingt à trente ans une forte pénurie de pétrole partout dans le monde, avec toutes les conséquences économiques et géopolitiques qui en découlent (44).

Changement de cap

Il y a une petite dizaine d’années les autorités chinoises ont changé de cap en donnant la priorité à la problématique écologique. Lors du précédent congrès il y a cinq ans, cette priorité a été intégrée dans le plan de développement global du parti communiste. Toute une batterie de mesures ont fait leur apparition et la Chine s’est dotée d’une législation pionnière en matière d’environnement, même si l’application ne va pas de soi (45).

Mais c’était du sérieux. Mark Kenber, directeur de l’ONG The Climate Group, voit dans la Chine un exemple pour les autres pays en développement : “Il est clair que le plan chinois pour réduire les émissions de CO2 et construire une économie de technologie verte a été décidé au plus haut niveau du gouvernement. Nous espérons que l’Inde, le Brésil et d’autres pays suivront rapidement et feront preuve du niveau d’ambition nécessaire” (46).

Pour The Economist, qui est tout sauf un fan de la Chine : “Les dirigeants actuels comprennent le défi du changement climatique mieux que leurs prédécesseurs et peut-être mieux aussi que leurs collèges internationaux. Ils sont bons pour adopter des mesures prioritaires fortes » (47).

Ce changement de cap exprime les aspirations de la population. Selon un sondage de 2012, 57% des Chinois trouvaient l’environnement prioritaire, même au prix de la croissance économique. Un quart de toutes les manifestations dans le pays concerneraient l’environnement (48).

Leader mondial

Les résultats sont bien là. A court terme la Chine est devenue numéro 1 dans le domaine des panneaux solaires et de l’énergie éolienne. Actuellement 33% de l’électricité sont issus d’énergies vertes – contre 15% aux Etats-Unis. D’ici 2020, 360 milliards sont prévus pour susciter de nouvelles énergies vertes. Le constructeur automobile Chongqing Changan a fait savoir qu’il ne vendra plus de véhicules à moteur à combustion d’ici 2025.

L’industrie automobile française et britannique ne le prévoit que pour 2040, tandis que les constructeurs allemands refusent la transition. Dans un avenir proche la Chine veut séquestrer des millions de tonnes de CO2 sous terre. Le pays est également pionnier dans le domaine de la transmission sur grandes distances de grandes quantités d’énergie (par exemple à partir de champs de panneaux photovoltaïques éloignés), ce qui est très important pour l’approvisionnement des villes en énergie verte (49).

Au sommet pour le climat de Paris, la Chine avait promis de faire baisser ses émissions de dioxyde de carbone dès 2030. Entre-temps l’engagement a déjà été tenu. La Chine utilise de moins en moins de charbon. 2017 est la quatrième année consécutive d’émissions de dioxyde de carbone inchangées ou en baisse. “Les statistiques montrent que la Chine est en bonne voie de dépasser largement les objectifs climatiques de Paris” dit Lauri Myllyvirta, le porte parole de Greenpeace (50).

Avec son approche, Pékin fait d’une pierre quatre coups. 1. Les problèmes environnementaux sont affrontés. 2. Les entreprises les plus polluantes sont souvent aussi les moins rentables. L’élévation des normes environnementales entraîne une efficacité accrue dans la production. 3. La fermeture de ces entreprises polluantes permet d’aborder d’emblée la surcapacité dans un certain nombre de secteurs. 4. L’énergie verte est un secteur en croissance très prometteuse qui peut créer pas mal d’emplois.

Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace, l’a résumé en ces mots : “La Chine est également motivée par de puissants intérêts nationaux quand elle s’attaque à la pollution ambiante tenace, veut limiter l’incidence de la crise climatique et augmenter les possibilités d’emploi dans le secteur des énergies renouvelables. Aujourd’hui en Chine, plus de 3,4 millions de personnes travaillent déjà dans le secteur de l’énergie verte”(51).

Le bouquet

Pas besoin d’être un expert pour pouvoir suivre les développements politico-économiques chinois. Le quotidien populaire China Daily qui tire à des millions d’exemplaires papier et digitaux, publie depuis plusieurs jours un petit jeu-concours éducatif filmé

Marc VANDEPITTE

Ng Sauw Tjhoi est journaliste à la VRT. Marc Vandepitte est analyste politique. Ils ont écrit à quatre mains le livre ‘Made in China, meningen van daar’, EPO – Radio 1, 2006.

Traduction du néerlandais : Anne Meert pour Investig’Action.

»» https://www.investigaction.net/fr/quatre-choses-a-savoir-sur-la-chine-…

1 Pour en savoir plus : cf notamment Carlens S., ‘Neue Kräfteverhältnisse’, Junge Welt, 25 octobre 2017 ; https://www.jungewelt.de/artikel/320656.neue-kr%C3%A4fteverh%C3%A4ltnisse.html Willems F., ‘Partijcongres bevestigt strategische lijn van Xi Jinping’ ; http://www.chinasquare.be/actueel-nieuws/congres-bevestigt-strategisch… Philips T., ‘Xi Jinping heralds ‘new era’ of Chinese power at Communist party congress’, The Guardian, 18 octobre 2017 ;https://www.theguardian.com/world/2017/oct/18/xi-jinping-speech-new-er… .

2 Financial Times, 11 mars, p. 9. http://www.ft.com/intl/cms/s/0/c7f12434-c678-11e4-aee8-00144feab7de.ht…

3. Financial Times, 4/5 janvier 2014, p. 3. http://im.ft-static.com/content/images/dc29d692-74af-11e3-af50-00144fe…

4. The Economist, 8 avril 2017, Special Report, The Pearl River Delta, p. 7-9 ;https://www.economist.com/news/special-report/21720073-factories-are-u…

5. Financial Times, 25 février 2016, p. 9. http://www.ft.com/intl/cms/s/2/65a584e2-da53-11e5-98fd-06d75973fe09.html

6. The Economist, 9 avril 2016, p. 57. http://www.economist.com/news/business/21696556-it-hard-see-future-man…

7. The Economist, 14 janvier 2017, p. 47. https://www.economist.com/news/china/21714383-and-theres-lot-more-come…Financial Times, 1er mars 2013, p. 5 ; http://www.ft.com/intl/cms/s/0/009bb49a-80f6-11e2-9908-00144feabdc0.html

8. The Economist, 12 mai 2012, p. 72. http://www.economist.com/node/21554492

‘China’s aviation boom drives airport building frenzy’, Reuters, 26 juin 2015,https://www.reuters.com/article/us-china-aviation/chinas-aviation-boom…

9. The Economist, 5 janvier 2013, p. 48. http://www.economist.com/news/business/21569016-emerging-world-consume…

10. The Economist, 29 mars 2014, p. 53-4 ; https://www.economist.com/news/china/21599806-our-asia-economics-edito…

11. Financial Times, 19 avril 2013, http://www.ft.com/intl/cms/s/0/93f0ddc6-a822-11e2-8e5d-00144feabdc0.ht…

12. Banque mondiale, exportationshttps://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NE.EXP.GNFS…. mondiale, secteur des services en % du PNBhttps://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NV.SRV.TETC.ZS?locations=CN The Economist,Special Report, The Pearl River Delta, 8 avril 2017, p. 9-10. https://www.economist.com/news/special-report/21720076-copycats-are-ou…

13. Financial Times, 25 novembre 2016, p. 2 ; https://www.ft.com/content/4b6a9820-b210-11e6-a37c-f4a01f1b0fa1 Dodwell D., ‘Be afraid : China is on the path to global technology dominance’, South China Morning Post, 24 mars 2017. http://www.scmp.com/business/global-economy/article/2081771/be-afraid-…

14 Johnson C., ‘Xi Jinping Opens 19th Party Congress Proclaiming a New Era—His’ Center for Strategic & International Studies, 18 octobre 2017.

15. Jinglian W. & Guochuan M., ‘Whither China ? Restarting the Reform Agenda’, Oxford 2016, p. 234-9 ;Financial Times, 25 octobre 2012, p. 5 ; http://www.ft.com/intl/cms/s/0/008ac6ea-1dcc-11e2-901e-00144feabdc0.ht… Financial Times, 16 octobre 2017, p. 7.https://www.ft.com/content/304964a4-ad0f-11e7-beba-5521c713abf4

16. Financial Times, 16 octobre 2017, p. 7 ; https://www.ft.com/content/304964a4-ad0f-11e7-beba-5521c713abf4Financial Times, 29 septembre 2017, p. 12. https://www.ft.com/content/cbe6deb2-a433-11e7-b797-b61809486fe2

17. The Economist, 23 septembre 2017, p. 61-2 ; https://www.economist.com/news/finance-and-economics/21729442-its-reco… The Economist, 22 juillet 2017, p. 11-2. https://www.economist.com/news/leaders/21725295-bad-china-and-world-ch…

18. Kroeber A., ‘China’s Economy. What Everyone Needs to Know’, Oxford 2016, p. 99 ; Financial Times16 octobre 2017, p. 7 ; https://www.ft.com/content/304964a4-ad0f-11e7-beba-5521c713abf4 Financial Times, 1er mars 2016, p. 7. http://www.ft.com/intl/cms/s/0/253d7eb0-ca6c-11e5-84df-70594b99fc47.html

19. Financial Times, 8 septembre 2017, p. 11 ; https://www.ft.com/content/e91270a8-9364-11e7-bdfa-eda243196c2c The Economist, 28 octobre 2017, p. 57 ; https://www.economist.com/news/business-and-finance/21730613-chinese-b… The Economist, 22 juillet 2017, p. 11-2. https://www.economist.com/news/finance-and-economics/21725293-outperfo…

20. Financial Times, 5 septembre 2017, p. 9 ; https://www.ft.com/content/6250e4ec-8e68-11e7-9084-d0c17942ba93 ‘Can big data help to resurrect the planned economy ?’, Global Times, 14 juin 2017.http://www.globaltimes.cn/content/1051715.shtml Kynge J., ‘China harnesses big data to buttress the power of the state’, Financial Times, 28/9 octobre 2017, p. 11. https://www.ft.com/content/5f483a34-ba5f-11e7-8c12-5661783e5589

21. Hsueh R., ‘China’s Regulatory State. A New Strategy for Globalization’, Ithaca 2011 ; Zhikui Z., ‘Introduction to Socialism with Chinese Characteristics’, Pékin 2016, chapitre 3 ; Kroeber A., ‘China’s Economy. What Everyone Needs to Know’, Oxford 2016, chapitre 5 ; Porter R., ‘From Mao to Market. China Reconfigured’, Londres 2011, p. 177-184 ; Bey M., ‘In China, Innovation Cuts Both Ways’,Stratfor, 24 octobre 2017 ; https://worldview.stratfor.com/article/china-innovation-cuts-both-ways The Economist, 23 novembre 2013, p. 70-1 ; https://www.economist.com/news/finance-and-economics/21590562-chinas-r… Financial Times 10 août 2017, p. 7 ; https://www.ft.com/content/ed900da6-769b-11e7-90c0-90a9d1bc9691

22. The Economist, 9 janvier 2016, p. 48 ; http://www.economist.com/news/china/21685511-ageing-reformists-diagnos… Financial Times, 4 juillet 2017, p. 9.https://www.ft.com/content/5cf22564-5f2a-11e7-8814-0ac7eb84e5f1

23. Financial Times, 27 février 2017, p. 1 ; https://www.ft.com/content/f4a260e6-f75a-11e6-bd4e-68d53499ed71 Ross J., ‘No China’s Economy is not Going to Crash’, Socialist Economic Bulletin, 1er septembre 2015. http://www.rdcy.org/displaynewsen.php?id=15104

24. Clean Clothes Campaign, ‘Stitched Up : Poverty wages for garment workers in Eastern Europe and Turkey’, 2014, http://www.cleanclothes.org/resources/publications/stitched-up-1, p. 32 Banque Mondiale, Labor force. https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/SL.TLF.TOTL.IN . Source des graphiques : Financial Times, 27 février 2017, p. 1. https://www.ft.com/content/f4a260e6-f75a-11e6-bd4e-68d53499ed71

25. The Economist, 18 février 2017, p. 63 ; http://www.economist.com/news/finance-and-economics/21717102-why-chine…

United States GDP per capita’. https://tradingeconomics.com/united-states/gdp-per-capita

26. World Bank Group, ‘Taking on inequality. Poverty and Shared Prosperity. 2016’, Washington 2016,https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/25078/97814…, p. 41 et 46 ; The Economist, 29 avril 2017, p. 43-4. https://www.economist.com/news/china/21721393-after-decades-success-th…

27. The Economist, 29 avril 2017, p. 43-4 ; https://www.economist.com/news/china/21721393-after-decades-success-th… World Economic Forum, ‘What lessons can we learn from China’s rapid growth ?’, 16 mars 2016.https://www.weforum.org/agenda/2016/03/what-lessons-can-we-learn-from-…

28.L’indice de Gini va de 0, égalité complète, à 100, inégalité complète. Les scores les plus bas sont en Scandinavie, où le coefficient de la Suède est de 25. Les scores les plus hauts sont en Amérique latine. En Colombie il est de 58,5. Ravallion M., A Comparative Perspective on Poverty Reduction in Brazil, China and India. Working Paper 5080, World Bank, Washington 2009, p. 31 ;http://hdr.undp.org/sites/default/files/hdr_2010_fr_complete_reprint.pdf , New York 2010, p. 169 sqq.

29. En Inde par exemple il y a aussi un grand fossé entre les habitants de villes eux-mêmes. Financial Times, 10 avril 2014, p. 11. http://www.ft.com/intl/cms/s/0/e8bca4ec-bf29-11e3-a4af-00144feabdc0.ht…

30. The Economist, 14 mai 2016, p. 55. http://www.economist.com/news/finance-and-economics/21698674-rising-ru…

31. Maddison A., L’Economie mondiale : Une perspective millénaire, OCDE 2001,http://www.oecd.org/fr/dev/etudesducentrededeveloppementleconomiemondi…

32. Source : Credit Suisse, ‘Global Wealth Databook 2013’, p. 95. https://publications.credit-suisse.com/tasks/render/file/?fileID=19492…

33. ‘Excerpts From Pentagon’s Plan : “Prevent the Re-Emergence of a New Rival”’, New York Times, 8 mars 1992., http://www.nytimes.com/1992/03/08/world/excerpts-from-pentagon-s-plan-…

34. The Pentagon, ‘The National Military Strategy of the United States of America 2015’,https://news.usni.org/2015/07/02/document-2015-u-s-national-military-strategy, p. 2.

35. The Economist, 19 novembre 2005, p. 22 ; Financial Times, 29 avril 2014, p, 6 ;http://www.ft.com/intl/cms/s/0/52b9edbe-ce25-11e3-bc28-00144feabdc0.ht… The Economist, Special Report, Asian Geopolitics, 22 avril 2017, p. 4 ;https://www.economist.com/news/special-report/21720714-after-seven-dec… The Economist, 7 décembre 2013, p, 55 ;https://www.economist.com/news/asia/21591242-america-winding-down-its-…;; Pilger J., https://blogs.mediapart.fr/danyves/blog/141216/la-prochaine-guerre-con…‘ ; The Economist, 17 octobre 2015, p. 62 ;http://www.economist.com/news/international/21674648-china-no-longer-a…

36. Dyer G., ‘The Contest of the Century. The New Era of Competition with China – and How America Can Win’, New York, p. 26 ; Vien T., ‘The Grand Design of China’s New Trade Routes’, Stratfor ;https://www.stratfor.com/analysis/grand-design-chinas-new-trade-routes SIPRI, ‘Military expenditure by country’, 2017. https://www.sipri.org/sites/default/files/Milex-constant-2015-USD.pdf

37. Financial Times, Life & Arts, 5-6 avril 2014, p. 8 ; http://www.ft.com/intl/cms/s/2/58cbbbe2-ba70-11e3-aeb0-00144feabdc0.ht… Financial Times, 20 juin 2014, p. 7.http://www.ft.com/intl/cms/s/0/313432b0-f78f-11e3-b2cf-00144feabdc0.ht…

38. The End of China’s Dengist Diplomacy’, Stratfor, 17 octobre 2017 ;https://worldview.stratfor.com/article/end-chinas-dengist-diplomacy The Economist, 10 juin 2017, p. 14 ;https://www.economist.com/news/leaders/21723109-cleaning-filthy-soil-m…Wikipedia,https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_pays_par_production_de_p%C3%A9troleCraig A., ‘10 Countries With The Most Natural Resources’, Investopedia, 12 septembre 2016 ;http://www.investopedia.com/articles/markets-economy/090516/10-countri… Dyer G., ‘The Contest of the Century’, p. 10 ; Subramanian A., ‘Eclipse. Living in the Shadow of China’s Economic Dominance’, Washington 2011, p. 121sqq.

39. Financial Times, 9 octobre 2015, p. 9 ; http://www.ft.com/intl/cms/s/2/6e098274-587a-11e5-a28b-50226830d644.html ‘China Paves the Way for a New Silk Road’, Stratfor, 15 mai 2017 ;https://worldview.stratfor.com/article/china-paves-way-new-silk-roadFinancial Times, Special Report, Asian Infrastructure & Trade, 4 mai 2017, p. 5 ; https://www.ft.com/content/b9af2e26-0342-11e7-aa5b-6bb07f5c8e12 The Economist, 2017, 6 mai p. 45. https://www.economist.com/news/china/21721678-silk-routes-are-not-alwa… The Economist, 2 juillet 2016, p. 53 ; http://www.economist.com/news/china/21701505-chinas-foreign-policy-cou… Vien T., Stratfor, 24 juin 2015 ;https://www.stratfor.com/analysis/grand-design-chinas-new-trade-routes d’Hooghe I., ‘De Nieuwe Zijderoute moet China’s internationale positie versterken’, Internationale Spectator, 2015 n° 8.https://spectator.clingendael.org/pub/2015/8/china_en_de_nieuwe_zijderoute/Source de la carte :https://commons.wikimedia.org/wiki/File:One-belt-one-road.svg?uselang=fr

40. Même si les Néerlandais ont collaboré avec les chefs locaux pour chasser les Portugais à Ceylan et en Indonésie, leur objectif premier était d’assurer le commerce dans toute la région.https://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_colonial_n%C3%A9erlandais

Arrighi G., Adam Smith in Beijing. Lineages of the Twenty-Firs Century, Londres, 2007, p. 238 ;

41. Au XVIIème siècle les Néerlandais avaient proportionnellement 25 fois plus de navires que l’Angleterre, la France et l’Allemagne. Aujourd’hui la Chine détient 20 fois plus de navires de commerce que les Etats-Unis.Maddison A., L’Economie mondiale : Une perspective millénaire, OCDE 2001,http://www.oecd.org/fr/dev/etudesducentrededeveloppementleconomiemondi…

42. Khanna P., ‘Use It or Lose It : China’s Grand Strategy’, Stratfor, 9 avril 2016.https://www.stratfor.com/weekly/use-it-or-lose-it-chinas-grand-strategy

43. Financial Times, 19-20 avril 2014, p. 4 ; http://www.ft.com/intl/cms/s/0/c250bd4c-c6b4-11e3-9839-00144feabdc0.ht… China : More Than 40 Percent Of Arable Land Degraded’, Stratfor, 4 novembre 2014 ; http://www.stratfor.com/situation-report/china-more-40-percent-arable-… The Economist, 8 février 2014, p. 11 ; https://www.economist.com/news/leaders/21595903-government-gives-its-d… The Financial Times, 9 juillet 2013, p. 1. http://www.ft.com/intl/cms/s/0/eed7c0be-e7ca-11e2-9aad-00144feabdc0.ht…

44. Netherlands Environmental Assessment Agency, ‘Trends in Global CO2 Emissions’ ; Mengpin G., Friedrich J., & Damassa T., ‘6 Graphs Explain the World’s Top 10 Emitters’, World Resources Institute, 25 novembre 2014 ; http://www.wri.org/blog/2014/11/6-graphs-explain-world%E2%80%99s-top-1… The Economist, 8 février 2014, p. 11 ; https://www.economist.com/news/leaders/21595903-government-gives-its-d… Minqi L., ‘China and the Twenty-First Century Crisis’, Londres 2016, p. 148.

45. Vandepitte M., ‘Wat mogen we van China de komende jaren verwachten ? Verslag van het 18de partijcongres’, http://www.dewereldmorgen.be/artikels/2012/11/11/wat-mogen-we-van-chin… Tsemin Y., ‘The 2014 revisions of china’s environmental protection law’, Swiss Re Insititute, 16 octobre 2014 ;http://institute.swissre.com/research/risk_dialogue/magazine/Environme… W., (ed.), ‘Politics in China. An Introduction’, Oxford 2010 ; p. 282.

46. IPS, ‘Klimaatplan China ambitieus, Zuid-Korea onvoldoende’,http://www.dewereldmorgen.be/artikel/2015/07/02/klimaatplan-china-ambi…

47. The Economist, 10 août 2013, p. 17-20. http://www.economist.com/news/briefing/21583245-china-worlds-worst-pol…

48. GALLUP, ‘Majority of Chinese Prioritize Environment Over Economy’, 8 juin 2012 ;http://news.gallup.com/poll/155102/majority-chinese-prioritize-environ… The Economist, 10 août 2013, p. 8. http://www.economist.com/news/briefing/21583245-china-worlds-worst-pol…

49. Lofgren K., ‘China Becomes World’s First Nation to Install 3 GW of Utility-Scale Solar Power !’,https://inhabitat.com/china-becomes-worlds-first-nation-to-install-3-g…;: https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89nergie_solaire_en_Chine ; Financial Times, 11 février 2016, p. 3 ; http://www.ft.com/intl/cms/s/0/e2298424-cfdf-11e5-831d-09f7778e7377.html The Economist, 22 avril 2017, p. 50 ; https://www.economist.com/news/china/21721227-once-foot-dragger-it-now… ‘China : Automobile Company To Stop Selling Combustion Engine Cars In 2025’, Stratfor, 19 octobre 2017 ;https://worldview.stratfor.com/situation-report/china-automobile-compa…Financial Times 2 août 2017 ; https://www.ft.com/content/968402ea-769d-11e7-a3e8-60495fe6ca71?mhq5j=e7 Financial Times, 23 mai 2017, p. 5 ; https://www.ft.com/content/d6ee4558-36d7-11e7-bce4-9023f8c0fd2e The Economist, 14 janvier 2017, p. 11 ;www.economist.com/news/leaders/21714350-case-high-voltage-direct-curre…

50. PS, ‘China investeert niet meer in steenkool’,http://www.dewereldmorgen.be/artikel/2016/12/05/china-investeert-niet-…;; Greenpeace, ‘China coal use falls : CO2 reduction this year could equal UK total emissions over same period’ ;http://energydesk.greenpeace.org/2015/05/14/china-coal-consumption-dro… Harvey C., ‘China vowed to peak carbon emissions by 2030. It could be way ahead of schedule’, Washington Post, 7 mars 2016,https://www.washingtonpost.com/news/energy-environment/wp/2016/03/07/c…The Economist, 22 avril 2017, p. 50 ;https://www.economist.com/news/china/21721227-once-foot-dragger-it-now…

51. ‘Consolidating China’s Industries, One Polluter at a Time’, Stratfor, 25 octobre 2017 ;https://worldview.stratfor.com/article/consolidating-chinas-industries…

World Resources Institute, ‘WRI Calls China INDC “A Serious and Credible Contribution”’, 30 juin 2015.http://www.wri.org/news/2015/06/statement-wri-calls-china-indc-serious…

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La ferme volonté de créer la paix est une grande force


Interview de Daniele Ganser, historien et irénologue suisse

Propos recueillis par Jean-Paul Vuilleumier

Zeit Fragen – N° 31, 11 décembre 2017

Fin 2016, est parue en allemand la 1re édition du livre «Les guerres illégales de l’OTAN. Une chronique de Cuba à la Syrie.» de Daniele Ganser, historien suisse et spécialiste des sciences de la paix. Entretemps, cet ouvrage en est à sa 7e édition avec plus de 50 000 exemplaires vendus. A l’occasion de la parution toute récente de l’édition française de ce bestseller, Horizons et débats s’est entretenu avec l’auteur sur quelques aspects de ses analyses concernant la guerre et la paix, l’ONU, le Conseil de sécurité et les médias.

Horizons et débats: M. Ganser, vous êtes un historien, spécialiste de l’Histoire contemporaine depuis 1945 et expert en politique internationale. Au sein de l’Institut SIPER que vous avez créé et que vous dirigez, vous vous intéressez à de très nombreux sujets comme l’énergie et la géostratégie, les conflits pour les ressources et la politique économique, les mises en œuvre de guerres secrètes. Vous vous engagez pour la paix. Vous êtes irénologue (spécialiste des sciences de la paix). Votre livre «Les Guerres illégales de l’OTAN» vient de paraître en français. Est-ce que toutes les guerres sont illégales?

Daniele Ganser: Oui, de manière générale, toutes les guerres sont illégales. La Charte de l’ONU, signée en 1945, énonce explicitement que les Etats doivent résoudre leurs différends sans avoir recours à la violence ou aux armes. Les guerres sont donc clairement illégales. Il existe toutefois deux exceptions à cette règle: premièrement, la légitime défense; si un pays est agressé, il a le droit de se défendre militairement. Deuxièmement, une guerre est légale si le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté un mandat explicite en ce sens.

L’exemple de la débâcle soviétique en Afghanistan aurait dû faire réfléchir les Etats-Unis en 2001; le fiasco de la soi-disant «exportation de la démocratie» en Irak aurait dû faire réfléchir à deux fois les Français et les Britanniques avant qu’ils n’interviennent en Libye en 2011, ou n’aident les djihadistes en Syrie. N’est-ce pas possible d’apprendre de l’Histoire?

Moi, je pense que c’est tout à fait possible. La leçon la plus importante est que nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes par la violence. Cela a été essayé à de nombreuses reprises. Mais cela ne fait qu’ajouter des problèmes. C’est pourquoi, dans mon livre, je souligne l’importance d’adhérer aux principes fondateurs de l’ONU, ne pas bombarder ou envahir d’autres pays, ne pas armer en secret des groupes à l’étranger dans le but de renverser un gouvernement. Nous sommes bien sûr confrontés à de grands défis, mais la violence n’aidera en rien à leur résolution.

Et cependant, des hommes politiques tels Barack Obama et David Cameron ne sont pas critiqués par des instances officielles pour leurs guerres illégales.

C’est vrai: le Président Obama et le Premier ministre britannique Cameron ont utilisé la force contre la Libye en 2011, et nous pouvons constater, encore maintenant, que le pays est toujours en proie à la violence. Les guerres créent de nouvelles difficultés. En Syrie, les Etats-Unis et le Royaume-Uni, en concert avec d’autres Etats, ont secrètement fourni des armes aux ennemis de Bachar el-Assad, comme je l’indique dans le livre. Là non plus, ce n’était pas une bonne idée: beaucoup de gens sont morts, beaucoup ont souffert.

En tant que spécialiste des sciences de la paix, vous semblez malgré tout rester résolument optimiste! Votre livre dresse en effet un constat terrible, mais il est factuel, humaniste, puissant et même parfois personnel. Qu’est-ce qui vous rend optimiste?

Je suis fermement convaincu que la volonté de créer la paix est une force primordiale pour le XXIe siècle. Quand nous avons le choix entre tuer et ne pas tuer, je suis convaincu que le second est toujours le meilleur. Milosevic n’était pas un nouvel Hitler. La vérité historique est que Hitler a fait bombarder Belgrade. Il est scandaleux qu’en 1999, l’Allemagne ait, avec d’autres pays, à nouveau bombardé la Yougoslavie. Cela est contraire à la Charte des Nations Unies. Je sais que des gens en France se sont opposés à la décision de Nicolas Sarkozy de bombarder la Libye en 2011. Je les soutiens, car ils avaient raison. Imaginez un instant que la situation ait été inversée, que la Libye ait bombardé Paris: n’aurait-il pas été juste de soutenir ceux qui parmi les Libyens se seraient opposés à ces bombardements?

Vous évoquez à plusieurs reprises Martin Luther King, Albert Einstein et Mahatma Gandhi. Que représentent-ils pour vous?

Ces trois personnalités ont eu, chacune à sa place, une grande importance. Gandhi donna ce conseil inspirant: «Sois toi-même le changement que tu veux voir dans le monde». Les gens cherchent de vrais leaders, et ils les cherchent parmi les chefs d’Etat ou de gouvernement; mais ce n’est pas parmi eux qu’il faut chercher, car les hommes politiques ont trop souvent mené des guerres. Et ce n’est certainement pas le type de valeurs que nous voulons inculquer à nos enfants, dans nos écoles! Nous n’allons pas leur conseiller l’usage de la violence, mais exactement le contraire: en cas de problème, gardez-vous de la violence, préférez le dialogue et surveillez vos propres émotions et pensées.

L’édition française de votre livre est annoncée comme «un réquisitoire contre l’OTAN et un plaidoyer en faveur de l’ONU». Beaucoup des gens qui sont très critiques, voire opposés, à l’OTAN sont également sceptiques, ou même suspicieux vis-à-vis de l’ONU. En quoi l’ONU est-elle importante?

Dans mon livre, je montre clairement à quel point la Charte de l’ONU est un document magnifique, parce qu’elle prescrit à tous les membres de l’organisation (193 Etats au total) l’interdiction du recours à la force dans les relations internationales. Ceci est le meilleur aspect de l’ONU, et cela ne m’empêche pas de voir ses failles et je comprends les voix critiques qui n’ont pas ou plus confiance en elle. Dans mon livre, je montre que le Conseil de Sécurité ne fonctionne pas de manière idéale. Si un membre permanent du Conseil viole la Charte, il ne sera pas puni, car il dispose d’un droit de veto lui permettant de bloquer une résolution. Clairement, cela n’est pas juste.

L’impuissance de l’ONU est-elle la conséquence du fait qu’elle ne dispose pas d’une réelle force armée? Comment faudrait-il transformer l’ONU pour qu’elle devienne plus efficace?

Je ne pense pas que le problème principal de l’ONU soit qu’elle est dépourvue d’une armée puissante. Imaginons un instant l’inverse, qu’elle en soit dotée. Qui déciderait de son utilisation, de l’envoyer combattre? Ce serait le Conseil de Sécurité. Mon opinion personnelle, basée sur mes recherches, est que les 70 dernières années montrent que les membres permanents du Conseil de Sécurité – et notamment les Etats-Unis et les autres pays membres de l’OTAN – ont mené de trop nombreuses guerres illégales, tout en se protégeant de possibles sanctions grâce à leur droit de veto.

Le projet de l’ONU était d’établir un droit international dans le cadre duquel tous les pays seraient égaux. Cependant, l’existence de l’ONU n’a été acceptée par les grandes puissances que parce qu’elles ont pu s’arroger un pouvoir de blocage (droit de veto) contredisant l’égalité entre les Etats. Quels scénarios peut-on envisager pour le futur de l’ONU dans cette situation paradoxale? Comment l’Organisation pourrait-elle évoluer vers davantage d’égalité, de justice et de paix entre ses membres?

Effectivement, il y a un paradoxe. Les Nations Unies comprennent 193 pays membres, mais 5 seulement – les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni – bénéficient du droit de veto. De ce fait, ils détiennent chacun davantage de pouvoir que les 188 autres Etats réunis. Il s’agit donc d’un système à deux classes, l’une bénéficiant de privilèges, l’autre en étant dépourvu. Des réformes seraient les bienvenues. Le droit de veto pourrait, et devrait, être aboli; mais les Etats qui en disposent refuseront de se départir de ce pouvoir. D’un point de vue pratique, pragmatique, il est par conséquent de la plus haute importance de démontrer que les grandes puissances mènent des guerres illégales.

A quoi pourrait ressembler un monde sans l’OTAN? L’Europe ne serait-elle pas alors menacée par la Russie?

Non, il ne me semble pas réaliste de penser que la Russie envahirait et occuperait l’Europe si l’OTAN venait à être dissoute. La dissolution de l’Alliance atlantique a été souhaitée par beaucoup de monde au sein du mouvement pour la paix quand le mur de Berlin est tombé et que le Pacte de Varsovie a disparu. Mais les «dividendes de la paix» annoncés ne se sont jamais concrétisés. Bien au contraire, les dépenses militaires ont même augmenté. A tel point que nous nous retrouvons maintenant avec des records en la matière, et un arsenal hautement sophistiqué sans précédent. Ban Ki-moon, alors secrétaire général de l’ONU, a ainsi pu nous mettre en garde: «Le monde est surarmé, et la paix sous financée».

A la lecture de votre livre, on comprend vraiment que le recours à la force n’est jamais une solution; ou plutôt c’est toujours la pire. Pour ne prendre qu’un seul exemple, sans l’intervention militaire des Etats-Unis en Irak, l’EI n’existerait pas: la «guerre contre le terrorisme» engendre non seulement de la violence, mais également toujours davantage de terrorisme. Une fin de cette spirale de la violence n’est pas en vue.

Vous résumez bien la situation dans laquelle nous nous trouvons. Aussi longtemps que les médias de masse donneront principalement la parole aux va-t’en-guerre et autres bellicistes, ces personnes qui croient en la violence et la promeuvent avec régularité à la télévision et dans la presse, nous ne cesseront jamais le cycle des guerres. Les médias fabriquent le consentement, l’opinion publique. Si les amis de la paix se voyaient offrir davantage de temps de parole, une plus large tribune dans les médias, qu’ils soient institutionnels ou alternatifs, alors de plus en plus de gens comprendraient que nous ne pouvons pas résoudre nos problèmes par la violence.
Les médias jouent un rôle crucial, car ils peuvent réduire au silence certaines voix et opinions ou au contraire en amplifier d’autres. Il est illusoire de penser que dans nos sociétés démocratiques, toutes les voix ont la même signification. Le plus souvent, nous entendons le point de vue des bellicistes demandant l’augmentation des budgets et des opérations militaires – uniquement ce type de discours, et tout le temps. Et en même temps, les voix de ceux qui étudient les guerres et la violence, et qui avertissent en toute connaissance de cause que les guerres ne constituent en rien une solution, ces voix sont le plus souvent tues ou ignorées. Ainsi, bien peu connaissent le général américain Smedley Butler (1881–1940), à l’époque, le plus haut gradé du Corps des Marines et à sa mort le Marine le plus décoré de l’Histoire. Ce qu’il a déclaré est malheureusement toujours d’actualité, mais vous ne risquez pas de l’entendre à la télé. Je cite: «La guerre est un racket. Elle l’a toujours été. C’est peut-être le plus ancien, de loin le plus profitable et sûrement le plus vicieux. C’est le seul qui soit de portée internationale. C’est le seul où les gains se comptent en dollars, et les pertes en vies humaines.»

Alors que les populations dans n’importe quel pays aspirent simplement à vivre en paix, la propagande de guerre présente ceux qui s’opposent aux conflits comme des lâches ou des soutiens des «régimes autoritaires ou dictatoriaux».

Oui, c’est la règle du «jeu» sur le front intérieur. Par front intérieur, j’entends le (ou les) pays, où vivent les citoyens qui financent avec leurs impôts les navires et les avions de guerre, les missiles et les armes utilisés pour tuer, et où vivent également les mères des soldats qui sont envoyés combattre. Donc, le front intérieur doit être absolument convaincu que la guerre est à la fois juste et nécessaire. Comment y parvenir? Grâce aux médias de masse. C’est la seule manière, il n’y en a pas d’autre.
Contrairement au théâtre des opérations, la lutte sur le front intérieur ne se fait pas avec des bombes et autres munitions, mais à coup d’éditoriaux et d’articles, avec des photos et des images. Le plus frappant, et le plus consternant, c’est que la plupart des gens ne connaissent même pas le terme de «front intérieur», et ne sont pas non plus conscients de la propagande massive qu’on leur sert à chaque nouvelle guerre.
Albert Camus, écrivain, prix Nobel de littérature et philosophe, a souligné que nous pouvons toujours influencer l’Histoire: «Rien n’est plus impardonnable que la guerre et l’incitation à la haine raciale. Mais une fois la guerre déclenchée, il est futile et lâche de ne rien faire au prétexte que l’on n’en est pas responsable. […] Toute personne a une sphère d’influence de taille variable […] Ce sont des individus qui nous envoient à la mort aujourd’hui – pourquoi n’incomberait-il pas à d’autres individus de créer la paix dans le monde? […] Entre le moment de la naissance et celui de la mort, presque rien n’est prédéterminé: on peut tout changer et même mettre un terme à la guerre, et établir la paix si la volonté est suffisamment forte et durable.»

Quel rôle joueront les progrès technologiques dans les guerres futures? Les robots mèneront-ils la guerre?

Aujourd’hui, il existe des robots armés, capables de tuer. Etait-il avisé de mettre au point et de produire de tels robots tueurs? Les drones qui volent au-dessus de l’Afghanistan et du Pakistan sont des machines et ils tuent des gens. C’est déjà la réalité. Actuellement, la révolution numérique se met au service du complexe militaro-industriel. D’ici 10 à 20 ans, des films de science-fiction comme «Terminator» (1984) ou «Robocop» (1987) seront devenus la réalité dans le sens où des machines tueront des gens de manière quasi autonome.
La question de la violence est loin d’être résolue, elle se complexifie. Il faut en parler ouvertement. Mon rôle en tant qu’historien est de rappeler aux gens que la guerre et la violence ont été utilisées à de nombreuses reprises, et qu’il n’a jamais été possible de mettre un terme à la violence par la force. Il faut évoluer et trouver d’autres voies, d’autres solutions à nos problèmes.

Dans votre livre vous écrivez que «les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, par ailleurs responsables de la paix mondiale, sont les plus gros exportateurs d’armements» en soulignant que «dès qu’un conflit s’embrase, ces cinq Etats en profitent, car leurs exportations d’armement augmentent».

C’est un des grands paradoxes du Conseil de Sécurité de l’ONU. Son but et sa responsabilité sont de promouvoir la paix. Et pourtant, ces cinq Etats membres sont les principaux pourvoyeurs d’armes, et leurs dépenses militaires sont énormes. Leur complexe militaro-industriel est très puissant. Mais chacun peut décider s’il veut utiliser la force, ou pas. En tant qu’êtres humains, nous devons renforcer la bienveillance et l’humanité.

Vous écrivez qu’au regard de l’Histoire humaine, l’interdiction de faire la guerre inscrite dans la Charte de l’ONU n’a que 72 ans. Dans votre perspective, elle est donc toute jeune. Est-ce une des raisons expliquant pourquoi le progrès qu’elle implique n’a pas encore été acquis, intégré par le genre humain?

Oui, la Charte de l’ONU, qui proscrit les guerres et les a rendues illégales, fut signée en 1945. C’est donc un document jeune. A l’échelle d’un historien, 70 ans représentent une période brève. Mais on peut constater que nous avons progressé: au cours des siècles précédents, jamais un tel document n’a existé. C’est une première. La prochaine étape sera de respecter La Charte de l’ONU et de faire en sorte que les médias parlent de l’illégalité des guerres et expliquent comment fonctionne la propagande de guerre (plutôt que de la propager). Je pense vraiment que nous avons tous un intérêt commun pour la paix, indépendamment de notre sexe, de notre religion, de notre éducation ou de notre richesse. J’ai écrit ce livre en espérant pouvoir renforcer le mouvement pour la paix, et je suis très heureux qu’il soit maintenant disponible en français.

Merci beaucoup pour cet entretien.

(Propos recueillis par Jean-Paul Vuilleumier)

SIPER (Schweizer Institut für Friedensforschung und Energie/Swiss Institute for Peace and Energy Research; http://www.siper.ch) a été créé en 2011 en tant qu’institut indépendant à Bâle. Sous la direction de Daniele Ganser, le SIPER examine d’un point de vue géopolitique la lutte mondiale pour le pétrole ainsi que le potentiel des énergies renouvelables. Cet institut transmet ses données à un public intéressé. Il est soutenu par des partenaires de l’économie et entretient des échanges scientifiques avec des partenaires du domaine de la recherche. Le principal produit de SIPER sont les conférences publiques. D’autres produits sont des interviews, des études et des publications. Dans le domaine de la recherche de la paix (irénologie), le SIPER défend la vision d’un monde, dans lequel les conflits sont résolus par la négociation et le respect – sans violence, torture, terrorisme et guerre.

Zeit Fragen – N° 31, 11 décembre 2017

Source: Zeit-fragen.ch                                                                                                                                                                                                                                                                                               http://arretsurinfo.ch/la-ferme-volonte-de-creer-la-paix-est-une-grande-force/ 

 

Jérusalem, Partition, Justice et Paix


                       Jérusalem, panorama, au début du vingtième siècle. 


Donald Trump a fait cette déclaration scandaleuse disant que les Etats-Unis considèrent Jérusalem comme la capitale de l’Etat juif d’Israël. Et reconnaissance supplémentaire de la souveraineté d’Israël sur toute la ville, il n’a pas, pour la première fois, renouvelé la dérogation concernant le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem.

 Oren Ben-Dor | 8 décembre 2017 Counterpunch 

Des condamnations cosmopolites généralisées, écrasantes et presque unanimes des transferts potentiels décidés par Trump ne se sont pas faites attendre: Mahmoud Abbas met en garde contre les conséquences catastrophiques pour la stabilité précaire dans la région ainsi que pour le soi-disant «processus de paix». Presque toutes les nations du monde ont exprimé leur indignation, la Turquie menaçant même de rompre les relations diplomatiques avec Israël si ces mesures étaient mises en œuvre. Il y a une solidarité mondiale contre la position américaine et, une lecture superficielle pourrait laisser penser qu’il s’agit là d’un signe bienvenu d’une adhésion mondiale croissante à la cause palestinienne d’ « auto » détermination nationale.

Mais est-ce le cas ? Ne sommes-nous pas les témoins d’une occultation symptomatique mature et quasiment unanime de l’essence même du caractère scandaleux de la proposition américaine de transfert ?

La question de Jérusalem est une question sérieuse et épineuse pour la justice et la paix en Palestine. A cette étape nous pourrions, toutefois, prendre du recul et nous demander qu’est-ce qui fait de la question de Jérusalem – ville si sacrée pour tant de gens que tout partage représente un défi incommensurable – une question si grave sur le plan politique ? Quel est exactement le défi politique et éthique posé et même incarné par Jérusalem ? Est-ce que les objections écrasantes à l’initiative de Trump auxquelles nous assistons répondent réellement à ce défi ? Ces objections ne reproduisent-elles pas une négation profondément enracinée qui entoure ce qui fait vraiment réfléchir à Jérusalem? Ces objections ne sont-elles pas le symptôme d’une forme fortement dépolitisée de résistance soigneusement gérée – chien de garde camouflé de la manière dont on pourrait et devrait réfléchir à Jérusalem en liaison avec l’ensemble de la Palestine historique (la région à l’ouest du Jourdain qui inclut à la fois ce qui est maintenant l’État d’Israël, la Cisjordanie et la Bande de Gaza) ?

Est-ce que ceux qui désapprouvent la décision de Trump maintenant et prétendent se soucier des Palestiniens désapprouveraient également que Jérusalem soit scindée en deux, Jérusalem-Est capitale d’un état palestinien et la partie occidentale capitale d’Israël ? Par ailleurs, seraient-ils opposés à un statut international pour une Jérusalem unifiée, considérée comme capitale binationale des deux Etats ?

Il est probable qu’ils ne désapprouveraient pas car ce genre de visions serait conforme à l’esprit de partition – la pensée hégémonique appliquée à la Palestine depuis la Première Guerre Mondiale, de la Déclaration Balfour vieille de cent ans en passant par les divers plans de partage, jusqu’au nettoyage ethnique de la Palestine et les Accords d’Oslo, qui remettent à plus tard les discussions sur le statut final de Jérusalem. La question de Jérusalem, tout comme la question de Palestine, et aussi comme celle du mur d’apartheid (qui désapprouverait le mur s’il avait été érigé sur les frontières de 1967 ?) a toujours été appréhendée comme une question de « partage correct » et de frontières appropriées. Jamais, elle n’a été appréhendée comme une question de « mur intériorisé » dans le cœur et l’esprit des Israéliens, mur qui ne permet pas un partage égal de la terre, mur mental que les Palestiniens ressentent sans doute lors de leurs rencontres avec les juifs israéliens et qui les rend très méfiants et réservés. Les désapprobations de la décision de Trump dont nous sommes les témoins, donc, reproduisent cette entrave mentale on ne reliant la question qu’au sujet dérivé qui consiste à savoir quelle proportion de Jérusalem appartient respectivement aux Palestiniens et aux Israéliens.

Que cette ville soit considérée comme la capitale d’Israël est sans aucun doute problématique. Mais considérer tout ou partie de la ville comme capitale d’un Etat palestinien à côté d’Israël ne l’est pas moins. La raison en est que la question de Jérusalem doit être liée à celle de quel type d’Etat est Israël ainsi qu’à la question de savoir comment un état palestinien pourrait-il réparer les injustices qui touchent tous les Palestiniens. En d’autres termes, la question de Jérusalem découle de la question de la nature de l’Etat d’Israël – état fondé sur une citoyenneté différentielle – et de l’effet de cette nature sur les injustices faites aux Palestiniens et leurs souffrances, à la fois passées et futures. Seule une réflexion de ce type peut reconnaître la responsabilité de la violence de telle manière à affirmer que tous les Israéliens et Palestiniens sont les résidents de cette terre et qu’ils devront la partager.

Notre réflexion doit nous amener à nous demander qui sont les Palestiniens. C’est une question profonde d’identité et d’autochtonie (le lien à la terre, au pays) mais plus immédiatement, les Palestiniens se composent de trois groupes principaux. D’abord ceux qui ont été victimes du nettoyage ethnique dans toute la Palestine historique en 1947-9 et leurs descendants pour que fût créé un état ayant un caractère juif et une majorité juive européenne ; deuxièmement, ceux qui ont été occupés en 1967 en Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est et qui pour beaucoup sont continuellement déplacés et soumis au dualisme juridique de l’occupation ; et enfin, ceux qui ont continué à vivre comme citoyens de seconde zone, souvent déplacés de l’intérieur, dans l’état israélien, état où réussir le test de judéité accorde immédiatement, et à perpétuité, la citoyenneté préférentielle et différentielle systématique à la fois au juifs qui vivent en Palestine et partout dans le monde.

Jérusalem, alors, nous met au défi de comprendre que l’injustice dans toute la Palestine historique qui affecte tous les Palestiniens ne peut pas être partagée territorialement et que, par conséquent, aucune partition de la Palestine historique ne peut apporter justice et paix durable à toutes les personnes qui y vivent et y vivront. Par conséquent, l’objection à l’initiative de Trump devrait signifier qu’il ne pourrait y avoir de capitale symbolisant et consolidant la partition. Mais c’est précisément ce que ceux qui désapprouvent la décision de Trump passent sous silence, se faisant ainsi les gardiens du temple en tentant de préserver un « processus de paix » fictif tout en esquivant le devoir de justice. Ce que ces objecteurs rationalisent tacitement c’est une Jérusalem divisée – la capitale de deux états, vision qui entérinerait l’injustice faite à deux groupes de Palestiniens (les réfugiés et les citoyens Palestiniens d’Israël), l’injustice envers lesquels est irréductiblement liée à la fois à l’établissement et la nature de l’état juif.

Jérusalem ne devrait pas être la capitale d’Israël parce qu’une capitale ne devrait pas symboliser l’injustice passée sous silence. Au contraire, Jérusalem tout entière devrait être la capitale d’un seul Etat égalitaire sur tout le territoire de la Palestine historique, dont l’éthique de citoyenneté égale remplace à la fois « Israël » et « Palestine ». Ce n’est qu’alors que Jérusalem deviendrait un symbole de justice, capitale d’un état où le droit de retour des Palestinien s’est réalisé ; où l’égalité de citoyenneté est le principe constitutionnel suprême et, par dessus tout, où le sentiment authentique de partage du pays sur un pied d’égalité ouvre des horizons aux nouvelles générations.

La soi-disant « Autorité » palestinienne ne représente pas les Palestiniens et devient complice de l’entreprise de consolidation de la légitimité d’un régime d’Apartheid inhérent à l’Etat d’Israël et des structures séculières du pouvoir qui gardent ce régime. L’indignation manifestée par l’Autorité palestinienne et la majorité du monde en réaction à la décision de Trump masque la raison plus profonde de pourquoi Jérusalem ne devrait pas être la capitale d’Israël – la raison pour laquelle l’état d’Israël devrait être remplacé. La politique qui se veut réaliste en rationalisation l’Etat d’Apartheid d’Israël comme raisonnable, est masquée par un écran de fumée qui est hyper-alimenté par leurs objections peu sincères à la décision de Trump. Jérusalem n’est pas le terrain de jeu politique de l’Autorité Palestinienne, ni de ceux du spectre sioniste qui se disent modérés, bien que leur silence devienne le plus extrême et le plus retors dans la dissimulation de son rôle de chien de garde du « processus de paix ». Et les puissances qui manipulent ce genre de mise au silence sont grandes : en effet, Donald s’est lui-même fait « trumpé » par le lobby israélien.

Jérusalem appelle à réfléchir aux enjeux existentiels les plus profonds et aux entraves qui sont propres à l’Occident, et ensuite aux obstacles inconscients à la solidarité parmi les Palestiniens et entre les Palestiniens et les natifs d’Israël. Jérusalem révèle l’origine de ce qui conditionne, de fait exige, une résistance gérée qui légitime Israël. Mais c’est précisément cette origine qui exige une exploration philosophique de ces craintes inconscientes d’un état commun égalitaire sur l’ensemble de la Palestine historique, ainsi qu’une action de solidarité authentique. Voir le caractère scandaleux de présenter Jérusalem comme capitale d’Israël, si notoirement caricaturé par les actuelles objections, devrait nous amener à méditer sur ce qu’est la Palestine et sur ce qui pourrait y apporter une paix réelle et durable, pour mieux comprendre l’histoire violente de l’humanité en général et de l’Europe en particulier.

Oren Ben-Dor | 8 décembre 2017 Counterpunch 

Oren Ben-Dor est un ancien professeur de droit et de philosophie à la faculté de droit de l’Université de Southampton, au Royaume-Uni. Ses publications comprennent Constitutional Limits and the Public Sphere (Hart Publishing, Oxford, 2000); Thinking about Law: In Silence with Heidegger (Hart Publishing, 2007) et (ed.), Law and Art: Justice, Ethics, Aesthetics (Routledge, 2011). Il a beaucoup publié sur la question de la Palestine historique. Ses dernières œuvres sont « The One State Solution as a Demand of International Law: jus cogens, Challenging Apartheid and the Legal Validity of Israel » dans O. Ben-Dor et Nur Masalha (ed.), numéro spécial Holy Land Studies, 12 (2)(2013), pp. 181-205 et « Apartheid and the Question of Origin » in Ilan Pappe (ed.), Israel and South Africa: The Many Faces of Apartheid, Zed Books, 2015. oymbendor@gmail.com

Source: Chronique de Palestine                                                                                                          http://arretsurinfo.ch/jerusalem-partition-justice-et-paix/