Algérie : l’Armée nargue la France


Algérie : l'Armée nargue la France

Près de trois mois après le début du mouvement populaire en Algérie et alors que l’armée continue à éviter au pays toute atteinte étrangère, la justice condamne à la peine capitale trois ex-hauts gradés des renseignements.

Il s’agit des principaux relais de l’ex-puissance colonialiste, la France, qui viennent d’être condamnés. 

Citant une source militaire, le site d’information algérienne, AGL24 a rapporté que trois ex-officiers haut gradés dont un général et un capitaine de l’ex-DDSE (Direction de la documentation et de la sécurité extérieure algérienne), avaient été condamnés à mort par le tribunal militaire de Blida. Ils ont été accusés « d’avoir trahi et divulgué des secrets du gouvernement algérien à des pays étrangers ».

Il s’agit du conseiller de l’ancien chef de la DDSE, répondant aux initiales «MD», d’un capitaine répondant aux initiales «HA», président du Département d’information et d’écoute et du général «MB», directeur adjoint de l’ex-chef de la DGSE. Accusés d’«atteinte à l’autorité de l’armée et complot contre l’autorité de l’État», les généraux Toufik, ex-chef du DRS et Athmane Tartag ainsi que Saïd Bouteflika, ancien conseiller spécial ont été placés le 5 mai sous mandat de dépôt par le juge d’instruction du tribunal militaire de Blida. Ils ont été arrêtés le 4 mai par les services de la DGSI. Le chef d’état-major de l’armée nationale populaire, « ANP », Ahmed Gaïd Salah, avait auparavant accusé Toufik de comploter contre l’armée et le mouvement populaire. Le général Salah avait également accusé Saïd Bouteflika d’être à la tête d’un groupe ayant abusé du pouvoir présidentiel.

Cette triple condamnation qui confirme la volonté du général Ghai Salah, chef de l’état-major de l’armée algérienne de couper les amarres avec la France ne va sans doute pas sans susciter une contre-offensive de la part de la France, estime Hanif Ghafari, expert iranien : « Alors que le mouvement protestataire s’inscrit dans la durée, on assiste à une recrudescence des violences au Sahel, soit aux portes de l’Algérie. Au Mali, la force Barkhane a réussi à affecter l’ensemble du territoire, le Nord, le Centre et le Sud. Au Niger, aucun jour ne passe sans qu’il y ai des violences terroristes. Idem pour le Burkina. En Libye, Haftar continue à attaquer et à être attaqué et le chaos s’étend. Dans tout ceci, il y a une volonté malsaine de nuire à l’Algérie, pays pivot du nord et de l’ouest africain », ajoute l’expert qui souligne aussi la quasi normalisation des liens entre la Tunisie et le Maroc avec Israël : « À l’occasion d’un soi-disant pèlerinage religieux, quelques 2 000 israéliens se sont récemment rendus en Tunisie accompagnés des commandos israéliens! Et bien ces Israéliens ne viennent certes passer un bon moment en Tunisie. Ils ont les yeux rivés sur l’Algérie et on sait bien pourquoi. » 

La réaction implicite de la France à la triple condamnation des ex-cadres du Renseignement algérien n’a pas tardé. Mercredi le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian a affirmé que Paris est « attentive » à ce que « l’esprit de responsabilité et de dignité qui prévaut en Algérie depuis le début des manifestations puisse continuer à s’exprimer librement ». Le Drian a affirmé que le dialogue démocratique reste la seule issue à la situation actuelle en Algérie, ce qui veut dire que Paris n’est nullement content que la vis soit serrée aux « agents de l’ex-puissance coloniale ». 

À la veille du 16ème vendredi consécutif de la contestation populaire qui a mobilisé une foule immense notamment à Alger, le chef de l’État par intérim en Algérie, Abdelkader Bensalah, a appelé toute la classe politique au dialogue afin de définir les modalités de l’organisation « dans les meilleurs délais » d’une élection présidentielle devant élire le successeur d’Abdelaziz Bouteflika. Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika a annoncé le 11 mars qu’il renonçait à être candidat à sa propre succession. Il s’agit d’une réponse à la contestation que traverse l’Algérie depuis plusieurs semaines.

http://parstoday.com/fr/news/africa-i79272-algérie_l’armée_nargue_la_france

Publicités

Gaïd Salah: «L’heure des comptes est arrivée»


Pour le chef d’état-major de l’ANP, la priorité actuelle est d’«accélérer l’élection d’un président de la République». Intervenant de Béchar où il effectuait une visite d’inspection aux unités de la 3e Région militaire, le vice-ministre de la Défense nationale, Gaïd Salah, a réitéré sa position en insistant sur sa feuille de route qui comprend le passage prioritaire par la présidentielle. S’il évoque des «délais possibles constitutionnellement et acceptables dans le temps», mais aussi des délais qui «ont atteint aujourd’hui leur limite», il tient à rappeler que «trouver ces voies qui mèneraient aux présidentielles ne peut se faire qu’à travers le dialogue dont les résultats pourront satisfaire la majorité du peuple algérien». En clair, l’institution militaire s’en tient toujours à la solution constitutionnelle pour résoudre la crise politique et Gaïd d’expliquer qu’«il serait plus judicieux de dire qu’il y a lieu de réunir toutes les conditions nécessaires pour tenir des élections pluralistes, précédées par des discussions constructives et un dialogue serein et calme permettant au citoyen d’accorder sa voix à celui qu’il considère apte à conduire le pays». 

Il s’attaque aussi à «certains adeptes de la surenchère politique et idéologique qui considèrent les élections comme un choix plutôt qu’une nécessité» affirmant que «c’est là le summum du paradoxe intellectuel et politique». Quant au dialogue auquel il appelle, il rappelle également qu’il doit réunir «la classe politique, la société civile et les personnalités nationales». 

Concernant l’actualité judiciaire, le général de corps d’armée a souligné la détermination de son institution à continuer d’accompagner les instances de la justice et de les protéger afin de leur permettre de traiter les affaires de corruption «en déterrant tous les dossiers et en les traitant en toute équité quelles que soient les circonstances, de façon à faire comparaître devant la justice tous les corrompus quels que soient leur fonction ou leur rang social». Il ajoute que «cette voie sera celle que l’institution militaire veillera à entreprendre avec détermination, posant ainsi les jalons de l’affranchissement de l’Algérie du vice de la corruption et des corrupteurs avant la tenue des prochaines élections présidentielles». 

Gaïd Salah a précisé «qu’il a été procédé par le passé et de manière délibérée, à la mise en place des conditions propices à la pratique de la corruption» mettant en évidence l’échec de la réforme de la justice qui «n’était malheureusement que des paroles en l’air et des réformes creuses qui, bien au contraire, ont encouragé les corrompus à persister dans leurs méfaits». Il parle aussi de parrains qui ont accompagné ces corrupteurs «pour empiéter les droits du peuple et enfreindre les lois délibérément sans crainte et sans aucune conscience». Selon lui, «l’heure des comptes est arrivée» pour assainir le pays «de toute personne malhonnête». 

Il a également chargé les gestionnaires aux commandes du pays, soulignant que tous les indices confirment que la crise économique que traverse notre pays est due, en premier lieu, à la mauvaise gestion de la part de responsables pour qui «les deniers publics étaient de l’argent commun, voire permis, où ils se servaient à volonté quand ils voulaient en toute impunité et sans contrôle ou considération envers le poids de la responsabilité dont ils portent le fardeau». Il explique que cette gestion «a permis de créer des projets stériles et sans intérêts réels pour l’économie nationale. Ils ont été octroyés de manière sélective, et à des montants astronomiques sous forme de crédits, ce qui a perturbé la cadence du développement en Algérie». 

par Moncef Wafi

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5277947

Algérie – Qui va écrire la feuille de route : la plume, la baïonnette, le clavier ?


« Chaque régime finit par devenir un ancien régime » Stanislav Jerzy Lech 

Qui va sortir le pays de ce vaste «marasme» à ciel ouvert ? Qui peut prétendre le faire « seul », les pieds « nus », les mains « ligotées » et la tête « ailleurs » ? Qui va écrire la feuille de route : la plume ou la baïonnette ? Certainement ni l’une ni l’autre. Elles sont toutes deux d’un autre âge. Elles manquent cruellement : l’une d’encrier et l’autre de munitions ? Même si elles ont été pourvues, ce ne sera pas la même calligraphie. L’une sera fine à peine lisible, l’autre sera grossière, elle prendra toute la page. 

Aujourd’hui, les jeunes qui constituent la majorité de la population se passent des plumes et des baïonnettes, ils disposent d’un clavier et de smartphones. Avec seulement leurs dix doigts, ils peuvent faire des miracles. Les ordinateurs sont comme « la trinité chez les chrétiens », on ne voit ni le Père, ni le Fils, ni le Saint Esprit. Ils sont absents dans nos radars. Le nôtre, il est là présent dans nos cœurs, il nous accompagne dans nos marches. Il faut garder raison, l’époque du contrôle des énergies est révolue, l’heure est à la libération des énergies. Le monde est devenu un village planétaire et les choses évoluent à la vitesse de la lumière. Un proverbe français nous apprend «qu’une tête froide, un ventre libre, des pieds chauds sont de sûrs remèdes à tous les maux». 

L’histoire de l’Algérie a été toujours jalonnée par des luttes incessantes entre les partisans du maintien de l’ordre à tout prix (période coloniale et postcoloniale) et les promoteurs d’un ordre nouveau de façon pacifique et la balance a toujours penché en faveur du premier sans résultat patent. Les tenants du pouvoir décrètent le secteur des hydrocarbures source exclusive de ressources en devises du pays le rendant ainsi dépendant du marché mondial. 

La conséquence sera que toute production répondant aux besoins du marché local sera abandonnée et le recours aux importations rendu obligatoire. Il n’existe pas dans notre pays de discussions sérieuses et approfondies sur l’utilisation de la rente pétrolière et gazière depuis l’indépendance à nos jours. 

Les gouvernants successifs dans un geste de « générosité intéressée » donnent l’impression d’utiliser les recettes générées par l’exploitation des ressources pétrolières et gazières pour distraire la population et la détourner des véritables enjeux en retardant, voire en éludant les grandes réformes à engager dans les secteurs fondamentaux de l’économie comme l’agriculture, l’éducation et la fonction publique. 

Il est peut être essentiel et urgent de développer des mécanismes de contrôle social de la redistribution de la rente pétrolière et gazière en organisant la participation de la population à la prise de décision afin d’éviter ou du moins réduire les dépenses publiques hâtives et intempestives sans impact réel sur l’économie et sur la société. 

Que de temps perdu, que d’énergies gaspillées, que de ressources dilapidées pour se rendre à l’évidence que l’on ne peut pas faire du neuf avec du vieux. Faut-il donc rechercher la clé de l’évolution politique de l’Algérie dans le conflit entre les aspirations de l’élite à se maintenir en activité au-delà de l’âge de la retraite et celles de la population majoritairement jeune à disposer d’un emploi permanent productif ? « Le secret du changement consiste à concentrer son énergie pour créer du nouveau et non pas pour se battre contre l’ancien ». 

par A. Boumezrag

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5277767

La saga judiciaire continue


Résultat de recherche d'images pour "saga judiciaire algérie"

La mise sous contrôle judiciaire de Karim Djoudi et la fuite au Liban de Abdesselam Bouchouareb poussent davantage à des interrogations sur l’ampleur de la corruption dans le pays et les garde-fous qui étaient censés protéger l’Etat mais qui n’ont jamais été mis en place. 

C’est probablement la comparution la plus longue qui a eu lieu hier devant le juge de la Cour suprême et la plus étonnante de toutes celles qui ont eu lieu depuis que la justice a été actionnée pour examiner de lourds dossiers de corruption de nombreux gouvernants. L’arrivée hier à 9h du matin de l’ex-ministre des Finances, Karim Djoudi, à la Cour suprême a confirmé l’information qui avait avancé sa convocation. Il en est sorti après près de 4 heures d’audition, avec une mise sous contrôle judiciaire. Au regard de sa comparution devant le juge enquêteur de la Cour suprême, Karim Djoudi devait donc répondre de quelque chose, la démentir, la prouver, la reconnaître, l’avouer ou simplement témoigner dans les affaires de dilapidation de l’argent de la collectivité nationale. « Karim Djoudi ?!? », s’interrogeaient et s’exclamaient en même temps hier certains de ceux qui l’avaient connu ou juste approcher. L’homme n’avait rien à voir avec la suffisance d’une grande partie des ministres du gouvernement de 2007 à 2014, période où il avait en mains le portefeuille des Finances. Djoudi était d’une discrétion étonnante et d’une humilité rare. Il parlait peu et rougissait même lorsque qui que ce soit l’abordait. Il baissait presque les yeux quand il prenait la parole. « Même Karim Djoudi ?!? », n’arrêtent pas de se dire ceux qui le connaissaient sous ce profil. Non, l’homme ne faisait pas semblant ?!? », soutiennent d’autres. L’on ne sait exactement pourquoi celui qui été l’argentier du pays pendant près de 7 ans est resté durant de si longues heures hier devant le juge enquêteur de la Cour suprême. Mais il est sûr qu’il constitue le logiciel de qui a fait quoi avec les ressources financières nationales, du poids de la fiscalité pétrolière et autres, des impôts, des dettes publiques externes et internes, des placements de bons du Trésor et de l’or de l’Algérie à l’extérieur, des actes de création de fonds souverains, des actifs du secteur public, des crédits octroyés, des remboursements, des liquidités au niveau des banques, des divers fonds et caisses, fonds des générations futures qu’Abdelatif Benachenhou avait créés, les budgets de toutes les institutions, dispositifs et autres comptes, d’aides financières, de multiples rallonges budgétaires… 

Cette «masse de chiffres alignés» de près de 30 ans… 

Il était le responsable de la gestion et de l’utilisation des finances publiques à travers son élaboration des lois de finances et des lois complémentaires. De quoi doit-il répondre devant le juge ? De dérogations pour ceux qui ne les méritaient pas ? De qui l’a instruit pour que les banques publiques accordent des crédits faramineux sans aucune garantie et qui n’ont jamais été remboursés ? » Les questions sont nombreuses mais les réponses sont diffuses. 

Interrogé sur l’éventualité de l’entrée en vigueur de la loi budgétaire, ce texte qui devait constituer un instrument législatif de contrôle des dépenses effectuées par le gouvernement, le ministre des Finances rétorquera que «la loi budgétaire ne changera rien à ce qui se fait actuellement, elle nous permettra seulement d’aligner des statistiques au niveau de chaque secteur ». Une telle loi, si beaucoup lui prêtent ainsi la vertu d’être un moyen efficace pour exiger des comptes du gouvernement, le ministre des Finances a affirmé qu’elle ne servira en fait qu’à dresser une comptabilité sous forme de nombreux chiffres sans pour autant expliquer la manière dont ont été utilisés les deniers de l’Etat. D’ailleurs, il reconnaîtra que dès que la loi entrera en vigueur, «on aura un rattrapage à faire en comptabilité sur une période de près de 30 ans, puisque la loi en question n’a pas servi depuis les années 80» (Depuis 1972, disent les experts). Karim Djoudi avouera que «ce sera une masse de chiffres alignés, pas plus». Ces propos, l’ex-ministre des Finances les a tenus devant des journalistes en mai 2010, à la fête de l’Europe où il représentait le gouvernement. Sa mise sous contrôle judiciaire et non sa mise en détention provisoire laisse penser qu’il devra être confronté aux ex-ministres et à d’autres responsables pour expliquer de quelle façon l’argent public est sorti des caisses de l’Etat pour servir des intérêts personnels. C’est peut-être de cette « comptabilité » que Djoudi devra répondre… 

Le ballet des gouvernants 

Hier, c’était un véritable ballet des ministres devant les juges enquêteurs et d’instruction. Amar Tou, Youcef Yousfi avec d’autres cadres du ministère de l’Industrie, le PDG du CPA, 52 cadres concernés par l’affaire du patron de Sovac sans compter Ouyahia. Abdelghani Hamel, l’ex-DGSN, était lui aussi hier devant le tribunal de Blida qu’il a quitté après quelques heures. En attendant Talaï, Ould Abbas, Barkat, Ghoul. Ceci avant que l’affaire Khalifa ne soit remise sur le tapis. Affaire qui entraînera des responsables de partis, de ministères, des agents du DRS, des médias, de la culture, des patrons entreprises et autres cadres. 

L’autre fait du jour, la fuite de Abdesselam Bouchouareb au Liban qui a rendu perplexe beaucoup de monde. L’information est sortie de milieux qui lui sont très proches. L’on s’interroge qu’est-ce qui a poussé Bouchouareb à choisir le Liban pour être «oublié» par l’Algérie. Bouchouareb a embarqué sur Paris dès qu’il a été limogé de son poste de ministre de l’Industrie et des Mines. Depuis, disent ceux qui le connaissent, il porte la barbe, un chapeau et des lunettes noires pour ne pas être reconnu. L’on pense ainsi que Bouchouareb s’est rendu au pays du cèdre à partir de la France. C’est l’évidence même quand on sait que beaucoup de responsables ont essayé avant lui de partir d’Alger vers des cieux qui les protègent mais se sont vu retirer leurs passeports et inscrits sur la liste des ISTN (interdiction de sortie du territoire national). Pourquoi le Liban ? Depuis qu’il a été limogé, Bouchouareb a toujours élu domicile à Paris. Il n’est pas homme à fréquenter le Moyen-Orient parce que de toute sa vie, il changeait d’air à Monte-Carlo, Nice, ces splendides contrées françaises et a fait de Paris sa résidence secondaire (première ?). L’on connaît avant lui, un homme politique algérien qui a préféré quitter l’Algérie pour s’installer à Beyrouth après qu’il eut abandonné son parti parce qu’il en voulait tellement au pouvoir. Il s’agit de Noureddine Boukrouh, l’ex-président du PRA. Connu pour être un pays d’affaires florissantes de tous gabarits, le Liban a dû intéresser Bouchouareb à son tour, pour joindre l’utile à l’agréable et continuer sur sa lancée familiale et professionnelle de faire dans le gain facile et juteux. 

par Ghania Oukazi

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5277903

Son incarcération a réjoui les manifestants : Ahmed Ouyahia, l’homme qui cristallise toutes les haines


Da Ouyahia, plastek f’El Harrach» (Ouyahia, votre place est à la prison d’El Harrach), «Goulou l’Ouyahia makache Europa, djibouh l’El Harrach yadrab essoupa» (Dites à Ouyahia pas d’Europe, ramenez-le à El Harrach se taper la soupe)… Depuis le début du soulèvement populaire du 22 février, il n’y a pas eu un seul vendredi, une seule manif’, sans que le nom d’Ahmed Ouyahia ne soit cité et conspué.

Et après les «Ouyahia dégage !» «Ouyahia himaroune», dès les premières vagues d’arrestations de personnages du sérail, sa tête était réclamée aux cris de «Ouyahia f’El Harrach». Plusieurs carrés de manifestants exigeaient, en effet, son arrestation, le présentant déjà sur nombre de pancartes en tenue de taulard. Depuis mercredi dernier, c’est chose faite. L’ex-Premier ministre – et c’est une première – a bien fini par rejoindre les illustres pensionnaires d’El Harrach que sont les Haddad, Tahkout, Kouninef… Avant d’être rejoint le lendemain par un autre Premier ministre, Abdelmalek Sellal en l’occurrence, ainsi qu’un autre ancien ministre : Amara Benyounès. Et c’est loin d’être fini, des poids lourds étant attendus dans les prochains jours.

Force est de le constater : l’incarcération d’Ahmed Ouyahia est celle qui a le plus réjoui les «hirakistes». Plusieurs manifestants hilares ont fêté cela à coups de pots de yaourt, à l’image de cette mère de famille qui défilait  près de la Grande-Poste une bouteille de yaourt à la main en lâchant à la hussarde : «Endjiboulek el yaourt» (Nous t’apporterons du yaourt en prison). Il faut rappeler aussi que la première fois qu’Ahmed Ouyahia devait être auditionné par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed, le 21 avril dernier, des cohortes de citoyens l’attendaient de pied ferme rue Abane Ramdane armés de pots de yaourt.

La longévité à risque d’un homme de paille

C’est un fait : de tous les hauts responsables, Ahmed Ouyahia restera la personnalité publique la plus détestée des Algériens. Le patron du RND traîne une réputation d’homme des«sales besognes», de serviteur zélé du système, de monstre froid, d’apparatchik sans cœur qui ne fait pas dans le sentiment. C’est l’archétype même du parfait exécutant «sans états d’âme»,  tout à la fois cynique, stoïque et loyal, ayant un étrange sens du devoir qui l’a souvent poussé à assumer les tâches les plus ingrates et endosser les mesures les plus impopulaire

s, même lorsque la responsabilité était objectivement partagée. Ouyahia n’a jamais hésité à tout prendre sur lui ; et même durant ses traversées du désert entre deux primatures, il n’a jamais pris la peine de se défendre, assumant crânement ses choix économiques et les dégâts collatéraux de sa politique antisociale.

Comme l’indique sa biographie officielle, que l’on peut toujours consulter sur le portail du Premier ministère, l’homme de 67 ans (il est né le 2 juillet 1952 à Bouadnane, en Kabylie) a été à la tête du gouvernement à cinq reprises, deux fois sous Zeroual et trois fois sous Bouteflika : décembre 1995-juin 1997,  juin 1997-décembre 1998,  mai 2003-mai 2006, juin 2008-septembre 2012, août 2017- mars 2019. En tout, il aura occupé le poste de Premier ministre pendant une douzaine d’années. Un record. Qui a ses revers, et c’est l’une des raisons, justement, de son impopularité, notamment sous Bouteflika, qui a la réputation d’utiliser ses hommes de paille comme «fusibles».

Dans la mémoire collective, à tort ou à raison, le nom d’Ahmed Ouyahia restera à jamais associé à l’affaire des cadres gestionnaires massivement incarcérés dans les années 1990 lorsqu’il était chef du gouvernement sous Zeroual, aux ponctions sur salaire, à la liquidation de centaines d’entreprises publiques, aux taxes sur les véhicules neufs ou encore l’instauration de la vignette automobile… Si bien que son nom est devenu fatalement synonyme  d’«austérité». «Tout le malheur du peuple algérien et son appauvrissement ont, à l’origine, cet homme politique qui a gouverné l’Algérie deux fois avec Zeroual et trois fois avec Bouteflika», résume un internaute.

«Il va goûter à la douleur des cadres incarcérés»

«Ma première pensée en apprenant son arrestation a été pour les cadres gestionnaires injustement jetés en prison. Qu’il goûte un peu à ce qu’ils ont enduré», réagissait un manifestant rencontré vendredi dernier. Récemment, à l’occasion de l’une des marches du vendredi, nous avons croisé une dame qui nous disait qu’elle était prête à tout pour empêcher Ouyahia de se porter candidat à la présidentielle.

Elle avait effectivement une dent contre lui et pour cause : «Ouyahia a détruit ma vie», assène-t-elle. Et de nous raconter comment son mari, informaticien, «a été l’une des toutes premières victimes d’Ouyahia dans les années 1990» durant la campagne d’incarcération des cadres. «Mon mari a été mis au chômage, on venait de commencer notre vie. On attendait notre premier enfant, j’étais à mon 4e mois de grossesse. Cette affaire nous a coûté très cher. Mon mari a fait une dépression. Il en a été tellement malade qu’il a eu des problèmes de santé, il a fait un diabète aigu, on a dû l’amputer des deux jambes. J’ai dû travailler pour élever mes deux enfants. Aujourd’hui, ils sont à la fac, hamdoullah, mais je ne suis pas près de pardonner à Ouyahia et ce gouvernement injuste.»

Des petites phrases qui passent mal

Une autre raison pour laquelle Ouyahia suscite autant de rancœurs au sein de l’opinion est le chapelet de petites phrases qu’on lui prête : «Le peuple n’est pas obligé de manger du yaourt», «Affame ton chien il te suivra», «En Syrie aussi, ça a commencé avec des roses», «Nous ne laisserons personne utiliser la rue, et je parle, ici, au nom de l’Etat. Nous maîtrisons la rue, et nous l’avons prouvé en 2014». Il faut dire que la réflexion abrupte sur la consommation du yaourt, présenté maladroitement comme un produit de luxe, est très mal passée à en juger par le nombre de manifestants qui ont paradé vendredi dernier avec ce dessert pour narguer Ouyahia. «L’image du pot de yaourt est simple et efficace, comme un message publicitaire, c’est pour ça qu’elle est aussi partagée», décrypte un spécialiste en communication publicitaire. «Il faut dire aussi qu’Ouyahia a fait beaucoup de dégâts, ce qui explique cette image défavorable qui lui colle à la peau.»

Ces petites phrases n’ont fait que conforter dans l’imagerie populaire l’impression d’avoir affaire à un homme de pouvoir arrogant, qui prend son peuple de haut. Sur le compte d’un Youtuber, qui a consacré une vidéo à Ouyahia et sa supposée déclaration «Affame ton chien, il te suivra», les commentaires sont sans appel et en disent long sur le ressentiment que nourrit le personnage.

Florilège : «C’est l’incarnation des malheurs de tous les Algériens ! Il nous a toujours ignorés», «Eh oui, il a traité le peuple de chien. Quelle arrogance !» «C’est un lâche qui méprise le peuple d’en bas». Dans les manifs, beaucoup tiennent également à lui rappeler que le caractère résolument pacifique du mouvement du 22 février incarné par le slogan «Silmiya !» a apporté un cinglant démenti à ses mises en garde  prédisant un sort à la syrienne si le peuple persistait dans son élan contestataire. «Ya Ouyahia, Dzaïr machi Souria» (Ouyahia, l’Algérie n’est pas la Syrie), entonnaient à plusieurs reprises les manifestants. Une pancarte repérée vendredi dernier disait à l’adresse du Premier ministre déchu : «Ouyahia on t’a prévenu, l’Algérie n’est pas la Syrie. Et on dit à Gaïd : l’Algérie n’est pas l’Egypte».

«Un sentiment antikabyle»

Pour terminer, il convient de noter que ce traitement réservé à Ahmed Ouyahia est considéré par certains nomme l’expression d’un «sentiment antikabyle primaire». «Le pouvoir a livré Ouyahia en pâture parce qu’il n’aime pas les Kabyles», estime Mehdi, 31 ans, commerçant de son état, rencontré hier à la place des Martyrs. Mehdi arborait un t-shirt à l’effigie de Lounès Matoub. L’occasion de rappeler que Matoub n’hésitait pas à s’en prendre dans ses chansons à l’enfant de Bouadnane et à «lekvayel ne’service», les «Kabyles de service» (communément appelés KDS).

Sur une image détournée qui a fait florès, Ouyahia est qualifié de «Miss Lahram». «Il faut dire aussi qu’Ouyahia est le seul qui tenait un discours de vérité. Il ne faisait pas dans le populisme», tempère un confrère qui se dit «contre les tribunaux populaires et la justice médiatique». «Je ne défends pas Ouyahia mais la vérité doit être dite : Boutef a tout fait pour casser Ouyahia et tout lui mettre sur le dos. Dans l’affaire des cadres gestionnaires, il n’était pas le seul à décider. Zeroual, Betchine et Adami en partagent tout autant la responsabilité. Les ponctions sur salaire, c’est parce que les caisses de l’Etat étaient vides. Le baril était à 10 dollars. Ouyahia a toujours dénoncé le terrorisme, il était qualifié d’éradicateur et il n’avait pas les faveurs des islamistes. C’est pour cela aussi qu’il est détesté. Son seul tort est d’avoir tout pris stoïquement sur lui et n’avoir jamais parlé pour rétablir les responsabilités

Il aura été, sa vie durant, le parfait paratonnerre du système…

MUSTAPHA BENFODIL

https://www.elwatan.com/edition/actualite/son-incarceration-a-rejoui-les-manifestants-ahmed-ouyahia-lhomme-qui-cristallise-toutes-les-haines-17-06-2019

Enquête liée à des affaires de corruption: Djoudi et Tou sous contrôle judiciaire


Les anciens ministres des Finances et des transports, Karim Djoudi et Amar Tou, ont été placés, hier, sous contrôle judiciaire par le juge d’instruction près la Cour suprême après son audition dans le cadre d’une enquête liée à des affaires de corruption. Ils comparaissaient pour être entendus à propos d’affaires concernant la dilapidation de derniers publics, d’abus de fonction et d’octroi d’indus privilèges. Quelques jours plus tôt, l’ex-ministre des Travaux publics Abdelghani Zaâlane avait été également placé sous contrôle judiciaire après avoir été auditionné dans des affaires liées à la corruption et ses deux passeports (ordinaire et diplomatique) lui ont été retirés. La Cour suprême avait ordonné, la semaine dernière, le placement des deux anciens Premier ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ainsi que l’ancien ministre du Commerce et des Travaux publics, Amara Benyounes, en détention provisoire à la prison d’El Harrach pour les mêmes chefs d’accusation. L’ex-wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, et celui d’El Bayadh devraient eux être entendus aujourd’hui. 

Pour rappel et en application des dispositions de l’article 573 du Code de procédure pénale, le parquet général près la Cour d’Alger avait transmis au procureur général près la Cour suprême, le dossier d’enquête préliminaire instruite par la police judiciaire de la Gendarmerie nationale d’Alger, pour des faits à caractère pénal, à l’encontre des ex-Premiers ministres Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, des anciens ministres Abdelghani Zaâlane, Amar Tou, Boudjemaa Talaï, Amar Ghoul, Abdelkader Bouazgui, Karim Djoudi, Abdesslam Bouchouareb et des ex-walis, notamment Zoukh et Mohamed Djamel Khanfar. 

En outre, on évoque l’émission d’un mandat d’arrêt international à l’encontre de l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, qui se trouverait actuellement au Liban. Pour l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil, son dossier a été transmis à la cour suprême. Par ailleurs, le SG du RND, actuellement en prison dans le cadre d’une autre affaire, a été présenté, hier, en compagnie des frères Oulmi, Mourad et Kheider, devant le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed pour des affaires concernant des soupçons de corruption et de transfert illicite de devises à l’étranger. 

Le patron du groupe Sovac a été arrêté, jeudi dernier, par la brigade de la Gendarmerie nationale de Bab Jdid. 52 cadres du groupe étaient aussi auditionnés par le procureur dans le cadre de la même affaire. Comme les Kouninef, Tahkout et Haddad, les frères Oulmi entraînent plusieurs hauts responsables avec eux. Il s’agit principalement de l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, l’ex-ministre de l’Industrie Youcef Yousfi et l’ex-directeur général du Crédit populaire algérien (CPA). 

par Moncef Wafi

http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5277902

Venezuela : les faits, rien que les faits


Le 5 octobre 1971, le président Richard Nixon lança à son secrétaire d’Etat, Henry Kissinger : « j’ai décidé de virer Allende, ce fils de pute ». Admirez l’élégance du langage. Nixon poursuit : « nous ne devons pas laisser l’Amérique latine penser qu’elle peut emprunter un autre chemin sans en subir les conséquences ». Et d’ajouter : « faites-moi hurler l’économie » (chilienne)

La guerre économique contre le régime d’Unité populaire fut impitoyable. Ces propos ont fait depuis mille fois le tour du monde, mais « l’oubli » des crimes et méfaits de l’impérialisme reste une maladie répandue.

Aujourd’hui, les Etats-Unis voudraient que Cuba, la source, l’inspiratrice, et ceux qui suivent son exemple, comme le Venezuela bolivarien, subissent le même sort que le Chili de Salvador Allende. Il s’agit de contextualiser, situer, étudier, l’affrontement de classe et ses acteurs . Les médias dominants voudraient nous empêcher de soulever la chape du mensonge, de la manipulation.

Je reste solidaire du chavisme, parce que depuis la « Baie des cochons » (1961), le renversement de Jacobo Arbenz (1954), le septembre chilien (1973), ceux qui campent sur le trottoir d’en face n’ont pas changé ; ils ont martyrisé le Chili, le Nicaragua, le Salvador, le Guatemala, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay, le Honduras.

CHAVEZ S’EN VA

Le 5 mars 2013, après avoir mené une bataille difficile contre la maladie, le président Hugo Chavez décède. Cette mort, inconcevable, traumatise un peuple et un continent. « Uh, ah, Chavez no se va ! ». Chavez ne pouvait pas s’en aller. Force et fragilité du processus révolutionnaire.

Les classes dominantes, instrumentalisées par Washington, décident d’empêcher à tout prix son successeur, Nicolas Maduro, de gouverner… Que les pauvres restent à leur place ! Bien qu’élu démocratiquement, donc légitime, Nicolas Maduro incarne le continuisme chaviste et « n’est que » prolétaire, donc incompétent !

Les putschistes ressortent les vieux clichés : « plus jamais un nouveau Cuba », la « dictature » s’installe. L’histoire bégaie. Comme le démontre le chercheur Romain Migus, dans ses productions récentes, « la guerre a déjà commencé ». Donald Trump doit crier quotidiennement à son Pompeo de Secrétaire d’Etat. : « Fais-moi hurler l’économie vénézuélienne ! » Donald Trump l’a dit et répété : « Toutes les options sont sur la table », y compris l’option militaire.

D.Trump mène une guerre multiforme, aux multiples fronts, simultanés : mesures coercitives unilatérales (sanctions, embargo commercial), illégales selon le droit international, menaces, sabotages industriels, attentats, pénuries organisées, attaques contre la monnaie (le « bolivar »), strangulation de l’économie, commandos terroristes, provocations aux frontières.

VENEZUELA. La réalité du terrain.

La conjugaison de toutes les formes d’agressions, censée étouffer de l’intérieur le Venezuela chaviste, provoque des tentatives de coup d’Etat militaire.

Chavez, le 4 février 1992, s’érigeait, lors de son « golpe » bolivarien et raté, en « voix du peuple ». Chacun a alors encore en mémoire le « caracazo » ; le président social-démocrate Carlos Andrés Pérez, confronté à des émeutes populaires contre la politique du FMI, appelée « ajustements structurels », fit tirer dans le tas. Bilan : des centaines, pour certains analystes, des milliers de morts parmi les plus pauvres, le peuple des « ranchitos » (quartiers déshérités), fin février 1989. « L’opposition » (de l’ex-social démocratie à l’ultra-droite), depuis 2014 et sans discontinuer depuis, hégémonisée par l’extrême droite, mène une stratégie séditieuse.

Pourquoi remettre en cause aujourd’hui l’élection incontestable du président Maduro lors d’une présidentielle boycottée par une partie d’une opposition très divisée ? Chavez, lui, gouverna en se réclamant d’abord de la « troisième voie » blairiste, mais les conditions et formes de la lutte des classes ainsi que l’ingérence impérialiste, (aujourd’hui frontale), l’influence de Cuba, amenèrent le leader, né parmi les pauvres, à se politiser rapidement, vers l’émancipation sociale et nationale : « le socialisme du 21ème siècle », « la révolution », une sémantique plutôt reléguée en « occident ». A Paris, on appelle « populisme » tout mouvement qui échappe aux moules européens. Chavez devient une sorte d’éclaireur, un leader multiple, un formidable levain. Un Chavez-peuple, quasi christique. Je me souviens de ce 4 octobre où sous des trombes d’eau il prononçait ce qui fut son dernier discours public, chantant, dansant avec « son » peuple.

Cette même opposition « démocratique », a tenté plusieurs coups d’Etat, dont celui du 11 avril 2002. Chavez fut séquestré par des factieux qui élirent aussitôt comme président le leader du MEDEF local : Fedecámaras.

Une guerre non déclarée qui veut faire souffrir le peuple pour renverser le régime

Libéré par le peuple, lors du coup d’Etat, Chavez accélère… la révolution chaviste se radicalise. Des millions d’exclus deviennent enfin « visibles », la santé et l’éducation, désormais gratuites, progressent comme jamais, la réforme agraire avance, les travailleurs, les paysans, le peuple des « ranchitos » s’auto-organisent. Voilà ce qui insupporte Washington, que Chavez n’hésite pas à envoyer bouler. Sa dernière apparition publique, à la télévision, fut un ultime appel à créer partout des « communes socialistes ». Comment donc nier le rôle historique de Chavez, de Castro, dans les révolutions cubaine et vénézuélienne ? « Populistes » s’égosille la bien-pensance. Les populistes sont ceux qui renient leurs promesses, qui s’érigent en monarques jupitériens tout puissants, reléguant le peuple. Rarement un homme politique aura été aussi attaqué, insulté, opine Ignacio Ramonet.

Les faits , opiniâtres faits

Aux opinions, politiciennes et biaisées, il faut systématiquement opposer les faits. Toutes discussions ou débats sur le pays caribéen doit nécessairement passer par une analyse des mesures de rétorsion contre l’économie du Venezuela.

Après, seulement après, on peut parler de l’effectivité ou pas des politiques du gouvernement de Nicolas Maduro, des options économiques, ou des conséquences sociales de la situation actuelle. Cette opinion, partagée par R. Migus et M. Lemoine, porte en elle la seule approche honnête.

Je reprends la chronologie des sanctions économiques contre le Venezuela établie depuis 2014 par Romain Migus, spécialiste du Venezuela, et longuement enrichie depuis.

22 janvier 2010 : l’Institut d’études géologiques des Etats-Unis annonce que la bande pétrolifère de l’Orénoque peut compter sur 513 milliards de barils de pétrole, soit le double des estimations les plus sérieuses. Le Venezuela est le pays au monde qui a le plus de réserves de pétrole. Tiens, tiens…

Alors, partons de quelques idées toutes simples :

Qui impose le blocus ? A qui ? Pourquoi ? Les Etats Unis et leurs fans clubs tentent de faire croire qu’il ne s’agit que de sanctions « ciblées ». Or, c’est tout le peuple qui se trouve visé.

Pourquoi affamer tout un peuple ? Depuis 1998, le Venezuela s’est écarté du droit chemin libéral. Il doit être puni.

14 avril 2013 Maduro est réélu président de la République. L’opposition « prend la rue ». Résultat : 42 morts. La tentative putschiste échoue et une nouvelle stratégie mise en place.

En décembre 2014, le Congrès des Etats-Unis approuve loi 113-278, « loi publique de défense des Droits de l’Homme et de la Société civile au Venezuela ». La loi permet de prendre mesures unilatérales coercitives contre le Venezuela. Washington conseille de travailler dans ce sens avec l’OEA et l’Union européenne.

Janvier 2015, l’agence étatsunienne d’évaluation des « risques pays » baisse la note du Venezuela, afin de compromettre réputation financière de ce pays… Tout cela restreint l’accès aux financements internationaux.

Mars 2015 : rebelote ! 3 agences de notation lancent des alertes sur un prétendu défaut de paiement du Venezuela.

Le 8 mars 2015, Barak Obama signe l’ordre exécutif 13692. Il déclare : le Venezuela « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique extérieure des Etats-Unis ».

En juin 2015, la Coface entité financière française qualifie le « risque pays » du Venezuela comme le plus élevé d’Amérique latine. Le but : y tarir les sources d’investissements.

le 28 octobre 2015, le général John Kelly commandant de l’United States Southern Command déclare que les Etats-Unis interviendront au Venezuela en cas de crise humanitaire

Avril 2016, le blocus financier, la strangulation, commence

Avril 2016 rapport du FMI sur la « catastrophe économique » du Venezuela. Il légitime les actions de guerre économique menées par FEDECAMARAS, le patronat vénézuélien.

mai 2016 : l’Assemblée Nationale (l’opposition y est majoritaire) vote une loi qui annule tous les contrats pétroliers, les investissements internationaux et l’émission de dette. Elle prétend assécher toute injection d’argent frais dans l’économie du pays

En juillet 2016, la banque étasunienne Citibank interdit à son réseau d’intermédiaires bancaires du Wolsberg Group (qui regroupe Banco Santander, Crédit suisse, etc.) de traiter avec le régime.

En août 2016 : la fermeture unilatérale des comptes d’administration oblige le Venezuela à opérer à partir d’autres monnaies alors que la plupart des devises résultant de la vente du pétrole sont en dollars. Les pertes dues aux nouveaux coûts de transaction, de change, etc., s’avèrent très lourds. Deutsche Bank ; Goldman Schahs et JP Morgan Chase ne peuvent plus opérer des transactions avec les institutions vénézuéliennes, dont la Banque centrale du Venezuela.

En mai 2017, Julio Borges, président de l’Assemblée Nationale, se réunit avec le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison blanche, le général H.R. Mac Master, pour coordonner les sanctions financières et économiques

24 août 2017, le président Trump signe l’ordre exécutif 13808 intitulé « Imposition de sanctions additionnelles à propos de la situation au Venezuela ». Ce décret interdit toute une série de transactions avec l’État vénézuélien et notamment avec PDVSA et toutes les entités détenues par l’Etat vénézuélien. Une liste de restrictions des opérations financières est établie.

Le décret 13808 vise à systématiser les attaques contre les entreprises publiques et les opérations commerciales et financières de Etat vénézuélien afin de déstructurer le pays, et de précipiter l’effondrement.

L’ancien ambassadeur des Etats-Unis au Venezuela et en Colombie, William Bownfield, déclare : « la meilleure résolution est de précipiter l’effondrement du gouvernement vénézuélien même si cela implique des mois et des années de souffrance pour les Vénézuéliens »

13.11.2017 : L’Union Européenne interdit la vente de matériel de défense ou de sécurité intérieure au Venezuela

15 11 2017 : La Deutsche Bank, principal intermédiaire de la Banque centrale du Venezuela, ferme définitivement ses comptes, mettant en danger toute les opérations bancaires

décembre 2017 : le Ministère des Transports a constaté que 471 000 pneus, achetés à l’étranger, n’ont pu être expédiés en raison du blocus financier

29 01 2018 : Le Département du trésor des Etats-Unis affirme : « la campagne de pressions contre le Venezuela porte ses fruits (…) nous pouvons assister (…) à un effondrement économique total » . «  Notre stratégie fonctionne et nous la maintiendrons  ».

02 03 2018 : les Etats-Unis renouvellent pour un an les décrets 13692 (Obama)° et 13808 (Trump). Ils mettent en œuvre des mesures coercitives pour attaquer la stabilité financière du Venezuela.

19 03 2018 : le président Trump signe l’ordre exécutif 13827 qui interdit à tout citoyen ou institution d’effectuer des transactions financières avec la monnaie nouvelle, le « pétro ». Le décret exécutif du 25 août 2017 promeut l’asphyxie financière de Caracas.

mai 2018 : 9 millions de dollars de l’Etat vénézuélien sont « gelés » ; ils étaient destinés à des patients subissant des dialyses (20 000 affectés).

25 06 2018 : Le Conseil européen adopte la décision 2018/901 sanctionnant des membres de l’administration vénézuélienne.

01.11. 2018 : le président Trump signe un nouveau décret autorisant le Département du trésor à confisquer des propriétés à des opérateurs du secteur aurifère. Il s’agit d’empêcher la récupération, par l’Etat vénézuélien, du Bassin minier de l’Orénoque, 4e réserve d’or au monde.

28.01.2019 : Les Etats-Unis décident un gel des actifs de PDVSA pour un montant de 7 milliards de dollars. L’usurpateur Guaido annonce le gel de tous les actifs de son pays à l’étranger. La compagnie d’aviation espagnole Iberia refuse d’acheminer au Venezuela 200 000 boîtes de médicaments destinés à soigner des maladies chroniques.

Le 23.03 2019 : Washington propose des nouvelles sanctions. Le conseiller trumpiste à la sécurité, John Bolton, déclare : ce que nous faisons, c’est comme Dark Vador dans « La Guerre des étoiles », qui étrangle quelqu’un. C’est exactement ce que nous sommes en train de faire ».

« Bien réelle, la corruption, endémique, participe de l’anarchie dans la distribution des biens essentiels et du pillage de l’Etat. Encore convient-il de ne pas en faire l’alpha et l’oméga de la crise imputée par définition à feu Chavez ou au président Maduro ». (LEMOINE, Maurice, « Venezuela. Chronique d’une déstabilisation », éd. Le Temps des cerises, Montreuil, 2019, p. 340). Cette opinion de Maurice Lemoine, longtemps journaliste au « Monde Diplomatique », qui travaille depuis 1973 sur l’Amérique latine, montre que l’on peut être solidaire et rigoureux. Maurice Lemoine allie le travail de terrain et l’analyse en toute lucidité dans ses articles et reportages. Ces derniers s’inscrivent le plus souvent contre les productions dominantes sur le Venezuela. Est-il mieux informé que ses collègues ? Je ne le crois pas. Il pratique simplement l’étude des faits, sur place, et confronte les points de vue. Avec rigueur, honnêteté.

Trump : l’obsession vénézuélienne

22 mai 2018 : Trump signe un nouveau décret président qui renforce l’embargo , au mépris du droit international ; il reconnaît Guaido comme seul président « légitime ». En fait, une marionnette nommée par Trump, au mépris du droit international, (Guaido « s’autoproclame » « président » le 23 janvier 2019). Depuis, dans une situation toujours explosive, le président Maduro continue à plaider pour la négociation . Est-elle possible ?

« Le degré d’hostilité a désormais atteint un niveau qui semble exclure toute véritable conciliation »(Lemoine, Maurice, op. cit., p. 371)

La bataille principale reste la construction du « pouvoir populaire », l’accélération du projet socialiste (50 000 conseils communaux et 3 000 communes).

L’objectif affiché à la mort de Chavez insiste sur la Réforme Agraire (distribuer deux millions d’hectares de terre à 500 000 paysans).

Les « chiens de garde » visent à gagner la bataille de l’opinion, fût-ce au prix du mensonge. Les donneurs de leçons sous-estiment tout ce contexte.

Les faits, rien que les faits.

Jean ORTIZ, 13 juin 2019

URL de cet article 35038 
https://www.legrandsoir.info/venezuela-les-faits-rien-que-les-faits.html