1 700 blessés: la France contre la France?


Au moins 1 700 manifestants ont été blessés depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes. Certains ont perdu un œil ou une main, sans bénéficier de mots de soutien de l’exécutif. Des affiches choc visant à alerter l’opinion sont apparues à Bordeaux, rapporte l’agence russe RT.

Emmanuel Macron la bouche ensanglantée, Christophe Castaner et Marlène Schiappa éborgnés, ou encore Édouard Philippe le visage rouge de sang : des affiches choc sont apparues, collées par-dessus des panneaux publicitaires, notamment à Bordeaux. L’objectif ? Sensibiliser l’opinion publique aux blessures, parfois lourdes, subies par des Gilets Jaunes lors des manifestations qui se succèdent depuis plusieurs semaines aux quatre coins de la France.

Des photographies des affiches, dont on ignore qui a lancé l’initiative, ont rapidement inondé les réseaux sociaux, notamment Twitter, où ils ont été abondamment partagés, et notamment repris par le journaliste de Libération Vincent Glad.

Sous les visages faussement mutilés des membres du gouvernement, des légendes dressent le parallèle avec des cas réels de manifestants blessés, notamment par des tirs de lanceurs de balle de défense (LBD40) de la police lors des différents actes du mouvement. « Fiorina, mutilée le 08/12/2018 par un tir de flashball », peut-on notamment lire en référence à une jeune étudiante picarde de 20 ans qui avait perdu l’usage de son œil gauche lors d’un rassemblement des Gilets Jaunes à Paris.

Membres arrachés, os fracturés, plaies à la tête : au moins 82 blessés graves

Depuis le début du mouvement de contestation le 17 novembre, 11 personnes ont perdu la vie en lien avec des actions des Gilets Jaunes, selon les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur. La grande majorité de ces victimes ont été renversées près de ronds-points, épicentres de la contestation des manifestants, dont l’objet s’est étendu du prix du carburant à d’autres revendications, comme l’organisation d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC).

L’une des personnes décédées, Zineb Romdhane, octogénaire algérienne de Marseille, a été heurtée par une grenade lacrymogène tandis qu’elle fermait ses volets lors d’une manifestation.

Toujours selon le ministère, le bilan (avant l’acte IX du mouvement) serait en outre de 1 700 blessés parmi les manifestants, contre environ un millier chez les forces de l’ordre.

Alors que les images des blessures occasionnées lors des manifestations qui inondent les réseaux sociaux peuvent dans certains cas être difficilement authentifiables, le journaliste de Libération Jacques Pezet a pour sa part décompté le nombre de blessés graves parmi les manifestants qu’il a pu identifier avec certitude : 82. Parmi les blessures graves, le journaliste a retenu les « membres arrachés, les organes ayant perdu leur fonction principale, les os fracturés, les pieds et jambes incrustés de bouts de grenades, les brûlures graves, mais aussi toutes plaies ouvertes au niveau de la tête ».

Des chiffres qui ne prennent pas en compte les autres blessés graves dénombrés lors de l’acte IX des Gilets Jaunes le 12 janvier. Ceux-ci seraient au moins cinq, selon le journaliste David Dufresne, qui répertorie les cas de violences policières présumées sur Twitter depuis le début du mouvement.

Notons que la présence des femmes a été notable le 12 janvier. Pour le deuxième dimanche consécutif, des femmes en gilet jaune ont battu le pavé de différentes villes de France. Au Mans, où elles étaient 300, elles dénonçaient les violences et appelaient à la « démission de Macron et de son gouvernement ».

*

Gilets jaunes : des affiches-choc pour dénoncer les responsables des mutilations sur le peuple

Au cours de ce samedi 12 janvier, on a vu fleurir dans la capitale et dans de grandes villes de France des affiches-chocs, vraisemblablement issues de Gilets jaunes.

On y voit les portraits amochés des voyous brutaux Macron, Philippe, Castaner et Schiappa, avec la mâchoire et le nez fracassés, ou les yeux pochés.

Avec ces photomontages, ces quatre responsables directs (par leurs aboiements et consignes directes) des exactions contre les Gilets jaunes ressemblent exactement à leurs victimes, mutilées à vie et de façon hélas bien réelle.

Selon l’affreux décompte d’un site spécialisé, les Gilets jaunes qui ont été tués ou mutilés à vie sont – à la date du 5 janvier 2019 :

– 1 personne a été tuée (grenade lacrymogène) ;

– 4 personnes ont eu la main arrachée (par des grenades GLI F4, interdites pour assurer le maintien de l’ordre dans les démocraties occidentales ) ;

– 15 personnes ont été éborgnées (par des balles de LBD 40 visées sciemment le visage) ;

– 1 personne a perdu définitivement l’audition (par l’explosion d’une grenade)

Contre-Info

– Source : Pars Today (Iran)

http://www.zejournal.mobi/index.php/news/show_detail/16680

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Le gouvernement français prend des mesures pour imposer un État policier en réponse aux Gilets Jaunes


Taguer l’Arc de Triomphe, fracasser le visage de la statue de Marianne, symbole de l’État français, et détruire des propriétés privées le long des Champs-Élysées seront considérés comme des incidents mineurs si les Gilets Jaunes mènent à bien leur projet  – une action organisée contre les banques.

Selon l’activiste Tahz San, l’objectif de la dernière manifestation est de « faire prendre peur à l’État (français), en toute légalité, sans violence, mais plus efficacement ».

Selon l’Associated Press, les militants Gilets Jaunes « espèrent que cette action forcera le gouvernement à écouter leurs revendications, notamment leur appel à une démocratie plus directe grâce à la mise en place de referendums populaires permettant aux citoyens de proposer de nouvelles lois ».

Au lieu d’écouter les revendications d’une majorité des Français (les sondages indiquent un soutien d’environ 80% au mouvement), l’État déploie les forces armées et envisage d’adopter une loi draconienne criminalisant les manifestations organisées.

« Mardi, selon la BBC, sur la chaîne de télévision française TF1, le Premier ministre Edouard Philippe a déclaré que le gouvernement soutiendrait « une nouvelle loi punissant ceux qui ne respectent pas l’obligation de déclarer à l’avance toute manifestation, ceux qui participent à des manifestations non autorisées et ceux qui se rendent à des manifestations en portant une cagoule ou un masque ».

En outre, l’État français interdira aux militants – qualifiés de « fauteurs de troubles identifiés » – de participer à des manifestations. Pour faciliter l’identification et la mise à l’écart de ces militants, le gouvernement interdira également les masques et cagoules.

Selon Bloomberg: « Les manifestants qui auront pris part à des manifestations non déclarées ou qui porteront des masques seront sanctionnés plus sévèrement, et ils seront tenus de payer pour les dégâts causés », a déclaré Philippe à la télévision française TF1. « Plus de 80 000 policiers seront mobilisés dans le pays pour une nouvelle série de manifestations samedi prochain, a-t-il ajouté ».

Le ministre du Budget, Gerald Darmanin, a exhorté l’État à faire preuve d’une extrême sévérité à l’encontre des citoyens français qui refusent d’être tondus [par les impôts] et ignorés.

Pour un ancien ministre français, la seule riposte appropriée de l’État est le meurtre. Luc Ferry a appelé la police à tirer et à tuer les manifestants qui l’attaqueraient.

La violence et le meurtre sont un réflexe naturel de l’État lorsque son autorité est mise en cause et lorsque que d’autres tactiques, comme par exemple la diabolisation des manifestants qualifiés d’extrémistes de droite ou de gauche, ne parviennent pas à mettre fin aux manifestations.

Seul un État policier pourra décourager de nouvelles manifestations. Le gouvernement français a beaucoup d’expérience dans ce domaine: il a déclaré l’état d’urgence à plusieurs reprises, notamment en 2015 après une série d’attaques terroristes à Paris. Une première fois, en 1955, la France a instauré l’état d’urgence pendant la guerre d’Algérie. La loi a permis des arrestations à domicile, la mise en place de la censure, des perquisitions, l’instauration du couvre-feu, des restrictions aux rassemblements publics et l’interdiction d’entrer dans certaines zones.

Interdire les manifestations, arrêter les militants, voire les assassiner, ne mettra pas fin au mouvement des Gilets Jaunes.

L’élite française souffre apparemment d’amnésie. Dans les années 1700, le citoyen français moyen dépensait la moitié de son salaire en pain, ce qui conduisit à des émeutes meurtrières et finalement à la chute de la Bastille. La classe dirigeante française et la monarchie durent affronter la guillotine en réponse à leur négligence et à leur comportement de parasites.

Traduction La Gazette du Citoyen
– Source : Global Research (Canada)

http://www.zejournal.mobi/index.php/news/show_detail/16696

LETTRE OUVERTE ADRESSÉE A MONSIEUR LE GÉNÉRAL MAJOR GAID SALAH.


  Jan.2019

Mon général.

Citoyen Algérien, amoureux fou de son pays, dépourvu de réserves, vous adresse cette ultime requête afin de faire appel à votre haute bienfaisance,  à votre compréhension, à votre bon sens et à votre sagesse pour mettre fin à une situation qui perdure depuis l’indépendance de notre pays.

La situation dans laquelle se retrouve mon pays aujourd’hui,  ne peut s’expliquer et se résumer que par l’usurpation du pouvoir que l’armée des frontières a confisqué en 1962. Depuis, cette entité s’est toujours  octroyé  des droits et des décisions sur le politique, l’économique  et le civil.  Tous les présidents ont été désignés et imposés par l’armée. Nous le savons tous. Continuer sur cette voie, c’est enterrer vivant le pays tout entier.

Cette vérité me renvoie vers vous, général major, suprême autorité  des armées, vice-ministre  et garant de toutes les constitutions. Je sollicite vote haute bienveillance de bien vouloir  désengager  l’armée de la vie politique et de remettre la gouvernance de notre pays au peuple parmi lequel des élites compétentes, instruites et honnêtes ont été formées et immergées depuis cinq décennies pour nous sortir de ce traquenard d’usurpation que certains s’apprêtent encore à répéter par la force des choses sous votre protection et couverture.

On ne peut pas asseoir un état et un pouvoir et contre-pouvoirs sans le consentement du peuple. Ce peuple est partie prenante pour bâtir un pays et asseoir une démocratie. Aujourd’hui, il est légitime qu’il crie sa colère. L’Algérie de 2019 n’est plus celle de 1962. La génération post indépendance a cinquante-cinq ans. Elle est instruite, cultivée, ouverte sur le monde, orientée vers l’avenir et refuse de continuer à regarder derrière pour avancer. Elle ne veut plus écouter ni participer à vos querelles, comme les vôtres n’ont pas été auditives, sensibles et solidaires  à leurs souffrances.

Le pays n’a jamais connu autant  de honte, de répugnance et de vomis  que sous le règne du président Boutéflika.  L’Algérie n’a de forme que le nom de RADP mais le fond a été réduit à une poubelle où se trouve toute sorte de déchets. Qu’avez-vous fait de grandiose pour mériter des droits et des honneurs?

Cette armée qui a main mise sur tout ce qui bouge en Algérie ne doit pas s’immiscer dans les affaires politiques et économiques du pays. L’armée n’est pas l’Etat. Ce n’est qu’une composante. Si les généraux en retraite ont un droit de réserve sur le politique  ils doivent l’avoir aussi sur les affaires du pays. Comment expliquer que derrière toute institution ou entreprise de l’état se trouve, directement ou indirectement impliqué,  un militaire, un parent de militaire, des enfants de généraux. Le rôle de l’armée est de veiller à la souveraineté d’un pays en préservant son territoire et son peuple et non le contraire.

Aujourd’hui, vous êtes le général major et vice-ministre de l’armée, il vous incombe de rectifier une grosse erreur commise en 1962 par l’armée des frontières. La souveraineté de ce pays reviendra au peuple d’une manière ou d’une autre.  Un tsunami déferlera sur tout le pays. A dieu ne plaise.
Quand la voyoucratie, la médiocratie, le mensonge, la corruption et le déshonneur deviennent une norme de gouvernance par les armes, la vérité reviendra au peuple.

La Voix du Peuple. 

http://lequotidienalgerie.org/2019/01/16/lettre-ouverte-adressee-a-monsieur-le-general-major-gaid-salah/

MOULOUD HAMROUCHE, UNE ÉNIGME ALGÉRIENNE !


» Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde. » Albert Camus

L’Algérie est parmi les rares pays au monde où un ancien haut fonctionnaire occupe un espace médiatique aussi important après chaque article de presse publié ! Pourquoi ? Je crois que le personnage qu’il incarne fascine plus qu’autre chose. Il intéresse notamment la classe politique et les journalistes. Le peuple ne croit plus en ces hommes du Système, anciens comme nouveaux. La jeunesse ne le connaît pas. Certains pensent même qu’il était membre fondateur du FLN ; pour dire à quel point il mérite, tout comme le FLN, une place au musée d’El Moudjahid.

Il faut rappeler, quand-même, qu’il ait été, de septembre 1989 à juin 1991, Chef du gouvernement. Il fut également le chef du protocole sous le dictateur Houari BoumédièneD’ailleurs, il n’a pas pu s’en empêcher de lui rendre hommage dans sa dernière contribution !

Cela dit, est-ce qu’il a fait de grandes choses pour l’Algérie ? Objectivement, c’est difficile à dire. Au fait, les versions disent la chose et son contraire… Pour l’histoire, il a essayé de changer le dilemme dans lequel était ancré le Système. Mais il n’avait aucun pouvoir, même s’il en avait l’illusion avant de se rendre compte devant des militaires, qui ne juraient que par la Violence. En schématisant, c’était comme si tu demandes à un homme aveugle et sourd de surveiller ton bétail ! La suite, on la connaît !

Après 1991, il a fait quoi ? Une question légitime que se posent les Algériens. Est-ce qu’il a publié des livres afin de partager son savoir et son expérience ? Donne-t-il des cours à nos étudiants ? Il a occupé d’autres responsabilités pour faire rayonner la culture algérienne ? Au fait, il y a plusieurs fonctions qui permettent de travailler pour le bien de l’Algérie sans pour autant être politique du premier rang !

Mais dans le cas de Hamrouche, pas la moindre trace ! En effet, sur Google, les résultats de la requête « Mouloud Hamrouche » se limitent à deux portraits limités et de nombreux articles dans plusieurs journaux…

Cependant, il a l’outrecuidance de nous faire signe à chaque élection présidentielle, pour partager son avis ! Comme à chaque sortie, cela n’apporte rien. Il utilise un langage savant qui ne parle pas aux petites gens. Des concepts fourre-tout qui restent toujours abstraits. Mais notre « élite », à défaut de produire des idées, les interprète selon ses désirs…

A chacune de ses sorties journalistiques, les éditorialistes nous expliquaient : «il voulait nous dire qu’il serait le candidat si et si… » En fait, il lui suffit de publier un seul article et on trouve après des centaines d’articles qui essaient de lire entre les lignes. On parle même des non-dits de M. Hamrouche. Il arrive même qu’on lui reproche de ne pas dire ce qu’il aurait dû dire ! De deux choses l’une : ou ils nous prennent pour des imbéciles incapables de comprendre sans leurs aides ; ou ils n’ont pas d’analyses qui leurs sont propres.

A propos, à qui s’adresse M. Hamrouche dans ses exercices intellectuels ? Au gouvernement peut-être, car il essaie plutôt d’impressionner ses lecteurs et non pas de les éclairer. Mais le lecteur lambda a surtout l’impression qu’il parlait d’un autre pays que l’Algérie. Les habitués de la philosophie politique savent que c’est de la théorie, voire de l’introduction à la science politique.

Mouloud Hamrouche parle surtout aux partis d’opposition. D’ailleurs, ces partis n’ont d’opposition que le nom. Ils ne proposent rien en terme d’idées et de projets de société. Ils attendent l’action du Pouvoir pour en déduire leur contre action. Ils sont sur la défensive, voire défaitistes. Quand on écoute le discours des uns et des autres, on comprend cette méfiance du peuple. On ressent un vide abyssal où la rhétorique prime sur le concret et le réel. J’ai déjà analysé l’apport des partis politiques en Algérie où j’ai démontré, j’espère avoir réussi, qu’ils sont inutiles, voire nocifs.

Cela dit, M. Hamrouche est juste le symptôme. S’il utilise souvent ce procédé, c’est parce qu’il sait bien qu’il y a du vide en face. Les politiciens, du moins ce qu’on voit en ce moment, n’ont pas le temps ou les capacités pour développer leurs propres analyses. A cet effet, il vient leur dire quoi penser ou dans quel sens serait judicieux de penser.

Par ailleurs, il faut rappeler que la majorité des Algériens ne s’intéresse pas à ses analyses et ceux qui lui prêtent attention lisent ses tribunes comme des propositions de services pour le Pouvoir. Mais ce dernier lui fait la sourde oreille, parce qu’il est plus intelligent que les autres serviteurs, disponibles et moins exigeants.

Force est de constater qu’il n’a pas encore compris que son temps est révolu. Il attend quoi à 75 ans ? Revenir pour devenir Président de l’Algérie ?  S’il pense qu’il est le mieux placé pour être le Président de l’Algérie, alors c’est grave ! C’est le moment, en effet, de passer le flambeau aux autres, comme la génération post-libération et pourquoi pas celle d’après le règne de Boumédiène, qui se trouve plus en adéquation avec l’économie de la Connaissance. Il comprend quoi à l’Information, le Big Data ? Au regard de sa formation et de ses expériences, ses champs d’analyses sont plutôt les champs de Hassi Messaoud et Hassi R’mel. Mais l’Algérie du XXIème siècle a besoin d’une personne en phase avec les nouvelles technologies et des données pour suivre la marche du Monde. Les puits du gaz et du pétrole s’épuisent, mais jamais ceux de la Connaissance.

Pour finir, je voulais vous signaler, pour l’anecdote, que la recherche sur Google de Mouloud Hamrouche donne aussi quelques noms associés comme : Ghozali, Benflis, Benbitour ou Belkhadem. A vrai dire, j’espère que le lecteur a compris que cette analyse vaut également pour les autres politiciens, qui sont dans le même schéma. A chaque élection présidentielle ils viennent nous parler de l’Algérie et son avenir, mais c’est toujours le peuple qui souffre au final.

Nabil de S’Biha

Le 14 janvier 2019

http://lequotidienalgerie.org/2019/01/16/mouloud-hamrouche-une-enigme-algerienne/

Oui, les troupes américaines doivent quitter la Syrie !


L’annonce par le président Donald Trump du retrait des troupes américaines de Syrie et de la réduction de leur présence en Afghanistan a provoqué une levée de boucliers. Et si, malgré une mise en œuvre brouillonne et chaotique, le président avait raison sur la nécessité de dégager son pays du bourbier du Proche-Orient ?

25 mai 2017. — Marines en mission dans le nord de la Syrie.
Lance Cpl. Zachery Laning/US Marine Corps.

Nombre d’orientations et de décisions prises par Donald Trump depuis le début de sa présidence méritent d’être critiquées. Mais depuis les premiers jours de sa campagne présidentielle, il a exprimé au moins une conviction qui mérite d’être encouragée et non dénigrée : le désir de désengager les États-Unis des coûteux conflits à l’étranger.

L’impulsion non interventionniste de Trump a toujours été mal reçue par l’équipe de politique étrangère en constant remaniement qu’il a mise sur pied, en particulier par sa dernière configuration, plus « faucon », avec Mike Pompeo au département d’État et John Bolton comme conseiller à la sécurité nationale. Pendant un certain temps, le président a cédé à contrecœur aux pressions de son entourage, ce qui a permis l’escalade des conflits sur pratiquement tous les théâtres de guerre qu’il a hérités. Mais récemment, ses préférences ont semblé prévaloir, au moins momentanément, puisqu’il a tweeté sa décision de retirer 2 000 soldats américains de Syrie et a suggéré qu’il ferait de même en Afghanistan en réduisant les effectifs de 7 000 soldats. Depuis lors, un bras de fer public déconcertant entre le président et son équipe de sécurité nationale entretient une atmosphère de confusion. On ne sait toujours pas si les États-Unis se retireront de la Syrie immédiatement ou progressivement, s’ils attendront que l’organisation de l’État islamique(OEI) soit totalement vaincue ou s’ils pensent qu’elle l’est déjà. Vont-ils protéger leurs alliés kurdes syriens, d’une manière ou d’une autre ? Vont-ils demeurer déterminés à atteindre leur objectif de mettre fin à la présence de l’Iran en Syrie ?

UNE PRÉSENCE AMÉRICAINE PERPÉTUELLE ?

L’absence de tout ce qui peut ressembler à un processus décisionnel dans l’administration n’est pas surprenante. La surprise est que parmi les critiques les plus virulents de l’annonce du retrait du président Trump, on a entendu non seulement des faucons républicains, mais aussi un chœur de voix de la gauche. Les opposants progressistes au « trumpisme » devraient pourtant résister à la tentation de se tromper de cible. Nous ne serons pas sûrs de la politique de Trump tant que celle-ci n’aura pas été mise en œuvre, mais en Syrie et en Afghanistan, son intuition initiale — faire moins, avec moins — est juste. C’est son exécution, le choix du moment et son incapacité à tirer parti de ses décisions pour obtenir les meilleures conditions possibles de leur mise en œuvre qui sont préjudiciables.

En Syrie, quel que soit le point de vue que l’on a de la trajectoire tragique du conflit et des décisions politiques passées, en débat depuis longtemps, les États-Unis n’ont que peu d’intérêts en jeu : empêcher l’OEI de reprendre le contrôle de territoires, protéger les forces majoritairement kurdes sur lesquelles Washington s’est appuyé pour mener les combats antiterroristes et soutenir leurs alliés dans leurs efforts pour se défendre des menaces émanant du territoire syrien. Atteindre chacun de ces objectifs ne sera pas déterminé par une présence militaire à long terme, en plus relativement faible.

Donald Trump a induit le pays en erreur en prétendant que l’OEIavait été vaincue. Mais l’argument selon lequel il faut des soldats américains sur le terrain pour s’attaquer à ses derniers bastions aboutit en fait à une présence américaine perpétuelle, puisque le groupe terroriste représente une menace qui va durer une génération, qui peut être contrée et contenue, mais qui ne sera pas totalement vaincue à court terme.

En vérité, nombre de ceux qui, à droite, ont dénoncé l’annonce de Donald Trump l’ont fait principalement parce qu’ils voient la Syrie comme un terrain d’affrontement avec l’Iran. Mais ceci revient à poursuivre un objectif illusoire et dangereux : il est difficile d’imaginer comment quelques milliers de soldats américains pourraient contrer des dizaines de milliers de soldats iraniens ou soutenus par l’Iran, alliés à la fois avec Moscou et avec le régime du président Bachar Al-Assad qui a remporté haut la main la guerre civile. Un chœur de critiques a inévitablement suivi la récente déclaration de Donald Trump selon laquelle les forces iraniennes « peuvent faire ce qu’elles veulent » en Syrie. Pourtant, lu comme un constat plutôt que comme un feu vert, le président énonce un fait d’évidence : malgré les efforts réussis d’Israël pour limiter l’importation d’armes avancées de l’Iran en Syrie, la position de Téhéran dans ce pays est pour l’essentiel assurée.

UN RETRAIT PROGRESSIF ET MIEUX PRÉPARÉ

Donald Trump a raison de dire que la meilleure solution est de nous extirper de la Syrie, mais son erreur fatale réside dans la mise en œuvre de ce retrait. De manière tout à fait scandaleuse, cette décision hâtive, prise lors d’une conversation téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan a trahi nos partenaires kurdes qui mènent la lutte contre l’OEI et risquent d’être exposés aux assauts de la Turquie et du régime syrien. Une solution plus responsable aurait été d’utiliser la perspective d’un éventuel retrait américain pour aider à éviter un conflit ultérieur entre les Kurdes et leurs adversaires. Si, comme il le suggère maintenant, le président retire les troupes graduellement plutôt qu’immédiatement, c’est encore possible. Il faut que ce temps soit utilisé à bon escient. Il devrait commencer par abandonner la dangereuse idée que la Turquie peut s’emparer de zones contrôlées par les forces kurdes. Si les Etats-Unis renoncent à protéger à long terme les Kurdes, il faut leur permette de négocier un accord avec le régime syrien. Cela pourrait impliquer le retour de certaines fonctions de l’État syrien dans le nord-est du pays, les forces kurdes conservant leur capacité militaire (mais réduisant leur visibilité) et un certain degré d’autogouvernement pour la région.

En Afghanistan aussi, le bilan que dresse Donald Trump est exact. Après plus de 17 ans de combats et une impasse virtuelle qui se poursuivra pendant plus d’une décennie au moins, il n’y a guère de raison de continuer à verser le sang et les ressources des États-Unis dans un conflit si mal engagé et dont les objectifs ne sont pas clairs. Mais là encore, le « grand négociateur » autoproclamé a commis une erreur en abandonnant les cartes limitées dont dispose l’Amérique sans rien obtenir en retour. Il aurait dû utiliser sa volonté de se retirer pour inciter les talibans — actuellement engagés dans des négociations avec les diplomates de Trump — à faire la paix.

NE PLUS S’ENFERRER

Il y a tellement de choses répréhensibles à propos de l’ère Trump qu’il est difficile pour les critiques de savoir quelles cibles frapper. Mais une position fondée sur des principes exige que les opposants progressistes au président Trump ne renoncent pas à leurs convictions pour des victoires verbales faciles. Quelle que soit l’administration qui finira par succéder à celle-ci, elle aura de nombreuses crises à résoudre et devra distinguer celles qui comptent vraiment. Inévitablement, les États-Unis seront confrontés à des menaces qui nécessiteront le recours à la force militaire. Mais nous devons nous interroger sans cesse sur notre implication à long terme dans des conflits lointains, en particulier lorsque ces interventions ont un coût terrible pour les États-Unis et les populations locales, comme en Afghanistan et en Irak, qu’elle nous rendent complices d’abus, comme au Yémen, qu’elles nous amènent à nous allier avec des partenaires peu recommandables, comme ce fut le cas avec certains éléments de l’opposition syrienne, ou qu’elles exacerbent les sentiments antiaméricains, comme l’a souvent fait notre lutte globale antiterroriste.

Les retraits de troupes peuvent s’effectuer de manière désordonné et coûteuse, même dans les meilleures circonstances. Ce n’est pas une raison pour s’enferrer dans des guerres éternelles en cherchant une fin de partie parfaite. Raison de plus pour être clair au sujet des objectifs que nous cherchons et de n’intervenir que quand cela est judicieux.

Les décisions de Trump concernant la Syrie et l’Afghanistan, à supposer qu’il s’y tienne, pourraient bien avoir des conséquences désastreuses en raison de la façon dont elles seront exécutées, du moment où elles ont été prises, de l’absence totale de consultation avec des experts mais aussi avec nos alliés et de son incapacité totale à les utiliser. Tout cela mérite un verdict de faute professionnelle. Mais on peut rendre ce jugement tout en reconnaissant qu’opéré différemment, le retrait est une bonne chose.   ROBERT MALLEYRobert Malley est président de l’ONG International Crisis Group. Il était auparavant conseiller du président Barack Obama pour le… (suite)                                                                                                                                                        JON FINER Rattaché au Council on Foreign Relations, think tank américain, il a été chef de cabinet et directeur de la planification des… 

https://orientxxi.info/magazine/oui-les-troupes-americaines-doivent-quitter-la-syrie,2858

Capacités de production du pétrole et du Gaz : L’euphorie de Ould Kaddour


Abdelmoumen Ould Kaddour

En l’espace d’un mois, les responsables du secteur de l’Energie, essentiellement le ministre de l’Energie et des Mines, Mustapha Guitouni, et le Pdg de Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, ont soufflé le chaud et le froid.

Après une déclaration tonitruante du premier sur l’incapacité de l’Algérie à continuer à exporter du gaz à partir de 2023, voilà que le deuxième surprend l’opinion par son incroyable assurance sur le potentiel pétrolier et gazier du pays. Abdelmoumen Ould Kaddour affirmait avant-hier à partir d’Ilizi que l’Algérie possédait encore des capacités importantes pour produire du pétrole et du gaz.

Selon lui, «dans le domaine pétrolier, s’il y a une baisse de la production nationale, ceci est dû au respect des quotas réduits dans le cadre de l’accord Opep – non-Opep». Le Pdg de Sonatrach répondait à une question relative aux chiffres publiés récemment par l’Office national des statistiques (ONS), relevant une baisse de 7,8% de la production dans le secteur des hydrocarbures au 3e trimestre 2018 par rapport à la même période de 2017. «Pour le pétrole brut, on a une limitation, on ne peut donc produire plus qu’aujourd’hui, même si on en a les capacités. Par contre, pour le gaz, il n’y a aucune limitation en matière de production», a-t-il souligné.

Dans ce qui apparaît comme une nouvelle orientation stratégique, Abdelmoumen Ould Kaddour soutient carrément que «Sonatrach doit définitivement aller vers le gaz, car elle peut en produire autant qu’elle veut, et pour développer aussi le secteur de la pétrochimie». Selon lui, tout ce qui a été fait jusqu’à présent, c’est de produire du gaz et le commercialiser. «Ce n’est pas la meilleure solution pour engranger des recettes pour le pays», a tranché le Pdg de Sonatrach. Mais qu’est-ce qui a fait que l’Algérie n’a pas pensé à faire ce qu’il dit ? Elle en avait pourtant et les moyens et l’expertise durant ces 20 dernières années. Sonatrach, dans la gestion des ressources est-elle en fait capable d’effectuer sa mue ?

Son Pdg le crie sur tous les toits. Selon lui, il est impératif d’œuvrer pour la transformation du gaz en plastique et en produits pétrochimiques. Il a d’ailleurs annoncé la signature à Oran d’une convention entre Sonatrach et le groupe français Total pour la création d’une joint-venture dans le domaine de la pétrochimie. Ould Kaddour a également fait part de la conclusion, durant le mois prochain, avec le groupe turc Rönesans Holding, d’une convention relative au montage financier pour la réalisation d’un complexe pétrochimique en Turquie.

Sonatrach réussira-t-elle sa mue ?

En novembre dernier, les deux partenaires avaient signé à Istanbul (Turquie) un pacte d’actionnaires portant sur la réalisation d’un complexe pétrochimique en Turquie. Il s’agit d’un complexe pétrochimique de transformation du propane en polypropylène, une matière plastique utilisée par de nombreuses industries, dont celles notamment de l’automobile, du textile et de la pharmacie. D’une capacité de production de 450 000 tonnes/an de polypropylène, ce projet, dont le coût d’investissement est de 1,2 milliard de dollars, sera réalisé dans la région de Cayhan, située dans la province d’Adana en Turquie, dans le but de satisfaire les besoins du marché turc en cette matière plastique. Pour ce faire, Sonatrach, qui s’engage à financer le projet à hauteur de 30%, fournira annuellement, à partir de ses installations de gaz de pétrole liquéfié (GPL) en Algérie, un volume de 550 000 tonnes de propane nécessaires à ce projet.

Ce qui permettra à Sonatrach de placer son propane sur le marché turc à travers un contrat de long terme. Les projets d’installation en Algérie de la compagnie américaine ExxonMobil et de création d’une société de trading seraient «en très bonne voie», selon Abdelmoumen Ould Kaddour, qui indique que «les deux projets vont aboutir avant la fin du premier semestre 2019», a-t-il annoncé. Sur la raffinerie d’Alger, le Pdg de Sonatrach a affirmé qu’elle sera opérationnelle le mois prochain.

Concernant le choix d’un partenaire étranger pour assurer l’aspect technologique dans le projet intégré d’exploitation et de transformation du phosphate dans la région de Bled El Hadba (Tébessa), Ould Kaddour a indiqué que le choix était fait. «Actuellement, on est en train de négocier avec un partenaire étranger. Les investisseurs qui viennent coopérer avec Sonatrach doivent partager les risques avec nous», a-t-il dit.

C’est bien beau que la compagnie pétrolière nationale parte à l’exploration des opportunités d’investissement à l’international, mais faudrait-il encore qu’il y ait une cohérence dans les annonces faites par les différents acteurs du secteur. Car déclarer que l’Algérie ne sera pas exportatrice de gaz à partir de 2023 à cause de l’augmentation de la demande interne, alors que le pays était en pleine négociation de contrats avec les pays européens, n’est pas une simple bourde. Pas seulement, et au-delà des contrats et des projets annoncés par le Pdg de Sonatrach, beaucoup pensent qu’il y a plutôt mieux à faire ici même.

Et alors que Abdelmoumen Ould Kaddour soutient que Sonatrach peut produire du gaz autant qu’elle veut, les experts sont nombreux à conseiller de se tourner plutôt vers les énergies renouvelables. L’Algérie produira-t-elle autant de pétrole et de gaz ces prochaines années ? Selon le Pdg de Sonatrach, oui. Non, selon les projections précédentes de hauts responsables du gouvernement. Qui croire ?

SAID RABIA

https://www.elwatan.com/edition/economie/capacites-de-production-du-petrole-et-du-gaz-leuphorie-de-ould-kaddour-16-01-2019

La Justice est là pour rendre Justice. Pas pour rétablir l’ordre.


Que se passe-t-il dans la magistrature française ?

Dans le silence obstiné des organisations syndicales, un pouvoir aux abois a instrumentalisé une répression judiciaire sans précédent pour tenter de mater un mouvement social. Il y a bien évidemment la stratégie du ministère de l’intérieur qui pousse à la violence pour tenter de disqualifier le mouvement. Mais malheureusement la magistrature accepte ces dérives et joue sa partition dans ce qui désormais s’apparente à une répression de masse qui entretient des rapports très lointains avec l’État de droit dont on nous rebat pourtant les oreilles. Cravachés par Nicole Belloubet en personne (!) se déplaçant au tribunal de Paris un dimanche, et par les interventions permanentes de la place Vendôme voire de Matignon y compris des instructions individuelles pourtant interdites par la loi, les parquets déchaînés basculent avec zèle dans la répression de masse, font procéder à des arrestations souvent préventives, par milliers, défèrent également par milliers des gens devant les tribunaux, à l’aide de procédures d’urgence dans lesquelles par des réquisitoires violents, il demande des peines folles. Et de façon stupéfiante la magistrature du siège a accepté de rentrer dans cette logique et distribue en cadence des peines ahurissantes. Depuis le début du mouvement, plus de 5000 arrestations, 1000 condamnations, 350 personnes incarcérées sur la base d’incriminations parfois farfelues. Et avec des interprétations de la loi répressive souvent audacieuses pour ne pas dire plus. Désolé, mais ceci n’est pas de la justice, c’est de l’abattage.

Et manifestement c’est loin d’être fini. Des anecdotes effarantes remontent de toute la France sur ce qui est en train de se passer. Tel sera condamné à six mois de prison ferme pour avoir partagé un statut sur Facebook, tel autre à 28 mois tout aussi fermes, sans avoir été défendu par un avocat, au prétexte selon la présidente du tribunal « que cela n’aurait rien changé ». Il y a des dizaines et des dizaines d’autres histoires qui font froid dans le dos. La France prend un drôle de chemin. Dans tel département, le procureur et le préfet font conférence de presse commune pour menacer : « la justice sera impitoyable ! » Depuis quand sont-ce les procureurs et les préfets qui jugent ? Jusqu’à nouvel ordre, dans une démocratie, ils sont responsables du maintien de l’ordre, pas de rendre la justice. Dans tel autre, il semblerait bien que le procureur ait organisé une forme de « comité de salut public » chargé de fournir les charrettes, et on dit que les juges du siège qui vont juger le font sur la base du volontariat ! Naturellement les pressions se font nombreuses contre les avocats qui s’élèvent contre ces dérives et font leur devoir. Gare à la fermeté, l’exigence ou la passion, les plaintes du parquet contre les défenseurs dégringolent immédiatement. Et naturellement il y a le refus obstiné de se pencher sur la multiplication des violences policières, sur l’usage incroyablement excessif de la force. Notamment avec les flashs ball et les grenades de désencerclement utilisés en violation de règles pourtant claires. Et puis il y a bien sûr la violence directe, arbitraire dont de multiples vidéos donnent de tristes exemples. Cette impunité, ne peut qu’être un choix délibéré, et provoque fatalement l’émotion et la rage. Le procureur de Toulon ayant sous les yeux les vidéos du commandant Didier Andrieux permettant de voir parfaitement à qui on avait affaire a trouvé le moyen de se déshonorer en refusant immédiatement toute enquête au motif que le comportement du commandant frappeur aurait été « proportionné ». On rappellera que dans le passé ce n’était pas l’avis de ses subordonnés, et que le préfet plus malin et devant l’évidence a demandé une enquête de l’IGPN.

Dans cette ambiance, et comme les tribunaux les suivent, comment s’étonner que les ministres les plus déplorables se permettent de proférer des menaces comme le font tous les jours Christophe Castaner,Benjamin Grivreaux ou Marlène Schiappa qui viennent d’inventer une nouvelle définition de la complicité, et exigent des arrestations préventives (!). Comment s’étonner qu’un premier ministre dont on attendait peut-être un peu plus de tenue annonce des mesures législatives liberticides qui vont finir par faire envie à Erdogan ?

Préférer l’ordre à la justice ?

Alors vient à l’esprit la question : comment le corps de la magistrature dont les organisations syndicales aujourd’hui muettes, nous rebattent les oreilles avec son indépendance et son impartialité depuis 30 ans accepte-t-il de devenir ainsi l’instrument de la violence d’un parti de l’ordre à ce point déchaîné ? Comment oublie-t-on ainsi que la justice se rend au nom du peuple français ? Personne pour sauver l’honneur ? Aucun procureur dont la parole est libre à l’audience pour refuser les ordres de Belloubet ? Aucune juridiction pour se rappeler que sa mission n’est pas de rétablir l’ordre mais de rendre la justice. Dans le respect de la loi, quoi qu’il arrive. Ce n’est pas semble-t-il le choix qui a été fait, et pour illustrer l’ampleur du mal on citera Madame Noëlle Lenoir, ancienne ministre et ancien membre du conseil d’État et du conseil constitutionnel, donc juriste affirmée qui nous dit dans un tweet : « que la justice doit être réellement faite par les tribunaux dont la responsabilité est immense pour restaurer l’ordre ». Quelqu’un pour rappeler à cette aimable versaillaise (dans le sens que la Commune lui a donné) manifestement en panique, que la mission de restauration de l’ordre est celle de l’exécutif, pour les tribunaux c’est celle de la Justice ? Dans le respect de la loi et des procédures.

Alors il est vrai, que depuis une trentaine d’années, on pouvait espérer que la justice française et le corps des magistrats qui la rend s’étaient enfin émancipés de leur soumission au pouvoir mais avaient aussi abandonné sa vieille culture qui lui avait toujours fait préférer l’ordre la justice. Depuis 1940 un certain nombre d’épisodes douloureux l’avait marquée et généré une véritable volonté d’émancipation. Malheureusement depuis quelques années grâce une forme d’alliance avec les médias, magistrats se sont pensés débarrassés de la tutelle de l’État. Sans mesurer que celui-ci, lui imposant un invraisemblable déficit de moyens continuait à la tenir en laisse. Depuis quelques années on a ainsi assisté à toute une série de dérives orchestrées en général par les institutions d’exception que sont le Parquet National Financier, et le Pôle d’instruction financier, systématiquement couvertes par les juridictions supérieures. D’abord la chasse au Sarkozy sous Hollande, ensuite la volontaire destruction judiciaire de la candidature présidentielle de François Fillon applaudie à tout rompre par les syndicats et la hiérarchie judiciaire. Il faut cesser de finasser, le contester relève aujourd’hui simplement du grotesque. De ce point de vue la sincérité du scrutin de la présidentielle a été faussée. Comme elle l’a été par les moyens financiers et médiatiques massifs pour la plupart illégaux qui ont été utilisés à l’appui de la candidature Macron et qui n’ont pas arraché une plainte aux organes de contrôle et à la justice. C’est d’ailleurs cette illégitimité initiale qui explose la figure de celui qui en avait été le bénéficiaire. Par la suite, une fois le jeune roi au pouvoir, il y a eu la protection judiciaire dont a bénéficié son entourage et sa cour. C’est Richard Ferrand, Muriel Pénicaud, Collomb, Ismaël Emelien, et quelques autres avec à leur tête la star de la complaisance judiciaire Alexandre Benalla, l’homme qui embarque et planque son coffre-fort sous le nez de la police sans que cela arrache un froncement de sourcils au procureur, qui prétend grossièrement contre l’évidence n’avoir été en possession que d’un pistolet à eau que l’on maintient sous le statut de témoin assisté, et qui semble depuis son départ de l’Élysée multiplier les infractions sans que là aussi il ne se passe grand-chose. Jusqu’à cet article récemment paru dans le Canard enchaîné où l’on apprend que pour François Bayrou qui connaît les mêmes soucis d’assistants parlementaires au Parlement européen que le Rassemblement National et La France insoumise, il a été demandé au parquet de n’effectuer absolument aucune investigation susceptible de chagriner le maire de Pau. Parquet qui s’est paraît-il exécuté aimablement.

La contrepartie de cette incroyable mansuétude, c’est la multiplication des avanies judiciaires contre le Rassemblement National, et contre Jean-Luc Mélenchon et son parti. N’en jetez plus! Dernière petite cerise sur le gâteau de ces dérives, la publication ces jours-ci par la presse du réquisitoire du PNF demandant le renvoi de François Fillon devant le tribunal correctionnel, parfait hasard du calendrier bien sûr.

On pouvait penser que cette connivence de la haute fonction publique judiciaire avec le plus haut niveau du pouvoir d’État reposait sur des affinités sociologiques, idéologiques, voire politiques et ne concernait que cette couche.

Malheureusement ce qui vient de se produire, cette façon dont l’appareil judiciaire, n’hésitant pas devant des illégalités parfois flagrantes, s’est mis avec zèle au service d’une répression de masse contre le mouvement des gilets jaunes, et avec une violence sans précédent depuis la fin de la guerre d’Algérie, démontre que le mal est beaucoup plus profond. La justice française se vit toujours comme un outil de maintien de l’ordre au service du pouvoir en place. J’avais écrit il y a une quinzaine d’années à propos de l’affaire d’Outreau que les magistrats gardaient une culture qui leur fait préférer l’ordre à la justice.

C’est toujours le cas aujourd’hui, et la démonstration que l’on vient de nous faire est une véritable catastrophe institutionnelle. La défiance envers l’institution judiciaire va redevenir massive et pour très longtemps.

Ce n’est pas une bonne nouvelle.

Régis de Castelnau

Source : Vu du droit, Régis de Castelnau, 13-01-2019. https://http://www.lescrises.fr/giletsjauneslajusticeestlapourrendre-la-justicepaspourretablirlordreparregis-de-castelnau/