♦ Un grand moment de propagande à France Inter le 18 janvier 2023


Ces remarques se rapportent à l’émission de France Inter du mercredi 18 janvier, entre 8 h 20 et 8 h 43. Les deux animateurs, Nicolas Demorand et Léa Salamé, recevaient Jérôme Fourquet, de l’IFOP, et Adélaïde Zulfikarpasic, de BVA, pour analyser le rapport des Français à la réforme des retraites.

Cette émission fut un grand moment de propagande, où les deux journalistes et leurs invités se sont efforcés de légitimer cette réforme et de décourager les Français de se mobiliser contre elle. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que, les uns et les autres, ils procédaient à cette opération, comme Le Monde diplomatique et Acrimed (entre autres) l’ont relevé à plusieurs reprises.

Au début, Adélaïde Zulfikarpasic, interrogée par Nicolas Demorand sur la possibilité que la mobilisation tienne dans la durée, ou qu’il y ait une explosion sociale, évoque les autres causes potentielles d’explosion sociale (l’inflation, le pouvoir d’achat, les négociations salariales, les gilets jaunes…) et conclut ainsi : « tous les voyants sont au rouge pour qu’il y ait une mobilisation… » Curieuse formulation ! En effet, lorsque les voyants sont au rouge, c’est que tout s’arrête, que tout est immobilisé, que rien n’avance plus. Or, si la mobilisation (c’est-à-dire le mouvement) démarre, il faut que les voyants soient, au contraire, au vert ! Il semblerait que, la directrice de BVA, répugne à associer le vert, couleur positive (couleur de la végétation, couleur du signal de départ…) à une mobilisation sociale contre l’autorité, le gouvernement, le patronat, les hiérarchies sociales. D’où cette inversion du sens du rouge – qui renoue néanmoins avec la vieille tradition qui voulait qu’avant de se révolter, les classes populaires, jadis, commençaient par hisser le drapeau rouge…

Léa Salamé : « La lassitude, la résignation, c’est le pari que fait Emmanuel Macron, qui pense, en gros, que les Français sont trop fatigués pour faire comme par le passé. Est-ce un pari réaliste, à votre sens ou il y a une opposition forte à ce projet, et est-ce que cette opposition est grandissante au fil des jours ? »

Remarque 1. La question de Léa Salamé donne l’impression qu’elle se place dans la peau d’Emmanuel Macron et qu’elle espère que les Français ne vont pas se mobiliser comme par le passé, ni fortifier leur opposition au fil des jours.

Jérôme Fourquet : « Ce qu’on constate, c’est qu’il y a une forme de stabilité sur le soutien et la sympathie au mouvement de grève et de protestation. D’après les données de l’IFOP c’est à peu près un Français sur deux qui soutient ou qui a de la sympathie pour ce mouvement. Si on compare, faut qu’on essaye de se donner des jauges, on est dans les étiages qu’on observait au début du mouvement de novembre-décembre 95, qui est souvent pris en référence par les syndicalistes et à peu près aussi à ce qu’on observait au début du mouvement sous le précédent quinquennat, quand déjà Nicolas… euh Emmanuel Macron avait essayé de réformer les retraites…

Remarque 2. Lorsque Fourquet parle « d’une forme de stabilité », il prend la suite de Léa Salamé, qui évoquait l’hypothèse d’une forte mobilisation (« comme par le passé »), voire d’une opposition croissante au fil des jours. Cette « forme de stabilité » résonne, dans la bouche de Fourquet, comme une redescente par rapport à l’hypothèse de Léa Salamé, comme une façon de dire « il n’y en a pas davantage ». Ce qui conforte cette idée, c’est que Fourquet parle d’étiage. Or l’étiage est le débit minimal d’un cours d’eau, la période où ce cours d’eau atteint son plus bas niveau. Mais l’étiage (comme, symétriquement, la crue) ne se mesure que par rapport au niveau moyen , qui sert alors de référence : on n’a pas un étiage dans l’absolu, on a un étiage par rapport à un niveau moyen. L’étiage mesure une différence et postule implicitement deux chiffres, celle d’une moyenne et celle d’une valeur à un moment donné (comme la température, la pression ou les précipitations). Or Fourquet n’a jamais fourni ce chiffre de référence…

Remarque 2.1. De plus Fourquet lâche un lapsus révélateur : il commence par dire Nicolas, pour se reprendre immédiatement et dire Emmanuel Macron, prouvant ainsi qu’il établit une filiation idéologique entre Sarkozy et Macron. On ne saurait avouer plus ingénument que Macron est, socialement, dans le même courant de droite ultralibérale que Sarkozy…

Jérôme Fourquet : « […] Je vous donnerai juste quelques chiffres, pour voir, pour essayer de montrer comment l’inscription dans le temps d’un mouvement est la clé de la victoire. En 95, on part, à la SNCF par exemple, avec un taux de grévistes qui était de 65 % au début du mouvement. Quinze jours plus tard, il était encore de 58 %. En 2019, on est parti sur un niveau qui était à peu près identique, à 56 % au début, mais au bout de 15 jours, il n’y avait plus que 14 % de grévistes. Ça se concentrait essentiellement sur les conducteurs et les aiguilleurs. Donc c’est la capacité à s’inscrire dans la durée qui va faire le succès ou non de cette mobilisation.

Remarque 3. Même si Fourquet compare les données d’une mobilisation victorieuse à celles d’une mobilisation infructueuse, ce qui importe, il fournit en second les données relatives à l’échec de la mobilisation. Or, lorsqu’on veut insister sur un argument plutôt que sur un autre, celui sur lequel on veut mettre l’accent, celui sur lequel on penche, on le donne toujours en second…

Jérôme Fourquet. « Je pense que [la mobilisation] sera beaucoup concentrée sur les retraites, qui est un vrai totem en France […] On a interrogé en 2021les Français ce qu’ils gardaient des deux septennats de François Mitterrand à l’occasion du 40e anniversaire de sa victoire et les deux premières mesures qui étaient citées, c’étaient la 5e semaine de congés payés et, en deux, la retraite à 60 ans. […] Dans les milieux cadres, c’est ça [la peine de mort] qui sort en premier mais, chez les ouvriers, employés, professions intermédiaires, c’est la retraite à 60 ans et donc, au terme de réformes successives, beaucoup de Français, notamment parmi ceux qui ont des métiers pénibles, c’était, quelque part, l’effacement de la grande conquête sociale qui avait été la retraite à 65 ans [sic !]… »

Remarque 4. Ce terme totem, en français, employé en dehors de son contexte amérindien (mais parce qu’on ne peut jamais ignorer son contexte amérindien…) est un terme péjoratif. Il appelle comme synonymes « amulette », « fétiche », « gri-gri », « porte-bonheur », « mascotte », « talisman »… c’est-à-dire des concepts liés à des peuplades primitives, se rapportant à des croyances pré-logiques. Dans l’esprit de Fourquet, l’attachement des Français à leur système de retraites relève du même ordre que les croyances aux rebouteux, aux trèfles à quatre feuilles, aux chats noirs qui traversent la route de droite à gauche…

Remarque 5. Après le lapsus « Nicolas » [sous-entendu Sarkozy] en lieu et place d’Emmanuel Macron, voici le second lapsus de Fourquet : il a tellement envie que la mobilisation populaire échoue qu’il enjambe le projet à 64 ans prévu par le tandem Macron-Borne pour en revenir à la situation antérieure à Mitterrand : 65 ans ! [Et ce qui est révélateur, c’est que ce lapsus n’a été relevé par personne ! Ni par Adrienne Zulfikarpasic, ni par Nicolas Demorand ni par Léa Salamé. Comme si, pour eux trois, la réforme à 60 ans de Mitterrand n’avait jamais existé…]

Adélaïde Zulfikarpasic : « A mon avis, c’est pas le sujet principal [la défiance envers Macron comme motivation des mobilisations du 19 janvier], il y a toujours de l’opposition à l’égard d’Emmanuel Macron mais je pense qu’il faut tempérer cela et qu’il faut avoir en tête que selon les enquêtes d’opinion et selon les instituts, il a quand même un socle d’opinions positives de 40 % depuis le début de la crise sanitaire et 40 % alors qu’on est au 2e mandat à l’aube d’une crise sociale potentiellement majeure, c’est pas rien. Alors il a quand même un socle solide et je pense que ce n’est pas rien… Alors, je pense que ce qui se joue là, c’est la reforme des retraites, qui est un totem pour les Français […] en revanche, si Emmanuel Macron venait à déborder et, bon, pourquoi pas, à émettre une petite phrase dont il est coutumier, ça pourrait, pour le coup, mettre le feu et inscrire le mouvement dans la durée…

Remarque 6. Il est possible que ce que je vais dire soit une surinterprétation. Néanmoins je vous la livre : j’ai eu l’impression, à écouter Adélaïde Zulfikarpasic, qu’il y avait, chez elle, le souhait que Macron tienne bon (d’où la référence à son « socle » de 40 % d’opinions favorables susceptible de l’appuyer dans sa résistance aux mobilisations) et sa crainte qu’emporté par sa fougue, Macron ne sorte une phrase aussi provocatrice que maladroite (genre les salariées de l’abattoir Gad illettrées ou bien le pognon de dingue dépensé pour les pauvres en pure perte), qui alimenterait l’indignation et enflammerait le mouvement.

Remarque 6.1. Ce qui me conforte dans cette idée, c’est que Léa Salamé reprend : « Il ne faut pas qu’il aille dire, « il suffit de traverser la route » et Jérôme Fourquet, faisant chorus : « … et qu’il dise « du travail il y en a partout ». Autrement dit les deux journalistes et leurs invités ont la hantise que Macron – tel un gamin ingérable qui lâche un secret de famille qu’on lui a recommandé de taire – ne saborde un esquif (la « réforme des retraites ») que le quatuor voit avec de l’eau jusqu’au bastingage…

Adélaïde Zulfikarpasic : « Les Français disent que la réforme est injuste. Mais tous les Français ne sont pas opposés à la réforme. Dans les enquêtes d’opinion on voit que 6 Français sur 10 sont opposés à la réforme, donc qu’il y en a 4 sur 10 qui la soutiennent… » Puis suit un échange entre Adélaïde Zulfikarpasic et Léa Salamé, où les deux femmes donnent l’impression de regretter que le gouvernement n’ait pas été clair quant aux finalités générales (dégager de l’argent pour des objectifs généraux ou s’en tenir aux seules retraites), ce qui a provoqué de la défiance à l’égard de la réforme. Et l’on sent les deux femmes dépitées de cette valse-hésitation…

Remarque 7. Adélaïde a beau insister sur le fait que 40 % de soutien de la réforme c’est beaucoup, il n’empêche pas moins que c’est quand même la minorité ! Or, aujourd’hui, en France, pour tout type de scrutin, la majorité se dessine à moins que cela : 52 ou 53 %, c’est déjà bien beau. Le référendum sur le TCE (Traité Constitutionnel Européen) en 2005, par exemple, a été rejeté, en France, par près de 55 % des votants, ce qui était énorme, compte tenu que la quasi-totalité des médias, pendant des mois, s’était engagée pour le Oui.

Nicolas Demorand : « Jérôme Fourquet, sur la nature juste ou injuste de la réforme, quelle est la perception des Français ? »

Jérôme Fourquet : « […] Il faut aussi ajouter un autre pan dans cette réforme, c’est la suppression progressive des régimes spéciaux, à laquelle 59 % des Français sont favorables, et c’est ça aussi qui peut être un élément de fragilité dans la mobilisation… » Un peu plus loin, s’agissant des salariés qui exercent des métiers pénibles, Fourquet dit : « Il y a sans doute des messages très ciblés à adresser à ces publics… »

Remarque 8. Jérôme Fourquet revient sournoisement sur cette question des « régimes spéciaux », vieille ficelle de la droite, du patronat et des ultralibéraux, dont le but est de diviser le monde salarial, d’exciter l’animosité envers les syndicats, et d’affaiblir les mobilisations. Alors que ces régimes spéciaux ne concernent que 3 % des salariés, qu’ils sont en voie d’extinction, et que, par rapport aux régimes spéciaux… des milliardaires, ils ne représentent que peu de chose. Depuis des siècles, la tactique des riches, des grands propriétaires, des magnats, des maîtres de forges, a été de monter, d’exciter les classes les moins favorisées contre la classe moyenne qui souvent, portait les revendications et fournissait l’encadrement des révoltes et des révolutions. Et le quatuor Salamé -Demorand, Zulfikarpasic – Fourquet répond bien eux vœux de ses maîtres…

Remarque 8.1. Traduite en langage cynique la remarque de Fourquet (« Il y a sans doute des messages très ciblés à adresser à ces publics… ») signifie : « Il faut jeter quelques pièces jaunes à ces gueux afin qu’ils ne nous brisent pas davantage les tympans. On remarquera le mépris implicite de Fourquet : il n’est même pas question d’accorder des concessions réelles, des mots suffiront ! Cela rappelle la « pédagogie » dont le gouvernement nous rebat les oreilles : si la réforme est rejetée, c’est que le gouvernement n’a pas fait assez de « pédagogie » ! Comme si les salariés n’avaient pas compris le message : on va te couper un bras et on t’expliquera comment te débrouiller avec l’autre…

Remarque 9. A un moment, Adélaïde Zulfikarpasic évoque la précédente tentative de réforme de Macron (celle de 2019), qui était une retraite à points. Et Léa Salamé, pour caractériser cette réforme, dit : c’était une réforme révolutionnaire. Encore une fois, les journalistes pervertissent le sens des mots : révolutionnaire a un sens déterminé par les révolutions de 1789, de 1917, et tous les mouvements de décolonisation, avec un sens social très marqué. Or la retraite à points de 2019 était contre-révolutionnaire ! C’était une réforme anti-sociale. Elle avait pour slogan : « un euro cotisé, un euro versé ». Soit, en langage trivial : « Tu as eu un salaire de misère, tu auras une pension de misère »… Et les gouvernements de droite n’ont eu de cesse de tordre ce mot dans leur sens : on se souvient de la Révolution nationale du régime de Vichy…

Puis on passe aux questions des auditeurs et la première question émane d’une Dominique, qui est contre la réforme, qui fera grève, mais (un « mais » répété plusieurs fois par Nicolas Demorand dans sa présentation de l’auditrice), qui a pris une demi-journée mais qui, s’il y a une grève reconductible, n’aura pas les moyens de la suivre…

Jérôme Fourquet, interrogé par Nicolas Demorand, signale qu’en 2010, lors de la dernière grande crise, 54 % des Français arrivaient à mettre de l’argent de côté lorsqu’ils avaient tout payé, ce qu’ils ne sont désormais que 37 % à pouvoir faire. Ce qui semble à Fourquet un élément de fragilité pour la mobilisation. Il prend un ton neutre pour l’énoncer mais on sent chez lui l’euphorie contenue d’un général qui constaterait que les seuls avions ennemis sont des Spad VII de la guerre de 14… Plus loin, Fourquet enfonce le clou en disant que le télétravail s’est beaucoup développé depuis le Covid, ce qui fait que les grèves (notamment des transports) perturberont moins la machine économique. Pour filer la métaphore précédente, c’est comme si Fourquet disait : « Nous, face à leurs Spad, on aligne des Rafale »…

Autre auditeur, Jean-François, qui se dit pour la réforme des retraites et qui, du fait qu’il a cotisé durant des années (pour bénéficier, selon ses termes, d’une retraite « satisfaisante »…) refuse d’être mis à contribution pour payer les retraites des nécessiteux.

Remarque 10. On note, chez cet auditeur, la même argutie dont usent tous les gens de droite (et dont, un peu plus haut, ont usé Léa Salamé et Adélaïde Zulfikarpasic) : celle qui consiste à ignorer, à négliger, à déprécier la lutte des classes pour lui substituer un autre antagonisme (au demeurant artificiel) : la lutte sociale entre classes d’âge, les deux femmes ayant souligné que l’électorat de Macron, comme celui de Ciotti, était formé essentiellement de retraités. Comme s’il y avait un point commun entre un chirurgien retraité et une femme touchant le minimum vieillesse, entre une ancienne haute fonctionnaire et un manœuvre retraité émargeant à 900 euros par mois…

Remarque 11. Ce Jean-François rajoute même une précision significative : « l’idée de solidarité inter-générationnelle est assez mal venue pour des gens qui ont cotisé ou épargné pendant des année… ». « Épargné », cela signifie que le Jean-François en question n’a pas fait de souscrire à une caisse de retraite, il a aussi investi dans des fonds de pension, ou il a des actions, des obligations, une assurance-vie ou des appartements qu’il loue… Il appartient donc à la frange supérieure des Français (des électeurs de Macron ou de Ciotti), ceux qui n’entendent pas lâcher un sou pour les pouilleux et les crève-la-faim…

Léa Salamé : « Ça marche, l’argument des plus riches, parce qu’on le voit dans l’opposition de gauche, notamment les Insoumis, tout de suite après l’opposition à la réforme des retraites, ils vous parlent tout de suite du CAC 40, des dividendes, des très riches, de l’argent qu’il faut aller chercher et bla-bla-bla… est-ce que ça impacte les Français, ça, ces chiffres dingues qu’on donne, là, les records, ou pas du tout ?

Remarque 12. On notera d’abord, avec le « bla-bla-bla », le mépris, la morgue de Léa Salamé à l’égard, d’une part, des analyses soulignant le fossé grandissant entre les riches et les pauvres, entre les gens qui se nourrissent aux Restaus du Cœur et les 150 milliards de Bernard Arnault, et d’autre part, son animosité envers les programmes politiques de gauche prônant une politique fiscale énergique à l’égard des riches. Et on voit bien la réponse qu’elle sollicite de son interlocutrice : « Non, les Français ne font pas le lien entre le déficit des régimes de retraite et les milliards des hyper-riches (et, sous-entendu : « Et nous ici, à France Inter, nous ferons tout pour que les auditeurs n’établissent pas ce lien… »).

Adélaïde Zulfikarpasic, qui a très bien compris ce qu’on attendait d’elle, répond : « Ça impacte les Français, mais je ne suis pas sûr qu’ils fassent le lien avec ce débat-là, dans leur esprit, c’est un sujet différent la taxation des très hauts revenus, on en a parlé aussi, la contribution des très riches à l’effort écologique, on en a parlé au mois de septembre, notamment avec la question des jets. Pour moi, c’est deux sujets différents, c’est pas un jeu de vases communicants, c’est pas leurs richesses contre nos pensions… »

Remarque 13. On est là au nœud du problème, là où l’idéologie des Zulfikarpasic, Salamé, Fourquet, Demorand s’étale dans toute son obscénité : il ne faut surtout pas que les salariés établissent des liens, des relations, des connexions. Il faut que la fortune des milliardaires (ou les profits du CAC 40), d’une part, et le déséquilibre du régime des retraites, d’autre part, soient bien mis dans des cases hermétiquement étanches, hétérogènes, séparées. Que se passerait-il, en effet, si les salariés, les retraités, les chômeurs, les sans-abri, se remémoraient le mot de Victor Hugo : « Le paradis des riches est fait de l’enfer des pauvres » ?

Remarque 14. Je note aussi avec amusement un autre lapsus de Jérôme Fourquet, lorsqu’il parle du premier septennat de Nico… euh, pardon de François Mitterrand. Fourquet n’a dans la tête que des références de droite, des mots de droite, des noms de droite…

Léa Salamé. « Je reviens à votre toute première question, Adélaïde Zulfikarpasic. Pourquoi les Français battent-ils des records de pessimisme ? Pourquoi ? Je ne veux pas ressortir la phrase de Sylvain Tesson. Si, je vais la ressortir : « La France est un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer. » Mais quand on se compare, là je veux sortir complètement de la politique, est-ce que tout va si mal, en France ? »

Remarque 15. Léa Salamé ressort le refrain inusable de tous les privilégiés, patrons, dominants : « Mais de quoi vous plaignez-vous ? Avez-vous le sort des Haïtiens, des Érythréens, des Afghans (et, plus encore, des Afghanes), des Ukrainiens, des Ouigours ? » Comment osez-vous manifester alors que vous avez l’eau courante, les supermarchés, plusieurs chaînes de télé, une voiture et Internet ? De surcroît, elle ose dire qu’elle veut sortir de la politique ! Comme si la répartition des richesses et du fardeau des dépenses ne relevaient pas précisément de la politique ! Comme si la Révolution française n’était pas issue du refus des privilégiés de contribuer aux charges du royaume ! Où Léa Salamé a-t-elle étudié l’histoire ?

Remarque 16. Sans doute y avait-il beaucoup d’auditeurs qui attendaient d’apporter leur témoignage et il fallait choisir. Mais pourquoi, parmi tous ces auditeurs, avoir choisi une femme qui avouait ne pouvoir appuyer le mouvement dans la durée et un homme qui était contre le mouvement de protestation ? En quoi était-ils représentatifs des opinions des Français, alors que les journalistes et leurs invités reconnaissaient précisément que ce mouvement était soutenu par 60 % de la population ?

En conclusion. J’ai laissé de côté un tiers de l’émission, peut-être par fatigue, peut-être par souhait de ne pas lasser les lecteurs. Mais ce que j’ai relevé me paraît confirmer ce que Le Monde diplomatique ou Acrimed ont démontré à suffisance : à savoir que les médias de grande diffusion (papier, radio, télévision) servent de dociles auxiliaires aux riches, aux puissances financières, aux grandes entreprises.

Philippe ARNAUD

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♦ La guerre en Ukraine pour maintenir l’Union européenne sous tutelle


C’est difficile à admettre, mais les Anglo-Saxons ne s’en cachent pas. Pour paraphraser une citation célèbre du premier secrétaire général de l’Alliance, l’OTAN a été conçue pour « garder la Russie à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et l’Union européenne sous tutelle ».

Il n’y a aucune autre interprétation possible de la poursuite des inutiles « sanctions » contre Moscou et des vains combats meurtriers en Ukraine.

Cela fait presque un an que l’armée russe est entrée en Ukraine pour appliquer la résolution 2202 du Conseil de sécurité. L’OTAN, rejetant ce motif, considère au contraire que la Russie a envahi l’Ukraine pour l’annexer. Dans quatre oblasts, les référendums d’adhésion à la Fédération de Russie semblent confirmer l’interprétation de l’OTAN, sauf que l’Histoire de la Novorossia confirme l’explication de la Russie. Les deux narrations se poursuivent en parallèle, sans jamais se recouper.

Pour ma part, ayant édité un bulletin quotidien durant la guerre du Kosovo1, je me souviens que la narration de l’OTAN à l’époque était contestée par toutes les agences de presse des Balkans, sans que j’aie le moyen de savoir qui avait raison. Deux jours après la fin du conflit, des journalistes des pays membres de l’Alliance atlantique purent se rendre sur place et constater qu’ils avaient été bernés. Les agences de presse régionales avaient raison. L’OTAN n’avait cessé de mentir. Par la suite, alors que j’étais membre du gouvernement libyen, l’OTAN, qui avait un mandat du Conseil de Sécurité pour protéger la population, l’a détourné pour renverser la Jamahiriya arabe libyenne, tuant 120 000 des personnes qu’elle devait protéger. Ces expériences nous montrent que l’Occident ment sans honte pour couvrir ses actes.

Aujourd’hui l’OTAN nous assure qu’elle n’est pas en guerre puisqu’elle n’a pas déployé d’hommes en Ukraine. Pourtant nous assistons d’une part à des transferts d’armes gigantesques vers l’Ukraine pour que les nationalistes intégraux ukrainiens2, formés par l’OTAN, résistent à Moscou et, d’autre part, à une guerre économique, elle aussi sans précédent, pour détruire l’économie russe. Compte-tenu de l’ampleur de cette guerre par Ukrainiens interposés, l’affrontement entre l’OTAN et la Russie semble à tout instant possible.

Une nouvelle Guerre Mondiale est pourtant hautement improbable, à court terme tout au moins : en effet, les actes contredisent déjà la narration de l’OTAN.

La guerre dure et dure encore. Non pas que les deux camps soient à égalité, mais parce que l’OTAN ne veut pas affronter la Russie. Nous l’avons vu, il y a trois mois, lors du sommet du G20 à Bali. Avec l’accord de la Russie, le président ukrainien Volodymyr Zelensky est intervenu dans les débats en vidéo, depuis Kiev. Il a demandé l’exclusion de la Russie du G20, comme elle l’avait été du G8 après l’adhésion de la Crimée à la Fédération russe. À sa grande surprise et à celle des membres de l’OTAN présents à ce sommet, les États-Unis et le Royaume-Uni ne l’ont pas soutenu3. Washington et Londres sont convenus qu’il y avait une ligne à ne pas dépasser. Et pour cause : les armes russes modernes sont bien supérieures à celles de l’OTAN, dont la technologie date des années 90. En cas d’affrontement, il ne fait aucun doute que certes la Russie souffrirait, mais qu’elle écraserait les Occidentaux en quelques jours.

À la lumière de cet événement, nous devons relire ce qui se passe sous nos yeux.

L’afflux d’armes vers l’Ukraine n’est qu’un leurre : la majorité des matériels envoyés n’atteint pas le champ de bataille. Nous avions annoncé qu’elles seraient envoyées pour déclencher une autre guerre au Sahel4, ce que le président du Nigeria, Muhammadu Buhari, a publiquement confirmé en attestant que de nombreuses armes destinées à l’Ukraine étaient déjà aux mains des jihadistes africains5. Au demeurant, constituer un arsenal de bric et de broc, en additionnant des armes d’âge et de calibres différents, ne sert à rien. Personne n’a la logistique suffisante pour approvisionner les combattants en munitions multiples. Il faut donc en conclure que ces armes ne sont pas données à l’Ukraine pour qu’elle gagne.

Le New York Times a sonné l’alerte en expliquant que les industriels occidentaux de la Défense ne parvenaient pas produire d’armes et de munitions en quantité suffisante. Les stocks sont déjà épuisés et les armées occidentales sont contraintes de donner le matériel indispensable à leur propre défense. Ceci a été confirmé par le secrétaire US à la Marine, Carlos Del Toro, qui a mis en garde face au déshabillage actuel des armées états-uniennes6. Il a précisé que si le complexe militaro-industriel US ne parvenait pas, dans les six mois, à produire plus d’armes que la Russie, les armées US ne pourraient plus accomplir leur mission.

Première remarque : si des politiciens US veulent déclencher l’Armageddon, ils n’ont pas les moyens de le faire dans les six prochains mois et ne les auront probablement pas non plus par la suite.

Étudions maintenant la guerre économique. Laissons de côté son camouflage sous un vocabulaire châtié : les « sanctions ». J’ai déjà traité cette question et souligné qu’il ne s’agit pas de décision d’un tribunal et qu’elles sont illégales en droit international. Observons les monnaies. Le dollar a écrasé le rouble durant deux mois, puis il est redescendu à la valeur qu’il avait de 2015 à 2020, sans que la Russie ait emprunté massivement. En d’autres termes, les prétendues « sanctions » n’ont eu qu’un effet négligeable sur la Russie. Elles ont gravement perturbé ses échanges durant les deux premiers mois, mais ne la gênent plus aujourd’hui. Par ailleurs, elles n’ont rien coûté aux USA et ne les ont pas du tout affectés.

Nous savons que, tout en interdisant à leurs alliés d’importer des hydrocarbures russes, les États-Unis en importent via l’Inde et reconstituent ainsi les stocks dans lesquels ils avaient puisé durant les premiers mois du conflit7.

Par contre, nous observons un chamboulement de l’économie européenne qui est contrainte d’emprunter massivement pour soutenir le régime de Kiev. Nous ne disposons ni de statistiques sur l’ampleur de ces emprunts, ni de l’identification des créanciers. Il est cependant clair que les gouvernements européens font appel à Washington au titre de la loi de prêt-bail US (Ukraine Democracy Defense Lend-Lease Act of 2022). Tout ce que les Européens donnent à l’Ukraine a un coût, mais il ne sera comptabilisé qu’après la guerre. Ce n’est qu’à ce moment-là que la facture sera établie. Et elle sera exorbitante. Jusque-là, tout va bien.

Le sabotage des pipe-lines Nord Stream 1 et Nord Stream 2, le 26 septembre 2022, n’a pas été revendiqué après coup, mais avant par le président états-unien Joe Biden, le 7 février 2022, à la Maison-Blanche, en présence du chancelier allemand Olaf Scholz. Certes, il ne s’est engagé qu’à détruire Nord Stream 2 en cas d’invasion russe de l’Ukraine, mais c’est que parce que la journaliste qui l’interrogeait avait cadré le sujet sans oser imaginer qu’il pourrait le faire aussi pour Nord Stream 1. Par cette déclaration et plus encore par ce sabotage, Washington a montré le mépris dans lequel il tient son allié allemand. Rien n’a changé depuis que le premier secrétaire général de l’OTAN, Lord Ismay, déclarait que le véritable but de l’Alliance était de « garder l’Union soviétique à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et les Allemands sous tutelle » (« keep the Soviet Union out, the Americans in, and the Germans down »)8. L’Union soviétique a disparu et l’Allemagne a pris la tête de l’Union européenne. S’il était toujours en vie, Lord Ismay dirait probablement que l’objectif de l’OTAN est de garder la Russie à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et l’Union européenne sous tutelle.

L’Allemagne, pour qui le sabotage de ces pipe-lines est le plus grave coup depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a encaissé sans broncher. Simultanément, elle a avalé le plan Biden de sauvetage de l’économie US au détriment de l’industrie automobile allemande. À tout cela, elle a réagi en se rapprochant de la Chine et en évitant de se fâcher avec la Pologne, nouvel atout des États-Unis en Europe. Elle se propose aujourd’hui de reconstruire son industrie en développant des usines de munitions pour l’Alliance.

Par voie de conséquence, l’acceptation par l’Allemagne de la suzeraineté US a été partagée par l’Union européenne que Berlin contrôle9.

Deuxième remarque : Les Allemands et les membres de l’Union européenne dans leur ensemble ont pris acte d’une baisse de leur niveau de vie. Ils sont, avec les Ukrainiens, les seules victimes de la guerre actuelle et s’en accommodent.

En 1992, alors que la Fédération de Russie venait de naître sur les ruines de l’Union Soviétique, Dick Cheney, alors secrétaire à la Défense, commanda au straussien10 Paul Wolfowitz un rapport qui ne nous est parvenu qu’amplement caviardé. Les extraits de l’original qu’en ont publié le New York Times et le Washington Post font apparaître que Washington ne considérait plus la Russie comme une menace, mais l’Union européenne comme un rival potentiel11. On pouvait y lire : « Bien que les États-Unis soutiennent le projet d’intégration européenne, nous devons veiller à prévenir l’émergence d’un système de sécurité purement européen qui minerait l’OTAN, et particulièrement sa structure de commandement militaire intégré ». En d’autres termes, Washington approuve une Défense européenne subordonnée à l’OTAN, mais est prêt à détruire l’Union européenne si elle s’imagine devenir une puissance politique capable de lui tenir tête.

La stratégie actuelle des États-Unis, qui n’affaiblit pas la Russie, mais l’Union européenne au prétexte de lutter contre la Russie, est la seconde application concrète de la doctrine Wolfowitz. Sa première application, en 2003, consistait à punir la France de Jacques Chirac et l’Allemagne de Gerhard Schröder qui s’étaient opposées à ce que l’OTAN détruise l’Iraq12.

C’est très exactement ce qu’a déclaré le président du comité des chefs d’état-major US, le général Mark Milley, lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion des alliés, le 20 janvier à Ramstein. Alors qu’il avait exigé de chaque participant le don d’armes à Kiev, il a reconnu que « Cette année, il sera très, très difficile d’éjecter militairement les forces russes de chaque centimètre carré de l’Ukraine occupée par la Russie » (« This year, it would be very, very difficult to militarily eject the Russian forces from every inch of Russian-occupied Ukraine »). En d’autres termes, les Alliés doivent se saigner, mais il n’y a aucun espoir de gagner quoi que ce soit en 2023 sur la Russie.

Troisième remarque : Cette guerre n’est pas conduite contre Moscou, mais pour affaiblir l’Union européenne.

Thierry Meyssan

source : Réseau Voltaire

  1. Le Journal de la guerre en Europe.
  2. « Qui sont les nationalistes intégraux ukrainiens ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 15 novembre 2022.
  3. « Zelensky piégé par Moscou et Washington », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 novembre 2022.
  4. « Une nouvelle guerre se prépare pour l’après défaite face à la Russie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 24 mai 2022.
  5. « Muhammadu Buhari met en garde contre le flux d’armes de la guerre russo-ukrainienne en Afrique », Actu Niger, 30 novembre 2022.
  6. « Navy Secretary Warns : If Defense Industry Can’t Boost Production, Arming Both Ukraine and the US May Become ‘Challenging’ », Marcus Weisgerber, Defense One, January 11, 2023.
  7. « India’s breaking all records for buying Russian oil, but who is the surprise buyer ? », Paran Balakrishnan, The Telegraph of India, January 16, 2022.
  8. Cette citation orne fièrement le site officiel de l’Alliance atlantique.
  9. « Déclaration conjointe sur la coopération entre l’UE et l’OTAN », Réseau Voltaire, 10 janvier 2023.
  10. « Vladimir Poutine déclare la guerre aux Straussiens », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 mars 2022.
  11. « US Strategy Plan Calls For Insuring No Rivals Develop », Patrick E. Tyler, and « Excerpts from Pentagon’s Plan : “Prevent the Re-Emergence of a New Rival” », New York Times, March 8, 1992. « Keeping the US First, Pentagon Would preclude a Rival Superpower » Barton Gellman, The Washington Post, March 11, 1992.
  12. « Instructions et conclusions sur les marchés de reconstruction et d’aide en Irak », par Paul Wolfowitz, Réseau Voltaire, 10 décembre 2003.

♦ Les tribulations d’un diplomate français à Alger ! L’énigme Driencourt en Algérie. (Partie I)


Que gagneraient Driencourt et son pays avec ses « conseils » ?

Que gagnerait-il à s’employer à son âge, après sa mise à la retraite, à parasiter, voire empêcher, des relations d’État à État qui dépassent sa petite conscience d’espion et non du diplomate; aidé par une certaine presse décadente et certains milieux revanchards ? Avec son livre et son article publié dans Le Figaro intitulé « L’Algérie s’effondre, entraînera-t-elle la France dans sa chute ?» (1), c’est son pays qui y perdrait plus que l’Algérie en ces temps de vaches maigres et de déclin en Europe. L’Algérie a enregistré un taux de croissance économique de 4,1% en 2022 (qui devrait atteindre 5% en 2023), selon les dernières informations qui signalent aussi une réduction des importations et une augmentation des exportations, hors hydrocarbure, passant de 1,7 Mds en 2019 à 7 Mds en 2022, ainsi que la création d’au moins 700 micro, petites, moyennes et grandes unités économiques. Elle dispose aussi de suffisamment de ressorts pour contrecarrer toute tentative d’asphyxie; elle en a fait la preuve. Elle peut aussi redéfinir ses rapports avec tout pays.

Face aux coups de boutoir de l’Armée russe, seule contre les USA et toute l’Europe de l’Ouest, avec ses conséquences catastrophiques sur leur économie et leur pseudo-unité, il est certain que la France va être affaiblie pour plusieurs années. Xavier Driencourt a-t-il fait une diversion en voyant, peut-être, la solution néocoloniale comme seule sortie du marasme économique de son pays afin d’éponger ses 3000 milliards de dettes (2) qui ne cessent de battre des records historiques ? Chimérique car, pour cela, il faudra recoloniser l’Afrique, avoir des moyens financiers et militaires colossaux, à l’instar de ceux de la Russie, qu’elle ne possédera jamais !

Qu’est-ce que la France gagnerait, avec les « conseils » néfaste et outranciers de cet agité, aux conséquences dommageables pour son pays d’abord au lieu prôner les bonnes relations, le respect, l’amitié et la concorde ? Il s’offusque même que des dirigeants de son pays aient visité Alger en usant d’un langage bizarre comme « mais pourquoi diable …. se précipiter à Alger et tenir aux Algériens les phrases qu’ils attendaient … » « Pourquoi diable envoyer dans la foulée la PM flanquée de quinze ministres… »! Ne voyant même pas, en ex-diplomate, que c’est des actions diplomatiques respectables, engagées par des officiels de son pays, pour les intérêts de la France ? S’étonner de cela et le contester, c’est que le  »diable » qui l’habite l’a fait sombrer dans ce qu’on appelle en psycho-sociologie le « dénialisme » (choix de nier un fait ou un consensus sans justification rationnelle ; un comportement de malhonnêteté qui consiste à ne pas prendre en compte un fait ; Wikipédia).

En l’absence de pertinence dans ses propos, il ferait mieux de se taire ou d’utiliser ses « compétences » à servir les siens au lieu de ce regard qui se dérobe entre les œillères de ses préjugés sur l’Algérie !

Aider plutôt son pays en graves difficultés

Il peut bien aider son pays à sortir de ses difficultés économiques et socio-politiques, que nous observons (nous aussi) «sous [nos] yeux» au lieu de se focaliser sur l’illusoire « bosse » de l’Algérie qui ne lui a rien demandé!

Qu’il consacre son aide aux pauvres de son pays, aux sans-abris, aux sans-dents, aux « gilets jaunes », aux hôpitaux, aux retraités, aux boulangeries, aux agriculteurs, à soutenir en énergie les usines qui ferment, les ménages modestes en désarrois etc.( l’Insee comptait 9,2 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté monétaire, auxquelles il faut ajouter environ 1,6 million de pauvres qui échappent aux statistiques. Sans compter … que les statistiques de l’Insee concernent uniquement la France métropolitaine) (3). Il pourrait également, donner son avis sur les orientations culturelles et sociales de son pays, sur l’instauration d’un système qui autorise les mariages homosexuels (cachés sous le sophisme « mariage pour tous ») ou les pratiques homosexuelles (qui existent de tout temps), dont-on a créé des conditions, y compris juridiques, pour ériger une société à contrecourant de toutes les valeurs universelles qui guident l’être humain pour son équilibre ! Qu’il dise franchement s’il est d’accord avec ces orientations et si cela entre dans les valeurs françaises ! Vu ses « compétences », il devrait, s’atteler à ces tâches nobles au lieu de fourrer son nez ; dans les affaires des autres pays, surtout de certains pays africains, que sa France persécute, fait chanter et vole. Oui, parce que ce sont des pays faibles, avec obstacles dérisoires, sans capacité de riposte, contrairement au cas de la Russie qui – après de multiples provocations sans riposte qu’ils ont cru faiblesse – les écrase carrément en Ukraine, malgré une coalition dans une ploutocratie atlantiste qui n’ose même pas lui déclarer en guerre. Un sérieux écueil auquel ils n’osent pas se mesurer malgré leur arrogance et leur inconscience ! En effet, les atlantistes (dont la France), sont loin de vouloir sacrifier leur confort issu des pillages pour se lancer éperdument dans une guerre d’extermination. Une guerre de haute intensité avec la Russie et/ou la Chine, dans les conditions actuelles, risque fort d’anéantir leur capital économique, financier et militaire pour se retrouver dans une indigence existentielle. «… elle (Otan) est bien trop couarde et trop effrayée par le spectre de sa propre mort pour se risquer à en hâter le terme ! » (4) ( Vincent Gouysse, Réseau international)

Comme X. Driencourt sait spéculer, alors spéculons également : si la France atteint la limite du chaos qui mettrait en danger son existence, parions qu’elle n’hésitera à solliciter l’aide de l’Afrique et de l’Algérie en particulier et le culotté Driencourt sera le premier à proposer de servir d’intermédiaire sous le prétexte qu’il a « beaucoup d’amis », sachant qu’il est grillé en Algérie ! La France a grand intérêt à s’éloigner des affaires intérieures de l’Algérie et de toute l’Afrique occidentale et équatoriale qu’elle ne considère même pas comme des Etats selon le politologue centrafricain Bruneau Marboua ! (5)

Miel et frelon, gredineries et confabulation

Quel frelon l’a piqué, lui l’habitué au miel durant deux « mandats » diplomatique en Algérie, pour se mettre dans un tel état psychotique contre un pays indépendant, souverain et digne qui ne lui a rien fait ? Un esprit caractériel qui l’a conduit à ce qu’il est aujourd’hui. La sortie de Xavier Driencourt doit être vue davantage comme une réaction d’un fossoyeur à l’esprit imprégné d’un sectarisme fermé et d’un racisme primaire, dissimulés sous un sophisme grossier ! Il est vrai que « tout luxe corrompt ou les mœurs ou le goût. » (J. Joubert). Il altère aussi la raison et la logique. Il faut souligner que la France a été la grande bénéficiaire sur le plan économique, en ces temps-là, au détriment des intérêts de l’Algérie.

Selon son « analyse prédictive »  »l’effondrement » de l’Algérie l’inquiète seulement dans le sens d’un risque d’une immigration massive, en « boat-people algériens », vers la France ; rengaine que nous avons déjà entendu du temps du terrorisme du FIS/GIA. L’inversion de la prédiction est-elle valable ? Fort possible !

Quand il y a quelques parts, en France, de graves problèmes de gouvernance pour cause d’incompétence qu’illustre, par exemple, un Lemaire ministre de l’Economie affirmant majestueusement « mettre à genoux » l’économie russe avec des balourdises, quand un ministre de la Culture ne sait pas combien de mètres carrés il y a dans un hectare ou un Président Sarkozy qui soutient Al Qaida tout en ne sachant pas s’ils sont « sunnites ou chiites », ou un ambassadeur qui ne représente pas dignement son pays à l’étranger avec ses actions secrètes de subversion et de déstabilisation, etc. on est en droit de donner crédit aux affirmations de ce Français Jean-Paul Brighelli (agrégé de Lettres, professeur, romancier, essayiste). Dans une excellente interview (6) intitulée « École : la fabrique des crétins », il assène « On s’aperçoit actuellement que même l’élite est en train de descendre…on a des élites autoproclamées qui n’ont plus grand-chose à voir avec une élite…ça fait un certain temps qu’on ne récolte plus tellement de prix Nobel en France. L’ensemble s’effondre alors que dans d’autres pays l’ensemble monte…On est en train de s’effondrer vraiment. Il y a une braderie globale. Je vous rappelle que nous ne sommes plus une nation industrielle, nous ne sommes plus tellement une nation culturelle quoi qu’on croit véritablement, nous sommes une nation de service… (parce que) à un niveau global ça fait longtemps qu’on ne fait plus rien… ».

On comprend donc que les responsables en France ne peuvent pas travailler en pleine conscience et indépendance pour sortir de cette absurdité dans leurs comportements et dans leurs idées.

Par DJERRAD Amar

Notes :

(1) https://www.lefigaro.fr/vox/societe/xavier-driencourt-l-algerie-s-effondre-entrainera-t-elle-la-france-dans-sa-chute-20230108

(2) https://www.capital.fr/economie-politique/la-france-championne-du-monde-de-la-dette-publique-1455700#:~:text=C’est%20l’un%20des,d%C3%A9but%202023%20au%20plus%20tard.

(3) https://www.oxfamfrance.org/inegalites-et-justice-fiscale/pauvrete-inegalites-france/

(4) https://reseauinternational.net/la-russie-dotee-de-la-dissuasion-nucleaire-la-plus-dissuasive/

(5) https://fr.sputniknews.africa/20230113/militaires-francais-arretes-en-centrafrique-ils-nont-rien-a-faire-ici-1057578482.html

(6) https://www.youtube.com/watch?v=-S-obOJLNeU

♦ Le Maroc finance-t-il l’UNESCO? Audrey Azoulay commet un grave conflit d’intérêts


La Directrice générale de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Audrey Azoulay, a signé, mardi à Paris, un accord de renforcement de la coopération entre le Maroc et l’organisation onusienne dans plusieurs domaines, notamment celui de la préservation du patrimoine matériel et immatériel de l’humanité.

« Nous savons tout ce que cette coopération entre le Maroc et l’UNESCO doit à l’engagement de Sa Majesté le Roi et de la famille royale », a affirmé Audrey Azoulay dans un discours, à l’occasion de la signature, avec la Princesse Lalla Hasnaa, présidente de la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine culturel de Rabat, d’un Accord de partenariat entre l’UNESCO et la Fondation.

Seulement voilà, la présidente de l’Unesco a commis un grave conflit d’intérêt, puisque son père André Azoulay est le Conseiller personnel du Roi du Maroc Mohamed VI et de la princesse Lalla Hasna. La présidente de l’UNESCO est même née au Palais royal au Maroc, possède la nationalité marocaine et a effectué ses études aux côtés des enfants du Roi du Maroc dans le Palais royal à Rabat. Face à tous ses faits, la cheffe de l’Unesco aurait dû s’interdire de signer une convention ou un accord avec la famille royale marocaine, avec laquelle avec partage une relation familiale, et cela, pour ne pas tomber dans les interdits des conflits d’intérêt fixés par l’institution onusienne.

La Directrice générale fait même, la publicité pour l’organisation marocaine, mettant en avant aussi les découvertes archéologiques fondamentales réalisées au Maroc : le plus vieux fossile d’Homo sapiens à Djebel Irhoud en 2017 et les parures de la grotte de Bizmoune, qui ont ouvert de nouvelles perspectives sur les origines de l’humanité.

Il faut dire que cette complicité entre la présidente de l’Unesco, Mme Azoulay et la sœur du roi du Maroc,  Lalla Hasnaa, présidente de la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement, ne date pas d’aujourd’hui, puisqu’elle accompagne l’Unesco depuis 2016 dans ses actions visant notamment à sauvegarder les Océans et pour développer l’éducation à l’environnement ainsi que le travail fourni par la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine culturel de Rabat que la Princesse préside. Le Maroc finance-t-il l’institution onusienne ? En tout cas, la complicité entre la sœur du roi du Maroc et la présidente de l’Unesco est flagrante.

Pire, cet accord, a précisé Mme Azoulay, ne concerne pas le patrimoine marocain, mais ouvre de nouvelles perspectives pour le Maroc, non seulement au Maroc, mais aussi plus généralement en Afrique, qui est l’une des priorités stratégiques de l’UNESCO. Une menace à peine voilée contre le patrimoine algérien que le Maroc vise depuis quelques années comme la Fantazia….ou les bijoux berbères.

Pour précision, Lalla Hasnaa, Présidente de la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine culturel de Rabat, qui a présidé, mardi au siège de l’UNESCO, en présence d’Audrey Azoulay, la signature d’un accord de partenariat entre les deux organismes. L’accord, a été signé par Ernesto Ottone, sous-directeur général de l’UNESCO pour la culture, et Nouzha Alaoui, secrétaire générale de la Fondation. La Fondation et l’UNESCO s’engagent à mener une action primordiale au continent africain. Cette action commune consistera à mettre en œuvre la convention du patrimoine mondial sur les sites classés au Maroc et en Afrique. L’accord de partenariat prévoit également des programmes de renforcement des capacités des acteurs du patrimoine qui le gèrent et le préservent à Rabat, au Maroc ou en Afrique et enfin la participation aux différents événements nationaux et internationaux organisés par l’UNESCO.

Amel Bouchaib 

♦Damas, le pire des hivers


Les destructions de la guerre, la perte des gisements pétroliers et les sanctions occidentales affectent tous les aspects de la vie de millions de Syriens et de Syriennes. Reportage dans une capitale fantomatique. Crédit image Paul Khalifieeh

«Ali, demain tu accompagnes ton oncle à Harasta pour récupérer du bois pour le chauffage!» Recroquevillée sous deux épaisses couvertures dans un coin du salon, Soumaya tance son fils en lui décochant un regard sévère. «Tu n’aurais pas dû attendre que les derniers branchages soient consumés pour y aller», lui reproche-t-elle entre deux nuages de buée. Au milieu de la salle recouverte de tapis, les dernières poignées de glands de chênes et de coques de pistaches brûlent dans un poêle à bois de couleur rouille. La faible chaleur qu’il dégage n’est pas suffisante pour équilibrer la température. De l’autre côté de la pièce, un vieux monsieur se frotte les mains énergiquement. Au milieu de la salle, presque collés au poêle, deux enfants se partagent une peau de mouton.

A Damas, où la température avoisine le zéro degré, la bataille contre le froid est le principal défi des habitants. «Mon seul souci est de chauffer ma famille durant cet hiver rigoureux, lance Soumaya, une veuve de 50 ans mais à qui on en donne dix de plus. Tout ce qui peut se consumer passe au poêle.» «Le froid est le pire ennemi», acquiesce le vieil homme d’une voix rauque.

Introuvables carburants

Pour la majorité des Syriens, le système de chauffage central qui fonctionne au mazout n’est plus qu’un vieux souvenir, un luxe suprême, que seule une poignée de fortunés peuvent encore se payer en raison de la pénurie chronique de carburant.

La plupart des foyers se sont rabattus sur les poêles à bois dont l’installation nécessite la perforation des murs ou des plafonds pour faire passer les conduits.
Cependant, même cette méthode de chauffage «à l’ancienne» n’est pas de toute facilité. La tonne de bois se vend à plus de 2 millions de livres syriennes, l’équivalent de 320 dollars au taux du marché noir. Un prix inabordable dans un pays où le salaire d’un fonctionnaire plafonne à 100 000 livres, soit moins de 17 dollars par mois.

Forêts anéanties

«Le bois se fait rare, explique Khaled, un ancien mécanicien reconverti dans le commerce de ce matériau. Avant la guerre, la Ghouta orientale de Damas était recouverte de vergers et de bois. Les combats et les coupes sauvages encouragées par l’absence de surveillance n’ont rien laissé. Dans certaines localités, comme à Maliha, autrefois verte et boisée, plus un seul arbre ne tient debout.»

Ali ira donc à Harasta, une localité située à une dizaine de kilomètres au nord-est de Damas, détruite à 60% par les combats entre l’armée syrienne et les rebelles. «Là-bas, les fouilleurs de décombres ont démonté les volets, les portes et les toitures en bois pour les revendre. On dit que c’est nettement moins cher que les arbres coupés», explique-t-il, placide.

Le jeune homme n’est cependant pas au bout de ses peines. La pénurie de carburant a durement touché le secteur du transport. Le mazout et l’essence sont très sévèrement rationnés et souvent introuvables.

La plupart des gisements de pétrole se trouvent dans des régions contrôlées par les forces kurdes et étasuniennes

La plupart des gisements de pétrole de Syrie se trouvent à Hassaké, dans le nord-est, et dans la province orientale de Deir Ezzor, deux régions contrôlées par les forces kurdes, soutenues par les Etats-Unis. L’armée étasunienne a transformé les champs pétrolifères en bases militaires. Le gouvernement syrien ne peut donc pas exploiter ses ressources énergétiques qui servent aujourd’hui à financer l’administration autonome kurde.

Les quantités de carburant disponibles sur le marché proviennent d’Iran et, plus rarement, de Russie, les deux alliés de la Syrie. La priorité dans la distribution va aux forces armées. Ce qui reste, c’est-à-dire pas grand-chose, est réservé à la population.

Ces dernières semaines, la pénurie s’est aggravée. «Avec ma carte de rationnement (délivrée il y a deux ans par le gouvernement à des millions de personnes), j’ai normalement droit à 50 litres de mazout deux fois par hiver. J’ai fait ma demande à la mi-septembre sur la plateforme, je n’ai toujours pas obtenu de réponse», déplore Moustapha, la cinquantaine, enseignant dans une école publique.

Le mazout introduit en contrebande à partir des régions contrôlées par les Kurdes se négocie à 250 000 livres syriennes le bidon de vingt litres, soit près de 40 dollars. L’essence, qui passe du Liban voisin par des voies illégales, se vend pratiquement au même prix. Seule une infime minorité a les moyens de s’en procurer.

Damas, ville fantôme

Les effets de la pénurie de carburant sont frappants. Damas, d’habitude très animée et embouteillée, ressemble à une ville fantôme. La circulation y est fluide la journée, les rues sont presque désertes la nuit, les taxis se font rares. A la tombée du jour, les habitants se terrent dans leurs maisons froides et sombres, en raison du rationnement draconien du courant électrique. Vingt-et-une heures de coupure par jour à Damas, vingt-trois dans les régions rurales. «Je ne vais plus à l’université depuis deux mois à cause du coût élevé du transport, se plaint Salim, étudiant en deuxième année de médecine. J’ai envisagé de faire à vélo le trajet de Douma (10 km à l’est de la capitale) à Damas. Mais le retour la nuit dans ces rues sombres et désertes m’en a dissuadé.» Le jeune homme affirme que le tiers des étudiants de l’université de Damas, la plus grande du pays, ne se rendent plus à leurs cours de manière régulière.

Pas un secteur n’est épargné par la crise. En fin de semaine dernière, une grande partie des boulangeries en mains étatiques n’était plus en mesure de fournir le marché en pain faute de mazout.

Les administrations publiques, les écoles et les banques tournent au ralenti. Contrairement au Liban, où des générateurs privés de quartier fournissent à prix fort de l’électricité aux foyers et aux entreprises commerciales, en Syrie, plus rien ne fonctionne lorsque le courant électrique est coupé. «J’ai attendu des heures pendant plusieurs jours devant le distributeur automatique de billet pour retirer mon salaire, la machine n’a jamais fonctionné faute d’électricité, se plaint Ayman, un retraité de l’Office des eaux de Damas. J’ai fait une demande pour que mon revenu ne soit plus transféré à la banque. Je veux être payé en cash.»

Rationnement en crise

La carte de rationnement, qui a permis un certain temps d’organiser l’approvisionnement de la population en produits alimentaires de base et en carburant n’est plus d’aucune efficacité. «En théorie, le riz, le sucre et l’huile végétale subventionnés par l’Etat sont trois à quatre fois moins chers que les prix du marché, souligne Moustapha. Mais cela fait trois mois que la distribution est perturbée. Nous faisons des demandes mais nous ne recevons plus le texto fixant la date de livraison.»
Celles et ceux qui en ont les moyens sont contraints d’acheter la nourriture aux prix du marché et en temps de pénurie sur le marché noir. «Mon salaire de 100 000 livres me permet d’acheter 5 kg de sucre et 3 litres d’huile végétale. Je dois me débrouiller pour tout le reste», déclare l’enseignant.

Le poids des sanctions US

La situation est plus gérable dans le secteur privé, où les salaires sont quatre à cinq fois plus élevés que dans le public. «Avec mon salaire de 400 000 livres, je suis une privilégiée, affirme Ghada, secrétaire dans un cabinet d’avocat. Mais en réalité, pour vivre décemment, il en faut dix fois plus.»
Les soins de santé restent théoriquement gratuits pour toutes et tous. Mais les temps d’attente sont très longs. «Une opération à cœur ouvert coûte 1,3 million de livres dans un hôpital public, avec généralement trois à quatre mois d’attente. Dans un établissement privé, l’intervention est immédiate mais elle coûte 55 millions de livres. Combien de Syriens ont-ils les moyens de débourser cette somme», s’interroge Atef, un cardiologue à l’hôpital al-Bassel.

Les personnes interrogées sont unanimes. C’est le pire hiver auquel est confrontée la population syrienne depuis le début de la guerre, en 2011. La destruction d’une grande partie des infrastructures et l’incapacité pour l’Etat d’exploiter les ressources énergétiques et agricoles du pays, situées dans des régions qui échappent à son contrôle, sont responsables de cette situation. Mais les sanctions occidentales, plus particulièrement la loi César adoptée en 2020 par le Congrès étasunien, ont aggravé la crise. «Les sanctions ont perturbé les importations, déplore un haut-fonctionnaire qui a requis l’anonymat. Plus personne n’ose conclure des transactions financières avec des Syriens de peur d’être ciblé par des sanctions. Cette situation a brisé les chaînes d’approvisionnement et développé un immense marché noir où les prix explosent.»

Ramenés au Moyen-Age

Face à la crise, des initiatives de solidarité privées se sont développées. «De richissime commerçants et hommes d’affaires se sont cotisés pour offrir à cette école un générateur, à cet hôpital des lits, où à telle rue un système d’éclairage à l’énergie solaire. Mais cela reste limité et insuffisant pour faire fonctionner un pays», confie le haut-fonctionnaire.

«A défaut de renverser le pouvoir, ils auront réussi à ramener la Syrie au Moyen-Age», fait observer Soumaya, en lançant un regard vers une table basse, où trônent les portraits de deux hommes. Son époux et son fils aîné, tués pendant la guerre.

Paul Khalifeh
Source: Courrier.ch

♦ Quand Biden faisait tomber un protégé de Carter pour une affaire de documents classifiés


Embarrassante l’affaire des documents classifiés retrouvés chez le président Biden? The Intercept nous rappelle une histoire particulièrement cocasse. Lorsqu’il était jeune sénateur, le faucon de Washington s’est associé aux républicains pour faire tomber un protégé du président Carter censé remettre la CIA sur le droit chemin. À l’origine de la manœuvre, une affaire de … documents classifiés! (IGA)

Le président Joe Biden et ses partisans ont cherché à minimiser l’importance de la découverte de documents classifiés au Penn Biden Center for Diplomacy and Global Engagement, un think tank où Biden disposait d’un bureau. On pense que ces documents datent de l’époque où il était vice-président sous Barack Obama. Mais une autre série de documents classifiés ont ensuite été retrouvés dans le garage personnel de Biden, dans sa maison du Delaware. Le procureur général Merrick Garland a nommé un avocat spécial pour enquêter sur cette affaire.

L’ancien président Donald Trump et ses partisans ont défendu le fait qu’il avait transféré des documents classifiés dans son complexe hôtelier de Mar-a-Lago en affirmant que le président avait le pouvoir de déclassifier les documents en question. À l’heure actuelle, cette affaire fait également l’objet d’une enquête fédérale.

C’est un secret à peine caché à Washington D.C : pendant des décennies, des politiciens de haut rang ont contourné voire enfreint les règles relatives aux documents classifiés – dans certains cas pour des usages apparemment bénins comme la rédaction de mémoires. Sandy Berger, l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Bill Clinton, a volé des documents aux Archives nationales en 2003 en les glissant dans ses vêtements, puis a détruit certains documents classifiés. Il a prétendu vouloir examiner ces documents pour préparer son témoignage devant la Commission du 11 septembre. Le général David Petraeus a été contraint de démissionner de son poste de directeur de la CIA en 2012 après qu’il eut été révélé qu’il avait manipulé de manière inappropriée des documents classifiés. Il en avait notamment emporté chez lui et les avait partagés avec sa biographe avec laquelle il entretenait une liaison.

Dans certains cas, des accusations criminelles ont été portées. Berger a ainsi été condamné à une amende de 50.000 dollars par un juge fédéral et il a perdu son habilitation de sécurité [procédure permettant à une personne d’avoir accès à des informations protégées, NDLR]. Petraeus a quant à lui été condamné à deux ans de prison avec sursis assortis d’une amende de 100.000 dollars. En règle générale cependant, il est rare qu’une personnalité très en vue soit confrontée à des poursuites criminelles significatives pour de tels actes. Évidemment, la règle ne vaut pas pour les lanceurs d’alerte tels que Reality Winner, Jeffrey Sterling, Terry Albury et Daniel Hale. Ils ont été agressivement poursuivis en vertu de l’Espionage Act et condamnés à de longues peines de prison.

Les révélations sur le stockage illicite de documents classifiés sont particulièrement embarrassantes pour le président Biden. Surtout si l’on tient compte des assauts répétés des démocrates contre Trump pour les documents classifiés conservés à Mar-a-Lago. Mais il y a une affaire encore plus marquante sur le passé de Biden qui mérite d’être rappelée.

Les événements se sont déroulés lors de présidence de Jimmy Carter. Joe Biden était alors une étoile montante du Sénat US, et membre de la toute nouvelle commission du renseignement qui avait été créée en réponse aux dérives de la mandature Nixon. Le démocrate Biden s’est associé aux républicains de cette commission pour empêcher qu’un personnage critique envers la CIA ne devienne directeur de l’agence de renseignements. L’une des raisons évoquées ? Ted Sorensen, le candidat en question, avait admis avoir emporté des documents classifiés pour préparer une biographie de son vieil ami, John F. Kennedy. Sorensen avait par ailleurs pris la défense de Daniel Ellsberg, le lanceur d’alerte à l’origine des Pentagon Papers. Biden était même allé jusqu’à suggérer que Sorensen pourrait faire l’objet de poursuites en vertu de l’Espionage Act.

Comme l’a rapporté The Intercept précédemment, Biden a mené une campagne agressive pour le président Carter. Mais il a avoué plus tard qu’il n’avait jamais été un grand fan du célèbre président relativement progressiste. Lorsque Carter a nommé Sorensen au poste de directeur de la CIA, l’establishment de la sécurité nationale à Washington était furieux. Sorensen n’avait pas d’expérience en politique étrangère et n’avait pas sa place dans le monde des opérations secrètes. Carter avait déclaré qu’il voulait un outsider pour ce poste de la CIA, faisant écho à sa promesse de réduire à la fois le pouvoir et le budget de l’agence.

La nomination de Sorensen est intervenue après une campagne au cours de laquelle Carter avait promis de faire la guerre au « secret excessif » de l’agence. Il s’était engagé à dénoncer et punir les agents de la CIA qui enfreignaient la loi. « Nous ne devons plus jamais cacher l’évolution de notre politique étrangère au Congrès et au peuple américain« , avait déclaré Carter. « Ils ne doivent plus jamais être trompés« . Carter n’a finalement pas réussi à réaliser nombre de ses promesses concernant la CIA. Mais le simple fait qu’il avait formulé de telles déclarations avait suscité de graves inquiétudes au sein de l’agence et chez de nombreux législateurs républicains. Ce conflit a éclaté au grand jour lors du processus de nomination de Sorensen.

Biden a assuré à Sorensen qu’il l’aiderait à traverser la procédure. Selon les souvenirs de Sorensen, Biden lui avait fait croire qu’il avait le soutien  » enthousiaste  » du sénateur, affirmant qu’il était  » la meilleure nomination que Carter ait faite. »

Cependant, lorsque Sorensen a été attaqué par les républicains, Biden a changé de position et a fait tout son possible pour déterrer un épisode du passé de Sorensen qui servirait de pièce maîtresse contre sa nomination. En effet, Sorensen avait fait une déclaration sous serment dans l’affaire Ellsberg. Il avait ainsi reconnu que de nombreux fonctionnaires de Washington, dont lui-même, emportaient des documents classifiés chez eux pour les examiner et que certains divulguaient souvent des documents bien plus sensibles à la presse sans encourir de poursuites.

Cette déclaration sous serment n’a jamais été déposée au tribunal. Biden a déclaré qu’il avait appris son existence par un collègue républicain. Il a estimé que les républicains de la commission chercheraient à l’utiliser pour discréditer Sorensen. Biden a alors demandé à son personnel d’éplucher les documents et les livres de Sorensen pour trouver cette déclaration sous serment non déposée. Un assistant qui avait participé à l’affaire des Pentagon Papers a fini par la dénicher. Cette découverte, combinée à d’autres soucis, notamment les allégations selon lesquelles Sorensen était un pacifiste qui avait évité le service militaire pendant la guerre de Corée, a mis en péril la nomination. « C’était comme être pris dans les phares d’un camion », a déclaré Sorensen, décrivant la campagne contre lui comme un effort où « de nombreux petits ruisseaux sales ont coulé ensemble pour en faire un grand ».

Après avoir découvert le fameux document, Biden a déclaré lors d’un appel téléphonique avec Carter: « Je pense que nous avons des problèmes. Je pense que ça va être difficile. » Alors qu’il devenait évident que la nomination était condamnée, Carter a offert une défense peu inspirée des déclarations de Sorensen sur les documents classifiés avec une communication publique disant qu’il serait « très malheureux » que la reconnaissance franche d’une pratique courante doive « priver l’administration et le pays de ses talents et services », selon un rapport de presse.

Lors de l’audition pour la nomination de Sorensen, Biden s’en est pris au candidat.  » Très honnêtement, il m’est difficile de savoir si M. Sorensen ne pourrait pas être inculpé ou même condamné en vertu des lois sur l’espionnage », a déclaré Biden, se demandant « si M. Sorensen a intentionnellement profité des ambiguïtés de la loi ou s’il a négligemment ignoré la loi « . Jules Witcover, biographe de Biden, écrira plus tard :  » À la suite de ces plaintes et d’autres contre Sorensen, et sous la pression en coulisses de Carter, l’ancien rédacteur des discours de JFK a accepté que sa nomination soit retirée.  » Sorensen a ensuite déclaré qu’ « au royaume de l’hypocrisie politique, Biden mériterait le prix de l’hypocrisie politique. »

Source originale: The Intercept

Traduit de l’anglais par GL pour Investig’Action

♦ Des chars envoyés par l’OTAN en Ukraine : cauchemar ou game changer ?


Réticent au départ, l’Occident va finalement livrer des chars d’assaut à l’Ukraine. Même l’Allemagne s’est résignée franchir le cap. Un game changer dans la guerre contre la Russie ? Ancien officier de renseignement du corps des Marines ayant servi en Union soviétique, ancien inspecteur de la commission spéciale des Nations unies en Irak et célèbre pourfendeur de la fable des armes de destruction massive, Scott Ritter estime que ce nouveau cap dans la guerre d’Ukraine fait peser plus lourdement encore le risque d’un cauchemar nucléaire sans même répondre aux besoins de Kiev. (IGA)

Tôt le matin du 2 mai 1945, le général Vasily Chuikov, commandant de la 8e armée de la Garde soviétique, acceptait la reddition de la garnison allemande de Berlin.

Deux jours auparavant, les soldats de la 150e division de fusiliers, intégrée à la 5e armée de choc soviétique, avaient victorieusement hissé la bannière de l’Armée rouge au sommet du palais du Reichstag. Une heure plus tard, Adolf Hitler et sa maîtresse, Eva Braun, se suicidaient dans un bureau du Furhrerbunker.

Chuickov dirigeait la 62e armée qui fut hissée au rang de 8e armée de la Garde après sa résistance victorieuse face à l’assaut massif des Allemands à Stalingrad en 1943. Chuickov dirigea ensuite ses troupes jusqu’à Berlin, luttant contre de tenaces poches de résistance dans le quartier central de Tiergarten où se trouvait l’antre de la bête nazie. En récompense du courage et du sacrifice de ses soldats, le général soviétique se trouva en mesure d’accepter la capitulation allemande.  

« Lever du drapeau sur le Reichstag » photo d’Evgeny Khaldei. (Ministère de la Défense russe)

En l’honneur de cet exploit et du prix enduré, l’armée soviétique inaugurait en novembre 1945 un mémorial dans le parc de Tiergarten. Construit à partir de marbre rouge et de granit provenant des ruines de la Neue Reichskanzlei (nouvelle chancellerie impériale) d’Adolf Hitler, le monument est composé d’une stoa reposant sur six colonnes et surmontée d’une immense statue en bronze représentant un soldat victorieux de l’Armée rouge. Le monument est flanqué de deux canons obusiers de l’artillerie soviétique ainsi que d’une paire de chars T-34.

De 1945 à 1993, le monument était placé sous la surveillance de gardes soviétiques. Ensuite, lorsque l’armée russe s’est retirée de Berlin, l’entretien du monument est revenu à l’Allemagne, conformément aux dispositions du traité de réunification de 1990 entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est.

Soviet War Memorial, Tiergarten, West Berlin. (Mike Peel, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons)

L’inscription gravée dans le granit du monument, en lettres cyrilliques, se lit comme suit : « Gloire éternelle aux héros qui sont tombés au combat contre les occupants fascistes allemands pour la liberté et l’indépendance de l’Union soviétique« .

Aujourd’hui, Vasily Chuikov et les héros soviétiques auxquels le mémorial de Tiergarten est dédié doivent se retourner dans leur tombe. En effet, à travers un gouvernement ukrainien inspiré par l’idéologie néonazie et ultranationaliste de Stepan Bandera et ses compères, les forces du fascisme dressent une fois de plus leurs têtes odieuses.

Le commandant militaire soviétique Vasily Chuikov, deuxième à partir de la gauche, au poste de commandement de la 62e armée à Stalingrad en décembre 1942. (Mil.ru, CC BY 4.0, Wikimedia Commons)

Bandera et son mouvement meurtrier ont été physiquement vaincus par les forces soviétiques dans la décennie qui a suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, son idéologie a survécu au sein d’une diaspora ukrainienne occidentale composée de rescapés de ce mouvement qui avaient trouvé refuge en Allemagne de l’Ouest. Bandera s’y était lui-même installé jusqu’à son assassinat par le KGB soviétique en 1959. D’autres rescapés du mouvement se sont installés au Canada. Chrystia Freeland, actuelle vice-première ministre, est la petite fille d’un ancien éditeur de propagande bandériste. Certains se sont aussi réfugiés aux États-Unis. À Ellenville dans l’État de New York, un « Monument des Héros » arbore les bustes de Bandera et d’autres ultranationalistes ukrainiens néonazis.

Cette idéologie a également survécu dans l’ombre des districts de l’ouest de l’Ukraine qui avaient d’abord été absorbés par l’Union soviétique après le démembrement de la Pologne en 1939 puis occupés à nouveau par les forces de l’URSS en 1945.

Un mouvement politique clandestin financé par la CIA

À partir de 1956 et à la suite des politiques de déstalinisation instituées par le Premier ministre Nikita Khrouchtchev lors de son « discours secret » aux membres du Parti communiste, des milliers de membres de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) et de l’Organisation des nationalistes ukrainiens-Bandera (OUN-B) qui avaient été arrêtés et condamnés par les autorités soviétiques furent libérés du goulag et renvoyés chez eux. Apparemment, l’idée était de les réintégrer dans la société soviétique. Mais cette réintégration ne s’est jamais concrétisée.

Au lieu de cela, les fascistes ukrainiens, financés par la C.I.A., ont opéré comme une organisation politique clandestine. Ils ont mené des opérations de sabotage et ont diffusé une idéologie antisoviétique et antirusse au sein d’une population où  les préceptes de l’idéologie nationaliste ukrainienne étaient forts.

Après l’effondrement de l’Union soviétique en 1991, ces nationalistes ukrainiens sont sortis de l’ombre et ont commencé à s’organiser en partis politiques. Ils étaient soutenus par des bandes d’extrémistes enclins à la violence qui ont érigé, notamment par l’intimidation physique, un véritable culte autour de la personnalité de Stepan Bandera.

Des manifestants avec le drapeau rouge et noir de l’OUN-B parmi les manifestants de la place Maidan à Kiev, en décembre 2013. (Nessa Gnatoush, CC BY 2.0, Wikimedia Commons)

Des partis politiques tels que Svoboda (« Liberté ») et le Secteur droit ont ainsi vu le jour. Bien que ne bénéficiant pas d’un large soutien de la population ukrainienne, ces groupes ont profité de leurs capacités d’organisation et de leur penchant pour la violence afin de jouer un rôle dominant dans les émeutes qui ont éclaté sur la place Maidan à Kiev en 2014 et qui ont conduit à l’éviction du président ukrainien démocratiquement élu, Victor Ianoukovitch. Un gouvernement composé de personnes triées sur le volet par les États-Unis, dont le Premier ministre Arseniy Iatseniouk, a alors été mis en place.

Dans les jours qui ont suivi l’éviction de Ianoukovicth en février 2014, la secrétaire d’État adjointe Victoria Nuland s’est entretenue avec l’ambassadeur des États-Unis en Ukraine, Geoffrey Pyatt. La conversation a été interceptée. On y entend Nuland positionner Iatseniouk comme le futur dirigeant de l’Ukraine. Dans ce contexte, elle encourageait activement Iatseniouk à se coordonner avec Oleh Tyahnybok, le chef de Svoboda, qui était ouvertement soutenu par des radicaux armés du Secteur droit.

La coordination étroite entre le nouveau gouvernement ukrainien post-Maidan et les partis politiques pro-Bandera tels que Svoboda et Secteur droit a octroyé un rôle surdimensionné à ces groupes dans les affaires de sécurité ukrainiennes.

À titre d’exemple, Dmytro Yarosh, l’ancien chef du Secteur droit, est devenu conseiller du commandant en chef des forces armées ukrainiennes, le général Valerii Zaluzhnyi. Avec cette casquette, Yarosh a supervisé l’intégration de nombreuses unités de volontaires du Secteur droit au sein des forces armées régulières de l’Ukraine.

L’une des unités créées à la suite de cette réorganisation est la 67e brigade mécanisée séparée, qui suit depuis novembre 2022 un entraînement au Royaume-Uni.

Le fait que les membres de l’OTAN, comme le Royaume-Uni, participent activement à la formation des forces ukrainiennes est bien établi. En juillet 2022, le ministère britannique de la Défense a annoncé qu’il commencerait à former environ 10 000 soldats ukrainiens tous les quatre mois.

Mais les médias occidentaux semblent vouloir esquiver le fait qu’un entraînement au combat est octroyé à des formations militaires composées d’ardents néonazis.

Groupe de contact sur la défense de l’Ukraine

La question est toutefois bien plus complexe – et controversée – que le simple octroi d’une formation militaire de base à quelques milliers d’adeptes de l’idéologie haineuse de Stepan Bandera.

La 67e brigade mécanisée séparée est en effet susceptible d’être l’une des trois formations ukrainiennes qui seront formées et équipées avec les milliards d’aide militaire récemment approuvés lors de la huitième session du groupe de contact pour la défense de l’Ukraine.

Le groupe de contact s’est réuni pour la première fois en avril 2022 sur la vaste base aérienne américaine de Ramstein, en Allemagne. Il sert de principal mécanisme de coordination entre les forces armées ukrainiennes et l’OTAN pour la fourniture de formations et de soutien matériel à l’armée ukrainienne.

La dernière réunion de Ramstein donne écho à l’interview accordée en décembre 2022 à The Economist par le commandant des forces armées ukrainiennes, le général Valerii Zaluzhnyi. Il y déclarait que le principal souci de l’Ukraine était de « tenir cette ligne [c’est-à-dire la ceinture défensive Soledar-Bakhmut] et de ne pas perdre davantage de terrain. »

Depuis cet entretien, Soledar est tombé aux mains des Russes et Bakhmut est menacé d’être encerclé. De plus, les forces russes sont à l’offensive au nord et au sud du front de Bakhmut, avançant dans certains cas jusqu’à sept kilomètres par jour.

Zaluzhnyi a également déclaré que la deuxième priorité pour l’Ukraine était « de se préparer à cette guerre qui peut se produire en février [2023]. Être capable de mener une guerre avec des forces fraîches et des réserves. Nos troupes sont toutes attachées à des batailles maintenant, elles saignent. Elles saignent et ne tiennent que par le courage, l’héroïsme et la capacité de leurs commandants à garder la situation sous contrôle. »

Le commandant ukrainien a noté que la « guerre » de février verrait l’Ukraine reprendre l’attaque : « Nous avons fait tous les calculs – combien de chars, d’artillerie nous avons besoin et ainsi de suite. C’est sur cela que tout le monde doit se concentrer en ce moment. Que les soldats dans les tranchées me pardonnent, il est plus important de se concentrer sur l’accumulation de ressources dès maintenant pour les batailles plus longues et plus lourdes qui pourraient commencer l’année prochaine. »

L’objectif de cette offensive, a déclaré Zaluzhnyi, sera de repousser la Russie aux frontières qui existaient le 23 février 2022, date du début de l’invasion russe. Il a également indiqué que la libération de la Crimée était un objectif.

« Pour atteindre les frontières de la Crimée, à ce jour, nous devons couvrir une distance de 84 km jusqu’à Melitopol [une ville stratégique au sud de la République de Donetsk]. D’ailleurs, cela nous suffit, car Melitopol nous donnerait un contrôle total du feu sur le corridor terrestre. Car depuis Melitopol nous pouvons déjà tirer sur l’isthme de Crimée[1]. »

Le général Valerii Zaluzhnyi, à droite, avec le général-colonel Oleksandr Syrskyi pendant la bataille de Kiev, mars 2022. (Commandant en chef de l’Ukraine, CC BY 4.0, Wikimedia Commons)

Zaluzhnyi respirait la confiance. « Je sais que je peux battre cet ennemi », a-t-il déclaré. « Mais j’ai besoin de ressources. J’ai besoin de 300 chars, 600-700 IFV [véhicules de combat d’infanterie], 500 Howitzers. Ensuite, je pense qu’il est tout à fait réaliste d’arriver sur les lignes du 23 février. »

Zaluzhnyi a parlé d’une prochaine rencontre avec le général américain Mark Milley, président des chefs d’état-major interarmées. « Je lui dirai [à Milley] combien cela vaut, combien cela coûte. Si nous ne l’obtenons pas, nous nous battrons bien sûr jusqu’au bout. Mais comme l’a dit un personnage de cinéma, ‘je ne me porte pas garant des conséquences’. Les conséquences ne sont pas difficiles à prévoir. C’est ce que nous devons faire. »

En bref, Zaluzhnyi a dit qu’il pouvait gagner la guerre contre la Russie s’il recevait la quantité d’équipement militaire demandée. Sinon, l’Ukraine perdrait probablement le conflit.

La huitième session

La huitième session du Groupe de contact de Ramstein s’est tenue le 20 janvier. Et les Ukrainiens ont fait pression sur leurs alliés occidentaux pour qu’ils fournissent le soutien matériel demandé par Zaluzhnyi.

Les ministres de la Défense de plus de 50 pays y ont participé, dont l’Ukrainien Oleksii Reznikov. Quelques jours auparavant, au Forum économique mondial de Davos, il déclarait : « Nous [l’Ukraine] remplissons aujourd’hui la mission de l’OTAN. Ils ne versent pas leur sang. Nous versons le nôtre. C’est pourquoi ils sont tenus de nous fournir des armes. »

Le Groupe de contact a pris en considération la demande ukrainienne de soutien matériel et, à la fin de la réunion, s’est engagé à fournir à l’Ukraine un ensemble de mesures de soutien de plusieurs milliards de dollars, comprenant des armes de défense aérienne, des munitions d’artillerie, des véhicules de soutien et (ce qui est peut-être le plus important) environ 240 des 500 véhicules de combat d’infanterie demandés. Ces véhicules seront répartis approximativement en un bataillon (59 véhicules) de M-2 Bradley de fabrication américaine, deux bataillons (90 véhicules) de M-1126, un bataillon (40 véhicules) de Marders allemands et un bataillon (environ 50 véhicules) de CV90 de fabrication suédoise.

Le Groupe de contact de Ramstein a également promis la livraison de quatre bataillons d’artillerie automotrice, composés de 19 Archer de fabrication suédoise, 18 AS-90 de fabrication britannique, 18 M-109 Paladin de fabrication américaine et une douzaine de CEASAR de fabrication française. Si l’on ajoute les 24 pièces FH-70 remorquées, le total des pièces d’artillerie envoyées en Ukraine s’élève à un peu moins de 100 pièces d’artillerie, ce qui est loin des 500 pièces demandées par Zaluzhnyi.

Et la liste de Ramnstein ne comprenait alors rien qui ressemblait de près ou de loin aux 300 chars demandés par Zaluzhnyi ; le mieux que les alliés européens de l’Ukraine avaient pu rassembler [jusqu’à mardi], c’était une promesse britannique de fournir l’équivalent d’une compagnie (14 unités) de chars de combat Challenger 2.

Dans son entretien avec The Economist, Zaluzhnyi avait indiqué qu’il ne pourrait pas mener à bien l’offensive prévue s’il obtenait moins que les équivalents de trois brigades blindées et trois brigades mécanisées qui étaient demandés.

L’Occident avait répondu en fournissant à peine l’équivalent de deux brigades de matériel.

Ces deux brigades, ajoutées à une troisième brigade mécanisée déjà formée et en cours d’entraînement en Pologne, donnaient donc au général ukrainien la moitié de ce dont il prétendait avoir besoin pour lancer une offensive réussie contre la Russie.

Pour le général américain Milley, le problème n’était pas le manque d’équipement, mais le manque d’entraînement. Avant d’arriver à Ramstein, le général Milley a visité les vastes terrains d’entraînement de Grafenwoehr en Allemagne. Là, l’armée américaine est en train d’entraîner quelque 600 soldats ukrainiens à déplacer et coordonner efficacement leurs unités de la taille d’une compagnie ou d’un bataillon au combat, en utilisant l’artillerie, les blindés et les forces terrestres.

S’adressant aux journalistes, le général Milley a déclaré que cet entraînement était essentiel pour aider l’Ukraine à reconquérir le territoire perdu au profit de la Russie l’année dernière.  L’objectif de cet entraînement, a déclaré le général, est de livrer à l’Ukraine les armes et les équipements promis afin que les forces nouvellement formées puissent les utiliser « quelque temps avant l’arrivée des pluies printanières. Ce serait l’idéal ».

Ce que l’Occident donne

La formation opérationnelle, quelle que soit la compétence avec laquelle elle est dispensée et assimilée, ne donne pas une image précise de la véritable capacité de combat transmise à l’Ukraine par l’Occident. La réalité est que la plupart de ces équipements ne dureront pas un mois dans des conditions de combat : si les Russes ne les mettent pas hors service, les problèmes de maintenance le feront.

Prenez par exemple les 59 véhicules M-2 Bradley fournis par les États-Unis. Selon des informations anecdotiques obtenues sur Reddit, le Bradley est « un cauchemar de maintenance ».

« Je ne peux même pas décrire à quel point l’entretien d’un Bradley est une p*** d’horreur« , a déclaré l’auteur, qui se décrit comme un vétéran de l’armée américaine ayant servi dans une unité Bradley en Irak. « Deux équipes expérimentées pourraient peut-être changer la chenille d’un Brad en 3 ou 4 heures, si tout va bien (il y a toujours un problème). Ensuite, il y a les bras d’ajustement de la chenille, les bras de l’amortisseur, les roues porteuses, le pignon lui-même, qui doivent tous être entretenus et remplacés si nécessaire. Je n’ai même pas encore commencé à parler de l’ensemble moteur/transmission. Lorsque vous effectuez des travaux d’entretien, il ne suffit pas de soulever le couvercle du moteur. Il faut enlever le blindage du Bradley pour qu’un véhicule de dépannage M88 puisse utiliser sa grue pour sortir le moteur/la transmission de la coque« .

Le Stryker n’est pas mieux. Selon un article récent paru dans Responsible Statecraft, les soldats américains qui ont utilisé ce véhicule en Irak et en Afghanistan ont qualifié le Stryker de « très bon véhicule de combat, tant qu’il circulait sur les routes, qu’il ne pleuvait pas – et qu’il ne fallait pas se battre. »

Stryker Infantry Carrier Vehicle, M1126. (U.S. Army, Public domain, Wikimedia Commons)

Le Stryker est également un système difficile à entretenir correctement. L’une des caractéristiques essentielles du Stryker est le « système de gestion de la hauteur« , ou HMS. En bref, c’est ce qui empêche la coque de rouler sur les pneus. Si le système HMS n’est pas entretenu et surveillé en permanence, la coque frottera contre les pneus, ce qui entraînera une défaillance des pneus et rendra le véhicule inutilisable.

Le HMS est complexe, et l’absence d’entretien ou de fonctionnement d’un composant entraînera la défaillance de l’ensemble du système. La probabilité que les futurs opérateurs ukrainiens du Stryker entretiennent correctement le HMS dans des conditions de combat est proche de zéro – ils n’auront pas la formation ni le « soutien logistique » nécessaire (comme les pièces de rechange).

Le VFI allemand Marder semble représenter un casse-tête similaire pour les Ukrainiens : selon un article paru en 2021 dans The National Interest, « le véhicule était considéré comme peu fiable dès le départ : les chenilles s’usaient rapidement, les transmissions tombaient souvent en panne, et les soldats ne pouvaient pas facilement retirer le moteur du véhicule pour l’entretenir sur le terrain. »

L’Allemagne se prépare à investir une somme importante pour moderniser le Marder, mais cela n’a pas encore été fait. L’Ukraine hérite d’un vieux système d’armes qui entraîne un problème de maintenance considérable et elle n’est pas prête à le gérer correctement.

Le CV 90 suédois a connu quelques combats limités en Afghanistan lorsqu’il était déployé avec l’armée norvégienne. Bien qu’il n’existe pas suffisamment de données publiques sur la maintenance de ce système, il suffit de noter que même si le SV 90 s’avère facile à entretenir, il représente un problème de maintenance complètement différent de celui du Bradley, du Stryker ou du Marder.

En bref, pour faire fonctionner correctement les équivalents de cinq bataillons de véhicules de combat d’infanterie promis par ses partenaires de l’OTAN, l’Ukraine devra former ses troupes à la maintenance de quatre systèmes complètement différents, chacun ayant ses propres problèmes et ses propres exigences en matière de soutien logistique et de pièces de rechange.

C’est, littéralement, un cauchemar logistique qui s’avérera finalement être le talon d’Achille de la tranche d’équipements lourds promis à Ramstein.

Et pourtant, même à ce stade, ni l’OTAN ni l’Ukraine ne semblent capables de voir la forêt cachée par l’arbre. Ainsi, plutôt que de reconnaître que le matériel promis est inadéquat pour permettre à l’Ukraine de mener des offensives à grande échelle contre la Russie, les deux parties ont commencé à se chamailler ouvertement sur la question des chars. Sous le feu des critiques, l’Allemagne et sa réticence à tenir la hauteur des engagements pris à Ramstein qui impliquent d’ouvrir la voie à la livraison de chars de combat modernes, les Leopard 2.

Histoire et perceptions allemandes

La session de Ramenstein a été perturbée par les réticences du Parlement allemand qui s’inquiétait de l’image que donnerait la fourniture de chars allemands pour combattre les Russes en Ukraine.

Petr Bystron, du parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne, a ainsi résumé cette angoisse. « N’oubliez pas que vos grands-pères ont essayé de faire la même chose, avec les [nationalistes ukrainiens] Melnik, Bandera et leurs partisans« , a-t-il lancé à ses collègues.

« Le résultat a été une immense souffrance, des millions de victimes des deux côtés et, finalement, les chars russes sont arrivés ici, à Berlin. Deux de ces chars sont exposés en permanence à proximité, et vous devez garder cela à l’esprit lorsque vous passez devant eux chaque matin« , a déclaré Bystron[2], en faisant référence aux deux chars soviétiques T-34 du mémorial de Tiergarten dédié aux soldats soviétiques morts au combat.

La question des chars Leopard, cependant, était plus politique que technique. En effet, La Pologne menaçait d’ignorer le refus allemand d’autoriser l’envoi des chars à l’Ukraine. Elle avait annoncé qu’elle était prête à envoyer dans un avenir proche 14 des chars Leopard 2 qu’elle possède. De leur côté, les Britanniques avaient promis autant de chars Challenger 2. L’Ukraine recevrait ainsi 28 des 300 chars dont elle dit avoir besoin pour toute offensive future. [Et avec les Abrams américains, on arrive à environ 58 chars.][3]

Disparités numériques et difficultés de maintenance mises à part, les responsables politiques de l’OTAN semblaient plutôt satisfaits de ce qui a été accompli à Ramstein. Selon un discours tenu au Parlement par le secrétaire britannique à la Défense au Parlement : « La communauté internationale reconnaît qu’il est important d’équiper l’Ukraine non seulement pour qu’elle puisse repousser la Russie hors de son territoire mais aussi que pour qu’elle puisse défendre ce qu’elle possède déjà. Le paquet d’aujourd’hui représente une augmentation importante des capacités de l’Ukraine. Cela signifie qu’ils peuvent passer de la résistance à l’expulsion des forces russes du sol ukrainien. »

Un point que Wallace semble ignorer : en donnant à l’Ukraine les moyens de repousser les troupes russes de ce qui fait partie de la Fédération de Russie depuis l’annexion des quatre anciens territoires ukrainiens (Lougansk, Donetsk, Zaporizhia et Kherson), l’OTAN créerait les conditions dans lesquelles la Russie pourrait théoriquement appliquer sa doctrine des armes nucléaires. Ces conditions consisteraient à se défendre contre l’accumulation d’une puissance militaire conventionnelle capable de menacer la survie existentielle de la Russie.

Ce point, la Russie ne l’a pas ignoré. S’exprimant après la fin de la réunion de Ramstein, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré aux journalistes : « Potentiellement, c’est extrêmement dangereux. Cela signifiera porter le conflit à un tout autre niveau, ce qui, bien sûr, ne sera pas de bon augure du point de vue de la sécurité mondiale et paneuropéenne. »

De hauts responsables russes se sont exprimés sur les médias sociaux. Anatoly Antonov, l’ambassadeur russe aux États-Unis, a déclaré sur sa chaîne Telegram : « Cela doit être clair pour tout le monde – nous détruirons toutes les armes fournies au régime de Zelensky par les États-Unis ou l’OTAN. C’est vrai aujourd’hui comme c’était vrai pendant la Grande Guerre patriotique. L’apparition de chars, portant l’insigne nazi, sur le sol de l’ancienne Union soviétique nous incite sans équivoque à renverser le régime néonazi en Ukraine et à créer des conditions normales pour que les peuples voisins de la région puissent vivre en paix comme autrefois. »

Dmitri Medvedev, ancien président russe et proche conseiller du président Vladimir Poutine, a ajouté sur Twitter que ceux qui encouragent une défaite russe risquent de déclencher une ruine mondiale. « Aucun d’entre eux ne comprend que la défaite d’une puissance nucléaire dans une guerre conventionnelle peut conduire à une guerre nucléaire. Les puissances nucléaires n’ont pas été vaincues dans les grands conflits cruciaux pour leur destin. »

Les conséquences pour l’Ukraine

En réalité, les conséquences de la dernière réunion de Ramstein seront bien plus préjudiciables à l’Ukraine qu’à la Russie.

Sous la pression de l’Occident pour qu’il mène une offensive majeure destinée à expulser les forces russes des territoires capturés l’année dernière, le général Zaluzhnyi sera contraint de sacrifier les éventuelles réserves qu’il aurait pu rassembler au terme de la réunion de Ramstein. Il devra s’engager dans des attaques stériles contre un adversaire russe qui est désormais bien différent de celui auquel l’Ukraine a été confrontée en septembre et octobre de l’année dernière.

À l’époque, une armée ukrainienne reconstituée, soutenue par des dizaines de milliards de dollars d’équipement, de formation et de soutien opérationnel de l’OTAN, a pu profiter de forces russes trop dispersées pour reprendre de larges pans de territoire à Kharkov et Kherson.

Aujourd’hui, la présence militaire de la Russie en Ukraine est bien loin de ce qu’elle était à l’automne 2022. À la suite de la décision de Poutine en septembre 2022 de mobiliser 300 000 réservistes, la Russie a non seulement consolidé la ligne de front dans l’est de l’Ukraine, adoptant une position plus défendable, mais elle a également renforcé ses forces avec quelque 80 000 soldats mobilisés. Ce qui lui a permis de soutenir des opérations offensives dans les régions de Donetsk tout en renforçant ses défenses à Kherson et à Lougansk.

Du 24 février à l’automne 2022, la Russie s’est écartée de manière significative de sa doctrine en matière de conflits armés. Désormais, la Russie mènera la guerre selon les règles. Les positions défensives seront établies de manière à faire échouer une attaque concertée de l’OTAN, à la fois en termes de densité de troupes le long de la ligne de front, mais aussi en profondeur (ce qui manquait à l’offensive de Kharkov en septembre 2022) et avec un appui-feu dédié suffisant (là encore, cela manquait en septembre 2022).

De l’aveu même du général Zaluzhnyi, l’Ukraine dispose de forces insuffisantes pour cette tâche. Même si l’Ukraine parvenait à concentrer en un même lieu et au même moment les trois brigades d’hommes et de matériel prévues à la suite de la réunion de Ramstein, les quelque 20 000 soldats que cela implique seraient incapables de percer une position défensive russe définie de manière doctrinale.

L’Ukraine et l’OTAN devraient tenir compte de la leçon d’histoire que Petr Bystron a présentée à ses collègues parlementaires allemands : historiquement, les chars allemands ne font pas bon ménage avec les chars russes sur le sol ukrainien.

De plus, Ben Wallace et Mark Milley devraient prêter attention à l’ordre de bataille des forces russes qui s’opposent à l’armée ukrainienne, en particulier dans les zones de conflit autour de la ville stratégique de Bakhmut. Là-bas, les soldats russes de la 8e armée de la Garde semblent prêts à perpétuer la tradition des héros de Vassili Tchouïkov à Stalingrad et à Berlin, en détruisant les forces du fascisme sur le champ de bataille.

Si les soldats d’aujourd’hui de la 8e armée de la Garde ne devraient pas exposer une nouvelle génération de chars dans le parc de Tiergarten à Berlin, nul doute qu’ils connaissent parfaitement leur héritage historique et ce qui est attendu d’eux.

Ceci, plus que toute autre chose, est la véritable expression de l’effet Ramstein : une relation de cause à effet que l’Occident ne semble ni capable ni désireux de discerner avant que cela ne soit trop tard pour les dizaines de milliers de soldats ukrainiens qui risquent d’être sacrifiés sur l’autel de l’orgueil national et de l’ignorance.

Scott Ritter est un ancien officier de renseignement du corps des Marines des États-Unis qui a servi dans l’ancienne Union soviétique pour la mise en œuvre des traités de contrôle des armements, dans le golfe Persique pendant l’opération Tempête du désert et en Irak pour superviser le désarmement des ADM. Son livre le plus récent est Disarmament in the Time of Perestroika, publié par Clarity Press.

Source originale : Consortium News

Traduit de l’anglais par GL pour Investig’Action

Notes:

[1] L’isthme de Perekop est une langue de terra dont la largeur minimale est inférieure à 10 km. C’est le seul point de passage continental vers la presqu’île de Crimée. (NDLR)

[2] Le fait que ce genre de commentaire doive venir d’un député de l’AFD en dit long sur le militarisme qui gangrène la classe politique allemande. (NDLR)

[3] Depuis l’annonce du feu vert allemand, le chiffre d’une centaine de chars Leopard venant de différentes puissances occidentales a été évoqué. (NDLR)

♦ Le Coran brûle-t-il ?


♦ Le Pardon de Dieudonné ou son Techouva


. . . . . André Darmon – Dieudonné M’bala M’bala

Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975, sur la plage d’Ostie, près de Rome, Pier Paolo Pasolini est tué à coups de bâton puis écrasé par sa propre voiture, une Alfa Romeo Giulia GT.

Si Dieudonné avait réellement dérangé, on sait comment il aurait fini. Et nous sommes donc en droit de nous demander si finalement, Dieudonné n’était pas depuis le début, « l’animateur du procès de consommation » par excellence, d’un pouvoir qui a besoin d’un méchant artiste « antisémite » qui alimente les associations communautaires, et financièrement (surtout), et médiatiquement.

Attention je ne dis pas que Dieudonné est un infiltré, un agent des renseignements israéliens ou je ne sais quoi d’autre. Je dis simplement, comment dire, on dit « à qui profite le crime » et ici, dans ce cas précis, il est légitime de se demander à qui a le plus profité le/s crime/s commis par la Bête Immonde Dieudonné.

Bref, l’idiot utile d’un système politique, aujourd’hui, gouverné par un président, représentant des Rothschild.

« Faites-leur manger le mot, vous leur ferez avaler la chose », avait dit Lénine.

♦Bandera, nazi d’Ukraine et champion de l’Occident.


Protégé par la CIA, amnistié par nos médias, l’idole statufié de Kiev

Stepan Bandera nazi ukrainien, combattant avec Hitler et exécuteur en masse de dizaines de milliers de juifs et de résistants communistes, devient chaque jour un peu plus le héros des « démocrates » de l’Occident. Quand elle ne l’oublie, la presse trafique son histoire, transformant le bourreau en nationaliste glorieux ; d’ailleurs en1945 ne fût-il pas un agent Américain ? Ce qui démontre qu’un paradis existe pour les nazis.

La guerre d’Ukraine a été lancée par la Russie après huit ans d’agression ukraino-occidentale (2014-2022) contre les russophones de l’Est ukrainien. Leurs 14 000 morts, en majorité des civils, avaient intéressé nos grands médias aussi peu que ceux d’Irak, de Serbie, d’Afghanistan et de Syrie, attaqués, depuis 1991, par les États-Unis en quête mondiale de contrôle pétrolier et gazier et autres matières premières, sous couvert de l’OTAN soumis à commandement unique américain depuis sa fondation (1950). La coalition occidentale, qui a d’emblée ridiculisé l’objectif officiel russe de « dénazification » annoncé en février 2022 – conforme aux « principes politiques » inscrits dans le Protocole de la Conférence de Potsdam (1er août 1945) , affirme agir contre la Russie au nom de la « démocratie » (nouveau nom du « Monde libre » de l’époque soviétique) . La guerre se prolongeant, l’« Occident » fait évoluer le concept de « démocratie » et « couvre » la vénération de l’État ukrainien « allié » pour ses criminels de guerre et d’avant-guerre. Ainsi érige-t-il le nazi ukrainien Stepan Bandera (1909-1959) en héraut de l’« indépendance ukrainienne » : léger défaut qu’il lui pardonne autant qu’à la « démocratie » ukrainienne post-Maïdan la promotion des groupements nazis et les coups de gourdin que le milliardaire Zelenski, digne successeur du milliardaire Porochenko, administre au peuple ukrainien : destruction du code du travail, des horaires aux salaires, et interdiction des partis et journaux d’opposition, requis par les « investisseurs » états-uniens.

Bandera n’est devenu un « héros national » que depuis la « Révolution orange » américaine de 2004, et surtout depuis le coup d’État de Maïdan organisé en février 2014 par Washington contre un intolérable gouvernement ukrainien, légal mais prorusse. Sa cheffe d’orchestre la vice-secrétaire d’État aux affaires politiques, Victoria Nuland, madone néo-conservatrice du National Endowment for Democracy (CIA) et russophobe (et sinophobe) compulsive, assure son poste ukrainien depuis 1993, sous gestion démocrate ou républicaine (hors présidence Trump). Elle a avoué le 13 décembre 2013 devant le National Press Club, dans une conférence financée par le groupe pétrolier Chevron , puis le 15 janvier 2014 devant le comité de politique extérieure du Sénat, que le gouvernement américain avait, depuis la chute de l’URSS, « dépensé cinq milliards de dollars » pour faire triompher la « démocratie » en Ukraine et que Chevron avait signé le 5 novembre précédent un accord pour dix milliards de dollars d’investissement en vue de forages qui mettraient fin à la « dépendance du pays envers la Russie » . Mme Nuland, cantinière des putschistes de Maïdan, a depuis lors fabriqué les gouvernements ukrainiens et présidé, avec le reste de l’appareil d’État, au réarmement jusqu’aux dents de l’Ukraine, que Washington a intégrée de fait aux opérations de l’OTAN depuis juillet 2021 .

L’intimité des États-Unis avec le nazisme ukrainien en général a précédé la chute de l’URSS. Leur intérêt pour la caverne d’Ali Baba ukrainienne, comme celui de tous les impérialismes, n’a jamais cessé depuis l’« ouverture » de la Russie tsariste, qui leur avait cédé son économie moderne et concentrée, de la banque aux matières premières. Comme le Reich occupa longtemps le devant de la scène ukrainienne, surtout depuis la Première Guerre mondiale, les banques américaines accompagnèrent celles du Reich dans l’entre-deux-guerres. Mais au rôle second que dictait alors le primat allemand.

Car le Reich, première puissance à reconnaître la Russie en 1922, tint le haut du pavé dans la Russie soviétique traitée en paria par la « communauté internationale » impérialiste. Même dans l’Ukraine qu’il avait arrachée, en 1918 (jusqu’à sa défaite de novembre), à la Russie assaillie de toutes parts par quatorze puissances impérialistes de 1918 à 1920 , et que les bolcheviques reconquirent depuis 1920. En reconnaissant l’État soviétique, Berlin y récupéra sa capacité de nuisance, « couvert » par le Vatican : auxiliaire du Reich depuis la fin du 19e siècle et plus encore depuis 1914, la Curie mandata le clergé catholique germanique à l’espionnage militaire préparatoire au nouvel assaut projeté .

Les nazis bandéristes dans l’avant-guerre
C’est dans ce contexte que grandit Bandera, produit-type de l’uniatisme de Galicie orientale (Ukraine occidentale), arme de guerre de l’Église romaine contre l’orthodoxie depuis 1595-1596. Fils d’un prêtre uniate, il fut élevé comme ses pareils dans la haine fanatique des Polonais, des Russes, des juifs et des opposants, sous l’autorité d’Andreï Szepticky évêque uniate de Lemberg (Lwow en polonais, Lvov en russe, Lviv en ukrainien) nommé en 1900. Russophobe, polonophobe et antisémite de choc, Szepticky devait comme tous ses prédécesseurs convertir les orthodoxes de l’Est, mission liée à la conquête germanique. Ce fut d’abord au service de Vienne, maîtresse de la Galicie orientale, puis, Pie X préférant depuis 1907 les puissants Hohenzollern aux Habsbourg moribonds, l’évêque accompagna jusqu’à sa mort (novembre 1944) le Drang nach Osten (« poussée vers l’Est ») du Reich, impérial, « républicain » et hitlérien.
Le Reich, qui finançait avant 1914 « l’autonomisme ukrainien » contre la Russie, transforma l’Ukraine en fief militaire pendant la Première Guerre mondiale. Il accrut ensuite l’effort dans la Galicie orientale, dévolue en 1921 par la France antisoviétique à la Pologne réactionnaire Depuis 1929, Berlin entretenait l’« Organisation des Ukrainiens nationalistes » (OUN) que Stefan Bandera (20 ans), « chef de l’organisation terroriste ukrainienne en Pologne », avait fondée avec ses fidèles lieutenants Mykola Lebed et Iaroslav Stetsko. Ils participèrent, à la campagne antisoviétique sur « la famine génocidaire en Ukraine » décrite dès 1987 par le photographe et militant syndicaliste canadien Douglas Tottle, pionnier de l’étude du nazisme ukrainien . Lancée par le Reich et le Vatican, à l’été 1933, c’est-à-dire après que l’excellente récolte de juillet eut mis fin à la disette ou à la famine, répercutée avec zèle par tous leurs alliés, dont la Pologne, avec pour centre Lwow, elle prépara idéologiquement la conquête de l’Ukraine. Berlin et le Vatican s’étaient engagés par un des deux articles secrets du Concordat du Reich de juillet 1933 à la mener ensemble .

Les bandéristes rendirent en Pologne aussi de grands services, non seulement contre les juifs mais aussi contre l’État. Bandera et Lebed assassinèrent le 15 juin 1934, année faste des attentats allemands contre les chefs d’État et ministres, le ministre de l’Intérieur polonais, Bronisław Pieracki, pourtant en extase, comme ses chefs, Pilsudski et Beck, devant « l’ami allemand ». Les nazis de l’OUN jouaient en Galicie orientale, a écrit Grzegorz Rossolinski-Liebe en 2014 dans sa thèse de référence sur Bandera, le même rôle que les oustachis croates d’Ante Pavelitch, les nazis slovaques du Parti Hlinka, les Gardes de fer roumains et autres nazis d’Europe orientale : gavés de marks, ils avaient tous « adopté le fascisme, l’antisémitisme, le suprématisme racial, le culte de la guerre et toute une gamme de valeurs d’extrême droite » . Pour ne pas froisser ses « amis » allemands, Varsovie commua la peine de mort de Bandera et Lebed édictée (seulement) en 1936 en prison à vie. L’occupant allemand les en libéra dès l’invasion de septembre 1939.
Les nazis bandéristes dans la Deuxième Guerre mondiale

Depuis lors, l’OUN uniate, puissante en Ukraine slovaque et polonaise (absente d’Ukraine soviétique), fut le laquais du Reich. Elle fut subdivisée en 1939-1940 en OUN-M et OUN-B, respectivement dirigés par Andrei Melnik et par le trio Bandera-Lebed-Stetsko, divisés seulement par leur désaccord, de façade, sur « l’indépendance ukrainienne » : Melnik n’en parlait plus, Bandera chérissait par le verbe « l’indépendance » dont le Reich ne voulait à aucun prix.
Les deux OUN aidèrent le Sipo-SD (la Gestapo) et l’Abwehr à préparer l’occupation de la Pologne, puis de l’URSS. Ses membres peuplèrent les « académies [allemandes] de police » de Pologne occupée et accrurent leurs ravages après Barbarossa : aux côtés de la Wehrmacht, ils liquidèrent immédiatement 12 000 juifs en Galicie orientale, et ne cessèrent plus. Supplétifs du Sipo-SD, ils torturèrent et exterminèrent sans répit avec la bénédiction des clercs uniates, dont Szepticky, bénisseur des bandéristes de la 14e Légion des Waffen SS Galicia (1943-1944) et d’ailleurs. Dans les Einsatzkommandos, les prisons, les camps de concentration et ailleurs, les deux OUN massacraient les « ennemis de la nation ukrainienne » : Ukrainiens « non loyaux », juifs de toute nationalité, Russes et Polonais non juifs, dont les 100 000 de Volhynie, exploit de Bandera qui perturbe les actuels rapports (faussement) idylliques Varsovie-Kiev. En Pologne et en URSS, jusqu’à la libération soviétique complète de l’Ukraine (Lvov, juillet 1944), ces champions du « nettoyage ethnique » jouèrent dans « la destruction des juifs » le rôle des « États satellites [du Reich] par excellence » (Croatie et Slovaquie) . Le conflit officiel, très secondaire, entre Berlin et les bandéristes, sur « l’indépendance » ukrainienne, valut en 1942 à Bandera et Stetsko l’emprisonnement en « camp d’honneur » à Sachsenhausen (à 30 km de Berlin). Lebed, en fuite, dirigea en leur nom l’« armée insurrectionnelle ukrainienne » (UPA) : formée en 1942 de ces polices auxiliaires de la Wehrmacht et de la SS, l’UPA liquidait les ennemis communs.

Bandera et Stetsko auraient été libérés de leur « bunker d’honneur » hôtelier jusqu’en septembre 1944, contèrent-ils a posteriori à la CIA. En juillet 1944, une grande partie des massacreurs avait quitté l’Ukraine dans les fourgons allemands. Berlin fonda pour ses nazis ukrainiens le « Conseil suprême ukrainien de libération » (UHVR), puis, en novembre 1944 un « Comité national ukrainien » à majorité bandériste. Haute preuve de « résistance nationale et antinazie » ! La prise soviétique de Berlin les précipita à Munich, centre historique du nazisme intérieur et de l’expansion du Deutschtum depuis l’entre-deux-guerres , devenu au printemps 1945 une des capitales de la zone d’occupation américaine. Sur les « 250 000 Ukrainiens » établis en 1947 « en Allemagne, en Autriche et en Italie », prétendues « personnes déplacées », « un grand nombre étaient des membres avérés ou des sympathisants de l’OUN » .
Le reste des criminels de l’OUN-UPA étaient restés en Galicie orientale désormais soviétique où, clandestins, ils massacrèrent encore, sous la houlette de leurs clercs uniates : « en Ukraine occidentale », des « dizaines de milliers » d’entre eux tuèrent « 35 000 cadres de l’armée et du parti soviétiques entre 1945 et 1951 » , dirigés par leurs amis étrangers, non plus seulement allemands, mais aussi américains.

De la légende post-Stalingrad du combat pour l’indépendance nationale aux articles du Monde de janvier 2023
La défaite du Reich se profilant après Stalingrad, l’OUN-UPA commença à s’inventer une histoire « résistante » : clé de la propagande russophobe actuelle, cette légende fut diffusée dans tout l’« Occident » quand la clique Bandera devint officiellement « alliée » contre l’URSS. Ainsi se développa le mythe d’une « résistance des nationalistes ukrainiens » aussi antinazie qu’antibolchevique, qu’entretient désormais la grande presse « occidentale ». Le Monde a consacré les 7 et 8 janvier à Bandera, deux articles à ce héros naïf de l’indépendance ukrainienne. Le premier, « Stepan Bandera, l’antihéros ukrainien glorifié après l’agression russe » poussait l’indulgence à tel point qu’il y en eut, peut-être devant des réactions nombreuses, un second. Le titre fut plus engageant « Guerre en Ukraine : le mythe Bandera et la réalité d’un collaborateur des nazis » , pas le contenu : Bandera « luttait par tous les moyens pour libérer l’Ukraine des jougs successifs de la Pologne et de l’Union soviétique ». Il ne collabora avec « l’Allemagne nazie » que pour ce noble objectif qui lui fit voir en Hitler « un allié possible pour lancer la révolution nationale ukrainienne contre l’oppresseur soviétique qui avait orchestré, entre autres atrocités, la grande famine de 1932-1933, l’Holodomor, décimant de 3 à 5 millions d’Ukrainiens. » Il avait donc bien des excuses.

Les deux articles, truffés de gros mensonges et de mensonges par omission, font de Bandera « un symbole de résistance et d’unité nationale », un héros complexe et « contesté ». Ce qualificatif a indigné Arno Klarsfeld, qu’alarme désormais la glorification « occidentale » des nazis ukrainiens : « Le Monde devient un journal partial et mensonger : Bandera n’est pas une figure “controversée”, il a activement participé à la Shoah. Comment Le Monde qualifierait Goring ? “controversé” lui aussi ? honte pour un journal sérieux !!! c’est réellement honteux. » Le 15 mars 2014, le journal admettait encore que le coup d’État de Maïdan avait mis les nazis à la tête de l’Ukraine. Certes, avec sa russophobie héritée de l’organe du Comité des Forges, Le Temps, son prédécesseur : « L’extrême droite ukrainienne, cible inespérée pour Moscou. La visibilité sur Maïdan des groupuscules néonazis, ultra-minoritaires, nourrit la propagande russe contre le nouveau pouvoir à Kiev ». Alors, fondée ou pas ? La science historique avait avancé dès 1987, avec Tottle sur la « famine génocidaire », sur les massacres et sur les escroqueries de l’OUN-OPA sur ses activités de 1929 à 1945 . Rossolinski-Liebe dont l’après-« révolution orange » en Ukraine a menacé la sécurité personnelle et interdit les conférences , a complété le tableau sur le criminel absolu Bandera. L’article du Monde du 8 janvier mentionne sa thèse, sans mot dire, et pour cause, de son contenu.

Les héros ukraino-nazis de « l’indépendance nationale » ont compté beaucoup dans les longs préparatifs de la présente ère américaine de l’Ukraine. Dans leur objectif de conquête mondiale, les États-Unis incluaient la Russie en général, et l’Ukraine en particulier, mais durent ici se contenter à l’ère allemande de « l’Europe » d’un rôle mineur . Le capital financier américain s’était, depuis 1919, associé aux capitaux allemands en Europe orientale. Sa grande presse, dont Hearst, porte-parole des milieux germano-américains, participa à la campagne sur « la famine génocidaire en Ukraine » à partir de 1935 – cinquante ans avant le tapage reaganien sur « l’Holodomor » (son nouveau nom) . La fin de la Deuxième Guerre mondiale sonna l’heure, sinon de la relève du Reich, de la collaboration avec les héritiers du Reich en vue, notamment, de la conquête de l’Ukraine.

La stratégie américaine de conquête de l’Europe entière se dévoila entre le compromis territorial de Yalta en février 1945, haï d’emblée, et la décision définitive, en 1947-1948, de liquider, non seulement la zone d’influence soviétique, mais l’État soviétique avec. La tâche fut confiée à Frank Wisner et George Kennan. Wisner, avocat d’affaires de Wall Street, avait été envoyé en 1944 en Roumanie par l’avocat d’affaires Allen Dulles, chef de l’OSS-Europe depuis novembre 1942, à Berne : il fallait éviter un avenir soviétique à ce pays champion des massacres antisémites en négociant avec ses élites qui y avaient trempé . Kennan, diplomate, avait passé sa carrière, depuis 1931 à Riga (Lettonie) puis dans divers postes, à combattre l’URSS . Le Département d’État confia donc à ce tandem, dans le cadre de la CIA (successeur officiel de l’OSS) fondée en juillet 1947, l’application de la directive 10/2 du National Security Council du 18 juin 1948 qui prescrivait la liquidation générale du socialisme européen . Vedette de la Guerre froide, Kennan, raisonnable depuis sa retraite, mit, en vain, Washington en garde contre l’expansion de l’OTAN à l’Est, contre la Russie, après 1991 .

L’Ukraine occupait dans cette ligne un rôle central, et Washington s’appuya sur l’expérience de l’Allemagne (occidentale) redevenue alliée à peine vaincue (comme après la Grande Guerre). L’historien Christopher Simpson a décrit dès 1988 l’incroyable sauvetage-recyclage par l’OSS et ses successeurs (« Strategic Services Unit » puis CIA) des criminels de guerre européens, Allemands et Ukrainiens en-tête. Harry Rositzke, chef depuis 1945, à Munich, des « opérations secrètes à l’intérieur de l’URSS » des nazis ukrainiens – et agent loyal qui ne cita aucun nom , fit cet aveu en 1985 : « Nous savions parfaitement ce que nous faisions. La base du boulot était de se servir de n’importe quelle ordure du moment qu’elle était anticommuniste » . Les historiens américains Breitman et Goda, spécialistes de la « Shoah » collaborateurs réguliers du Département d’État, ont complété le dossier en 2010.

Washington eut grand besoin du Vatican qui, sauveteur de masse des criminels de guerre via le clergé européen, maintint sa collaboration avec les héritiers du Reich mais l’adapta à son alignement sur les États-Unis maîtres de l’« Europe occidentale » et grands bailleurs de fonds (à usage intérieur, italien, et international). La Curie continua à gérer son vivier uniate de Lvov, via les prélats et les prêtres clandestins. Avait succédé à Szepticky décédé en novembre 1944 le chef bandériste Ivan Bucko, ancien « évêque auxiliaire de Lvov » (depuis 1929), associé aux préparatifs de Barbarossa puis à la « rechristianisation » ratée des Russes. Washington agréa dès l’été 1945 cet « expert du Vatican sur les questions ukrainiennes [d’]opinions radicalement antirusses », comme « visiteur apostolique des Ruthènes de l’armée d’Ukraine » (l’OUN-UPA), chef, à Rome, jusqu’en 1971, « des Ukrainiens en Europe occidentale » .

Dès juillet 1944, juste avant l’entrée de l’Armée rouge à Lvov, les massacreurs du « Conseil suprême ukrainien de libération » (UHVR) avaient, prélats compris, traité, sous l’aile romaine, « avec les gouvernements occidentaux ». Les alliés-rivaux anglais et américains collaborèrent avec les groupes dirigés, d’une part, par Bandera-Stetsko (80% des effectifs ukrainiens des « camps de personnes déplacées en Australie, au Canada, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et autres pays occidentaux à la fin des années 1940 ») et, d’autre part, par Lebed et le prélat uniate Ivan Hrinioch, agent de liaison avec le Vatican .

Les Américains avaient dès mai 1945 récupéré et installé, tout près de Munich, comme espion en chef, le général nazi (membre du NSDAP) de la Wehrmacht Reinhard Gehlen : chef du « renseignement militaire allemand sur le front de l’Est » dans l’URSS occupée (Fremde Heere Ost, FHO), Gehlen, responsable des « interrogatoires », avait dirigé les collaborateurs soviétiques de toutes les régions occupées, dont l’Ukraine et fabriqué depuis 1942 l’armée Vlassov. Ces soldats de l’Armée rouge ralliés à la Wehrmacht pour ne pas périr formèrent des bandes criminelles qui rendirent, en URSS et jusque contre les résistants français en 1943-1944 , les mêmes services que les nazis uniates. Gehlen, grand criminel de guerre, reçut en 1945 d’immenses responsabilités : l’espionnage de renseignement et d’agression contre l’URSS, mais aussi l’action anticommuniste en zone américaine. Adenauer, qui l’appréciait autant, lui confia, à la fondation de la RFA, à l’automne 1949, ses services secrets : le grand nazi Gehlen dirigea donc le Bundesnachrichtendienst (BND) jusqu’à sa retraite en 1968 . Vu l’expérience allemande acquise depuis la décennie 1930, son apport en Ukraine fut décisif. Entouré exclusivement d’anciens nazis, dont ses anciens adjoints en URSS occupée, Gehlen maintint donc sans rupture la collaboration germano-ukrainienne.
Londres et Washington collaborèrent et rivalisèrent dans l’usage de Bandera et de ses sbires. Washington fut plus discret mais laissa les bandéristes (majoritaires) et autres membres de l’OUN se reconstituer à Munich et alentour. Les alliés-rivaux refusèrent sous tous les prétextes de livrer Bandera et autres criminels de guerre ukrainiens « réfugiés » à l’URSS, qui les réclamait depuis le début de 1946 pour les juger. Les Américains aidèrent Bandera à s’installer à Munich dès août 1945, lui forgèrent des papiers d’identité (au nom de Stefan Popel) et autres faux documents, dont l’un d’« interné dans les camps de concentration nazis du 15 septembre 1941 au 6 mai 1945 [et] libéré du camp de concentration de Mauthausen » une des légendes de la presse « occidentale » actuelle. Ils le logèrent et lui procurèrent maintes facilités, dont un lot de cartes de journaliste, y compris pour un journal « français ».

La CIA confia à Gehlen et à son BND le soin de « traiter » le compromettant Bandera, au service des « opérations » militaires en Ukraine – toujours classifiées. Bandera rapportait directement à Heinz Danko Herre, ancien second de Gehlen à la Fremde Heere Ost affecté entre autres à l’armée Vlassov et qui, « principal conseiller de Gehlen » au BND, adorait Bandera : « nous le connaissons depuis à peu près 20 ans, et, il dispose en Allemagne et en dehors, de plus d’un demi-million de partisans. » Washington fit traîner la demande de visa pour séjour aux États-Unis déposée par Bandera depuis 1955, mais le BND voulait mettre en contact direct son cher Bandera et les nazis ukrainiens d’Amérique, immigrés par dizaines de milliers depuis la fin des années 1940 : la complicité entre CIA et ministère de la Justice américain permit de violer la loi interdisant l’immigration aux nazis. « Les responsables de la CIA de Munich » finirent par accepter « l’octroi du[dit] visa en 1959 », mais Bandera ne put gagner les États-Unis : un agent du KGB l’exécuta à Munich, le 15 octobre 1959, « les Soviétiques ayant décidé qu’ils ne pouvaient se permettre la résurrection de l’alliance entre l’espionnage allemand et les fanatiques ukrainiens » (Breitman et Goda). Voilà pourquoi l’actuel « héros national » de l’Ukraine « indépendante » n’étendit pas ses activités outre-Atlantique.

Washington avait poursuivi, toujours en collaboration avec le BND, ses œuvres en Ukraine et alentour, notamment en Tchécoslovaquie, « la CIA fournissant l’argent, les approvisionnements, l’entraînement, les facilités radio et les parachutages des agents entraînés » de l’UPA. Aux États-Unis mêmes, la CIA promut d’autres alliés bandéristes en hérauts de la « démocratie » ukrainienne, tel Mykola Lebed, « sadique notoire et collaborateur des Allemands », qui avait début 1945 pris contact avec Allen Dulles à Berne : elle fit immigrer ce « chef responsable d’“assassinats de masse d’Ukrainiens, de Polonais et de juifs” », dénoncé par des immigrés d’Europe orientale, l’installa à New York en « résident permanent », puis fit naturaliser ce chef de la propagande « nationale ukrainienne » aux États-Unis. Depuis 1955, « des tracts furent jetés par avion au-dessus de l’Ukraine, et des émissions de radio intitulées Nova Ukraina furent diffusées depuis Athènes pour consommation ukrainienne ». Tous les pays de l’OTAN furent mobilisés à cet effet.

Quand le fiasco hongrois de novembre 1956 eut stoppé les actions militaires en Europe orientale (et poussé l’obsessionnel Wisnan Ber à la folie ), fleurit une prétendue « association sans but lucratif » (financée, comme le reste, par la CIA), dite Prolog, chargée d’inonder l’Ukraine de propagande antisoviétique. Hrinioch, second de Lebed, en dirigea l’antenne de Munich, l’« Ukrainische Gesellschaft für Auslandsstudien » (Société ukrainienne pour les études sur l’étranger). En « 1957, Prolog diffusa 1 200 programmes radiophoniques à raison de 70 heures par mois, et distribua 200 000 journaux et 5 000 tracts. » Elle organisait la distribution des « livres d’écrivains et poètes ukrainiens nationalistes », y compris en Ukraine soviétique, « jusqu’à la fin de la Guerre froide ». Elle « finançait le voyage des étudiants et des universitaires ukrainiens aux conférences universitaires, aux festivals internationaux de la jeunesse » et autres manifestations : à leur retour, les subventionnés rendaient compte à la CIA. Prolog était le seul « truchement des opérations de la CIA en direction de la République soviétique d’Ukraine et de ses quarante millions de citoyens ukrainiens. »

Dans les années 1960, les bandéristes américains, dont Lebed, firent leur conversion publique au philosémitisme, dénonçant systématiquement « les Soviétiques pour leur antisémitisme » thème très en vogue ces temps-ci. L’aristocrate catholique polono-américain Zbigniew Brzezinski, pilier depuis les années 1950 de la subversion permanente de l’URSS et de la scission Ukraine-Russie , préconisa en 1977, comme conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter, l’extension de ce magnifique programme. Dans les années 1980, entre Carter et Ronald Reagan, Prolog se diversifia en direction des « autres nationalités soviétiques, qui incluaient les dissidents soviétiques juifs, suprême ironie », selon Breitman et Goda. Tactique géniale, après des décennies d’hostilité ou d’indifférence aux juifs européens , puisque la propagande « occidentale » transforma une URSS jadis haïe comme judéo-bolchevique en symbole de l’antisémitisme.

Les opérations américano-germano-ukraino-nazies contre l’URSS et l’Europe orientale, nommées « Cartel » puis « Aerodynamic » puis, dans les années 1980, « Qrdynamic », « Pddynamic » et « Qrplumb » n’avaient jamais cessé. L’étude de Breitman et Goda s’achève en 1990, « au seuil de l’effondrement » de l’URSS : tout était alors prêt, en Ukraine, pour la phase suivante, gérée par Mme Nuland et les siens.

Annie LACROIX-RIZ

* Annie Lacroix-Riz, agrégée d’histoire, docteur ès lettres, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Paris VII – Denis Diderot, est spécialiste des relations internationales dans la première moitié du XXᵉ siècle.

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♦ Lorsque les psychopathes prennent le contrôle de la société♦


Derrière un masque de respectabilité et d’autorité, liquidateurs d’entreprises & licencieurs en série

NdT – Quelques extraits (en vrac) traitant des psychopathes et de leur emprise sur les sociétés modernes où ils s’épanouissent à merveille jusqu’au point de devenir une minorité dirigeante. Des passages paraîtront étrangement familiers et feront probablement penser à des situations et/ou des personnages existants ou ayant existé. Tu me dis « psychopathe » et soudain je pense à pas mal d’hommes et de femmes politiques. (attention : ce texte comporte une traduction non professionnelle d’un jargon professionnel)

Imaginez – si vous le pouvez – que vous n’avez aucune conscience, aucun sentiment de culpabilité ou de remords et ce quels que soient vos actes, que vous n’êtes jamais freiné par la préoccupation du bien-être d’un étranger, d’un ami ou même d’un membre de la famille. Imaginez que vous n’avez jamais éprouvé de honte, pas une seule fois dans toute votre vie, pour un acte, aussi égoïste, paresseux, nuisible, ou immoral qu’il ait été. Et faites semblant que la notion de responsabilité vous est inconnue, sinon comme un fardeau que d’autres semblent porter sans se poser de questions, comme des imbéciles crédules.

A présent, ajoutez à cet étrange délire une capacité à dissimuler sous un maquillage psychologique le fait que vous êtes radicalement différent des autres. Puisque tout le monde suppose que la conscience est universelle chez les êtres humains, vous n’aurez pratiquement aucun effort à faire pour cacher votre absence de conscience. Vous n’êtes pas limité par un sentiment de culpabilité ou de honte, et vous n’êtes jamais remis en question pour votre sang-froid. L’eau glacée qui coule dans vos veines est si bizarre, si étrangère à leur propre expérience qu’ils n’arrivent que rarement à deviner qui vous êtes.

En d’autres termes, vous n’êtes freiné par aucune contrainte morale, et votre liberté sans bornes de faire exactement ce qui vous avez envie de faire, sans crises de conscience, est invisible aux yeux du reste du monde. Une situation idéale.Vous pouvez faire tout et n’importe quoi mais cette étrange capacité qui vous donne un avantage sur la majorité des gens, limités qu’ils sont par leurs consciences, restera malgré tout votre petit secret.

Si personne n’est là pour vous arrêter, vous pouvez faire tout ce que vous voulez. Si vous êtes né au bon moment, et si vous avez hérité d’un petit pécule, et si vous avez un talent particulier pour attiser la haine et les sentiments de frustration chez les gens, vous pouvez vous arranger pour tuer un grand nombre de personnes sans méfiance. Avec suffisamment d’argent, vous pouvez accomplir la même chose à distance, et vous pouvez vous asseoir tranquillement à l’abri et observer de loin le bon déroulement des opérations, avec une certaine satisfaction….

Comment serait votre vie ? Comment profiteriez-vous de cet avantage, un avantage énorme et secret, sur tous ceux qui sont freinés par leur conscience ?

La réponse dépendra en grande partie de la nature de vos désirs, parce que les gens ne sont pas tous les mêmes. Même ceux qui sont profondément sans scrupules ne sont pas tous les mêmes. Certaines personnes – consciemment ou pas – préfèrent la facilité de l’inertie, tandis que d’autres sont remplis de rêves et d’ambitions sauvages. Certains êtres humains sont brillants et talentueux, certains sont obtus mais la plupart, consciemment ou non, sont quelque part entre les deux. Il y a des violents et des non violents, il y a ceux qui sont motivés par la soif de sang et ceux qui n’ont pas de tels appétits ….

DSK a encore oublié la clé de sa chambre.

Fou et effrayant – et réel, pour environ 4 pour cent de la population… Le taux de population atteinte d’anorexie est estimé à 3,43 %, chiffre réputé proche d’une épidémie. Et pourtant ce chiffre n’est que très légèrement inférieur à celui de la population dotée d’une personnalité antisociale. Les troubles importants classés dans la catégorie schizophrénie se produisent chez seulement 1 pour cent de [la population] environ – à peine le quart du taux de personnalités antisociales – et les Centres de Contrôle et de Prévention des Maladies disent que le taux de cancer du côlon aux Etats-Unis, considéré comme « alarmant », est d’environ 40 pour 100.000 – cent fois moins que les antisociaux.

La taux élevé de psychopathes dans la société humaine a un effet profond sur le reste de la société qui, elle aussi, est condamnée à vivre sur cette planète, y compris ceux d’entre nous qui n’ont jamais été cliniquement traumatisés. Les individus qui composent ces 4% nuisent à nos relations, nos comptes en banque, nos oeuvres, notre fierté, et à tout notre bien-être sur cette terre.

Pourtant, étonnamment, beaucoup de gens ne connaissent rien de ce trouble, ou bien pensent uniquement à la forme violente de psychopathie – les assassins, les tueurs en série, les meurtriers en masse – des gens qui ont manifestement commis de multiples crimes et qui pourraient finir en prison ou même condamnés à mort.

Nous sommes rarement conscients et n’avons généralement pas l’habitude d’identifier le grand nombre de psychopathes non-violents présents parmi nous, des gens qui sont rarement ouvertement des délinquants et contre lesquels notre système juridique offre peu de protections.

La plupart des gens sont incapables d’imaginer le lien entre la conception d’un génocide ethnique et, par exemple, le fait de mentir sans vergogne à son patron au sujet d’un collègue de travail. Mais non seulement ce lien psychologique existe, il est même effrayant. Simple et profond, ce lien est l’absence d’un mécanisme interne qui nous freine, sur le plan émotionnel, lorsque nous faisons un choix que nous considérons comme immoral, contraire à l’éthique, négligent, ou égoïste.

La plupart des gens se sentent légèrement coupables s’ils mangent le dernier morceau de gâteau dans la cuisine, sans parler de ce qu’ils ressentiraient s’ils se mettaient en tête de blesser intentionnellement quelqu’un de sang froid. Ceux qui n’ont aucune conscience constituent un groupe à part entière, qu’ils soient tyrans, assassins ou simples snipers sociaux sans scrupules.

Cette présence ou absence de conscience constitue une division profonde entre êtres humains, sans doute plus importante que l’intelligence, la race, ou même le sexe.

Ce qui différencie un psychopathe qui vit du travail des autres de celui qui de temps en temps vole dans un magasin, ou d’un escroc de haut-vol contemporain – ce qui distingue en somme un voyou ordinaire d’un psychopathe meurtrier – n’est rien de plus que le statut social, l’énergie, l’intellect, la soif de sang, ou simplement les possibilités offertes. Ce qui distingue ces gens-là de tous les autres est un trou béant dans leur psychisme, là où il devrait y avoir toutes les fonctions d’humanisation les plus évoluées.

La psychopathie peut être caractérisée comme une tendance à la fois à la domination et à la froideur… Les psychopathes sont enclins à la colère et à l’irritation et sont prêts à exploiter les autres. Ils sont arrogants, manipulateurs, cyniques, exhibitionnistes, à la recherche de sensations, machiavéliques, vindicatifs et intéressés uniquement par leurs propres gains … ils exigent de l’amour et la reconnaissance sociale et se considèrent comme très dignes et importants, mais n’offrent ni amour ni reconnaissance en retour, car ils considèrent les autres comme indignes et insignifiants. Ce comportement est clairement conforme à l’essence de la psychopathie telle qu’elle est communément décrite.

Les psychopathes, comme tout le monde, naissent avec des goûts, des répulsions et des désirs différents, ce qui explique pourquoi certains d’entre eux sont des médecins ou des présidents et d’autres des voleurs ou des violeurs.

Martha Stout, The Sociopath Next Door (« Le psychopathe près de chez vous » ou « votre voisin le psychopathe » – NdT)


Il n’y a pas si longtemps, au Japon, la parole d’un homme dans le monde des affaires ou de gouvernement avait valeur d’engagement envers la société. S’il était pris en flagrant délit de mensonge, ou s’il « perdait la face », il pouvait perdre la vie, et souvent de sa propre main (hara-kiri). Même dans ce pays-ci (Etats-Unis – NdT), il n’y a pas si longtemps, la parole d’un homme ou une poignée de mains virile signifiait quelque chose. Certes, il y a toujours eu des voyous et des escrocs, mais avant on était plus attentif à se débarrasser des incompétents que des psychopathes. Comme l’a dit Owen Young, « Ce n’est pas l’escroc moderne du monde des affaires que nous craignons, mais l’honnête homme qui ne sait pas ce qu’il fait. » (1980, p.38)

Malheureusement, tout a changé. Nous devons désormais craindre l’escroc moderne super-sophistiqué qui sait ce qu’il fait… et le fait si bien que personne ne s’en aperçoit. Oui, les psychopathes adorent le monde des affaires.

« Indifférent aux autres, il voyait d’un regard froid leurs frayeurs et leurs désirs, et les manipulait comme bon lui semblait. Un tel homme ne serait pas forcément condamné à passer sa vie derrière les barreaux ou à fuir la Justice. Au lieu de liquider des individus, il liquidera des entreprises. Il licenciera à tour de bras au lieu de tuer en série, il restructurera et délocalisera au lieu de découper sa victime en morceaux.. » (Harrington, 1972, p.18)

Avant les affaires de délits d’initiés qui ont frappé Wall Street en 1987, la criminalité en col blanc ne semblait pas mériter une attention particulière. Certes, les « peines » infligées pour les crimes en col blanc sont nettement moins sévères que pour les crimes en « col bleu ». Comme l’a indiqué le Chef de la Police de Houston dans le livre CrimeWarps, « la police ne consacre pas ses efforts à pourchasser la criminalité en col blanc. La criminalité que nous pourchassons est celle qui intéresse le public, celle des rues. Je ne pense pas que les choses changeront. » (1987, p.105

Bien entendu, les conséquences de cette criminalité en col blanc pour le citoyen ordinaire sont stupéfiantes.

Selon le criminologue Georgette Bennett, les délits économiques représentent près de 30% des affaires présentées devant les tribunaux américains – plus que toute autre catégorie de délit ou crime. Le total des préjudices occasionnées par les cambriolages, les agressions et autres activités des voyous dans les rues du pays s’élève à environ 4 milliards de dollars par an. Cependant, les citoyens apparemment modèles qui fréquentent les conseils d’administration et les escrocs en col blanc nous extorquent entre 40 et 200 milliards de dollars par an.

Notre société devient de plus en plus matérialiste, et le succès à tout prix est devenu le credo de nombreux hommes d’affaires. Le psychopathe type se complaît dans un tel environnement où il est considéré comme un « héros ».

Le psychopathe est un prédateur. Si on réfléchit aux interactions entre les prédateurs et leurs proies dans la nature, on peut avoir une certaine idée de ce qui se cache derrière le « masque de santé mentale » du psychopathe. Tout comme le prédateur qui recourt à des stratagèmes pour s’approcher furtivement de sa proie, pour l’isoler du troupeau, s’en approcher et l’épuiser, le psychopathe se construit toute un panoplie de camouflages sophistiqués, composée de paroles, d’apparence, de mensonges et de manipulations – afin de « tromper » sa proie.

Contrairement aux gens normaux qui aiment voir d’autres gens heureux, ou faire plaisir, le psychopathe aime faire souffrir.

La Ponérologie est devenue une nouvelle branche de la science née d’une nécessité historique et des avancées les plus récentes de la médecine et de la psychologie … Elle étudie les composants et la causalité du Mal, indépendamment de son impact social.

Pendant les périodes « fastes », les gens perdent progressivement de vue la nécessité d’une réflexion profonde, d’introspection, de la connaissance des autres et d’une compréhension des lois complexes de la vie. Au cours de ces périodes « fastes », la recherche de la vérité dérange parce qu’elle révèle des faits gênants. Il vaut donc mieux penser à des choses plus simples et plus agréables … Dans ces moments-là, les possibilités d’avoir une pensée logique et rigoureuse, née par nécessité dans les moments difficiles, commence à s’estomper. Lorsque les communautés perdent la capacité de raisonnement et de critique morale, les processus de génération du mal s’amplifient à tous les échelons sociaux, qu’ils soient individuels ou macro-sociaux, jusqu’au retour à une période « sombre ».

La souffrance, l’effort et l’activité mentale éprouvés pendant les périodes sombres conduisent à une régénération progressive, et généralement accentuée, des valeurs perdues, ce qui entraîne un progrès humain. Lorsque les périodes sombres surviennent et que les gens se retrouvent submergés par le mal, ils doivent rassembler toutes leurs forces physiques et mentales pour se battre pour leur survie et celle de la raison.

Dès leur plus jeune age, les psychopathes apprennent à se reconnaître entre eux et prennent conscience de l’existence d’autres individus semblables à eux. Ils prennent aussi conscience d’être différents des gens qui les entourent. Ils nous considèrent avec une certaine distance, comme une espèce à part… Ils deviennent des experts pour détecter nos faiblesses et se livrent parfois à des expériences cruelles. La souffrance et l’injustice qu’ils provoquent ne leur inspirent aucun remords car de telles réactions chez les autres sont considérées comme le résultat d’une différence, et n’appartiennent donc qu’à « ces gens-là ».

Quand un processus ponérogénique englobe toute la classe dirigeante d’une société, ou d’une nation, ou lorsque l’opposition des gens normaux se voit étouffée – en raison du caractère généralisé du phénomène, ou par des moyens envoûtants et la contrainte physique, y compris la censure – nous avons affaire à un phénomène dit macro-ponerologique.

Au « temps heureux » de paix, lorsque celle-ci est bâtie sur l’injustice sociale, les enfants des classes privilégiées apprennent à réprimer de leur esprit les idées désagréables qui pourraient laisser entendre qu’ils et leurs parents profiteraient de cette situation d’injustice au détriment des autres. Ces jeunes apprennent à rejeter et dénigrer les valeurs morales et mentales de toute personne dont ils exploitent le travail… Ils grandiront pour devenir des adultes hystériques qui transmettront leur hystérie à la génération suivante, qui à son tour développera ces caractéristiques à un niveau supérieur.

Il est désormais bien connu que le document « Les Protocoles des Sages de Sion » est un hoax faussement attribué aux Juifs. Toutefois, le contenu même de ce document n’est manifestement pas un faux puisqu’une étude attentive des événements survenus aux États-Unis au cours des 50 dernières années environ fournit de nombreuses indications de sa mise en application en vue d’amener au pouvoir l’actuelle administration néoconservatrice [Bush / Cheney]. Celui qui veut comprendre ce qui s’est passé aux Etats-Unis doit lire les Protocoles pour comprendre comment un certain groupe de dérangés a pris ce texte au pied de la lettre. Le document « Projet pour un Nouveau Siècle Américain », rédigé par les néoconservateurs, est inspiré par la même vision schizoïde du monde.

– « Si la photo est bonne, tu pourras quitter Guantanamo et rentrer chez toi. »
– « Arrête, t’es méchant…Ne l’écoutez pas, il plaisante »
– « Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! »

La Pathocratie est un système de gouvernement dans lequel une petite minorité pathologique prend le contrôle d’une société. Dans une pathocratie, tous les postes de direction (…) doivent être occupés par des personnes atteintes des mêmes déviations psychologiques (…). Mais de telles personnes ne représentent qu’un très faible pourcentage de la population, ce qui les rend donc encore plus précieux aux yeux des pathocrates. Les pathocrates ne seront donc pas très regardants sur le niveau intellectuel ou les compétences professionnelles, qui seront encore plus rares.

Au bout de quelques années de fonctionnement d’un tel système, pratiquement tous les gens souffrant de psychopathie auront été intégrés dans l’activité pathocratique, et ils sont considérés comme les éléments les plus fidèles, même si certains d’entre eux sont impliqués d’une façon ou d’une autre dans le camp adverse.

Dans de telles conditions, aucun domaine de la vie sociale ne peut se développer normalement, que ce soit l’économie, la culture, la science, la technologie, l’administration, etc. La pathocratie paralyse progressivement tout.

Les gens normaux doivent alors développer une capacité surhumaine de garder le calme pour réussir à simplement expliquer ce qu’il faut faire et comment le faire à un quelconque déviant pathologique, médiocre et obtus, nommé à la tête d’un projet qu’il est incapable de comprendre et encore moins de gérer. Cette pédagogie particulière – qui consiste à instruire les déviants, tout en évitant leurs foudres – demande beaucoup de temps et d’énergie. Mais il serait autrement impossible de maintenir des conditions de vie acceptables et les réalisations nécessaires pour l’économie ou la vie intellectuelle d’une société. Mais malgré tous ces efforts, la pathocratie s’immisce progressivement dans tout et engourdit tout.

Tous ceux qui ont été attirés initialement par l’idéologie originale prennent conscience qu’ils ont désormais affaire à quelque chose d’autre, quelque chose qui a pris la place de l’idéologie originale et qui se présente sous le même nom. La désillusion vécue par ces anciens partisans idéologiques est extrêmement amère.

La détermination de la minorité pathologique à garder le pouvoir sera menacée par la société des gens normaux, dont les critiques ne cessent d’enfler.

Pendant ce temps, le phénomène de pathocratie mûrit : un système d’endoctrinement vaste et actif est bâti, avec une idéologie convenablement rénovée qui en sera le véhicule ou le cheval de Troie dans le but de pathologiser les processus de pensée des individus et de la société. L’objectif est de forcer les esprits humains à intégrer les méthodes pathologiques et les formes prédéterminées de pensée, et par conséquent d’accepter la règle – ce qui n’est jamais admise ouvertement. C’est l’égoïsme de la pathocratie qui est à l’origine de cet objectif et les pathocrates considèrent sa réalisation comme non seulement indispensable mais faisable. Des milliers de militants doivent donc participer à objectif. Cependant, le temps et l’expérience confirment ce que le psychologue aurait pu annoncer longtemps à l’avance : tous les efforts déployés produisent si peu de résultats qu’ils ne sont pas sans rappeler les travaux de Sisyphe. Il en résulte un étouffement généralisé du développement intellectuel et une multiplication de grandes protestations contre une « hypocrisie » éhontée et méprisante. La pathocratie et ses exécutants sont incapables de comprendre que l’élément décisif qui complique tant la réalisation de leur objectif se trouve dans une des caractéristiques fondamentales du genre humain : les êtres humains normaux sont majoritaires.

L’ensemble du système de coercition, de terreur et d’endoctrinement forcé, ou plutôt, de pathologisation, s’avère donc effectivement irréalisable, ce qui provoque chez les pathocrates une grosse déception. Les pathocrates sont convaincus que leurs méthodes peuvent changer les gens en profondeur au point où ces derniers finiront par reconnaître que cette forme pathocratique de gouvernement est « la normalité », mais leurs convictions se heurtent à la réalité.

Pendant le choc initial, les liens sociaux entre les gens normaux s’étiolent. Mais après avoir survécu au phénomène, l’écrasante majorité commence à développer une immunisation psychologique. La société se lance alors dans la collecte à la fois des connaissances pratiques sur cette nouvelle réalité et de ses propriétés psychologiques.

Les gens normaux apprennent lentement à trouver les points faibles d’un tel système et à procéder à des aménagements pour se faciliter la vie. Ils commencent à échanger des conseils, rétablissant ainsi progressivement les liens sociaux et la confiance réciproque. Un nouveau phénomène se produit : une division entre les pathocrates et la société des gens normaux. Ces derniers ont l’avantage du savoir-faire, des compétences professionnelles et leur bon sens est encore intact. Ils ont donc en main certaines cartes très avantageuses. La pathocratie finit par réaliser qu’elle doit soit trouver un modus vivendi, soit établir des relations avec la majorité de la société, car « après tout, il faut bien que quelqu’un fasse le travail pour nous ».

Tout cela fait que les pathocrates ont tendance à limiter le niveau de terreur, à appliquer un peu de cosmétique à leur propagande et méthodes d’endoctrinement, et à accorder à la société qu’ils contrôlent une certaine autonomie marginale, en particulier en ce qui concerne la vie culturelle. Les pathocrates les plus libéraux ne seront pas opposés à accorder à une telle société un minimum de prospérité économique afin de réduire le niveau d’insatisfaction, mais leur propre corruption et incapacité à gérer l’économie les empêche de le faire.

Les psychopathes sont conscients d’être différents des gens normaux. C’est pourquoi leur « système politique » est capable lui-aussi de camoufler cette différence. Ils portent un masque personnel de santé mentale et savent comment créer un masque macrosocial de même nature… Les pathocrates savent que leur véritable idéologie est dérivée de leur nature déviante, et traitent « l’autre » – l’idéologie de façade – avec un mépris à peine dissimulé. Les gens ordinaires finissent un jour par s’en rendre compte.

La structure sociale pathologique couvre progressivement l’ensemble du pays en créant une « nouvelle classe » au sein de la nation. Cette classe privilégiée des déviants se sent menacée en permanence par les « autres », c’est à dire par la majorité des gens normaux. Les pathocrates ne se font aucune illusion sur leur destin en cas de retour à un système de gens normaux. Une personne normale privée de tout privilège ou rang cherchera du travail pour gagner sa vie, mais les pathocrates n’ont jamais eu un talent concret, et leur temps passé au pouvoir élimine toute possibilité d’adaptation aux exigences d’un travail normal. Si les lois de l’homme normal devaient être rétablies, eux et leurs partisans pourraient se retrouver jugés, y compris jugés sur leurs déviations pathologiques. Ils ne risqueraient pas de perdre uniquement leurs rangs et leurs privilèges, mais aussi leurs libertés et leurs vies. Comme ils sont incapables de faire ce genre de sacrifice, la survie d’un système où ils peuvent s’épanouir devient pour eux un impératif.

Pour les pathocrates, la destruction physique, psychologique, morale et économique de la majorité des gens normaux devient une nécessité « biologique ». De nombreux moyens sont à leur disposition, en commençant par les camps de concentration et la guerre contre un ennemi bien armé et obstiné qui dévastera et affaiblira le potentiel humain lancé à son assaut, à savoir le potentiel humain qui représente un danger pour le règne des pathocrates : les enfants des gens normaux, envoyés à la guerre pour une « noble cause » illusoire. Une fois morts et inoffensifs, les soldats seront ensuite décrétés des héros et seront vénérés avec des hymnes, toujours utiles pour élever une nouvelle génération fidèle à la pathocratie et toujours prête à mourir en son nom.

Ken Magid, Carole A. McKelvey

The Psychopaths Favorite Playground : Business Relationships (Le terrain de jeu préféré des psychopathes : les relations de travail)

Traduction « c’était le mot qui me manquait pour désigner toute cette bande de cinglés » par Viktor Dedaj pour le Grand Soir avec probablement un peu plus de fautes et de coquilles que d’habitude.

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♦ Parlement européen. Qatargate? Non, Marocgate


Le Maroc a confié la gestion de son réseau d’influence à son service secret extérieur, ce qui a suscité l’ouverture d’un débat au Parlement européen sur les allégations de corruption et d’ingérence étrangère de Rabat, alors même que l’institution s’apprête à voter pour la première fois depuis un quart de siècle une résolution critiquant la situation des droits humains dans ce pays.

Pier Antonio Panzeri lors d’une session plénière au Parlement européen (2019)
Marc Dossmann/Union européenne/AFP

À l’automne 2021, les 90 députés membres des commissions des affaires étrangères et du développement du Parlement européen ont dû, comme chaque année, choisir les trois candidats sélectionnés pour obtenir le prix Sakharov des droits de l’homme, le plus prestigieux de ceux que décernent les institutions européennes. Au premier tour sont arrivés ex aequo Jeanine Añez, l’ancienne présidente de la Bolivie, candidate présentée par le parti d’extrême droite espagnol Vox au nom du groupe Conservateurs et réformistes, et l’activiste saharaouie Sultana Khaya, parrainée par Les Verts et le Groupe de gauche. La première des deux femmes purge une peine de prison dans son pays pour « terrorisme, sédition et conspiration » à la suite du coup d’État qui a mis fin à la présidence d’Evo Morales en novembre 2019. La deuxième était, en octobre 2021, depuis un an en réclusion à son domicile de Boujador (Sahara occidental) et affirme avoir été violée, ainsi que sa sœur, par les forces de l’ordre marocaines.

Pour départager les deux candidates, il a fallu revoter pour que l’une ou l’autre rentre dans la short list de trois sélectionné·es susceptibles de recevoir le prix. Tonino Picula, un ancien ministre socialiste croate, a alors envoyé un courriel urgent à tous les députés de son groupe, leur demandant de soutenir Jeanine Añez. Ce n’était pas une initiative personnelle. Il a précisé qu’il avait écrit ce courriel au nom de Pedro Marqués, député portugais et vice-président du groupe socialiste. Celui-ci agissait vraisemblablement à son tour sur instruction de la présidente du groupe, l’Espagnole Iratxe García. Añez est donc sortie victorieuse de ce deuxième tour de vote.

LES SOCIALISTES BLOQUENT LES RÉSOLUTIONS SUR LES DROITS HUMAINS

Cet épisode illustre à quel point le Maroc a été, depuis des décennies, l’enfant gâté du Parlement européen. Socialistes, surtout espagnols et français, et bon nombre de conservateurs, ont multiplié les égards vis-à-vis de la monarchie alaouite. Alors que de nombreux pays tiers ont fait l’objet de résolutions critiquant durement leurs abus en matière de droits humains, le Maroc a été épargné depuis 1996. « Pendant de longues années, les socialistes ont systématiquement bloqué tout débat ou résolution en séance plénière qui puisse déranger un tant soit peu le Maroc », regrette Miguel Urban, député du Groupe de gauche.

Rabat n’a été épinglé que dans de très rares cas pour sa politique migratoire. Il a fallu que plus de 10 000 immigrés irréguliers marocains, dont 20 % de mineurs, entrent le 17 et 18 mai 2021 dans la ville espagnole de Ceuta, pour que le Parlement européen se décide à voter, le 10 juin 2021, une résolution appelant le Maroc à cesser de faire pression sur l’Espagne. L’initiative est partie non pas des socialistes ni des conservateurs, mais de Jordi Cañas, un député espagnol de Renew Europe (libéraux). Elle a obtenu 397 votes pour, 85 contre et un nombre exceptionnellement élevé d’abstentions (196). Parmi les abstentionnistes et ceux qui s’y sont opposé figuraient nombre de députés français.

UN RÉSEAU DE CORRUPTION

Derrière la longue liste de votes favorables aux intérêts du Maroc, empêchant d’aborder les questions gênantes en matière de droits humains, ou sur des sujets plus substantiels comme les accords de pêche et d’association, il n’y a pas eu que le réseau de corruption que la presse appelle « Qatargate » alors que, chronologiquement, c’est davantage d’un « Marocgate » qu’il s’agit. Il y a eu d’abord ces idées répandues entre eurodéputés que le voisin du Sud est un partenaire soucieux de renforcer ses liens avec l’Union européenne ; qu’il est en Afrique du Nord, et même dans le monde arabe, le pays le plus proche de l’Occident et celui dont les valeurs et le système politique ressemblent davantage à une démocratie.

Nul besoin donc, apparemment, de mettre en place un réseau de corruption quand la partie était pratiquement gagnée d’avance. C’est pourtant ce que le royaume a fait depuis une douzaine d’années d’après les fuites sur l’enquête menée depuis juillet 2022 par le juge d’instruction belge Michel Claise, spécialisé dans la criminalité financière, et publiées par la presse belge et italienne depuis la mi-décembre. « Le Maroc ne se contentait pas de 90 %, il voulait les 100 % », expliquent, en des termes identiques, les députés espagnols Miguel Urban, du Groupe de gauche, et Ana Miranda, des Verts.

L’engrenage du Marocgate est né en 2011 quand s’est nouée la relation entre le député européen socialiste italien Pier Antonio Panzeri et Abderrahim Atmoun, député marocain du parti Authenticité et modernité, fondé par le principal conseiller du roi Mohamed VI, et coprésident de la commission parlementaire mixte Maroc-UE jusqu’en juin 2019. Cette année-là il fut nommé ambassadeur du Maroc à Varsovie.

RÉVÉLATIONS DE WIKILEAKS

Les révélations de ce que l’on a appelé le Wikileaks marocain révèleront, fin 2014, à quel point les autorités marocaines apprécient Panzeri. Des centaines de courriels et de documents confidentiels de la diplomatie marocaine et du service de renseignements extérieurs (Direction générale d’études de documentation) ont alors été diffusés sur Twitter par un profil anonyme qui se faisait appeler Chris Coleman. On sait aujourd’hui qui se cachait derrière cet anonymat : la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Les services secrets français se vengeaient ainsi de plusieurs coups bas que leur avaient infligés leurs collègues marocains, à commencer par la divulgation par Le 360, un journal proche du palais, du nom de leur cheffe d’antenne à Rabat.

Dans ces câbles diplomatiques marocains, Panzeri est décrit comme « un allié pour combattre l’activisme grandissant des ennemis du Maroc en Europe ». Il a occupé, pour cela, des postes clefs au Parlement, comme celui de président de la délégation pour les relations avec les pays du Maghreb et de la sous-commission droits de l’homme. Selon l’enquête du juge Claise, Panzeri a impliqué son ex-femme et sa fille, mais surtout Eva Kaili, vice-présidente socialiste du Parlement européen, et Francesco Giorgi, qui fut son assistant parlementaire et qui était en couple avec la députée grecque. Il a été le premier à avouer, lors d’un interrogatoire en décembre 2022, qu’il travaillait pour le Maroc. Il a signé mardi 17 janvier un mémorandum avec le procureur fédéral (en vertu de la loi sur les repentis) dans lequel s’engage à faire « des déclarations substantielles, révélatrices, sincères et complètes » dans le cadre de l’enquête pour corruption.

La justice belge a aussi demandé la levée de l’immunité parlementaire de deux autres socialistes, le Belge Marc Tarabella, et l’italien Andrea Cozzolino. Ce dernier avait partiellement pris le relais de Panzeri dans les deux organes qu’il présidait. Il s’était aussi montré très actif, tout comme Eva Kaili, au sein de la commission d’enquête parlementaire sur Pegasus et autres logiciels espions qui concerne de près le Maroc. « Kaili a cherché à freiner l’enquête sur le logiciel Pegasus », a affirmé, le 19 décembre, Sophie in’t Veld, la députée néerlandaise qui a rédigé le rapport préliminaire sur ce programme informatique d’espionnage, dans une interview au journal italien Domani.

L’« équipe Panzeri », qui compterait d’autres membres non encore dévoilés, aurait reçu 50 000 euros pour chaque amendement anti-Maroc torpillé, selon le quotidien belge De Standaard. La somme semble modeste en comparaison de celles supposément versées par Ben Samikh Al-Marri, ministre d’État du Qatar, pour améliorer l’image du pays qui s’apprêtait à accueillir la Coupe du monde de football à Doha. L’essentiel du million et demi d’euros en liquide saisi par la police fédérale belge lors des perquisitions effectuées à la mi-décembre proviendrait de l’émirat. Il s’est apparemment servi du réseau constitué par Panzeri. Celui-ci a continué à fonctionner après sa défaite aux élections européennes de 2019. Pour ce faire le député battu a d’ailleurs fondé une ONG bidon à Bruxelles, Fight Impunity.

En marge des bribes de l’enquête publiées par la presse, Vincent Van Quickenborne, le ministre belge de la Justice, a laissé entrevoir l’implication du Maroc dans ce réseau, le 14 décembre, sans toutefois le nommer. Il a fait allusion à un pays qui cherchait à exercer son influence sur les négociations de pêche menées par l’UE, or c’est avec le Maroc que la Commission a signé son plus gros accord, et sur la gestion du culte musulman en Belgique. Les immigrés marocains constituent la plus importante communauté musulmane en dans ce pays.

PASSAGE DE RELAIS AUX SERVICES

En 2019, Abderrahim Atmoun, l’homme politique marocain devenu ambassadeur, est passé au second plan. La DGED, le service de renseignements marocain à l’étranger, a pris le relais et commencé à chapeauter directement le réseau Panzeri, d’après les informations recueillies par la presse belge. Concrètement, c’est l’agent Mohamed Belahrech, alias M 118, qui en a pris les rênes. Panzeri et Cozzolino auraient d’ailleurs voyagé séparément à Rabat pour y rencontrer Yassine Mansouri, le patron de la DGED, le seul service secret marocain qui dépend directement du palais royal.

Belahrech n’était pas un inconnu pour les services espagnols et français. Sa femme, Naima Lamalmi, ouvre en 2013 l’agence de voyages Aya Travel à Mataró, près de Barcelone, selon le quotidien El Mundo. On le revoit après à Paris, en 2015, où il réussit à être le destinataire final des fiches « S », de personnes fichées pour terrorisme, qui passent entre les mains d’un capitaine de la police aux frontières en poste à l’aéroport d’Orly, selon le journal Libération.

L’intrusion des espions marocains dans les cercles parlementaires bruxellois attire rapidement l’attention des autres services européens. Vincent Van Quickenborne a confirmé que l’investigation a été menée, au départ, par la Sûreté de l’État belge, le service civil de renseignements, avec des « partenaires étrangers ». Puis le dossier a été remis, le 12 juillet 2022, au parquet fédéral. Il Sole 24 Ore, quotidien économique italien, précise que ce sont les Italiens, les Français, les Polonais, les Grecs et les Espagnols qui ont travaillé d’arrache-pied avec les Belges.

Ces derniers ont, tout comme les Français, des comptes à régler avec les Marocains. En 2018 ils avaient déjà détecté une autre opération d’infiltration de la DGED au Parlement européen à travers Kaoutar Fal. Ce fut le député européen français Gilles Pargneaux qui lui a ouvert les portes de l’institution pour organiser une conférence sur le développement économique du Sahara occidental. Elle a finalement été expulsée de Belgique en juillet de cette année, car elle constituait une « menace pour la sécurité nationale » et collectait des « renseignements au profit du Maroc », selon le communiqué de la Sûreté. En janvier 2022, il y a eu une autre expulsion : celle de l’imam marocain Mohamed Toujgani, qui prêchait à Molenbeek (Bruxelles). Il cherchait, semble-t-il, à mettre la main sur les communautés musulmanes de Belgique pour le compte de la DGED.

Si le réseau Panzeri avait fonctionné correctement au service du Maroc du temps où il était en apparence géré par Abderrahim Atmoun, quel besoin de recourir il y a quatre ans aux hommes de l’ombre pour le piloter au risque d’ameuter des services européens ? Aboubakr Jamai, directeur du programme des relations internationales de l’Institut américain universitaire d’Aix-en-Provence, ose une explication : « Les services secrets sont enhardis au Maroc ». « La diplomatie y est menée par le contre-espionnage et d’autres services intérieurs. L’État profond, le makhzen, est aujourd’hui réduit à sa plus simple expression : son expression sécuritaire ». Et cette expression manque de tact quand il s’agit de mener la politique étrangère du royaume. Le ministre marocain des affaires étrangères Nasser Bourita a, lui, un autre point de vue sur le scandale dont pâtit le Parlement. Son pays subit un « harcèlement et des attaques médiatiques multiples (…) qui émanent de personnes et de structures dérangées par ce Maroc qui renforce son leadership », a-t-il affirmé, le 5 janvier à Rabat, lors d’une conférence de presse avec Josep Borrell, le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères. Celui-ci n’a pas hésité à exprimer en désaccord : « Nous sommes préoccupés par ces événements rapportés par la presse ». Ils sont inquiétants et les accusations sont graves. La position de l’UE est claire : il ne peut y avoir d’impunité pour la corruption. Tolérance zéro.

Les propos de Borrell ne faisaient qu’anticiper un autre changement de ton, celui du Parlement européen. La conférence des présidents de groupes parlementaires a donné son accord, le 12 janvier, à ce que soit soumise à la séance plénière du 19 une résolution réprobatrice sur la liberté de presse au Maroc et les journalistes qui y sont emprisonnés, surtout les trois plus influents, Omar Radi, Souleiman Raissouni et Toufiq Bouachire. Ce sera la première fois, depuis plus d’un quart de siècle, que sera voté dans l’hémicycle un texte critique sur le premier partenaire arabe de l’UE qui ne concerne pas sa politique migratoire. Il a été précédé, le mardi 17, d’un autre débat, aussi en séance plénière, sur les « Nouveaux développements des allégations de corruption et d’ingérence étrangère, y compris celles concernant le Maroc ». Le temps de l’impunité semble terminé pour le Maroc.

IGNACIO CEMBRERO

Journaliste espagnol, il a couvert le Maghreb pour le journal El País, puis pour le quotidien concurrent El Mundo 

https://orientxxi.info/magazine/parlement-europeen-qatargate-non-marocgate,6156

♦ Une réunion secrète dans la suite 412 : dans les coulisses du scandale de corruption du Parlement européen


La social-démocrate Eva Kaili (au centre) et d’autres participants présumés au scandale de corruption.
 [M] Lea Rossa / DER SPIEGEL; Phototos: KATAR: Vladimir Rys / Getty Images, Jens Schicke / IMAGO, EU / Source: EP, DER SPIEGEL

DER SPIEGEL a obtenu des centaines de documents de l’enquête sur le scandale de corruption qui a englouti le Parlement européen. Ils fournissent un aperçu approfondi du trafic d’influence généralisé d’une poignée de députés européens et montrent qu’il pourrait y avoir beaucoup plus à venir.

Lorsqu’Eva Kaili a appris le matin du 9 décembre 2022 que son partenaire avait été arrêté et que sa voiture avait été saisie, elle a dit qu’elle n’avait pas immédiatement réalisé que sa vie telle qu’elle la connaissait touchait à sa fin. « Je pensais qu’il avait eu un accident de voiture », a déclaré la femme grecque plus tard lors de l’interrogatoire.

Mais ensuite, selon une transcription de ses interrogatoires, la femme de 44 ans a lu les premiers rapports sur les perquisitions et les arrestations à Bruxelles. Ils se sont concentrés sur la corruption au Parlement européen, dont Kaili était vice-président. Et elle est tombée sur un nom: Pier Antonio Panzeri, ancien député européen et ex-patron de son partenaire de vie, Francesco Giorgi. Si elle ne l’avait pas compris auparavant, c’est à ce moment-là qu’elle a réalisé que l’affaire avait probablement à voir avec les montagnes d’argent que Giorgi, membre du personnel d’un député italien au Parlement européen, avait de nouveau stockées dans l’appartement qu’ils partageaient.

Kaili essaya frénétiquement de joindre Panzeri et d’autres membres de son réseau. Ensuite, elle a appelé son père, qui était à Bruxelles pour une visite et se promenait avec la fille de Kaili, âgée de 22 mois. Kaili a attrapé une valise pleine d’argent et a caché l’argent sous des biberons et des couches. « Prends ça et pars ! » dit-elle à son père.

Kaili essaya frénétiquement de joindre Panzeri et d’autres membres de son réseau. Ensuite, elle a appelé son père, qui était à Bruxelles pour une visite et se promenait avec la fille de Kaili, âgée de 22 mois. Kaili a attrapé une valise pleine d’argent et a caché l’argent sous des biberons et des couches. « Prends ça et pars ! » dit-elle à son père.

Mais il n’est pas allé loin. Les enquêteurs ont saisi le père de Kaili avec la valise pleine d’argent au Sofitel de la place Jourdan, un hôtel de luxe populaire parmi les hauts responsables politiques. Kaili, elle aussi, a ensuite été arrêtée – et relevée de ses fonctions de vice-présidence du Parlement européen quatre jours plus tard. Elle est actuellement en détention provisoire, tout comme Panzeri et Giorgi. Il y a d’autres suspects, et la police a fouillé plus d’une douzaine d’appartements et de bureaux. Les enquêteurs se concentrent actuellement sur les allégations d’appartenance à une organisation criminelle, de blanchiment d’argent et de corruption.

C’est ainsi qu’a commencé le plus grand scandale de l’histoire du Parlement européen, point culminant préliminaire de l’opération « Mezzo », une enquête en cours depuis plusieurs mois et qui impliquerait les services secrets de cinq pays européens. Plus de 1 300 documents internes, consultés par DER SPIEGEL, permettent une reconstitution détaillée de l’enquête. Les documents suggèrent fortement que de hauts responsables au Qatar et au Maroc sont impliqués dans le scandale – et que les informations rendues publiques jusqu’à présent ne sont que la pointe de l’iceberg.

La profondeur de cet iceberg pourrait bientôt devenir plus claire. Mardi, les procureurs belges ont annoncé que Panzeri était devenu témoin de l’État, ce qui signifie qu’il est apparemment prêt à témoigner – sur la façon dont son organisation a fonctionné, sur les accords avec les pays impliqués, sur les structures financières – en échange d’une peine plus légère. Panzeri, disent les responsables belges, est également prêt à nommer les noms d’autres personnes impliquées, y compris celles qu’il prétend avoir soudoyées. Bruxelles pourrait connaître des jours passionnants.

Selon les résultats de l’enquête jusqu’à présent, le groupe de Panzeri était scandaleusement amateur: ils ont apparemment reçu un paiement en espèces, qu’ils ont ensuite caché dans des appartements privés; Ils ont tenu une réunion conspiratrice dans un hôtel rempli de caméras de surveillance; Et ils ont passé des centaines d’appels téléphoniques en utilisant des connexions non cryptées.

Néanmoins, le groupe a apparemment pu opérer sans être détecté pendant plusieurs années, collectant des pots-de-vin non seulement du Qatar et du Maroc, mais aussi de la Mauritanie et peut-être même de l’Arabie saoudite.

Nombreux sont ceux qui ont du mal à croire que le réseau de Panzeri est unique en son genre à Bruxelles. « Il y a un certain nombre de pays qui ont systématiquement acquis de l’influence sur une longue période », explique l’eurodéputée du Parti vert Viola von Cramon. En plus du Qatar et du Maroc, dit-elle, le groupe comprend le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et la Russie. « Cela doit faire l’objet d’une enquête approfondie », dit-elle. « Il n’y a pas moins en jeu que la crédibilité de la démocratie européenne. »

1. Les débuts : du Maroc au Qatar

Le Qatar a été au centre du scandale depuis le premier jour, ce qui est principalement dû au fait que les Qataris ont apparemment été pris en flagrant délit. Mais les responsables ont d’abord jeté leur dévolu sur le Maroc.

L’enquête a apparemment été lancée à la suite d’une dénonciation : les services secrets d’un pays allié ont averti les Belges qu’une organisation criminelle à Bruxelles tentait de faire valoir les intérêts marocains avec l’aide de parlementaires européens.

En avril 2022, le Service de sûreté de l’État belge (VSSE) était convaincu que l’affaire représentait une « menace sérieuse pour la sécurité intérieure du pays et pour la continuité de l’ordre démocratique et constitutionnel ». Dans de tels cas, les responsables de la sécurité sont autorisés à déployer des « mesures exceptionnelles », y compris des « mesures conformément à l’article 18/12 » – la surveillance secrète des suspects à leur domicile.

Des agents des services secrets ont perquisitionné le domicile d’Antonio Panzeri sur l’avenue Eugène Plasky dans le quartier de Schaerbeek à Bruxelles. Ils ont trouvé une valise sous le lit contenant des liasses d’argent liquide – un total de 380 050 euros en billets de 50 euros. Dans le coffre-fort, ils ont découvert 320 000 euros supplémentaires en coupures de 50, 100 et 200 euros.

Avant de partir, les enquêteurs ont pris soin de tout remplacer exactement comme avant leur arrivée, et Panzeri n’a rien appris de la recherche. Au départ, aucune accusation n’a été déposée. Les enquêteurs ont averti le procureur fédéral Frédéric Van Leeuw dans une lettre datée du 26 avril 2022 qu’« une enquête criminelle pourrait potentiellement nuire aux enquêtes en cours des agences de renseignement ».

Panzeri a continué comme avant – maintenant sous la surveillance étroite de la VSSE. Les enquêteurs ont recueilli encore plus de preuves indiquant que son réseau travaillait apparemment secrètement pour influencer les institutions de l’UE, en particulier le Parlement européen, au profit du Maroc.

Le parlementaire européen Andrea Cozzolino
le parlementaire européen Andrea Cozzolino [M] Lea Rossa / DER SPIEGEL; Photo: UE / Source: PE

Au début de l’enquête, le service de renseignement extérieur marocain DGED est apparu sur le radar. En effet, le directeur de la DGED, Yassine Mansouri, aurait lui-même été directement impliqué dans la tentative d’influencer les parlementaires européens. Selon les preuves recueillies par les enquêteurs, Mansouri a rencontré l’eurodéputé Andrea Cozzolino , qui ferait également partie du réseau de Panzeri, et peut-être Panzeri lui-même.

L’implication potentielle de la DGED est un détail politiquement sensible. Si elle était fondée, cela signifierait que les tentacules du scandale s’étendraient aux plus hauts niveaux de l’État marocain.

Mansouri était l’un des enfants triés sur le volet choisis pour fréquenter le Collège Royal avec l’actuel roi marocain Mohammed VI. Le Collège Royal est une école du palais royal qui n’ouvre une nouvelle classe que lorsque l’enfant d’un roi atteint l’âge scolaire. Plus tard, le prince et Mansouri étudièrent le droit. Lorsque Mohammed est monté sur le trône, il a nommé Mansouri à la tête du service de renseignement extérieur du pays.

Le prince héritier marocain Mohammad avec Yassine Mansouri au Collège Royal en 1978.
 Photo : [M] Lea Rossa / DER SPIEGEL; DER SPIEGEL

Dans une sorte d’organigramme de la connexion marocaine que l’on retrouve dans les dossiers des enquêteurs belges, Mansouri est tout en haut. Immédiatement en dessous de lui se trouve Abderrahim Atmoun, ambassadeur du Maroc en Pologne, qui a d’excellentes relations à Bruxelles et à Paris. Les enquêteurs pensent qu’il a dirigé les activités du groupe Panzeri sur le terrain. En 2014, il a posté une photo sur Facebook le montrant avec son « cher ami » Panzeri.

L’amitié était apparemment profitable. Lorsqu’il se rendait à Paris via Bruxelles, Atmoun apportait fréquemment de l’argent, a déclaré Giorgi lors de l’interrogatoire du 10 décembre, selon le procès-verbal de l’interrogatoire. « Des montants plus petits, mais encore quelques dizaines de milliers d’euros. » Les personnes impliquées semblent avoir été pleinement conscientes que leurs actions étaient illégales, ce qui explique leur utilisation de mots de code. « Quand vous avez ramassé de l’argent, vous avez parlé de ramasser des costumes ou des cravates », a déclaré Giorgi aux enquêteurs. Le gouvernement marocain et Atmoun ont refusé de répondre à de nombreuses demandes de commentaires.

Le fait que le gouvernement de Rabat ait apparemment été prêt à faire preuve de sournoiserie dans la poursuite de ses intérêts à Bruxelles n’est pas sans raison. Les deux tiers du commerce extérieur du Maroc se font avec l’Union européenne, comme l’a récemment souligné le Haut Représentant de l’UE pour les affaires étrangères, Josep Borrell, lors d’un voyage dans la capitale marocaine. Il a également noté que plus de la moitié de tous les investissements étrangers au Maroc proviennent de l’UE, ce qui est, a-t-il dit, « difficile à surpasser ». En outre, a déclaré M. Borrell, le Maroc est le plus grand bénéficiaire du financement de la coopération de l’UE dans la région – avec un total attendu de 1,6 milliard d’euros de 2021 à 2027. La Commission européenne est chargée de décider comment cet argent doit être utilisé.

Le diplomate Abderrahim Atmoun (en haut), le protégé de Pier Antonio Panzeri, Francesco Giorgi, de l’argent trouvé dans l’appartement de Panzeri.
 [M] Lea Rossa / DER SPIEGEL; Photos : Francesco Giorgi / Instagram; DER SPIEGEL

Le Maroc est également désireux d’obtenir le soutien politique de l’UE dans le conflit en cours sur le Sahara occidental. Rabat occupe de vastes étendues de la région depuis des décennies et continue de résister aux demandes d’indépendance du peuple sahraoui. De son côté, l’UE compte sur le gouvernement marocain pour empêcher les migrants africains d’atteindre l’Europe.

II. Les imitateurs : le Qatar et la Mauritanie

Par rapport au Maroc, les intérêts poursuivis par le Qatar semblent beaucoup plus banals. Les enquêteurs pensent que le pays était principalement intéressé à nettoyer son image, qui avait été entachée par des rapports sur les conditions souvent esclavagistes vécues par de nombreux travailleurs migrants dans les années précédant la Coupe du monde, organisée par le pays en novembre et décembre. Ici aussi, le vaste réseau de connexions de Panzeri s’est avéré avantageux.

« Tout a commencé en 2018 », a déclaré son protégé Giorgi aux enquêteurs. Selon le récit de Giorgi, Panzeri a rencontré Ali bin Samikh Al Marri, qui était à la tête du comité national des droits de l’homme du Qatar à l’époque. Marri est ensuite devenu ministre du Travail en octobre 2021, le rendant directement responsable des conditions de travail sur les chantiers de construction liés à la Coupe du monde.

Heureusement pour Marri, sa relation avec Panzeri signifiait qu’il avait un accès direct à un réseau établi pour exercer une influence sur le Parlement européen. En d’autres termes, le Qatar a pu bénéficier des structures que le Maroc avait mis plusieurs années à construire.

En 2019, Panzeri et le Qatar sont parvenus à un accord – à l’automne, affirme-t-il, quelques mois après la fin de son mandat au Parlement européen. Giorgi, qui faisait alors partie du personnel de l’eurodéputé Cozzolino, a déclaré qu’il avait personnellement lancé un « projet de lobbying » pour le Qatar. Un fichier Excel enregistré dans le cloud Google de Giorgi décrit une « approche à trois volets »: « Arrêter les attaques d’autres pays, mettre l’accent sur les aspects positifs, attaquer d’autres pays ». Giorgi a déclaré qu’un accord avait également été conclu concernant le paiement, bien qu’il ait déclaré aux enquêteurs qu’il ne se souvenait plus des montants impliqués.

Giorgi a déclaré que le ministre du Travail Marri avait joué « à peu près le même rôle » qu’Atmoun du Maroc. Cela signifierait que le ministre du Travail était directement responsable de fournir des conseils au groupe Panzeri et des paiements. La question de savoir si cela est vrai reste ouverte. Marri n’a pas répondu à plusieurs tentatives de le contacter.

Les personnes impliquées savaient apparemment dès le début que leurs activités allaient bien au-delà du travail de lobbying normal. Cela semble ressortir clairement des méthodes de paiement clandestines utilisées. Giorgi a dit à ses interrogateurs que le système impliquait qu’il contacte une personne en Turquie qui avait apparemment des origines palestiniennes. La personne de contact lui fournirait alors un numéro de téléphone belge à appeler pour accéder à l’argent. « La personne de contact était différente à chaque fois », a déclaré Giorgi, ajoutant qu’il supprimerait ensuite tous les numéros de téléphone après chaque transaction « afin de ne laisser aucune trace ». Le processus serait répété au maximum deux ou trois fois par an, a-t-il déclaré. « C’était stressant », s’est plaint Giorgi lors de son interrogatoire.

Puis, a-t-il dit aux enquêteurs, une idée a émergé d’utiliser une organisation non gouvernementale pour traiter l’argent. Cette suggestion a apparemment abouti à une ONG appelée Fight Impunity, qui prétend se battre pour que les violations des droits de l’homme ne restent pas impunies. Le site Web de l’organisation indique toujours Panzeri comme président.

Presque en passant, Giorgi a admis lors d’un interrogatoire que l’équipe Panzeri avait également travaillé pour le compte de la Mauritanie et peut-être même pour l’Arabie saoudite. Une semaine avant son arrestation, il a affirmé que lui et Panzeri avaient rencontré l’ambassadeur saoudien à la Mission mauritanienne auprès de l’Union européenne. Le diplomate « voulait des informations sur ce qui se disait sur son pays au Parlement européen », a déclaré Giorgi aux enquêteurs. La représentation diplomatique saoudienne n’a pas répondu à une demande de commentaire.

La Mauritanie elle-même a également « un problème d’image », a déclaré Giorgi, et c’est un problème que le pays voulait apparemment éliminer. « Ils ont engagé M. Panzeri pour obtenir des conseils sur ce qui pourrait être fait. » Le résultat, a-t-il dit, a été une coopération similaire à celle avec le Maroc et le Qatar – « mais pas avec le même montant d’argent ».

Il a déclaré aux enquêteurs qu’il avait feint la location d’un appartement à l’ambassadeur mauritanien, recevant 1 500 euros de loyer et 300 euros de frais annexes – une « compensation » qui est arrivée mois après mois, à partir de janvier 2021 au plus tard, selon les données du compte. Le montant pour la période couverte par ces chiffres s’élevait à près de 40 000 euros. Panzeri, a déclaré Giorgi, a reçu 25 000 euros supplémentaires en espèces. L’avocat de Panzeri, Laurent Kennes, n’a pas répondu aux questions concernant cette allégation et d’autres.

III. Une réunion du comité scénarisée

Les services fournis par Panzeri et ses alliés peuvent être reconstitués à l’aide d’une réunion de la sous-commission des droits de l’homme du Parlement européen le 14 novembre 2022. Le Qatari Marri a été invité à la réunion en tant qu’invité, mais les préparatifs avaient commencé plusieurs semaines plus tôt.

Le 3 octobre, les enquêteurs ont écouté une conversation téléphonique entre Panzeri et Giorgi au cours de laquelle ils prévoyaient une réunion avec « nos gars » – une référence aux représentants du Qatar – dans l’hôtel de luxe bruxellois Steigenberger Wiltcher’s.

Le 9 octobre à 14h48, trois berlines noires se sont rendues à l’hôtel cinq étoiles, une Mercedes S 380 de la représentation diplomatique qatarie et deux Mercedes S 350 louées. Les images des caméras de surveillance montrent que Marri a été l’un des trois premiers hommes à sortir des voitures. Cinq autres ont suivi avec des bagages, disparaissant dans la suite 412.

Le lendemain, à 17h50, Panzeri et Giorgi arrivèrent. Giorgi poussait un landau à travers le hall moderne contenant sa fille et celle de Kaili. Huit minutes plus tard, un homme que Giorgi semblait connaître les a rejoints, suivi d’un autre homme alors qu’ils attendaient l’ascenseur. Ensemble, ils ont tous roulé jusqu’à la suite 412. Comme le témoigneront les témoignages ultérieurs, Panzeri, Giorgi et Marri ont profité de la réunion pour se préparer à la réunion du comité qui approchait.

Le suspect Pier Antonio Panzeri (en haut à gauche) avec ses compagnons, Giorgi, le partenaire de Kaili, avec leur fille (à droite), la délégation qatarie à l’hôtel Steigenberger à Bruxelles
 [M] Lea Rossa / DER SPIEGEL; Aufnahmen: DER SPIEGEL

La réunion au bureau 412 s’est terminée à 19 h 21. Le sac de Panzeri semblait être plus gros qu’il ne l’avait été avant la réunion, comme les enquêteurs l’ont noté dans leurs dossiers.

Trois jours avant la réunion du comité le 14 novembre, Panzeri et Giorgi se sont rencontrés une fois de plus, cette fois dans l’appartement de Panzeri. Et cette fois, les enquêteurs écoutaient. Panzeri a lu le discours qu’il avait préparé pour le ministre qatari du Travail Marri, Giorgi le traduisant de l’italien vers l’anglais. Il s’est concentré sur les progrès réalisés par le Qatar dans les réformes du droit du travail et sur l’hypocrisie présumée des Européens qui critiquent le Qatar.

Panzeri avait également préparé des réponses à d’éventuelles questions que les eurodéputés pourraient poser. Que peut dire la ministre au sujet du traitement des membres de la communauté LGBTQ? Qu’en est-il de l’empreinte écologique des stades ?

Le 14 novembre, la réunion du comité a attiré un grand nombre de participants. Il ne restait que six jours avant le début de la Coupe du monde et beaucoup voulaient entendre ce que le ministre qatari du Travail avait à dire. La séance, dirigée par la présidente du comité, Maria Arena, a été diffusée en direct sur Internet. Citoyen belge d’origine italienne, Arena est un proche confident des Panzeri. Selon les dossiers d’enquête, les deux hommes se sont parlé au téléphone 389 fois entre mi-décembre 2021 et mi-septembre 2022. Et Arena n’était pas la seule personne du comité sur laquelle Marri pouvait compter. Panzeri s’en était assuré.

La parlementaire européenne Maria Arena, le ministre qatari du Travail Ali bin Samikh Al Marri
la parlementaire européenne Maria Arena, le ministre qatari du Travail Ali bin Samikh Al Marri [M] Lea Rossa / DER SPIEGEL ; Photo: Emilie Gomez / UE / Source: PE

Dans son discours d’introduction, Marri s’est félicité et a félicité son pays pour ses réformes sans précédent et a accusé les opposants du Qatar de faire deux poids, deux mesures. Tout comme Panzeri l’avait écrit.

Panzeri, cependant, ne voulait rien laisser au hasard. À 16 h 55, il a appelé Giorgi, qui était assis au dernier rang. Selon les procès-verbaux de surveillance, Panzeri a demandé si le « nana » était arrivé, un mot qui peut également être traduit par « poussin ».

Il s’agissait de l’eurodéputée italienne Alessandra Moretti.

La parlementaire européenne Alessandra Moretti
la parlementaire européenne Alessandra Moretti [M] Lea Rossa / DER SPIEGEL; Photo: UE / Source: PE

Elle est arrivée, murmura Giorgi dans son téléphone et lui demanda s’il devait également demander à Marc Tarabella de parler. Les enquêteurs pensent que le parlementaire belge est également membre du réseau de Panzeri.

Oui, a répondu Panzeri, Tarabella devrait dire : « Je n’ai pas remarqué autant d’intérêt lorsque la Coupe du monde a eu lieu en Russie il y a quatre ans » – et qu’il espère qu’il y aura un intérêt similaire pour les droits de l’homme avant la prochaine Coupe du monde aux États-Unis et au Mexique.

D’abord, cependant, Moretti a parlé. Elle a ajouté que des militants des droits de l’homme étaient également emprisonnés en Égypte. Et que des accidents de travail mortels, des centaines d’entre eux, se produisent également en Italie.

Le parlementaire européen Andrea Cozzolino
le parlementaire européen Andrea Cozzolino [M] Lea Rossa / DER SPIEGEL; Photo: UE / Source: PE

À 17h03, Arena a appelé Tarabella pour poser la dernière question de la session. Et il a tenu parole. Avant la Coupe du monde 2018 et les Jeux olympiques d’hiver en Russie et aux Jeux olympiques d’hiver de Pékin, a-t-il déclaré, il n’y avait aucune critique du genre de celle qui est maintenant dirigée contre le Qatar. Certains, a-t-il poursuivi, semblent peindre une image du Qatar tel qu’il était il y a 10 ans. Mais le pays a fait passer des réformes, a-t-il poursuivi, et cela doit être respecté.

Il est « possible » que Panzeri ait suggéré à son ami Tarabella de « dire quelque chose de spécifique », admettra plus tard l’avocat de Tabella, Maxim Töller. Mais son client, insiste Töller, ignorait que Panzeri « avait monétisé leur amitié ».

Ensuite, l’interrogatoire de Marri était terminé. Le comité s’est penché sur une autre question avant qu’Arena ne termine la session à 18 h 41. Elle a appelé Panzeri seulement 40 minutes plus tard – et a reçu les éloges qui lui étaient dus. Marri, lui dit Panzeri, était satisfaite.

IV. Contrôle des dommages

La présidente du Parlement, Roberta Metsola, espère maintenant prendre des mesures immédiates pour empêcher de telles activités à l’avenir, ou du moins pour les rendre plus difficiles. Cette semaine, le politicien conservateur de Malte a présenté un plan en 14 points. Il comprend des mesures telles que l’interdiction faite aux législateurs européens de poursuivre des activités de lobbying après avoir quitté le Parlement aussi longtemps qu’ils reçoivent encore une indemnité transitoire. Le site web du Parlement fournira également à l’avenir des informations transparentes sur les cadeaux reçus par les députés européens ainsi que leurs voyages et réunions.

Les « groupes d’amitié » controversés maintenus par certains parlementaires doivent être interdits afin de garantir que les pays non membres de l’UE ne puissent utiliser que les canaux officiels pour s’adresser au parlement.

Les législateurs européens ont toujours été tenus d’enregistrer les cadeaux qu’ils ont reçus avec le président. Metsola elle-même a publié 142 cadeaux de ce type la semaine dernière. Elle en a reçu 125 entre début février et fin novembre 2022, enfreignant ainsi 125 fois les règles parlementaires. Ces règles stipulent que les législateurs doivent enregistrer la réception d’un cadeau avant la fin du mois suivant.

Dans le cas de Metsola, au moins, les cadeaux étaient pour la plupart plutôt petits, comme des foulards, des vases et des livres. D’autres eurodéputés, en revanche, semblaient soudainement se souvenir de voyages entiers qu’ils avaient effectués une fois le scandale de corruption dévoilé.

Le démocrate-chrétien roumain Cristian-Silviu Bușoi, par exemple, s’est rendu en classe affaires en février 2020 à une conférence au Qatar et a passé quatre nuits dans l’exclusif Ritz Carlton – avec la note prise en charge par quelqu’un d’autre. Il n’a signalé le voyage que le 19 décembre 2022. Interrogé à ce sujet, il a déclaré qu’il n’avait pas soumis les formulaires requis en temps opportun parce qu’un membre du personnel avait supposé à tort que la participation de Bușoi à la conférence n’était pas couverte par la règle.

Le Qatar a également payé un voyage effectué par Marc Tarabella en février 2022 – qu’il a omis de déclarer. Maria Arena n’a pas non plus signalé un voyage payé par le Qatar en mai 2022, ce qui l’a amenée à renoncer à son poste de présidente de la sous-commission des droits de l’homme la semaine dernière. Dans une déclaration, elle a blâmé le personnel de son bureau. Elle a déclaré à DER SPIEGEL qu’elle n’avait jamais reçu d’argent ou d’autres gratifications de la part de représentants du Qatar ou du Maroc.

Les violations du Code de conduite peuvent être punies de différentes manières, y compris la confiscation de leur « indemnité journalière de subsistance », bien que cela ne se produise que rarement. Et de telles violations ne constituent pas une preuve valable de corruption.

Jusqu’à présent, toutes les allégations de corruption ont été dirigées contre les sociaux-démocrates. La détention provisoire de Kaili a de nouveau été prolongée jeudi. Panzeri est également toujours en détention, les procureurs belges affirmant qu’il recevrait probablement à la fois une peine de prison et une amende. En plus de cela, le million d’euros qu’il a gagné grâce à ses activités illégales sera confisqué.

Le groupe des Socialistes & Démocrates au Parlement européen a présenté cette semaine à Tarabella et Cozzolino un choix : soit ils quittent le groupe de leur propre chef, soit ils seront expulsés. Cozzolino est parti, Tarabella a été expulsé. À la demande des autorités belges, le Parlement européen devrait décider mi-février de suspendre leur immunité, avec une majorité jugée certaine.

Les choses pourraient devenir particulièrement risquées pour Tarabella. Selon la demande de levée de son immunité parlementaire, obtenue par DER SPIEGEL, Panzeri a fourni un témoignage extrêmement incriminant contre Tarabella. Selon la demande, Panzeri a déclaré lors de son interrogatoire le 10 décembre qu’il avait remis à Tarabella un sac en papier contenant 20 000 euros tous les quelques mois, la dernière fois il y a environ six mois. Au total, a déclaré Panzeri aux enquêteurs, Tarabella a reçu entre 12 000 et 140 000 euros de sa part pour « défendre certaines positions » en faveur du Qatar.

L’affaire aura également des conséquences pour le Qatar et le Maroc. L’UE avait l’intention de faciliter l’obtention de visas pour les Qataris pour se rendre en Europe, mais ces plans ont maintenant été gelés. Un accord de trafic aérien prévu avec l’UE pourrait également être la proie du scandale. Le Qatar a rejeté toute responsabilité dans le scandale et a parlé de « préjugés préconçus » et d’attaques unilatérales.

Des problèmes importants sont également attendus entre l’UE et le Maroc. Si les accusations sont fondées, « il y aura des conséquences », a déclaré un fonctionnaire de l’UE. Les sanctions possibles, a déclaré le responsable, vont de la réduction des relations diplomatiques et de la coopération des services secrets aux sanctions contre des individus spécifiques.

Et Eva Kaili ? Après son arrestation le 9 décembre 2022, elle a dû attendre quatre semaines avant de pouvoir revoir sa fille. Son avocat, Michalis Dimitrakopoulos, a affirmé à la télévision grecque que les fonctionnaires avaient utilisé l’enfant comme monnaie d’échange pour « casser » Kaili. Il n’a pas répondu aux questions sur les allégations contre Kaili. Sa relation avec Giorgi risque également d’en souffrir, chacun d’eux témoignant contre l’autre étant interrogé. Kaili « ne faisait pas partie du réseau », a déclaré Giorgi, mais: « Naturellement, Eva connaissait l’argent et d’où il venait, puisque nous vivons ensemble. » Kaili a affirmé qu’elle n’avait jamais envisagé d’où l’argent aurait pu provenir, mais a déclaré qu’une partie de celui-ci avait appartenu aux Panzeri.

Kaili admet seulement savoir une chose: quel argent dans leur appartement appartenait à qui. Giorgi, a-t-elle dit aux enquêteurs, n’avait jamais que des billets en vrac. Contrairement aux Panzeri, « qui avaient des liasses d’argent ». 

Par Markus BeckerRafael BuschmannNicola NaberRalf Neukirch et Petra Truckendanner

Article traduit de l’Allemand

https://www.spiegel.de/international/europe/a-secret-meeting-in-suite-412-inside-the-european-parliament-corruption-scandal-a-af0228b9-3557-47ca-8184-7e355ad151c3

♦ Le président des Affaires étrangères de la Chambre, Michael McCaul: les sceptiques de l’Ukraine ne savent pas « ce qui est en jeu »


Le président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, Michael McCaul (R-TX), a déclaré dimanche que les sceptiques de l’aide à l’Ukraine ne comprenaient pas « ce qui est en jeu ».

McCaul a déclaré à CNN que les républicains qui ne soutiennent pas plus d’aide à l’Ukraine pourraient avoir besoin d’être convaincus par des républicains plus favorables à l’establishment qui soutiennent plus d’aide.

« Je pense qu’il y a suffisamment de soutien des deux côtés de l’allée. Majorité au Parti démocrate, majorité au Parti républicain », a déclaré McCaul à propos des membres des deux partis soutenant l’aide à l’Ukraine.

McCaul a ajouté : « Nous devons éduquer nos membres. Je ne pense pas qu’ils comprennent tout à fait ce qui est en jeu. »

Le président Joe Biden rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy dans le bureau ovale de la Maison Blanche, mercredi 21 décembre 2022, à Washington. (AP Photo/Patrick Semansky)

Le républicain du Texas a soutenu que la chute potentielle de l’Ukraine pourrait provoquer un effet de cascade, ce qui pourrait créer un conflit entre la Chine et Taïwan.

« Si l’Ukraine tombe, le président Xi en Chine va envahir Taïwan. C’est la Russie, la Chine. L’Iran met des drones en Crimée, et la Corée du Nord qui met de l’artillerie en Russie », a-t-il expliqué à CNN. « Ils doivent comprendre l’affaire. Et ils parlent de la frontière, pas du tout mutuellement exclusive. Nous pouvons faire les deux. Nous sommes un grand pays. Nous pouvons marcher et mâcher de la gomme en même temps. »

CNN a expliqué que le temps pour l’Occident de gagner le conflit pour l’Ukraine diminue rapidement :

Pendant ce temps, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a atteint un moment critique. Le temps presse pour les États-Unis et leurs alliés d’envoyer des armes plus puissantes et de former les soldats ukrainiens à leur utilisation avant la deuxième année, peut-être décisive, de la guerre, qui pourrait voir la Russie lancer une nouvelle offensive féroce.

Ces derniers jours, l’administration Biden s’est engagée dans une impasse avec l’Allemagne sur l’opportunité d’envoyer des chars en Ukraine.

Les responsables allemands ont indiqué qu’ils n’enverraient pas leurs chars Leopard en Ukraine, ni ne permettraient à aucun autre pays ayant les chars de fabrication allemande dans leur inventaire de le faire, à moins que les États-Unis n’acceptent également d’envoyer leurs chars M1 Abrams à Kiev – ce que le Pentagone a déclaré pendant des mois qu’il n’avait pas l’intention de faire compte tenu des coûts logistiques de leur entretien.

McCaul a appelé les responsables à envoyer des chars américains M1 Abrams en Ukraine.

La rhétorique dramatique des républicains du Texas sur les enjeux du conflit entre la Russie et l’Ukraine reflète celle d’autres républicains de l’establishment, tels que le sénateur Lindsey Graham (R-SC).

Le sénateur Lindsey Graham débat avec le sénateur Bernie Sanders à l’Institut Edward M. Kennedy le 13 juin 2022 à Boston, Massachusetts. (Matt Stone / MediaNews Group / Boston Herald via Getty Images)

Graham, qui a récemment rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky, a déclaré vendredi : « Pour atteindre cet objectif, l’armée ukrainienne a besoin de chars. Je suis fatigué de l’émission de m*** qui entoure qui va envoyer des chars et quand vont-ils les envoyer. Poutine tente de réécrire la carte de l’Europe par la force des armes. L’ordre mondial est en jeu », a déclaré le sénateur de Caroline du Sud.

McCaul a déclaré dans une interview à la mi-décembre que fournir plus d’aide militaire à l’Ukraine aiderait à détruire l’armée russe.

« Je soutiens l’Ukraine. Je pense que le montant des investissements que nous avons eu est très faible par rapport à la destruction de l’armée russe. Et c’est ce que nous avons fait sans qu’un soldat américain ne soit attaqué, tué ou dans le pays. Pour moi, c’est un très bon investissement », a fait remarquer McCaul.

SEAN MORAN22 janv. 2023

Sean Moran est journaliste politique pour Breitbart News. Suivez-le sur Twitter @SeanMoran3.

Article traduit de l’anglais

https://www.breitbart.com/politics/2023/01/22/house-foreign-affairs-chairman-michael-mccaul-skeptics-ukraine-do-not-know-whats-stake/

♦ Bulletin N°117. Dédollarisation, Blast vs Wagner, nouveau Gamelin. 19.01.2022.


https://rumble.com/user/Stratpol

♦ L’UE veut s’attaquer aux médias alternatifs et aux reportages critiques dans le monde entier


Věra Jourová – Image: Web Summit, CC BY 2.0 , via Wikimedia Commons

Lors de la réunion du Forum économique mondial de Davos, la commissaire européenne Věra Jourová a exhorté, entre autres, à la démonétisation des médias libres et alternatifs. Le prétexte : lutter contre la « désinformation » et le « discours de haine ». Věra Jourová considère l’UE comme un pionnier absolu et veut imposer des lois ridicules contre les faits critiques et les expressions d’opinion aux États-Unis et, au mieux, au monde entier.

La non-conformité aux récits dictés par les dirigeants au pouvoir (et le Forum économique mondial) n’est pas souhaitable. Cela a déjà été démontré par la lutte massive contre les prétendues « théories du complot » (par exemple le Covid-19, les injections de gènes d’ARNm, le WEF, l’ordinateur portable de Hunter Biden et la censure massive de Facebook et Twitter). En Allemagne aussi, les médias grand public se sont inclinés devant les fabricants de vaccins comme BioNTech et ont changé leur couverture à la demande de Big Pharma. Ce sont surtout les médias alternatifs et libres qui ont souligné à plusieurs reprises des conclusions critiques, tandis que le courant dominant restait bien élevé et obéissant à la ligne du gouvernement. Cela pourrait également être décrit comme un échec total du soi-disant « quatrième pouvoir ».

Mais cet échec des médias corporatifs et d’État doit être récompensé par les politiciens en fermant enfin le robinet de l’argent (à savoir le financement par la publicité) aux alternatives gratuites. Bien que la plupart des médias libres n’aient pas accès à la machine à mouvement perpétuel des mainstreamers, qui ont maintenant établi un conglomérat de médias et de sociétés de publicité, « AdSense » de Google refuse maintenant largement les services des médias critiques. Selon la commissaire européenne aux « valeurs et à la transparence », Věra Jourová, non seulement les États-Unis devraient adopter les règles de l’UE sur le soi-disant « discours de haine », mais des mesures similaires contre la prétendue « désinformation » devraient être appliquées dans le monde entier.

« L’industrie européenne de la publicité (…) a confirmé qu’il ne monétisera ni ne soutiendra ceux qui répandent la désinformation avec son argent », a déclaré fièrement Věra Jourová. Et cela malgré le fait que la prétendue « désinformation » des médias alternatifs et libres s’est récemment avérée vraie et vraie, alors que les mainstreamers étaient ceux qui suivaient les récits des élites encore et encore et devenaient eux-mêmes des frondeurs de désinformation. La censure a encore lieu en Europe aujourd’hui – juste appliquée par d’autres moyens. Le fait que Věra Jourová ait affirmé à un moment donné que les vérités désagréables pour les politiciens ne sont pas automatiquement de la désinformation peut être compris comme une pure moquerie, surtout au vu des trois dernières années.

Incidemment, le fait que le commissaire européen, dans une mégalomanie évidente, élève l’approche apparemment totalitaire de l’UE au rang de seule véritable solution pour le monde entier, provoque quelques hochements de tête, en particulier aux États-Unis. Là-bas, le soi-disant « Premier amendement », qui contredit la création de règlements contre les prétendus « discours de haine », est souvent encore pris très au sérieux :

Le Congrès ne promulgue aucune loi concernant l’établissement d’une religion ou interdisant le libre exercice de la religion, ou restreignant la liberté d’expression ou de la presse, ou le droit du peuple de se réunir pacifiquement et de demander au gouvernement de remédier aux griefs. Premier amendement

Article traduit de l’Allemand

♦ Adrenochrome, l’autre nerf de la guerre


Dans cet épisode extrêmement riche, nous plongeons au cœur du business le plus important pour le culte satanique qui contrôle le monde. Ce business c’est celui de l’adrenochrome et de nos enfants. C’est un sujet qui est vaste et complexe, et vous allez voir dans cet épisode que les personnes qui gravitent autour de cette industrie, se donnent un mal fou, pour acquérir l’une des commodités les plus prisées au monde.

♦ INSIDE FIGHT IMPUNITY, L’ONG DERRIÈRE LE SCANDALE DU QATARGATE


Au sein de Fight Impunity, l’ONG bruxelloise au cœur du scandale de corruption au Qatar,
Federica Mogherini et Bernard Cazeneuve faisaient partie du conseil d’administration de la campagne de défense des droits humains de Panzeri. Maintenant, ils ont démissionné et il est en prison.

C’était l’un des groupes de défense des droits de l’homme les mieux connectés à Bruxelles, avec un bureau à quelques mètres de la résidence de l’ambassadeur britannique et une poignée de grands noms à son conseil d’administration.

Il est maintenant au centre d’un prétendu scandale de corruption impliquant le Parlement européen ; ces principaux clients ont démissionné et ont même vu leur propre plaque signalétique retirée de la porte.

Fight Impunity a été fondé en 2019 par Pier Antonio Panzeri, un ancien député européen, pour faire avancer la cause des droits humains et traduire les contrevenants en justice.

Panzeri et un membre du personnel parlementaire et anti-impunité, Francesco Giorgi, sont actuellement en détention. Il en va de même pour la petite amie eurodéputée grecque de Giorgi, Eva Kaili.

Niccolò Figà-Talamanca, secrétaire général de l’ONG No Peace Without Justice, qui partage une adresse de bureau rue Ducale avec Fight Impunity, a été libéré avec une étiquette électronique, ont indiqué les procureurs.

Au total, la police a saisi 1,5 million d’euros en espèces lors d’au moins 20 perquisitions dans des domiciles, des bureaux et des chambres d’hôtel en Belgique, en France et en Italie dans le cadre d’une enquête sur des allégations de corruption et de blanchiment d’argent, à laquelle des représentants du Qatar auraient apparemment participé.

Lundi, une autre des personnes interpellées dans le cadre de l’enquête, le secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, Luca Visentini, a indiqué avoir reçu un don de 50 000 euros pour sa campagne de secrétaire général de l’ONG. Maintenant, il a été libéré.

« Ils ne m’ont rien demandé, ni je n’ai rien demandé en échange de l’argent et il n’y avait aucune condition à ce don », a déclaré Visentini, rejetant toute accusation de corruption.

Lorsque Fight Impunity a été fondé, Gianfranco Dell’Alba, un autre ancien député européen, a accepté de cofonder l’organisation de Panzeri pour aider ce qu’il pense être une bonne cause. Comme d’autres pris dans la soi-disant crise du Qatargate, Dell’Alba insiste sur le fait qu’il a été dupé.

Combattre l’impunité semblait « normal » à l’époque, a-t-il déclaré à POLITICO. « Ce qui s’est passé ensuite, pour moi, a été un énorme choc et une énorme surprise. »

On ne sait pas comment ou si Fight Impunity en tant qu’organisation peut être impliquée dans des stratagèmes douteux, au-delà du fait qu’elle se trouve inconfortablement proche d’un cercle de criminalité présumée.

Mais une image a émergé de Panzeri construisant une organisation apparemment crédible qui a commercé sur la réputation de membres de haut vol de l’UE, qu’il a convaincus d’ajouter leur signe de tête à son projet.

Les avocats des accusés n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Comment ça a commencé

En 2019, Panzeri venait de perdre son siège au Parlement et sa présidence de la sous-commission des droits de l’homme de la chambre. Cherchant à maintenir un pied à Bruxelles, il contacte Dell’Alba.

Ils n’étaient pas amis, dit ce dernier. Panzeri était simplement « quelqu’un que j’ai rencontré, comme beaucoup, beaucoup, beaucoup d’autres dans la bulle », a déclaré Dell’Alba, utilisant le jargon du monde insulaire de la politique bruxelloise.


Malgré ce prétendu manque de proximité, Panzeri a demandé à Dell’Alba d’être l’un des fondateurs légaux d’une nouvelle ONG qui chercherait à renforcer les efforts mondiaux pour demander des comptes à ceux qui commettent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Fight Impunity a été formé sous le nom d’Association Sans But Lucratif (ASBL) le 25 septembre 2019. Dell’Alba a déclaré qu’il était là pour faire de la figuration. Pour constituer ce type de société en Belgique, « il faut être un certain nombre », précise-t-il. Ce minimum, selon la loi belge, est de deux. Quatre fondateurs sont inscrits dans les statuts de Fight Impunity.

Dell’Alba dit qu’il est désormais « membre » de l’ONG, mais au-delà d’avoir été là lors de sa formation, il a dit qu’il « n’avait aucun rôle ». Il dit n’avoir jamais entendu parler des deux pays impliqués dans le scandale d’influence : le Maroc et le Qatar.

Il n’a jamais non plus discuté avec Panzeri de la manière dont l’organisation qu’il a fondée était financée. Il n’avait pas non plus été contacté par la police, a-t-il dit, une affirmation que l’accusation a refusé de contester en raison de l’enquête en cours.

« Vous pouvez être membre d’une organisation sachant ce qui s’est passé publiquement et ne connaissant pas nécessairement chaque détail de ce qui s’est passé dans le dos ou de ce qui s’est passé par l’intermédiaire de la personne responsable », a-t-il déclaré.

Dans les coulisses, l’entreprise ne fonctionnait pas normalement. La loi belge impose aux ASBL de déposer chaque année des comptes au tribunal des sociétés. Si trois ans s’écoulent sans dépôt, la société peut être liquidée. Selon le tribunal, Fight Impunity, trois ans, « n’a jamais déposé de plainte ».

Fight Impunity est également absent du registre de transparence du Parlement européen, qui exige des déclarations des ONG souhaitant mener des activités au Parlement.

Malgré cela, Dell’Alba lui-même est apparu deux fois en deux ans devant l’ancien sous-comité des droits de l’homme de Panzeri pour présenter le rapport annuel sur les droits de l’homme de Fight Impunity, selon les ordres du jour du Parlement.

La présidente actuelle du sous-comité est Maria Arena, députée européenne, qui a démissionné de ses fonctions au milieu du scandale et dont le bureau en tant que conseiller anonyme a été fouillé par la police dans le cadre de l’enquête. Arena a déclaré à EU Influence de POLITICO qu’il pensait que Fight Impunity était enregistré.

Comme d’autres interviewés par POLITICO qui ont été impliqués dans l’organisation, Dell’Alba s’est dit convaincu de la mission de l’ONG. Il a déclaré: « Je crois sincèrement que nous avons besoin d’un système de responsabilisation pour ceux qui commettent des crimes odieux. »

Mais il était également attiré par la qualité des autres personnes impliquées. Selon le site Fight Impunity, le conseil « honoraire » comprenait l’ancienne chef de la politique étrangère de l’UE Federica Mogherini, l’ancien Premier ministre français Bernard Cazeneuve et l’ancien commissaire européen aux migrations Dimitris Avramopoulos. Ils ont maintenant démissionné à la suite des arrestations. Avramopoulos a déclaré lundi que Fight Impunity lui avait versé 60 000 euros entre février 2021 et février 2022.

Un autre poids lourd du conseil d’administration est Emma Bonino, figure de proue de la politique italienne et ancienne ministre des Affaires étrangères.

Dell’Alba et Bonino ont une longue histoire. Ils font également le lien entre les deux organisations basées rue Ducale 41 à Bruxelles : Fight Impunity et No Peace Without Justice. Dell’Alba a été élue au Parlement européen alors qu’elle était dans le parti de Bonino (appelé la « Liste Emma Bonino ») et a été son chef de cabinet lorsque le politicien italien très respecté a été nommé ministre de la politique européenne de 2006 à 2008. Dell’ Alba était le secrétaire général de No Peace Without Justice de 1998 à 2009. L’ONG a été créée par Bonino.

Bonino est « complètement hors de l’histoire », a déclaré Dell’Alba. Parlant de Panzeri dans une récente interview après l’éclatement du scandale du Qatargate, Bonino a déclaré: « Je ne me souviens pas de lui, peut-être que je l’ai rencontré à quelques reprises lorsqu’il était au Parlement européen. » Cependant, il a rencontré Panzeri, une figure assez connue des milieux italiens à Bruxelles, selon l’un de ses tweets.

En bonne compagnie

Panzeri a pu créer rapidement l’impression d’une ONG de campagne sérieuse en faisant appel à des conseillers comme Bonino avec des profils élevés mais des rôles apparemment limités. Cela a créé une masse critique de crédibilité.

Un assistant du Collège d’Europe, où Mogherini est recteur, a déclaré à EU Influence que la présence d’Avramopoulos et de Bonino avait été un facteur dans leur décision de les rejoindre.

« Lorsque nous avons lancé cette initiative, [Panzeri] m’a mentionné le fait qu’il y avait des personnalités, des personnalités européennes [qui étaient] membres du… conseil d’administration », a déclaré Dell’Alba, lors d’un appel téléphonique d’une heure avec POLITICO. « Je pensais que j’étais en bonne compagnie. »

Bonino a exprimé une conviction similaire. Un autre qui a dit avoir une impression de crédibilité est Anthony Teasdale, qui dirigeait le Service de recherche du Parlement européen (EPRS) lorsqu’il a co-organisé une conférence sur les droits de l’homme avec Fight Impunity en juin.

L’EPRS est un groupe de réflexion interne à l’UE défendu par le fonctionnaire le plus puissant du Parlement : le secrétaire général Klaus Welle. Selon un média italien, Welle se préparait à rejoindre le conseil d’administration de Fight Impunity le mois prochain. Le bureau de Welle n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Rien n’indique que Welle ou l’un des membres du conseil d’administration recrutés par Panzeri ait commis un acte répréhensible.

Alors que d’anciens partisans de Panzeri l’abandonnent, beaucoup disent qu’ils sont des victimes involontaires.

Ce n’est pas la première fois que Dell’Alba est dupe, a-t-il déclaré. En 2017, il a quitté son poste de directeur bruxellois du groupe de pression industriel italien Confindustria après que 500 000 euros aient été envoyés, sur ses ordres, sur un compte bancaire extérieur à l’entreprise en réponse à un e-mail apparemment de son patron. C’était, dit-il, une arnaque.

« J’ai été victime d’hameçonnage », a déclaré Dell’Alba, ajoutant que l’organisation l’avait innocenté et que Confindustria avait reçu le paiement intégral par le biais d’une réclamation d’assurance. Un porte-parole de Confindustria a confirmé cette version.

Dell’Alba a clairement indiqué que l’épisode précédent était complètement séparé des allégations qataries concernant Panzeri. « C’est le passé », a-t-il dit.

Sarah Wheaton, Suzanne Lynch, Paola Tamma, Camille Gijs, Eddy Wax, Nicolas Camut et Tim Ross ont contribué au reportage. Cet article a été mis à jour pour préciser que la réunion était décrite comme une réunion « honoraire » sur le site Web de l’ONG.

Politicien, 20/12/2022

#Qatargate #Qatar #Parlement_européen #Eva_Kaili #Antonio_Panzeri #Francesco_Giorgi #Moroccocleaks #Morocco #Mohamed_Belahrach #Moroccogate #DGED #Yassine_Mansouri

Article traduit de l’Espagnol

♦ L’ANCIEN ENVOYÉ DE L’ONU AU YÉMEN LIÉ AU MI6, UN ACTEUR DE LA GUERRE


Martin Griffiths. Crédit photo Wikipedia

Martin Griffiths, un Britannique qui dirige aujourd’hui l’action humanitaire des Nations unies, a cofondé et conseille une société privée de résolution des conflits qui « travaille en étroite collaboration » avec le MI6. Il était jusqu’à récemment l’envoyé spécial de l’ONU au Yémen.

Matt Kennard est enquêteur en chef à Declassified UK. Il a été membre puis directeur du Centre for Investigative Journalism à Londres. Suivez-le sur Twitter @kennardmatt. Mark Curtis est le rédacteur en chef de Declassified UK, et l’auteur de cinq livres et de nombreux articles sur la politique étrangère britannique.

– La société, Inter Mediate, a été fondée par M. Griffiths et Jonathan Powell, l’ancien chef de cabinet de Tony Blair, qui en est le directeur général.
– L’ex-officier principal du MI6 était l’un des directeurs fondateurs d’Inter Mediate, qui regroupe d’anciens militaires et diplomates britanniques de haut rang.
– Le Foreign Office a donné plus de 4 millions de livres à Inter Mediate et a lancé une « campagne » pour assurer la nomination de M. Griffiths à son poste d’envoyé spécial des Nations unies.
– M. Griffiths a déclaré que « le travail diplomatique, la collecte d’informations ou le travail de renseignement reposent essentiellement sur l’empathie ».
– Les forces spéciales britanniques, qui opèrent avec le MI6, ont été impliquées dans la guerre au Yémen.

Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU, Martin Griffiths, était jusqu’en août 2021 l’envoyé spécial de l’ONU au Yémen, un conflit dans lequel les forces spéciales britanniques ont combattu.

Griffiths, 71 ans, a occupé plusieurs postes importants dans le domaine de la consolidation de la paix internationale. Il était auparavant chargé de « négocier un accord pour mettre fin au conflit » au Yémen, qui fait rage depuis près de sept ans et a engendré la pire catastrophe humanitaire au monde.

Le Royaume-Uni soutient massivement les Saoudiens dans la guerre au Yémen dans le but de restaurer le gouvernement d’Abdrabbuh Mansour Hadi, qui a été contraint de fuir en 2015.

Declassified a découvert dans les informations publiques qu’une société de résolution de conflits cofondée par Griffiths – pour laquelle il continue d’être un « conseiller stratégique » – travaille en étroite collaboration avec le MI6 et le Foreign Office. Elle compte parmi ses administrateurs et ses conseillers une série d’anciennes personnalités militaires et diplomatiques britanniques.

La société, Inter Mediate, « se concentre sur les conflits les plus difficiles, les plus complexes et les plus dangereux, là où les autres organisations ne peuvent pas intervenir » et « réunit certains des plus grands experts mondiaux en matière de dialogue et de négociation ».

Selon son directeur général, Inter Mediate « commençait à travailler » au Yémen et en Syrie six ans avant que M. Griffiths ne devienne envoyé de l’ONU au Yémen, à une époque où il était conseiller principal de l’ONU pour la Syrie. On ne sait pas si la société est toujours active au Yémen.

Ces découvertes peuvent soulever des questions quant à l’atteinte à l’apparence d’impartialité cruciale pour le rôle d’un envoyé spécial des Nations unies et d’un haut fonctionnaire humanitaire.

Jonathan Powell (R), who co-founded Inter Mediate with Martin Griffiths. (Photo: Creative Commons)

Promu par le Foreign Office

Le Foreign Office a promu Griffiths au poste d’envoyé spécial des Nations unies au Yémen en février 2018. Il a déclaré : « Une campagne réussie pour obtenir la nomination d’un nouvel envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen a conduit à la nomination de Martin Griffiths, ressortissant britannique et expert international en médiation ».

Farhan Haq, porte-parole adjoint du secrétaire général de l’ONU, a déclaré à Declassified : « M. Griffiths a été nommé par le Secrétaire général comme son Envoyé pour le Yémen en 2018 à la suite du processus standard de recrutement et d’évaluation appliqué à tous les postes du Secrétariat de l’ONU. »

A neighborhood in Sana’a, Yemen, a day after it was hit by a Saudi-led airstrike, 18 May 2019. (Photo: Creative Commons)

Griffiths avait été propulsé à un très haut poste de l’ONU en 1994, devenant directeur du Département des affaires humanitaires (DAH) de l’ONU à Genève, l’un des principaux responsables de l’action humanitaire de l’ONU.

Auparavant, Griffiths avait été pendant quatre ans directeur général de l’ONG de développement britannique ActionAid et avait également travaillé à Save the Children et à l’UNICEF, l’agence des Nations unies pour l’enfance.

On ne sait pas si la nomination du DAH a été faite à la demande du gouvernement britannique, bien qu’il y ait un historique de fonctionnaires britanniques placés à des postes humanitaires de haut niveau à l’ONU. Depuis 2010, les cinq chefs du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), qui a succédé au DAH, sont tous britanniques.

« L’Arabie saoudite et le Royaume-Uni ont « exprimé leur ferme soutien » à la nomination de M. Griffiths au poste d’envoyé spécial des Nations unies au Yémen. »

L’Arabie saoudite et le Royaume-Uni, qui collaborent étroitement dans la guerre au Yémen, ont « exprimé leur fort soutien » à la nomination de Griffiths comme envoyé spécial de l’ONU dans un communiqué commun. Le gouvernement britannique a financé le bureau de l’envoyé spécial de l’ONU, fournissant 650 000 livres sterling du budget d’aide britannique en 2019-20.

L’ancien conseiller politique de Griffiths au Yémen, Chris Halliday, a pris ses fonctions en quittant son poste de chef de l’équipe du Yémen au Foreign Office.

Inter Mediate a été créé en 2011 par Griffiths et Jonathan Powell, l’ancien chef de cabinet de Tony Blair. Powell a aidé à négocier l’accord du Vendredi Saint en Irlande du Nord et a joué un rôle central dans la politique étrangère britannique sous Blair.

M. Powell est le directeur général d’Inter Mediate depuis sa création. Ancien fonctionnaire du Foreign Office, Powell a été nommé en 2014 par le premier ministre de l’époque, David Cameron, envoyé spécial du Royaume-Uni en Libye, alors qu’il dirigeait Inter Mediate.

Powell et Inter Mediate ont mené de nombreux projets financés par le Foreign Office dans des pays tels que la Birmanie, la Libye et la Corée du Nord. Declassified a trouvé 23 paiements effectués par le Foreign Office à l’entreprise entre 2013 et 2020.

Le Foreign Office a déclaré à Declassified qu’il avait « fourni un peu plus de 4 millions de livres sterling à Inter Mediate entre 2011 et 2020 pour soutenir les travaux visant à résoudre les conflits internationaux. »

Par MATT KENNARD ET MARK CURTIS

Publié le 5 JANVIER 2023 sur declassifieduk.org

Lire l’article entier ici Former UN envoy to Yemen linked to MI6, a party to the war (declassifieduk.org)

(Traduit de l’anglais/par Arrêt sur info)

♦ M. Driencourt : avec des diplomates comme vous, la France n’a pas besoin de l’Algérie pour s’effondrer!


Xavier Driencourt
Ambassadeur de France en Algérie à deux reprises : 2008-2012 et 2017-2020

Non, M. Driencourt. La France n’a pas besoin de l’Algérie pour s’effondrer, comme vous l’avez beuglé dans votre récent article. Avec des diplomates comme vous, elle sombre toute seule, sans assistance aucune.

Il faut juste admirer les « succès » diplomatiques de la France pour s’en rendre compte: un désastre en Ukraine, une débâcle au Sahel, un camouflet en Australie, et j’en passe.

Mais dites-moi : est-ce dans les prestigieuses écoles que vous avez fréquentées qu’on vous a inculqué ce style si éminemment anti-diplomatique? Est-ce dans ces temples de la diplomatie qu’on vous a enseigné la provocation, l’acrimonie et l’inimitié? Est-ce dans ces lieux que vous avez appris à exceller dans la tartuferie?

M. Driencourt, sachez que vous êtes exactement à l’image de ce qui a été nommé « Quai d’Orsay à la dérive ».

N’est-ce pas vous qui avez déclaré que « le rôle d’un ambassadeur français à Alger, ce n’est pas de remettre de l’huile sur le feu, fût-ce de l’huile d’olive ! C’est au contraire de rapprocher, de raccommoder quand il le faut, de faire de la dentelle. Et quand on fait de la dentelle parfois on se pique avec une épingle. […] Il faut éviter les piqûres d’épingles »?

Une fois en retraite, vous avez hypocritement troqué votre coiffe de dentellière contre un vulgaire casque militaire. Il ne s’agit plus de piqures d’épingles, mais d’une attaque avec des missiles à tête nucléaire! D’ailleurs, n’avez-vous pas été chef du service des ventes de matériels militaires au ministère des Affaires étrangères?

Dans votre violente diatribe contre l’Algérie, vous avez parlé de « corruption » et « d’affairisme ». Mais en consultant votre parcours professionnel, on se rend rapidement compte que vous êtes très certainement un expert en la matière.

Au fait, connaissez-vous un certain Reda Kouninef? Oui, oui, l’oligarque algérien, membre du cercle restreint de la mafia boutefliklienne actuellement en prison, emporté par le Hirak. Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez réussi à lui vendre la superbe villa « Les Zebboudj », propriété de la France depuis 1936, pour moins de la moitié de la somme affichée par l’état français? Une villa sise à El Biar, d’une superficie de 250 mètres carrés habitables, construite sur un terrain de plus d’un hectare!

En effet, sur le site du Sénat français, on peut voir que le prix affiché est de 10 millions d’euros alors que la vente a été conclue à 4,87 millions d’euros.

Le document précise aussi que cette cession a été approuvée le 22 mars 2011, date à laquelle vous étiez en poste à Alger.

Certains observateurs pensent que cet oligarque est un de vos amis. Tiens donc, est-ce vrai? Si c’est le cas, ceci expliquerait cela.

Autres questions : pourquoi cela a pris cinq relances pour que le député François Cornut-Gentille obtienne une réponse (après une attente de près de 18 mois)? Et pourquoi le nom de l’acquéreur, en l’occurrence Reda Kouninef, ne figure pas dans la réponse officielle? Est-ce si gênant que ça?

Alors, on parle toujours de « corruption » et « d’affairisme »?

Continuons dans la même veine.

Vous devez aussi connaitre un certain Bruno Delaye, ancien ambassadeur de France en Espagne (2007-2012)? Mais oui, le dandy de la diplomatie française présenté comme « hâbleur, gouailleur, charmeur », « brillant, bon vivant », « l’enfant chéri du Quai d’Orsay » « qui aime le vin, les femmes et la corrida » et qui « tutoie François Hollande et Carla Bruni ».

Ce « beau gosse » diplomate a juste confondu la caisse du Quai d’Orsay avec son propre portefeuille! C’est vrai qu’avec son train de vie, il avait besoin de cash. Il s’est donc servi en piquant près de cent mille (1oo ooo) euros pour assaisonner sa « dolce vita ». Sauf qu’il s’est fait prendre la main dans le sac, et le sac était plein. Le dossier a été transmis à l’inspection générale du Quai d’Orsay, surnommée les « bœuf-carottes » des diplomates. Et qui était à la tête de cette inspection? Je vous le donne en mille : Xavier Driencourt. Ce dernier, qui venait de quitter Alger en 2012 a été nommé à la tête de cette inspection. Mais au lieu d’agir comme il se doit dans ce type de dossier, il décida de « patienter » pendant plusieurs mois avant de lancer une enquête. Mais pourquoi avoir attendu si longtemps alors que « l’article 40 du Code de la procédure pénale contraint tout fonctionnaire qui acquiert la connaissance d’un possible délit d’en informer sans délai le procureur général »?

Questionné par le journaliste Vincent Jauvert, auteur du livre « La face cachée du Quai d’Orsay », Driencourt « refusa de parler en détail de l’affaire ». Selon un diplomate important interviewé par l’auteur, « plusieurs agents d’ambassade ont été radié pour avoir détourné quelques milliers d’euros ». Mais quelle sanction pour Bruno Delaye? Pas de quoi fouetter un chat. Pour Vincent Jauvert, « le cas Delaye a été traité avec une grande mansuétude ».  Bien sûr avec « l’indulgence active » du chef des « bœuf-carottes », M. Xavier Driencourt.

Alors comme ça, on protège les copains appartenant à la secte des diplomates détourneurs de fonds? Et c’est vous qui venez nous parler de « corruption », « d’affairisme » et « d’effondrement de la France ? Vous ne vous rendez pas compte que vos agissements baignent dans les deux premiers et provoque le troisième?

Ce n’est pas tout. Qu’avez-vous à dire au sujet de cette grave affaire d’espionnage lorsque vous étiez en poste à Alger? Les employés de votre ambassade n’avaient-ils pas des relations étroites avec un « baron de la drogue » reconverti dans des trafics maffieux de tous genres grâce à la collaboration de fonctionnaires malhonnêtes à qui on promettait « d’accélérer leurs procédures de visas »?

Comme pour l’auteur du livre, vous avez répondu au journaliste qui vous a contacté que cette affaire ne vous dit « absolument rien, mais rien du tout ». Ah oui? Une affaire d’espionnage montée par vos services, menée par votre personnel, au profit de votre ambassade et vous n’en savez rien? Allons donc M. l’ex-ambassadeur, votre diplomatie n’a plus rien à voir avec la dentelle, mais plutôt avec la plomberie des eaux usées!

Et avec ça, vous osez écrire que vous avez de « l’amitié pour l’Algérie » et du « respect pour le peuple algérien »! En l’espionnant?

En Algérie, nous n’avons pas la même conception de l’amitié et du respect, c’est le moins qu’on puisse dire.

Mais pourquoi avoir choisi ce timing pour faire tout ce tintamarre belliqueux contre l’Algérie et ses institutions? Certainement pour soutenir Radio M car, comme je l’ai écrit récemment, toutes les occasions sont bonnes pour diaboliser notre pays.

Mais ce qui m’étonne dans votre raisonnement, c’est que vous insinuez que ce média n’a pas reçu de financement étranger alors que c’est le Quai d’Orsay où vous travailliez en 2014 qui l’a subventionné par l’intermédiaire du CFI (Canal France International). Pour en avoir le cœur net, vous pouvez consulter les comptes de cet organisme et demander à M. Bernard Émié (ambassadeur de France en Algérie 2014-2017) actuellement directeur de la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure) comment cet argent a été investi par Radio M.  De notre côté, on en sait quelque chose, mais des précisions sur la question seraient les bienvenues.

En définitive, M. le diplomate, vos faits d’armes en diplomatie ne riment qu’avec la compromission, l’affairisme, la fréquentation d’oligarques véreux, l’espionnage ou le copinage avec des collègues escrocs.

C’est pour toutes ces raisons que votre logorrhée insipide qui ne contient aucun, mais alors aucun argument tangible, montre à quel point la diplomatie française est en crise.

Non, M. Driencourt. La France n’a pas besoin de l’Algérie pour s’effondrer. À cause de vous et des fonctionnaires de votre acabit, elle s’effondrera toute seule.

Et ce que vous ne comprenez pas malgré vos études dans ces écoles prestigieuses, c’est que tout l’Occident, obnubilé comme vous par son complexe de supériorité, est en train de s’écrouler. Le tsunami arrive et vous vous mettez en maillot pour aller vous baigner. Faites attention, votre caleçon risque de ne pas résister à la vague!

Ahmed Bensaada

https://www.ahmedbensaada.com