La France piégée dans le bourbier libyen !


« De la Libye vient toujours quelque chose de nouveau » (Aristote).

La seule question est de savoir si ce sont des bons ou de mauvais vents. Or, depuis l’exécution en règle en 2011, de Mouammar Khadafi supervisée par Nicolas Sarkozy (lequel recevait encore le guide libyen en visite officielle à Paris en 2007) dans les environs de Syrte[1], rien ne va pas plus dans ce nouvel État failli ainsi que dans sa périphérie proche et lointaine. Emmanuel Macron, qui s’était fait fort de mettre un terme au duel entre les frères ennemis (Faïez Sarraj et Khalifa Haftar), récolte aujourd’hui ce qu’il avait semé hier. Notre brillant chef de l’État ignore manifestement que :

« Dans la diplomatie comme dans les travaux des champs, il y a des saisons fécondes et des saisons ingrates. Elles alternent d’ordinaire et c’est en travaillant qu’il faut se préparer au retour des temps meilleurs » (Jean Herbette, 1927).

Aujourd’hui, les critiques pleuvent de toutes parts contre la duplicité de la diplomatie française sur le dossier libyen, contre les errements de son en même temps, y compris de la part du secrétaire général de l’ONU, le portugais, Antonio Gutteres (lequel aurait piqué une sainte colère en accusant la France de « double jeu »). Petit à petit, le piège, qu’elle a minutieusement armé, semble inexorablement se refermer sur elle, s’ajoutant à la liste, déjà impressionnante de ses échecs diplomatiques et sécuritaires aux quatre coins de la planète. Comme souvent dans une démarche qui se veut objective et globale, avant de juger de la boulette du petit Pinocchio (Emmanuel Macron), revenons quelques années en arrière pour apprécier la bourde du petit Nicolas (Sarkozy). Cette affaire commence à faire désordre tant elle plante durablement plusieurs épines dans le pied de Pinocchio et de sa mauvaise troupe.

La bourde du petit Nicolas

La guerre lancée en 2011 à l’initiative de Nicolas Sarkozy, sur la base de « fake news » diffusée par la chaine de télévision satellitaire qatarie Al Jazeera, démontre à la perfection que la diplomatie française est alors tombée dans le piège de l’incompétence et dans celui de la coercition.

Le piège de l’incompétence : la diplomatie romantique des philosophes

Bataille gagnée, guerre perdue. Ainsi pourrait-on résumer le bilan de l’intervention occidentale (appuyée par quelques pays arabes) à la lumière des plus récents développements en Libye et dans son voisinage ! Gagner une bataille ne signifie pas pour autant gagner la guerre, y compris en Libye. Nicolas Sarkozy, parfaitement conseillé par le philosophe-stratège BHL, avait cru qu’en faisant tomber une dictature dans un pays n’ayant pas de tradition démocratique et d’un état-nation, surgirait comme par miracle une démocratie à l’occidentale. Or, il n’en a rien été. La réalité finit toujours par s’imposer aux hommes politiques même si leur réveil prend du temps. Encore faut-il que leur démarche en revienne à un choix pertinent ! Et, ni Nicolas Sarkozy, ni son successeur, François Hollande n’ont eu le courage de le faire. Or, qu’en est-il huit ans après la chute du régime ? Les résultats actuels sont catastrophiques à maints égards. Tous les indicateurs sont au rouge qu’ils soient sécuritaires, politiques ou économiques et sociaux. L’aveuglement caractérise la démarche de nos dirigeants avant et après 2012. Ne recommandait-on pas aux diplomates à Tripoli de bannir le mot « guerre » de leur langage !

« La Libye sera un exemple de révolution réussie, de métamorphose du monde, de démocratie universelle »[2].

Bravo, l’incompétence de notre élite.

Le piège de la coercition : la diplomatie guerrière des néo-cons

Partout où les Occidentaux ont eu la prétention d’opérer militairement des « regime change », on constate la même faillite, la même montée en puissance des seigneurs de la guerre, des mafias, de l’islamisme (Irak, Afghanistan, Syrie…). Force est de constater que le rouleau compresseur de la coalition a eu raison du régime du colonel Kadhafi et de son armée dans un laps de temps relativement court. Agissant sous mandat de la Ligue des Etats arabes et de l’ONU (résolution 1973 du Conseil de sécurité du 11 mars 2011), l’opération « Unified Protector » est annoncée comme un conflit « propre », conduit uniquement depuis les airs et la mer. Elle est l’une des missions les plus courtes de l’OTAN mais aussi l’une des moins controversées. Après 204 jours, le régime du colonel Kadhafi chute et de nombreuses vies humaines sont épargnées. Or, nos élites sont frappées d’une pathologie courante par les temps qui courent, la myopie. Elle touche près de 30% de la population mondiale. Elle se concrétise par une difficulté à voir loin. Le contraire de ce que l’on est en droit d’attendre des hommes d’État, le fameux gouverner, c’est prévoir perdu de vue par les adeptes de la démagogie et du court-termisme ambiant. Ce que l’on qualifie de clairvoyance, de prescience ou de capacité à anticiper l’avenir.

« La Libye est devenue une véritable pétaudière depuis l’intervention armée occidentale de 2011 décidée par Nicolas Sarkozy, David Cameron et les Américains »[3].

« Contrairement aux Anglais et aux Américains qui ont reconnu que cette guerre était une faute, en France pas question d’admettre l’erreur »[4].

Bravo l’arrogance et la myopie de notre élite[5]. Nous en avons malheureusement des exemples tous les jours sur les dossiers internationaux les plus sensibles comme les plus anodins.

Dans un registre tout à fait différent, mais qui se situe dans la filiation légitime de l’action de ses deux prédécesseurs directs, la diplomatie d’Emmanuel Macron, en croyant ramener la paix en Libye tel le nouveau Messie, contribue au contraire à entretenir la guerre civile dans un pays en pleine déliquescence, un État failli. Aucune leçon n’a décidément été tirée de toutes nos guerres perdues aux quatre coins de la planète. Revenons au chef de l’État !

La boulette du petit Pinocchio

Après l’ascension fantastique du premier de cordée dans la mêlée mondiale, vient plus rapidement que prévu le temps des graves désillusions. Notre plus jeune président de la Cinquième République découvre les retours de bâton de l’arrogance et de la duplicité dans la diplomatie.

Le piège de l’arrogance : la diplomatie flamboyante des inspecteurs des Finances

« Dès son arrivée au pouvoir, le président Macron ambitionne de jouer le « faiseur de paix en Libye »[6].

Il pense frapper un grand coup. Inculte, ignare sur l’Afrique en général et sur la Libye en particulier, le président de la République s’est mis dans la tête de régler, en deux temps, trois mouvements le casse-tête libyen (ignorant l’ONU et l’Italie) grâce à une réunion à la Celle-Saint Cloud (26 juillet 2017 conclue par l’adoption d’une déclaration conjointe) et une à Paris (29 mai 2018, sorte de médiation entre les deux frères ennemis). Les parties présentes (les absentes marquèrent leur mécontentement) s’accordèrent sur la tenue d’élections le 18 décembre 2018, censées résoudre la crise (élections qui n’ont jamais eu lieu). Par ailleurs, on se souvient qu’Emmanuel Macron avait caressé le projet de créer des « hot spots » en Libye pour stopper les flux de migrants (juillet 2017).

Or, toute cette diplomatie Potemkine n’a débouché sur rien de concret sur les plans politique, économique, sécuritaire, migratoire… Au contraire, la situation est allée de mal en pis tant la confrontation entre Faïez Sarraj et Khalifa Haftar a pris un tour paroxystique. Le second lançant ses troupes sur Tripoli afin de renverser le pouvoir du premier censé être le dirigeant légitime aux yeux de la trop fameuse « communauté internationale » dont personne n’est en mesure de donner une définition claire et précise. La Libye est aux bords de l’implosion tant les rancœurs ont la vie dure et le retour à la paix très improbable[7]. Bravo l’arrogance des crânes d’œuf de Bercy. Au surplus de l’arrogance, nous cultivons avec superbe la culture mortifère de la duplicité.

Le piège de la duplicité : la diplomatie minable du jeu de bonneteau

Le moins que l’on puisse dire est que la diplomatie jupitérienne sur le dossier libyen a largement fait pschitt. Elle tourne à la Berezina diplomatique tant l’échec est patent et les acrobaties se retournent plus rapidement que prévu contre leurs auteurs à propos d’un un pays qui se dirige lentement mais sûrement vers une troisième guerre civile[8]. On ne peut à la fois déclarer urbi et orbi que Paris est légitimiste (soutenir le gouvernement de Faïez Sarraj à Tripoli) tout en appuyant en sous-main son principal opposant (le maréchal Khalifa Haftar qui veut renverser son opposant à Tripoli[9]) qui est considéré comme le meilleur rempart contre les islamistes. Faïez Sarraj, qui recevait récemment Jean-Yves Le Drian, ne se prive pas de le faire savoir haut et fort[10]. Il met en évidence le discrédit qui pèse sur un médiateur qui ne sait pas conserver une stricte position d’équilibre entre les protagonistes[11]. Tout, cela commence à faire désordre[12]. On ne peut jouer « en même temps » le pacificateur et le va-t-en-guerre[13].

« En diplomatie, il faut toujours dire la vérité. D’abord, on ne se trompe jamais. Ensuite, comme on ne vous croit pas – puisque vous êtes diplomate – vous avez d’emblée une supériorité sur votre interlocuteur » (Montaigne).

Le maréchal Khalifa Haftar

Il faudra bien, un jour prochain, que nous nous décidions à effectuer un arbitrage sérieux entre considérations diplomatiques[14], stratégiques, sécuritaires, économiques[15], humanitaires, nationales et régionales et nous y tenir un bonne fois pour toutes. Bravo la duplicité des bateleurs de foire. Ce ne sont pas les dernières déclarations flamboyantes de Jean-Yves Le Drian au quotidien Le Figaro qui vont lever les doutes sur les véritables intentions de la diplomatie française en Lybie[16], pas plus que notre objectif stratégique clair et net dans le Sahel avec l’opération Barkhane[17]. Il est vrai qu’aujourd’hui, les combats en Libye sont lourds de menaces pour l’Europe au moment où le chef du gouvernement d’Union nationale fait une tournée sur notre continent (Allemagne, France, Italie) pour chercher des soutiens et pour ne pas se priver des critiquer vertement la duplicité macronienne[18]. Le seul problème est qu’aucun des deux frères ennemis ne veut du cessez-le-feu proposé par l’émissaire de l’ONU[19]. À trop ignorer les voies diplomatiques officielle à l’intérieur (le Quai d’Orsay littéralement ignoré au moment de la réunion de la Celle-Saint-Cloud se plaint d’une « diplomatie parallèle » qui fait fi des acteurs africains qui comptent) et à l’extérieur (l’ONU seulement appelée en renfort quand les affaires tournent mal), on se prépare souvent des lendemains difficiles.

Recevant à Paris le 8 mai 2019 le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj, Emmanuel Macron a appelé à une trêve sans conditions en Libye, sous supervision internationale, a rappelé la volonté de la France d’aider à la relance d’un processus politique en Libye, rappelant qu’il n’existe pas de solution militaire au conflit libyen et pour mettre un terme à l’offensive militaire lancée vers Tripoli, encouragé un cessez-le-feu sans conditions, a souligné la nécessité de protéger les populations civiles, a proposé de mettre en place, dès les prochains jours, une évaluation du comportement des groupes armés en Libye, y compris ceux qui relèvent directement du gouvernement d’entente nationale, en lien étroit avec l’ONU. Fayez al-Sarraj a qualifié la rencontre de « positive », estimant sur France 24 que le président français avait été « très compréhensif », mais il a invité la France à « prendre une position plus claire » à l’avenir.

« Il y a eu une manière de répandre une sorte d’image ou de rumeur selon laquelle la France était contre le gouvernement libyen et en faveur de cette offensive militaire qui nous semble totalement inacceptable et injuste », faisait valoir mardi une source à l’Elysée.

Des inconvénients d’un double jeu dans la diplomatie ![20]

Aujourd’hui, ce sont les Émiratis qui se trouvent sur le grill. L’AFP croit savoir que :

« Des experts de l’ONU enquêtent sur une possible implication militaire des EAU dans le conflit en Libye, après des tirs de missiles [air-sol] en avril avec des drones de fabrication chinoise équipant l’armée émiratie ».

Et, ce n’est vraisemblablement le début d’un long feuilleton qui apportera son lot de révélations embarrassantes pour tous les donneurs de leçons de morale !

Voici ce que notre breton armé déclare dans cet entretien au Figaro qui vaut son pesant de cacahuètes en réponse à la question de la perspicace Isabelle Lasserre, Comment sortir de l’impasse ? :

« En promouvant une solution politique qui permettra la formation d’un gouvernement issu des urnes, doté d’une légitimité interne et externe, c’est-à-dire ayant l’aval des Libyens et donc la reconnaissance internationale. La France n’a pas varié de politique depuis qu’en juillet 2017 le président de la République a pris l’initiative de réunir à La Celle-Saint-Cloud les deux principaux responsables libyens. La solution politique a été réaffirmée par la conférence internationale de l’Élysée en mai 2018, puis celle de Palerme, et enfin par les accords d’Abu Dhabi en novembre dernier. Nous poursuivons donc aujourd’hui nos efforts pour obtenir un cessez-le-feu et la réouverture d’une solution politique sur la base du processus d’Abu Dhabi, par l’intermédiaire de Ghassan Salamé, l’envoyé spécial de l’ONU en Libye ».

Parfait exercice de charabia diplomatique incompréhensible et incongru dont on comprend aisément qu’il contribue à enfoncer plusieurs épines dans le pied du patron du Lorientais désorienté, Jean-Yves Le Drian ! L’homme du droit et surtout du tordu. Toutes ces plaisanteries de mauvais goût conduisent à une sorte d’impasse du chaos. Impasse que la France a contribué à instaurer au cours de la décennie écoulée en Libye compliquée de nos jours par la diplomatie du en même temps[21].

Plusieurs épines dans le pied de Pinocchio

Aujourd’hui, les pièges ne cessent de se refermer sur les deux pieds de notre « grand manipulateur » hors concours[22]. En dehors du piège libyen, la diplomatie française commence à avoir maille à partir avec les ONG qui traquent nos turpitudes au Yémen à travers nos ventes d’armes au bienfaisant Royaume d’Arabie saoudite.

Le piège libyen : la diplomatie des carabistouilles bretonnes

Cerise sur le gâteau, huit associations viennent de demander (25 avril 2019) à la justice de suspendre le transfert de bateaux français à la marine libyenne, une livraison qu’elles dénoncent comme contraire à l’embargo sur les armes et une « complicité » dans des violations des droits. Rappelons que le ministère des Armées avait indiqué (février 2019) que la France allait livrer au cours du printemps six embarcations rapides, des Zodiac de l’industriel français Sillinger, à la marine libyenne engagée dans le contrôle des flux de migrants tentant de traverser la Méditerranée. La livraison de Zodiac Sillinger a déjà été considérée par l’ONU comme une violation dans le cadre de l’embargo sur les armes imposé en Côte d’Ivoire de 2004 à 2016, souligne les plaignants. Elle contreviendrait au traité international sur le commerce des armes (TCA), dont la France est signataire, qui prévoit que les pays évaluent le risque de commission de violation des droits de l’homme avant d’autoriser l’exportation, une problématique déjà largement abordée dans le cadre des ventes d’armes à l’Arabie saoudite. On l’aura compris, il y a là une contradiction flagrante entre l’affichage ostentatoire d’une diplomatie des (fausses) valeurs et la mise en œuvre honteuse d’une diplomatie économique des marchands de canons. On ne peut pas dénoncer à longueur de temps les démocratures et autres démocraties illibérales tout en faisant plus que les plagier dans la pratique. Cela commence à se voir et fait mauvais effet surtout lorsque nous nous complaisons dans le beau rôle de donneurs de leçons à l’univers.

Le piège yéménite : la diplomatie de l’indignation à géométrie variable

Et, nous retrouvons le même problème avec nos ventes d’armes à l’Arabie saoudite pour conduire sa sale guerre au Yémen qui conduit trois journalistes ayant exploité des notes de la DGSE à devoir s’expliquer dans les locaux de la DGSI à Levallois-Perret ! En effet, trois journalistes, appartenant pour deux d’entre eux au média d’investigation Disclose et pour l’autre à Radio France, ont droit aux honneurs de notre service de sécurité intérieure après une plainte du ministère des Armées pour « compromission du secret de la défense nationale ». Rappelons que l’association Aser vient d’attaquer l’État français devant le tribunal administratif de Paris pour violation du Traité sur le commerce des armes (TCA) et se réserve désormais le droit de porter l’affaire en référé (procédure d’urgence qui pourrait conduire la juridiction administrative de première instance à adopter quelques mesures conservatoires). Pendant ce temps, aux États-Unis – où le complexe militaro-industriel est puissant – la Chambre des représentants a osé voter la suspension du soutien militaire à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis dans leur guerre au Yémen, obligeant le président Donald Trump à faire usage de son droit de veto. Mais, au Palais-Bourbon, les godillots de Macron, eux, ne mouftent pas[23].

Ils sont, comme nous, amplement rassurés en apprenant de la bouche même du président de la République, Emmanuel Macron que la France a la « garantie » de la part de l’Arabie saoudite que les armes qui lui sont vendues ne sont pas utilisées contre des civils au Yémen, à la veille du départ d’une nouvelle cargaison d’armement via le port du Havre.

« L’essentiel des armes qui ont été vendues sont plutôt utilisées à l’intérieur du territoire ou à la frontière mais elles sont utilisées dans le cadre d’un conflit », a déclaré le président français à son arrivée au sommet européen de Sibiu (Roumanie).

« Néanmoins, je tiens ici à dire ce que nous avons fait, c’est-à-dire d’avoir la garantie que ce ne soit pas utilisé contre des populations civiles », a ajouté Emmanuel Macron, précisant que cette garantie avait été « obtenue ». Cette question soulève cependant un « conflit moral », a encore déclaré le chef de l’Etat, qui peut être surmonté d’une part « en faisant la transparence et en étant exigeant avec nos partenaires », alliés dans la lutte « contre le terrorisme », et d’autre part en « nous engageant davantage dans la résolution du conflit au Yémen ». « On va s’engager aux côtés des Nations unies davantage pour résoudre ce problème », a poursuivi Emmanuel Macron[24].

Il est vrai que les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent surtout lorsqu’elles concernent l’Arabie saoudite, un excellent client de nos armes intelligentes qui savent distinguer civils et militaires, territoire national et autre, bons et mauvais ennemis, ce qui est un « conflit moral » et un conflit « immoral ». Aux dernières nouvelles, le cargo serait reparti vide du Havre[25].

Mais, en définitive, c’est le genre de polémiques qui pimentent les quinquennats. Mais celles-ci présentent un intérêt particulier, dans un contexte de défiance généralisée à l’endroit du chef de l’État et de l’exécutif et de discrédit de la diplomatie française. Les annonces présidentielles du 25 avril 2019 n’ont pas changé fondamentalement la donne. Aujourd’hui, le discrédit de la classe politique jupitérienne est tel qu’il paraît difficile, voire impossible de remonter la pente. Il suffit de prendre connaissance des dernières déclarations de Gérard Collomb :

« Emmanuel Macron est en difficulté » (Europe 1, 9 mai 2019).

Heureusement que nous venons d’apprendre par la machine à bobards des communicants de la présidence de la République remettait désormais « l’humain au centre » de sa politique et qu’il voulait « écouter les gens », ayant compris après six mois de crise des « gilets jaunes » que l’homme est important dans toute action quelle qu’elle soit. Libyens et Yéménites n’ont pas encore bénéficié de toutes les vertus de son changement de pied, de son entrée dans le Nouveau monde de la morale. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan ne se fait pas prier pour s’en prendre au chef de l’État, accusant tour à tour la France « donneuse de leçons » sur le génocide arménien de génocides au Rwanda et en Algérie. La Vérité finit toujours par éclater dans le monde nouveau comme dans l’ancien monde dont on nous avait promis de faire litière.

« Les merdes, ça vole toujours en escadrilles », en Rafale, pourrait-on dire en mettant au gout du jour la célèbre remarque de ce vieux routier de la politique qu’est Jacques Chirac. Jugement de pur bon sens qu’ignorent Emmanuel Macron, Florence Parly, Jean-Yves Le Drian et leurs hordes de conseillers peu diplomatiques qui les vénèrent plus qu’ils ne les conseillent. Le dossier libyen restera, à l’instar des dossiers syrien et yéménite, un cas d’école à enseigner dans les écoles diplomatiques, comme au sein du tout nouveau « Collège des Hautes études de l’institut diplomatique » (CHEID) créé par Le Chouchen[26]. Un cas d’école de ce Waterloo diplomatique dont il faudra bien un jour tirer les conséquences. Comme nous l’avons souligné plus haut, démagogie et court-termisme constituent la marque de fabrique de la machine diplomatique macrono-ledrianesque. Le quotidien Le Monde a bien raison de titrer « La France désarçonnée dans le chaos libyen »[27]. L’expérience, toujours bonne conseillère, nous rappelle que la diplomatie de la vérité, vaut mieux que l’absence de vérité en diplomatie. Le problème des diplomates français (sous le règne de Pinocchio), c’est l’orgueil, la conviction que le monde doit se plier à l’ordre qu’ils veulent lui assigner. À l’instar de l’objectif initial de la revue Les Temps modernes, le but de la diplomatie est « d’apporter une intelligence globale du monde »[28]. Nous n’en sommes pas encore là. Sans un minimum de cohérence, la France perdra le peu de crédit dont elle dispose encore sur la scène internationale. Faute de quoi, le risque est grand qu’elle ne se piège encore plus dans l’actuel bourbier libyen.

Morale de l’histoire

« La première leçon de l’Histoire est de ne pas mentir, la seconde de ne pas craindre d’exprimer toute la Vérité » (Pape Léon XIII de 1893 à 1903).

À méditer par nos diplomates d’opérette, en particulier les Pieds Nickelés de l’Élysée (ceux de la cellule diplomatique dirigée par le fourbe, Philippe Etienne qui devrait bientôt être récompensé de ses contorsions en se voyant attribuer l’ambassade de France à Washington pour succéder au farfelu Gérard Araud), qui confondent allégrement communication et action !

Auteur : Guillaume Berlat | Editeur : Walt |

Notes:

[1] Guy Georgy, Kadhafi. Le berger des Syrtes, Flammarion, 1996

[2] Emmanuel Rimbert, Jours intranquilles en Libye, Equateurs, 2015, p. 18

[3] Marc Endeweld, Le grand manipulateur, Stock, 2019, p. 243

[4] Jean-François Kahn, Libye : ils se sont mis les doigt dans l’œil, depuis ils ont fermé l’autre !, Marianne, 10-16 mai 2019, p. 6

[5] Guillaume Berlat, Intervenir en Libye : une lubie française, www.prochetmoyen-orient.ch , 18 janvier 2016

[6] Marc Endeweld, précité, p. 246

[7] Frédéric Bobin, Libye : les Tripolitains dépités par l’offensive d’Haftar, Le Monde, 28-29 avril 2019, p. 4

[8] Frédéric Bobin, En Libye, le front d’une troisième guerre civile, Le Monde, 26 avril 2019, p. 2

[9] Isabelle Lasserre, Libye : le jeu ambigu de Paris avec Haftar, Le Figaro, 12 avril 2019, p .11

[10] Frédéric Bobin, Sarraj dénonce le rôle de la France en Libye, Le Monde, 24 avril 2019, p. 6

[11] Frédéric Bobin/Nathalie Guibert/Marc Semo, Libye : comment Paris a perdu l’équilibre, Le Monde, 25 avril 2019, pp. 4-5

[12] René Backmann, Libye : comment la France a contribué à la montée en puissance d’Haftar, www.mediapart.fr , 27 avril 2019

[13] Claude Angeli, Le va-t-en-guerre libyen et ses chers parrains, Le Canard enchaîné, 24 avril 2019, p. 3

[14] Rencontre à Rome pour un cessez-le-feu, Le Monde, 26 avril 2019, p. 2

[15] Pierre Vermeren, « La Libye, première puissance pétrolière d’Afrique, intéresse beaucoup d’acteurs », Le Figaro, 16 avril 2019, p. 16

[16] Jean-Yves Le Drian (propos recueillis par Isabelle Lasserre), « La France est en Libye pour combattre le terrorisme », Le Figaro, 3 mai 2019, p. 3

[17] Claude Angeli, Une petite « Ecole de guerre » françafricaine. Et un record absolu d’attaques djihadistes depuis novembre dernier : 1200, avec, au total,4 780 morts, Le Canard enchaîné, 30 avril 2019, p. 3

[18] Yves Bourdillon, Le gouvernement libyen en quête de soutiens européens, Les Échos, 9 mai 2019, p. 6

[19] Isabelle Lasserre, Les combats en Libye, lourds de menaces pour l’Europe, Le Figaro, 7 mai 2019, p. 11

[20] Marc Semo, Macron appelle à une « cessez-le-feu sous supervision internationale » en Libye, Le Monde, 10 mai 2019, p. 3

[21] Claude Angeli, Le « trouble jeu » de Macron en Libye, Le Canard enchainé, 8 mai 2019, p. 3

[22] Marc Endeweld, Le grand manipulateur. Les réseaux secrets de Macron, Stock, 2019

[23] D.F., Silence dans les rangs sur le Yémen !, Le Canard enchaîné, 30 avril 2019, p. 8

[24] Macron dit avoir des « garanties » de l’Arabie saoudite sur les armes, Agence Reuters, 9 mai 2019

[25] Thomas Cantaloube, Un cargo saoudien qui devait charger des armes au Havre renonce à sa cargaison, www.mediapart.fr , 10 mai 2019

[26] https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere-et-son-reseau/le-college-des-hautes-etudes-de-l-institut-diplomatique/

[27] Éditorial, La France désarçonnée dans le chaos libyen, Le Monde, 25 avril 2019, p. 31

[28] Membres du comité de rédaction de la revue « Les Temps modernes », Le but de la revue « Les Temps modernes » était d’apporter une intelligence globale du monde, Le Monde, 3 mai 2019, p. 24
– Source : Proche&Moyen-Orient (Suisse)

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Algérie : l’Armée nargue la France


Algérie : l'Armée nargue la France

Près de trois mois après le début du mouvement populaire en Algérie et alors que l’armée continue à éviter au pays toute atteinte étrangère, la justice condamne à la peine capitale trois ex-hauts gradés des renseignements.

Il s’agit des principaux relais de l’ex-puissance colonialiste, la France, qui viennent d’être condamnés. 

Citant une source militaire, le site d’information algérienne, AGL24 a rapporté que trois ex-officiers haut gradés dont un général et un capitaine de l’ex-DDSE (Direction de la documentation et de la sécurité extérieure algérienne), avaient été condamnés à mort par le tribunal militaire de Blida. Ils ont été accusés « d’avoir trahi et divulgué des secrets du gouvernement algérien à des pays étrangers ».

Il s’agit du conseiller de l’ancien chef de la DDSE, répondant aux initiales «MD», d’un capitaine répondant aux initiales «HA», président du Département d’information et d’écoute et du général «MB», directeur adjoint de l’ex-chef de la DGSE. Accusés d’«atteinte à l’autorité de l’armée et complot contre l’autorité de l’État», les généraux Toufik, ex-chef du DRS et Athmane Tartag ainsi que Saïd Bouteflika, ancien conseiller spécial ont été placés le 5 mai sous mandat de dépôt par le juge d’instruction du tribunal militaire de Blida. Ils ont été arrêtés le 4 mai par les services de la DGSI. Le chef d’état-major de l’armée nationale populaire, « ANP », Ahmed Gaïd Salah, avait auparavant accusé Toufik de comploter contre l’armée et le mouvement populaire. Le général Salah avait également accusé Saïd Bouteflika d’être à la tête d’un groupe ayant abusé du pouvoir présidentiel.

Cette triple condamnation qui confirme la volonté du général Ghai Salah, chef de l’état-major de l’armée algérienne de couper les amarres avec la France ne va sans doute pas sans susciter une contre-offensive de la part de la France, estime Hanif Ghafari, expert iranien : « Alors que le mouvement protestataire s’inscrit dans la durée, on assiste à une recrudescence des violences au Sahel, soit aux portes de l’Algérie. Au Mali, la force Barkhane a réussi à affecter l’ensemble du territoire, le Nord, le Centre et le Sud. Au Niger, aucun jour ne passe sans qu’il y ai des violences terroristes. Idem pour le Burkina. En Libye, Haftar continue à attaquer et à être attaqué et le chaos s’étend. Dans tout ceci, il y a une volonté malsaine de nuire à l’Algérie, pays pivot du nord et de l’ouest africain », ajoute l’expert qui souligne aussi la quasi normalisation des liens entre la Tunisie et le Maroc avec Israël : « À l’occasion d’un soi-disant pèlerinage religieux, quelques 2 000 israéliens se sont récemment rendus en Tunisie accompagnés des commandos israéliens! Et bien ces Israéliens ne viennent certes passer un bon moment en Tunisie. Ils ont les yeux rivés sur l’Algérie et on sait bien pourquoi. » 

La réaction implicite de la France à la triple condamnation des ex-cadres du Renseignement algérien n’a pas tardé. Mercredi le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian a affirmé que Paris est « attentive » à ce que « l’esprit de responsabilité et de dignité qui prévaut en Algérie depuis le début des manifestations puisse continuer à s’exprimer librement ». Le Drian a affirmé que le dialogue démocratique reste la seule issue à la situation actuelle en Algérie, ce qui veut dire que Paris n’est nullement content que la vis soit serrée aux « agents de l’ex-puissance coloniale ». 

À la veille du 16ème vendredi consécutif de la contestation populaire qui a mobilisé une foule immense notamment à Alger, le chef de l’État par intérim en Algérie, Abdelkader Bensalah, a appelé toute la classe politique au dialogue afin de définir les modalités de l’organisation « dans les meilleurs délais » d’une élection présidentielle devant élire le successeur d’Abdelaziz Bouteflika. Le président algérien, Abdelaziz Bouteflika a annoncé le 11 mars qu’il renonçait à être candidat à sa propre succession. Il s’agit d’une réponse à la contestation que traverse l’Algérie depuis plusieurs semaines.

http://parstoday.com/fr/news/africa-i79272-algérie_l’armée_nargue_la_france

Gaïd Salah: «L’heure des comptes est arrivée»


Pour le chef d’état-major de l’ANP, la priorité actuelle est d’«accélérer l’élection d’un président de la République». Intervenant de Béchar où il effectuait une visite d’inspection aux unités de la 3e Région militaire, le vice-ministre de la Défense nationale, Gaïd Salah, a réitéré sa position en insistant sur sa feuille de route qui comprend le passage prioritaire par la présidentielle. S’il évoque des «délais possibles constitutionnellement et acceptables dans le temps», mais aussi des délais qui «ont atteint aujourd’hui leur limite», il tient à rappeler que «trouver ces voies qui mèneraient aux présidentielles ne peut se faire qu’à travers le dialogue dont les résultats pourront satisfaire la majorité du peuple algérien». En clair, l’institution militaire s’en tient toujours à la solution constitutionnelle pour résoudre la crise politique et Gaïd d’expliquer qu’«il serait plus judicieux de dire qu’il y a lieu de réunir toutes les conditions nécessaires pour tenir des élections pluralistes, précédées par des discussions constructives et un dialogue serein et calme permettant au citoyen d’accorder sa voix à celui qu’il considère apte à conduire le pays». 

Il s’attaque aussi à «certains adeptes de la surenchère politique et idéologique qui considèrent les élections comme un choix plutôt qu’une nécessité» affirmant que «c’est là le summum du paradoxe intellectuel et politique». Quant au dialogue auquel il appelle, il rappelle également qu’il doit réunir «la classe politique, la société civile et les personnalités nationales». 

Concernant l’actualité judiciaire, le général de corps d’armée a souligné la détermination de son institution à continuer d’accompagner les instances de la justice et de les protéger afin de leur permettre de traiter les affaires de corruption «en déterrant tous les dossiers et en les traitant en toute équité quelles que soient les circonstances, de façon à faire comparaître devant la justice tous les corrompus quels que soient leur fonction ou leur rang social». Il ajoute que «cette voie sera celle que l’institution militaire veillera à entreprendre avec détermination, posant ainsi les jalons de l’affranchissement de l’Algérie du vice de la corruption et des corrupteurs avant la tenue des prochaines élections présidentielles». 

Gaïd Salah a précisé «qu’il a été procédé par le passé et de manière délibérée, à la mise en place des conditions propices à la pratique de la corruption» mettant en évidence l’échec de la réforme de la justice qui «n’était malheureusement que des paroles en l’air et des réformes creuses qui, bien au contraire, ont encouragé les corrompus à persister dans leurs méfaits». Il parle aussi de parrains qui ont accompagné ces corrupteurs «pour empiéter les droits du peuple et enfreindre les lois délibérément sans crainte et sans aucune conscience». Selon lui, «l’heure des comptes est arrivée» pour assainir le pays «de toute personne malhonnête». 

Il a également chargé les gestionnaires aux commandes du pays, soulignant que tous les indices confirment que la crise économique que traverse notre pays est due, en premier lieu, à la mauvaise gestion de la part de responsables pour qui «les deniers publics étaient de l’argent commun, voire permis, où ils se servaient à volonté quand ils voulaient en toute impunité et sans contrôle ou considération envers le poids de la responsabilité dont ils portent le fardeau». Il explique que cette gestion «a permis de créer des projets stériles et sans intérêts réels pour l’économie nationale. Ils ont été octroyés de manière sélective, et à des montants astronomiques sous forme de crédits, ce qui a perturbé la cadence du développement en Algérie». 

par Moncef Wafi

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Algérie – Qui va écrire la feuille de route : la plume, la baïonnette, le clavier ?


« Chaque régime finit par devenir un ancien régime » Stanislav Jerzy Lech 

Qui va sortir le pays de ce vaste «marasme» à ciel ouvert ? Qui peut prétendre le faire « seul », les pieds « nus », les mains « ligotées » et la tête « ailleurs » ? Qui va écrire la feuille de route : la plume ou la baïonnette ? Certainement ni l’une ni l’autre. Elles sont toutes deux d’un autre âge. Elles manquent cruellement : l’une d’encrier et l’autre de munitions ? Même si elles ont été pourvues, ce ne sera pas la même calligraphie. L’une sera fine à peine lisible, l’autre sera grossière, elle prendra toute la page. 

Aujourd’hui, les jeunes qui constituent la majorité de la population se passent des plumes et des baïonnettes, ils disposent d’un clavier et de smartphones. Avec seulement leurs dix doigts, ils peuvent faire des miracles. Les ordinateurs sont comme « la trinité chez les chrétiens », on ne voit ni le Père, ni le Fils, ni le Saint Esprit. Ils sont absents dans nos radars. Le nôtre, il est là présent dans nos cœurs, il nous accompagne dans nos marches. Il faut garder raison, l’époque du contrôle des énergies est révolue, l’heure est à la libération des énergies. Le monde est devenu un village planétaire et les choses évoluent à la vitesse de la lumière. Un proverbe français nous apprend «qu’une tête froide, un ventre libre, des pieds chauds sont de sûrs remèdes à tous les maux». 

L’histoire de l’Algérie a été toujours jalonnée par des luttes incessantes entre les partisans du maintien de l’ordre à tout prix (période coloniale et postcoloniale) et les promoteurs d’un ordre nouveau de façon pacifique et la balance a toujours penché en faveur du premier sans résultat patent. Les tenants du pouvoir décrètent le secteur des hydrocarbures source exclusive de ressources en devises du pays le rendant ainsi dépendant du marché mondial. 

La conséquence sera que toute production répondant aux besoins du marché local sera abandonnée et le recours aux importations rendu obligatoire. Il n’existe pas dans notre pays de discussions sérieuses et approfondies sur l’utilisation de la rente pétrolière et gazière depuis l’indépendance à nos jours. 

Les gouvernants successifs dans un geste de « générosité intéressée » donnent l’impression d’utiliser les recettes générées par l’exploitation des ressources pétrolières et gazières pour distraire la population et la détourner des véritables enjeux en retardant, voire en éludant les grandes réformes à engager dans les secteurs fondamentaux de l’économie comme l’agriculture, l’éducation et la fonction publique. 

Il est peut être essentiel et urgent de développer des mécanismes de contrôle social de la redistribution de la rente pétrolière et gazière en organisant la participation de la population à la prise de décision afin d’éviter ou du moins réduire les dépenses publiques hâtives et intempestives sans impact réel sur l’économie et sur la société. 

Que de temps perdu, que d’énergies gaspillées, que de ressources dilapidées pour se rendre à l’évidence que l’on ne peut pas faire du neuf avec du vieux. Faut-il donc rechercher la clé de l’évolution politique de l’Algérie dans le conflit entre les aspirations de l’élite à se maintenir en activité au-delà de l’âge de la retraite et celles de la population majoritairement jeune à disposer d’un emploi permanent productif ? « Le secret du changement consiste à concentrer son énergie pour créer du nouveau et non pas pour se battre contre l’ancien ». 

par A. Boumezrag

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La saga judiciaire continue


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La mise sous contrôle judiciaire de Karim Djoudi et la fuite au Liban de Abdesselam Bouchouareb poussent davantage à des interrogations sur l’ampleur de la corruption dans le pays et les garde-fous qui étaient censés protéger l’Etat mais qui n’ont jamais été mis en place. 

C’est probablement la comparution la plus longue qui a eu lieu hier devant le juge de la Cour suprême et la plus étonnante de toutes celles qui ont eu lieu depuis que la justice a été actionnée pour examiner de lourds dossiers de corruption de nombreux gouvernants. L’arrivée hier à 9h du matin de l’ex-ministre des Finances, Karim Djoudi, à la Cour suprême a confirmé l’information qui avait avancé sa convocation. Il en est sorti après près de 4 heures d’audition, avec une mise sous contrôle judiciaire. Au regard de sa comparution devant le juge enquêteur de la Cour suprême, Karim Djoudi devait donc répondre de quelque chose, la démentir, la prouver, la reconnaître, l’avouer ou simplement témoigner dans les affaires de dilapidation de l’argent de la collectivité nationale. « Karim Djoudi ?!? », s’interrogeaient et s’exclamaient en même temps hier certains de ceux qui l’avaient connu ou juste approcher. L’homme n’avait rien à voir avec la suffisance d’une grande partie des ministres du gouvernement de 2007 à 2014, période où il avait en mains le portefeuille des Finances. Djoudi était d’une discrétion étonnante et d’une humilité rare. Il parlait peu et rougissait même lorsque qui que ce soit l’abordait. Il baissait presque les yeux quand il prenait la parole. « Même Karim Djoudi ?!? », n’arrêtent pas de se dire ceux qui le connaissaient sous ce profil. Non, l’homme ne faisait pas semblant ?!? », soutiennent d’autres. L’on ne sait exactement pourquoi celui qui été l’argentier du pays pendant près de 7 ans est resté durant de si longues heures hier devant le juge enquêteur de la Cour suprême. Mais il est sûr qu’il constitue le logiciel de qui a fait quoi avec les ressources financières nationales, du poids de la fiscalité pétrolière et autres, des impôts, des dettes publiques externes et internes, des placements de bons du Trésor et de l’or de l’Algérie à l’extérieur, des actes de création de fonds souverains, des actifs du secteur public, des crédits octroyés, des remboursements, des liquidités au niveau des banques, des divers fonds et caisses, fonds des générations futures qu’Abdelatif Benachenhou avait créés, les budgets de toutes les institutions, dispositifs et autres comptes, d’aides financières, de multiples rallonges budgétaires… 

Cette «masse de chiffres alignés» de près de 30 ans… 

Il était le responsable de la gestion et de l’utilisation des finances publiques à travers son élaboration des lois de finances et des lois complémentaires. De quoi doit-il répondre devant le juge ? De dérogations pour ceux qui ne les méritaient pas ? De qui l’a instruit pour que les banques publiques accordent des crédits faramineux sans aucune garantie et qui n’ont jamais été remboursés ? » Les questions sont nombreuses mais les réponses sont diffuses. 

Interrogé sur l’éventualité de l’entrée en vigueur de la loi budgétaire, ce texte qui devait constituer un instrument législatif de contrôle des dépenses effectuées par le gouvernement, le ministre des Finances rétorquera que «la loi budgétaire ne changera rien à ce qui se fait actuellement, elle nous permettra seulement d’aligner des statistiques au niveau de chaque secteur ». Une telle loi, si beaucoup lui prêtent ainsi la vertu d’être un moyen efficace pour exiger des comptes du gouvernement, le ministre des Finances a affirmé qu’elle ne servira en fait qu’à dresser une comptabilité sous forme de nombreux chiffres sans pour autant expliquer la manière dont ont été utilisés les deniers de l’Etat. D’ailleurs, il reconnaîtra que dès que la loi entrera en vigueur, «on aura un rattrapage à faire en comptabilité sur une période de près de 30 ans, puisque la loi en question n’a pas servi depuis les années 80» (Depuis 1972, disent les experts). Karim Djoudi avouera que «ce sera une masse de chiffres alignés, pas plus». Ces propos, l’ex-ministre des Finances les a tenus devant des journalistes en mai 2010, à la fête de l’Europe où il représentait le gouvernement. Sa mise sous contrôle judiciaire et non sa mise en détention provisoire laisse penser qu’il devra être confronté aux ex-ministres et à d’autres responsables pour expliquer de quelle façon l’argent public est sorti des caisses de l’Etat pour servir des intérêts personnels. C’est peut-être de cette « comptabilité » que Djoudi devra répondre… 

Le ballet des gouvernants 

Hier, c’était un véritable ballet des ministres devant les juges enquêteurs et d’instruction. Amar Tou, Youcef Yousfi avec d’autres cadres du ministère de l’Industrie, le PDG du CPA, 52 cadres concernés par l’affaire du patron de Sovac sans compter Ouyahia. Abdelghani Hamel, l’ex-DGSN, était lui aussi hier devant le tribunal de Blida qu’il a quitté après quelques heures. En attendant Talaï, Ould Abbas, Barkat, Ghoul. Ceci avant que l’affaire Khalifa ne soit remise sur le tapis. Affaire qui entraînera des responsables de partis, de ministères, des agents du DRS, des médias, de la culture, des patrons entreprises et autres cadres. 

L’autre fait du jour, la fuite de Abdesselam Bouchouareb au Liban qui a rendu perplexe beaucoup de monde. L’information est sortie de milieux qui lui sont très proches. L’on s’interroge qu’est-ce qui a poussé Bouchouareb à choisir le Liban pour être «oublié» par l’Algérie. Bouchouareb a embarqué sur Paris dès qu’il a été limogé de son poste de ministre de l’Industrie et des Mines. Depuis, disent ceux qui le connaissent, il porte la barbe, un chapeau et des lunettes noires pour ne pas être reconnu. L’on pense ainsi que Bouchouareb s’est rendu au pays du cèdre à partir de la France. C’est l’évidence même quand on sait que beaucoup de responsables ont essayé avant lui de partir d’Alger vers des cieux qui les protègent mais se sont vu retirer leurs passeports et inscrits sur la liste des ISTN (interdiction de sortie du territoire national). Pourquoi le Liban ? Depuis qu’il a été limogé, Bouchouareb a toujours élu domicile à Paris. Il n’est pas homme à fréquenter le Moyen-Orient parce que de toute sa vie, il changeait d’air à Monte-Carlo, Nice, ces splendides contrées françaises et a fait de Paris sa résidence secondaire (première ?). L’on connaît avant lui, un homme politique algérien qui a préféré quitter l’Algérie pour s’installer à Beyrouth après qu’il eut abandonné son parti parce qu’il en voulait tellement au pouvoir. Il s’agit de Noureddine Boukrouh, l’ex-président du PRA. Connu pour être un pays d’affaires florissantes de tous gabarits, le Liban a dû intéresser Bouchouareb à son tour, pour joindre l’utile à l’agréable et continuer sur sa lancée familiale et professionnelle de faire dans le gain facile et juteux. 

par Ghania Oukazi

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Son incarcération a réjoui les manifestants : Ahmed Ouyahia, l’homme qui cristallise toutes les haines


Da Ouyahia, plastek f’El Harrach» (Ouyahia, votre place est à la prison d’El Harrach), «Goulou l’Ouyahia makache Europa, djibouh l’El Harrach yadrab essoupa» (Dites à Ouyahia pas d’Europe, ramenez-le à El Harrach se taper la soupe)… Depuis le début du soulèvement populaire du 22 février, il n’y a pas eu un seul vendredi, une seule manif’, sans que le nom d’Ahmed Ouyahia ne soit cité et conspué.

Et après les «Ouyahia dégage !» «Ouyahia himaroune», dès les premières vagues d’arrestations de personnages du sérail, sa tête était réclamée aux cris de «Ouyahia f’El Harrach». Plusieurs carrés de manifestants exigeaient, en effet, son arrestation, le présentant déjà sur nombre de pancartes en tenue de taulard. Depuis mercredi dernier, c’est chose faite. L’ex-Premier ministre – et c’est une première – a bien fini par rejoindre les illustres pensionnaires d’El Harrach que sont les Haddad, Tahkout, Kouninef… Avant d’être rejoint le lendemain par un autre Premier ministre, Abdelmalek Sellal en l’occurrence, ainsi qu’un autre ancien ministre : Amara Benyounès. Et c’est loin d’être fini, des poids lourds étant attendus dans les prochains jours.

Force est de le constater : l’incarcération d’Ahmed Ouyahia est celle qui a le plus réjoui les «hirakistes». Plusieurs manifestants hilares ont fêté cela à coups de pots de yaourt, à l’image de cette mère de famille qui défilait  près de la Grande-Poste une bouteille de yaourt à la main en lâchant à la hussarde : «Endjiboulek el yaourt» (Nous t’apporterons du yaourt en prison). Il faut rappeler aussi que la première fois qu’Ahmed Ouyahia devait être auditionné par le juge d’instruction près le tribunal de Sidi M’hamed, le 21 avril dernier, des cohortes de citoyens l’attendaient de pied ferme rue Abane Ramdane armés de pots de yaourt.

La longévité à risque d’un homme de paille

C’est un fait : de tous les hauts responsables, Ahmed Ouyahia restera la personnalité publique la plus détestée des Algériens. Le patron du RND traîne une réputation d’homme des«sales besognes», de serviteur zélé du système, de monstre froid, d’apparatchik sans cœur qui ne fait pas dans le sentiment. C’est l’archétype même du parfait exécutant «sans états d’âme»,  tout à la fois cynique, stoïque et loyal, ayant un étrange sens du devoir qui l’a souvent poussé à assumer les tâches les plus ingrates et endosser les mesures les plus impopulaire

s, même lorsque la responsabilité était objectivement partagée. Ouyahia n’a jamais hésité à tout prendre sur lui ; et même durant ses traversées du désert entre deux primatures, il n’a jamais pris la peine de se défendre, assumant crânement ses choix économiques et les dégâts collatéraux de sa politique antisociale.

Comme l’indique sa biographie officielle, que l’on peut toujours consulter sur le portail du Premier ministère, l’homme de 67 ans (il est né le 2 juillet 1952 à Bouadnane, en Kabylie) a été à la tête du gouvernement à cinq reprises, deux fois sous Zeroual et trois fois sous Bouteflika : décembre 1995-juin 1997,  juin 1997-décembre 1998,  mai 2003-mai 2006, juin 2008-septembre 2012, août 2017- mars 2019. En tout, il aura occupé le poste de Premier ministre pendant une douzaine d’années. Un record. Qui a ses revers, et c’est l’une des raisons, justement, de son impopularité, notamment sous Bouteflika, qui a la réputation d’utiliser ses hommes de paille comme «fusibles».

Dans la mémoire collective, à tort ou à raison, le nom d’Ahmed Ouyahia restera à jamais associé à l’affaire des cadres gestionnaires massivement incarcérés dans les années 1990 lorsqu’il était chef du gouvernement sous Zeroual, aux ponctions sur salaire, à la liquidation de centaines d’entreprises publiques, aux taxes sur les véhicules neufs ou encore l’instauration de la vignette automobile… Si bien que son nom est devenu fatalement synonyme  d’«austérité». «Tout le malheur du peuple algérien et son appauvrissement ont, à l’origine, cet homme politique qui a gouverné l’Algérie deux fois avec Zeroual et trois fois avec Bouteflika», résume un internaute.

«Il va goûter à la douleur des cadres incarcérés»

«Ma première pensée en apprenant son arrestation a été pour les cadres gestionnaires injustement jetés en prison. Qu’il goûte un peu à ce qu’ils ont enduré», réagissait un manifestant rencontré vendredi dernier. Récemment, à l’occasion de l’une des marches du vendredi, nous avons croisé une dame qui nous disait qu’elle était prête à tout pour empêcher Ouyahia de se porter candidat à la présidentielle.

Elle avait effectivement une dent contre lui et pour cause : «Ouyahia a détruit ma vie», assène-t-elle. Et de nous raconter comment son mari, informaticien, «a été l’une des toutes premières victimes d’Ouyahia dans les années 1990» durant la campagne d’incarcération des cadres. «Mon mari a été mis au chômage, on venait de commencer notre vie. On attendait notre premier enfant, j’étais à mon 4e mois de grossesse. Cette affaire nous a coûté très cher. Mon mari a fait une dépression. Il en a été tellement malade qu’il a eu des problèmes de santé, il a fait un diabète aigu, on a dû l’amputer des deux jambes. J’ai dû travailler pour élever mes deux enfants. Aujourd’hui, ils sont à la fac, hamdoullah, mais je ne suis pas près de pardonner à Ouyahia et ce gouvernement injuste.»

Des petites phrases qui passent mal

Une autre raison pour laquelle Ouyahia suscite autant de rancœurs au sein de l’opinion est le chapelet de petites phrases qu’on lui prête : «Le peuple n’est pas obligé de manger du yaourt», «Affame ton chien il te suivra», «En Syrie aussi, ça a commencé avec des roses», «Nous ne laisserons personne utiliser la rue, et je parle, ici, au nom de l’Etat. Nous maîtrisons la rue, et nous l’avons prouvé en 2014». Il faut dire que la réflexion abrupte sur la consommation du yaourt, présenté maladroitement comme un produit de luxe, est très mal passée à en juger par le nombre de manifestants qui ont paradé vendredi dernier avec ce dessert pour narguer Ouyahia. «L’image du pot de yaourt est simple et efficace, comme un message publicitaire, c’est pour ça qu’elle est aussi partagée», décrypte un spécialiste en communication publicitaire. «Il faut dire aussi qu’Ouyahia a fait beaucoup de dégâts, ce qui explique cette image défavorable qui lui colle à la peau.»

Ces petites phrases n’ont fait que conforter dans l’imagerie populaire l’impression d’avoir affaire à un homme de pouvoir arrogant, qui prend son peuple de haut. Sur le compte d’un Youtuber, qui a consacré une vidéo à Ouyahia et sa supposée déclaration «Affame ton chien, il te suivra», les commentaires sont sans appel et en disent long sur le ressentiment que nourrit le personnage.

Florilège : «C’est l’incarnation des malheurs de tous les Algériens ! Il nous a toujours ignorés», «Eh oui, il a traité le peuple de chien. Quelle arrogance !» «C’est un lâche qui méprise le peuple d’en bas». Dans les manifs, beaucoup tiennent également à lui rappeler que le caractère résolument pacifique du mouvement du 22 février incarné par le slogan «Silmiya !» a apporté un cinglant démenti à ses mises en garde  prédisant un sort à la syrienne si le peuple persistait dans son élan contestataire. «Ya Ouyahia, Dzaïr machi Souria» (Ouyahia, l’Algérie n’est pas la Syrie), entonnaient à plusieurs reprises les manifestants. Une pancarte repérée vendredi dernier disait à l’adresse du Premier ministre déchu : «Ouyahia on t’a prévenu, l’Algérie n’est pas la Syrie. Et on dit à Gaïd : l’Algérie n’est pas l’Egypte».

«Un sentiment antikabyle»

Pour terminer, il convient de noter que ce traitement réservé à Ahmed Ouyahia est considéré par certains nomme l’expression d’un «sentiment antikabyle primaire». «Le pouvoir a livré Ouyahia en pâture parce qu’il n’aime pas les Kabyles», estime Mehdi, 31 ans, commerçant de son état, rencontré hier à la place des Martyrs. Mehdi arborait un t-shirt à l’effigie de Lounès Matoub. L’occasion de rappeler que Matoub n’hésitait pas à s’en prendre dans ses chansons à l’enfant de Bouadnane et à «lekvayel ne’service», les «Kabyles de service» (communément appelés KDS).

Sur une image détournée qui a fait florès, Ouyahia est qualifié de «Miss Lahram». «Il faut dire aussi qu’Ouyahia est le seul qui tenait un discours de vérité. Il ne faisait pas dans le populisme», tempère un confrère qui se dit «contre les tribunaux populaires et la justice médiatique». «Je ne défends pas Ouyahia mais la vérité doit être dite : Boutef a tout fait pour casser Ouyahia et tout lui mettre sur le dos. Dans l’affaire des cadres gestionnaires, il n’était pas le seul à décider. Zeroual, Betchine et Adami en partagent tout autant la responsabilité. Les ponctions sur salaire, c’est parce que les caisses de l’Etat étaient vides. Le baril était à 10 dollars. Ouyahia a toujours dénoncé le terrorisme, il était qualifié d’éradicateur et il n’avait pas les faveurs des islamistes. C’est pour cela aussi qu’il est détesté. Son seul tort est d’avoir tout pris stoïquement sur lui et n’avoir jamais parlé pour rétablir les responsabilités

Il aura été, sa vie durant, le parfait paratonnerre du système…

MUSTAPHA BENFODIL

https://www.elwatan.com/edition/actualite/son-incarceration-a-rejoui-les-manifestants-ahmed-ouyahia-lhomme-qui-cristallise-toutes-les-haines-17-06-2019

Enquête liée à des affaires de corruption: Djoudi et Tou sous contrôle judiciaire


Les anciens ministres des Finances et des transports, Karim Djoudi et Amar Tou, ont été placés, hier, sous contrôle judiciaire par le juge d’instruction près la Cour suprême après son audition dans le cadre d’une enquête liée à des affaires de corruption. Ils comparaissaient pour être entendus à propos d’affaires concernant la dilapidation de derniers publics, d’abus de fonction et d’octroi d’indus privilèges. Quelques jours plus tôt, l’ex-ministre des Travaux publics Abdelghani Zaâlane avait été également placé sous contrôle judiciaire après avoir été auditionné dans des affaires liées à la corruption et ses deux passeports (ordinaire et diplomatique) lui ont été retirés. La Cour suprême avait ordonné, la semaine dernière, le placement des deux anciens Premier ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ainsi que l’ancien ministre du Commerce et des Travaux publics, Amara Benyounes, en détention provisoire à la prison d’El Harrach pour les mêmes chefs d’accusation. L’ex-wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, et celui d’El Bayadh devraient eux être entendus aujourd’hui. 

Pour rappel et en application des dispositions de l’article 573 du Code de procédure pénale, le parquet général près la Cour d’Alger avait transmis au procureur général près la Cour suprême, le dossier d’enquête préliminaire instruite par la police judiciaire de la Gendarmerie nationale d’Alger, pour des faits à caractère pénal, à l’encontre des ex-Premiers ministres Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, des anciens ministres Abdelghani Zaâlane, Amar Tou, Boudjemaa Talaï, Amar Ghoul, Abdelkader Bouazgui, Karim Djoudi, Abdesslam Bouchouareb et des ex-walis, notamment Zoukh et Mohamed Djamel Khanfar. 

En outre, on évoque l’émission d’un mandat d’arrêt international à l’encontre de l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, qui se trouverait actuellement au Liban. Pour l’ex-ministre de l’Energie, Chakib Khelil, son dossier a été transmis à la cour suprême. Par ailleurs, le SG du RND, actuellement en prison dans le cadre d’une autre affaire, a été présenté, hier, en compagnie des frères Oulmi, Mourad et Kheider, devant le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed pour des affaires concernant des soupçons de corruption et de transfert illicite de devises à l’étranger. 

Le patron du groupe Sovac a été arrêté, jeudi dernier, par la brigade de la Gendarmerie nationale de Bab Jdid. 52 cadres du groupe étaient aussi auditionnés par le procureur dans le cadre de la même affaire. Comme les Kouninef, Tahkout et Haddad, les frères Oulmi entraînent plusieurs hauts responsables avec eux. Il s’agit principalement de l’ex-Premier ministre Ahmed Ouyahia, l’ex-ministre de l’Industrie Youcef Yousfi et l’ex-directeur général du Crédit populaire algérien (CPA). 

par Moncef Wafi

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