Rony Brauman : « Voir les Juifs de France manifester pour Israël est plus abject que les bombardements israéliens sur Gaza »


L’ancien président de Médecins sans frontières (MSF), Rony Brauman, a dénoncé lundi une « présence envahissante » dans les médias des personnalités juives françaises pro-israéliennes.

« Pourquoi un propagandiste comme BHL est-il autant présent dans les médias ? », dénonce l’activiste anti-israélien dans un entretien accordé à l’Association France Palestine Solidarité (AFPS).

« Pour faire sauter le verrou, il faut d’abord avoir davantage d’individus qui s’expriment sur cette question. Davantage de protestation citoyenne, de pétitions, tant contre la politique d’Israël que contre la présence envahissante de ces personnalités dans les médias », poursuit-il.

L’ancien dirigeant de MSF va plus loin dans ces attaques contre la communauté juive organisée. « Le problème surgit lorsque, par exemple, on manifeste bruyamment son soutien politique à un Etat étranger en train de commettre un massacre », explique-t-il.

« J’ai en tête la manifestation de l’été 2014 en soutien à l’attaque de Gaza, organisée devant l’ambassade d’Israël, qui m’a particulièrement choqué. Notons que l’Union des Etudiants Juifs de France, syndicat étudiant qui se situe en principe à gauche, y avait appelé, signalant par là son légitimisme pro-israélien à toute épreuve. Cette manifestation est à mes yeux l’un des évènements les plus honteux que les institutions juives aient organisé. Voir ces gens, en plein Paris, crier leur soutien à la ratonnade de Gaza est particulièrement choquant. Ils m’ont fait penser à ces Israéliens qui s’installaient sur les hauteurs à la frontière de Gaza pour observer le carnage fait par leur armée. Moralement, je juge cela presque plus abject que de participer activement aux bombardements. Du moins, ce voyeurisme, cette pornographie politique revendiquée, n’est pas moins grave », accuse M. Brauman.

Fin mars déjà, l’activiste anti-israélien avait qualifié le sionisme de « projet commun » des sionistes et des nazis pour « débarrasser l’Europe de ses Juifs ».

Mi-janvier, le professeur à l’université de Manchester avait assimilé le port de la kippa à une « affiliation politique à l’État ».

source: http://fr.whatsupic.com/nouvelles-politiques-monde/juifs-isra%C3%ABl-gaza.html



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C’est la Palestine [Vidéo


Palestine GIF           This Is Palestine suit le parcours du fondateur de Riverdance, John McColgan, à travers la Cisjordanie et Gaza alors qu’il explore l’impact du conflit en cours et de l’occupation militaire sur les populations qui y vivent. Le documentaire présente de puissantes entrevues avec des personnes qui ont perdu leur maison, leur terre et leurs familles à la suite du conflit. En plus de rencontrer des communautés menacées, M. McColgan a également passé du temps avec des militants pacifistes israéliens et palestiniens qui s’efforçaient de mettre un terme à ce conflit de longue date. « This is Palestine » a été coproduit par Tyrone Productions et Trócaire à l’occasion du 50ème anniversaire de l’occupation militaire de la Cisjordanie.

This Is Palestine’ follows the journey of Riverdance founder John McColgan through the West Bank and Gaza as he explores the impact of ongoing conflict and military occupation on the people who live there.

The documentary features powerful interviews with people who have lost their home, land and family members as a result of the conflict. As well as meeting communities under threat, McColgan also spent time with Israeli and Palestinian peace activists working to bring this long-standing conflict to an end.

‘This Is Palestine’ was co-produced by Tyrone Productions and Trócaire to mark the 50th anniversary of the military occupation of the West Bank.

This Is Palestinehttps://player.vimeo.com/video/221868603« >

Source: Trocaire on Vimeo.                                                                                                                                       http://arretsurinfo.ch/this-is-palestine-video/

Syrie – L’Etat islamique est vaincu et ce sera bientôt le tour des États-Unis


mccaine_decore_islamiste-51897-0de12                                              Photo : Salim Sellami                                                                                      

Publié le 9 décembre sous le titre: Syria – ISIS Is Defeated – The U.S. Is Next In Line

L’Etat islamique en Syrie et en Irak est officiellement vaincu. La résolution des Nations Unies qui a permis à d’autres pays de combattre l’EI en Syrie et en Irak est devenue caduque. Mais l’armée américaine veut, en dehors de toute base légale, poursuivre son occupation du nord-est de la Syrie. Elle n’y arrivera pas. Ses alliés kurdes de la région l’abandonnent déjà et préfèrent maintenant la protection russe. Des forces de guérilla pour combattre la « présence » américaine sont en formation. Le plan américain est à courte vue et stupide. Si les États-Unis s’entêtent à rester là, beaucoup de leurs soldats mourront.

Il y a deux jours, l’armée arabe syrienne a colmaté les dernières brèches sur la rive ouest de l’Euphrate. Après avoir combattu tout le long de la rivière depuis Alep vers l’est, la Force du Tigre a atteint Deir Ezzor qui avait déjà été libéré. Toutes les villes et villages qu’ils ont rencontrés en cours de route sont maintenant contrôlés par le gouvernement syrien. Les combattants islamiques restants ont été repoussés dans le désert où ils seront chassés et tués.

Carte via Southfront – Pour agrandir

Il y a deux jours, le président russe Vladimir Poutine a annoncé une « victoire complète » en Syrie:

« Il y a deux heures, le ministre (russe) de la défense m’a rapporté que les opérations sur les rives Est et Ouest de l’Euphrate se sont achevées par la déroute totale des terroristes », a déclaré Poutine.

« Naturellement, il pourrait encore y avoir des poches de résistance, mais dans l’ensemble, les opérations militaires à ce stade et sur ce territoire se sont terminées, je le répète, par la déroute totale des terroristes », a-t-il dit.

Aujourd’hui, le Premier ministre irakien Haider Abadi a annoncé la victoire et la « fin de la guerre » contre l’EI du côté irakien:

« Nos forces ont repris le contrôle total de la frontière irakienne et syrienne et j’annonce donc la fin de la guerre contre Daesh (EI), » a déclaré Abadi lors d’une conférence à Bagdad.

Au nord de l’Euphrate, les Forces démocratiques syriennes (FDS), les forces par procuration américaines, avaient récemment négocié un autre accord (42) avec les combattants islamiques restants. L’EI aurait donné le contrôle d’un poste frontière avec l’Iraq aux FDS et, en échange, aurait obtenu le droit de circuler librement dans les zones contrôlées par les FDS. Cet accord a fait suite à un accord antérieur aux termes duquel les États-Unis et le SDF avaient permis à 3 500 combattants de l’EI de fuir Raqqa pour aller combattre l’armée syrienne à Deir Ezzor. C’était une tentative des États-Unis pour retarder ou empêcher la victoire de la Syrie et de ses alliés. Elle a échoué.

Peu de temps après le nouveau cessez-le-feu proclamé entre les forces par procurations américaines des FDS et l’EI, des officiers russes ont rencontré des responsables des Unités de protection du peuple kurde (YPG), la force principale des FDS. Ces entretiens ont complètement changé la situation. Lors d’une conférence de presse commune, les Kurdes et les Russes se sont engagés à unir leurs efforts pour combattre l’EI à l’est de l’Euphrate. Il semble que les YPG ne soient plus convaincus que les États-Unis veuillent le combattre. Les Russes ont pris le commandement et les forces aériennes russes soutiennent depuis les YPG dans leur lutte contre l’EI dans le gouvernorat de Deir Ezzor sur la rive est du fleuve:

« Un état-major opérationnel conjoint a été créé dans la ville d’Es-Salhiya pour assurer le contrôle direct et organiser la coopération avec les milices populaires. Outre les conseillers russes, des représentants des tribus orientales de l’Euphrate y participent », a déclaré Poplavskiy, en ajoutant que dans les « prochains jours », tout le territoire à l’est de l’Euphrate River serait libéré des terroristes.

Selon Mahmoud Nuri, un représentant des YPG kurdes, la milice « s’est battue très efficacement contre l’EI sous le commandement russe » et les forces kurdes se sont également déclarées prêtes à assurer la sécurité des spécialistes militaires russes opérant sur la rive orientale de l’Euphrate.

Les États-Unis s’inquiètent vivement du fait que les Russes appuient soudain les forces américaines par procuration dans le nord-est de la Syrie. Les États-Unis veulent s’approprier la région. (Ils veulent probablement aussi protéger ce qui reste de l’EI pour le réutiliser au besoin. Les États-Unis prétendent que le soutien aérien russe aux Kurdes viole « l’espace aérien de la coalition ».

Les États-Unis qui n’ont jamais été invités en Syrie, prétendent maintenant y détenir un espace aérien? Les Russes, alliés au gouvernement syrien, ont été invités dans le ciel syrien. Tout le monde sait parfaitement bien qui a le droit de se trouver dans la région et qui ne l’a pas. Mais l’armée américaine a horreur de regarder en face ses propres abus autant que de se mesurer à un adversaire qui connait la musique :

Une fois, deux avions d’attaque A-10 de l’armée de l’air volant à l’est de la rivière Euphrate ont failli heurter de front un Su-24 Fencer russe se trouvant à seulement 300 pieds de distance – une distance infinitésimale quand on pense que tous les avions volent à plus de 350 milles à l’heure. Les A-10 firent une embardée pour éviter l’avion russe, qui aurait dû se trouver à l’ouest de l’Euphrate. […]

Depuis que les commandants américains et russes se sont mis d’accord le mois dernier pour voler sur des rives opposées d’un tronçon de 45 milles de l’Euphrate afin de prévenir les accidents dans le ciel de plus en plus encombré de l’est de la Syrie, les avions de guerre russes ont violé cet accord une demi-douzaine de fois par jour, selon les commandants américains. Selon eux, Moscou veut tester la détermination américaine, pousser les pilotes de l’armée de l’air à réagir imprudemment, et aider l’armée syrienne à consolider les acquis territoriaux avant les pourparlers diplomatiques pour mettre fin à la guerre de près de sept ans du pays.

L’EI a disparu. Rien ne justifie la création d’un « espace aérien de la coalition ». Où se trouve l’« accord » qui permet aux États-Unis d’occuper indéfiniment le nord-est de la Syrie, comme il affirme maintenant officiellement vouloir le faire?

Le Pentagone prévoit de maintenir indéfiniment des forces américaines en Syrie, même après la fin officielle de la guerre contre le groupe extrémiste islamiste, pour participer à ce qu’il appelle des opérations antiterroristes, ont déclaré des officiels.

Il y a environ 2 000 soldats américains en Syrie et un nombre indéterminé de personnel privé en soutien. Le mois dernier, l’armée américaine a retiré 400 marines de Syrie où les forces américaines sont entrées pour la première fois à l’automne 2016.

Plus tôt dans la semaine, des officiels ont dévoilé les plans d’un engagement à durée indéterminée, connu sous le nom de présence « conditionnelle ». […]

Le Pentagone a déclaré que ses forces armées cibleraient des parties de la Syrie qui ne sont pas entièrement gouvernées par le régime ni les forces rebelles. L’armée affirme qu’elle a le droit de rester là.

L’armée américaine se fait beaucoup de films sur la « légalité » et les « accords ». Nous avons déjà dit que sa « présence » en Syrie est manifestement illégale. La feuille de vigne fournie par la résolution 2249 des Nations Unies  pour combattre l’EI est en poussière. Poutine a suffisamment insisté sur la « déroute totale des terroristes » et la victoire « complète » pour qu’il n’y ait pas de doute là-dessus. Il n’y a absolument aucune raison pour que les États-Unis restent là. D’ailleurs ils n’y arriveront pas.

Le commandant des forces paramilitaires qui soutiennent le gouvernement syrien et irakien a envoyé une note aux États-Unis pour leur faire savoir que les forces américaines restantes en Syrie seront combattues:

Le commandant du corps des Gardiens de la révolution iranienne, le général de brigade Haj Qassem Soleimani, a envoyé un message verbal, via la Russie, au chef du commandant des forces américaines en Syrie, lui conseillant de retirer toutes les forces américaines jusqu’au dernier soldat « sinon les portes de l’enfer s’ouvriront ». 

« Voilà mon message au commandement militaire américain: lorsque la bataille contre l’EI (le groupe Etat islamique) prendra fin, aucun soldat américain ne sera plus toléré en Syrie. Je vous conseille de partir de vous-mêmes sinon vous y serez contraints par la force », a dit YPGà un officier russe. Soleimani a demandé au responsable russe de bien préciser les intentions iraniennes concernant les Etats-Unis: à savoir qu’ils seront considérés comme des forces d’occupation s’ils décidaient de rester dans le nord-est de la Syrie où Kurdes et tribus arabes vivent ensemble.

En 1983, les casernes militaires américaines et françaises de Beyrouth ont sauté après que leurs forces sont intervenues pour soutenir un des camps de la guerre civile libanaise. Plusieurs centaines de soldats sont morts. Après l’attaque, les États-Unis se sont retirés du Liban. Les soldats américains qui restent dans le nord-est de la Syrie peuvent maintenant s’attendre à subir le même sort.

Les États-Unis affirment qu’ils ont 2 000 soldats au nord-est de la Syrie. Ils avaient auparavant prétendu en avoir 500.  Ce nouveau nombre a été annoncé après le rapatriement de 400 marines et il est encore bien inférieur à la réalité:

Le chiffre mis à jour ne tient pas compte des effectifs des missions classifiées ni de certains membres du personnel des opérations spéciales, a indiqué M. Pahon.

Pendant des mois, les États-Unis ont prétendu n’avoir que 500 soldats dans la région. Ils ne faisaient même pas mention du personnel privé qui suit leurs troupes partout. Le nombre réel des Américains en Syrie devait être dix fois plus élevé que le nombre officiel. Le nouveau nombre officiel est « 2000 et quelque ».  Le nouveau nombre réel est probablement supérieur à 3 500, plus plusieurs milliers de personnel privé. Cette révélation confirme une fois de plus que l’armée américaine ment tout le temps.

Les « 2 000 et quelque »  qui restent maintenant auront besoin de dizaines de tonnes d’approvisionnements chaque jour et les États-Unis n’ont pas de ligne d’approvisionnement sécurisée vers le nord-est de la Syrie. C’est de l’arrogance et de la sottise que de vouloir maintenir les troupes sur place. Quelques guérilleros  pourront facilement empêcher les livraisons. Tous les camps que ces troupes occuperont seront la cible d’attaques extérieures et intérieures.

Les Kurdes des YPG sont déjà en train de sortir de leur coalition avec les États-Unis… Ils se lient maintenant d’amitié avec les Russes qui leur fournissent un soutien aérien là où les États-Unis veulent maintenir l’EI en vie. Combien de temps encore les soldats américains qui se trouvent dans les zones contrôlées par les YPG pourront-ils faire confiance à leurs « alliés »?

Le Pentagone dit que la présence en Syrie est « conditionnelle », mais il ne dit pas à quelles conditions il y mettrait fin. Le général Soleimani semble croire que si quelques centaines de sacs mortuaires étaient débarqués sur la base d’Andrews près de Washington, cela pourrait constituer une condition suffisante pour que les Américains s’en aillent.

La situation dans les autres parties de la Syrie n’a pratiquement pas changé. Les différents groupes Takfiri d’Idelb continuent à se massacrer les uns les autres. Les forces syriennes retarderont probablement les attaques qu’ils ont planifiées dans la région tant que leurs ennemis se dévoreront mutuellement. Mais dans un an, Idelb et le nord-est de la Syrie seront probablement de nouveau aux mains du gouvernement syrien.

Jérusalem et la mystique de l’élection


Al-Qods

Comme le montre la naïveté des commentaires sur la crise actuelle, on ne comprend pas les conflits du Proche-Orient si l’on oublie l’essentiel. Le sionisme n’est pas un mouvement d’émancipation juive, ni un nationalisme séculier classique. C’est un colonialisme fondé sur une mystique de l’élection. Lorsque Netanyahou est reçu au congrès américain, il parle du “peuple élu” et il invoque la “destinée manifeste”. En validant les prétentions israéliennes sur Jérusalem, Trump ne se contente pas de piétiner la loi internationale. Flattant le narcissisme israélien, il accrédite la mythologie fondatrice de l’Etat-colon.

On s’inquiète d’une confessionnalisation du conflit, mais on oublie que ce conflit est confessionnel depuis l’origine. Non pas du fait de la résistance arabe, mais du fait de l’entreprise sioniste. En fait, le mouvement auquel le sionisme ressemble le plus est le suprématisme blanc des Afrikaners. Dans les deux cas, ils se prennent pour le peuple élu, et la guerre coloniale vise à s’emparer de la “Terre promise”. L’Etat d’Israël, cet enfant chéri de la conscience laïque occidentale, est un implant colonial justifié par l’Ancien Testament.

Même s’ils ont raison, le déni de légitimité que les juifs orthodoxes opposent au sionisme est trompeur. Il faut lire les penseurs sionistes de l’ère pré-israélienne : le sionisme n’a pas trahi le judaïsme, il s’est simplement affranchi de sa passivité. Il substitue à l’attente du sauveur une action politique, mais cette action vise à prendre possession d’“Eretz Israël”, et non d’une lointaine contrée indifférente au récit biblique. Le sionisme moderne n’a pas laïcisé l’espérance messianique, il l’a détournée à son profit pour implanter au Proche-Orient un Etat occidental.

La conquête coloniale de la Palestine se fonde sur une mystique de l’élection, et cette mystique se nourrit d’une géographie du sacré. Interprétant la Thora comme un acte notarié, elle le brandit comme si un texte religieux pouvait fonder un droit opposable. Croyant occasionnel, Theodor Herzl avait bien compris la puissance symbolique de cette supercherie. “Si la revendication d’un coin de terre est légitime, disait-il, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs”. Quel Occidental contestera, si elle est bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine ?

Le sionisme repose sur une idée simple : la Thora tient lieu de titre de propriété, et cette propriété sera reconnue par un Occident pétri de culture biblique. Il faut reconnaître que ce tour de passe-passe a porté ses fruits. Loin d’être une nouveauté, le sionisme chrétien est constitutif du sionisme lui-même. L’idée du retour des exilés en Terre sainte fut une idée protestante avant d’être une idée juive, et le gouvernement britannique s’en fit l’ardent défenseur à l’apogée de l’Empire. Ce n’est pas un hasard si cette entreprise a fini par voir le jour avec la bénédiction d’une Grande-Bretagne férue d’Ancien Testament.

Malheureusement, ce n’est pas la première fois qu’une idée absurde exerce une force matérielle. Pour les sionistes, la cause est entendue : si le droit des juifs sur la terre d’Israël n’est pas négociable, c’est qu’il dérive de la transcendance. Combattre l’entreprise sioniste, c’est faire offense à Dieu, se rebeller contre sa volonté. Avant la proclamation unilatérale de l’Etat d’Israël, le grand rabbin de Palestine déclarait devant une commission internationale : “C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin”.

Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait en 2002 : “Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif”. On comprend pourquoi le sionisme, à l’appui de ses prétentions, n’invoque pas le droit international, mais la promesse de Yahvé à Abraham : “C’est à ta descendance que je donne ce pays, du fleuve d’Egypte au grand fleuve, le fleuve Euphrate” (Genèse, 15).

Cette mythologie a fait de Jérusalem le joyau de la promesse. La cité de David est l’écrin de la présence divine depuis que son successeur Salomon y bâtit le premier Temple. Espace de communication avec le divin, Jérusalem porte témoignage de la geste hébraïque. Le martyre subi lors de sa destruction en accentue la sacralité, en la déclinant sur le mode messianique. Dans la narration biblique, Jérusalem est le centre d’une histoire sainte. Le tour de force du sionisme est de l’avoir fait passer pour une histoire tout court.

Cette conversion de la narration biblique en narration historique, pourtant, est un véritable château de cartes. Israël s’est lancé à Jérusalem dans une quête obstinée des vestiges de sa grandeur passée. A coup d’excavations frénétiques, on a exhibé la moindre breloque comme si elle était la preuve d’une gloire ancestrale, et un tesson de poterie attestait le rayonnement immémorial du royaume hébraïque. Mais cette manie de fouiller le sous-sol palestinien à la recherche d’une gloire perdue a montré ses limites, et les archéologues israéliens ont fini par tirer un trait sur ces affabulations.

“Les fouilles entreprises à Jérusalem n’ont apporté aucune preuve de la grandeur de la cité à l’époque de David et de Salomon”. Mieux encore : “Quant aux édifices monumentaux attribués jadis à Salomon, les rapporter à d’autres rois paraît beaucoup plus raisonnable. Les implications d’un tel réexamen sont énormes. En effet, s’il n’y a pas eu de patriarches, ni d’Exode, ni de conquête de Canaan, ni de monarchie unifiée et prospère sous David et Salomon, devons-nous en conclure que l’Israël biblique tel que nous le décrivent les cinq livres de Moïse, les livres de Josué, des Juges et de Samuel, n’a jamais existé ?”

Ces citations ne sont pas tirées d’un brûlot antisioniste, mais du livre d’Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoiléeLes nouvelles révélations de l’archéologie, Bayard, 2002, p. 150. La mythologie sioniste avait maquillé le mythe en histoire pour les besoins de la cause. Cette histoire en carton-pâte est balayée par la recherche scientifique. La véritable histoire reprend ses droits, et la géographie du sacré sombre dans les sables mouvants. Mais peu importe. Avec de vieilles pierres en guise de témoins muets, les sionistes revendiquent obstinément la propriété d’une terre arrachée en 1948 à ses détenteurs légitimes.

Bruno Guigue | 10 décembre 2017

Source : Bruno Guigue                                                                                                                                                                                                                                                                                             http://arretsurinfo.ch/jerusalem-et-la-mystique-de-lelection 

 

Figaro et Gorafi


Deux titres. Deux programmes où le nom de l’un est l’anagramme de l’autre.

Les deux illustrent à juste titre, le drame de toute info : la difficulté de distinguer le vrai du faux.

On nous dit que le Figaro, c’est de l’info alors que Gorafi, ce n’est qu’une parodie. C’est vite dit… d’où notre souci!

Même si l’un est sérieux et l’autre facétieux. Ça reste litigieux. On n’est pas moins suspicieux.

Dans un cas, celui de Gorafi, les faits sont falsifiés, dans l’autre, celui du Figaro, les faits sont falsifiables… et dans les deux cas de figure, l’information n’est pas fiable!

Les âneries de l’un n’ont rien à envier aux inepties de l’autre.

La vérité du Figaro m’a toujours semblé invraisemblable.

Alors que la fausseté du Gorafi, je la trouve souvent vraisemblable…

Tout est question de vraisemblance. Dans un cas comme dans l’autre on s’efforce de faire coïncider la vision et la chose visée, la pensée et la réalité.

Le Figaro fait semblant d’y parvenir. Et Gorafi, semblant de faillir…

Un cake ou un fake, lequel est le plus indigeste des deux ?

Le cake qui déclare : ce n’est pas un fake. Ou le fake qui déclare : cela n’est pas un cake… c’est à nous de prendre nos distances avec leurs mistakes !

Des leurres plutôt que des erreurs…

Gorafi publie ceci :

Une femme Saoudienne a été condamnée parce qu’elle avait dans son véhicule un GPS avec une voix masculine.

Ce n’est peut être pas vrai, mais vraisemblable. C’est faux mais c’est une fausseté qui a un sens. Elle est sensée, autrement dit, instructive… mensonge révélateur… qui ne rapporte pas ce qui s’est réellement produit, mais porte sur un état d’esprit, sur un certain niveau de conscience et d’exigence.

Ça nous apprend davantage sur l’Arabie que ce que la presse officielle nous restitue.

Quelques temps auparavant, le Figaro publie un article en béton armé pour dire que la femme saoudienne est en passe de devenir libre puisqu’elle a désormais le droit d’avoir un permis de conduire…

Le Figaro nous informe en disant que là-bas ça s’ouvre… il ne se rend même pas compte du sens caché de ce qu’il raconte : à savoir que ça ne peut pas s’ouvrir… jamais… parce que là-bas, le fait de conduire une voiture n’est pas du tout un signe d’ouverture… ce n’est pas un progrès mais un recul, une régression qui consiste à prendre l’inessentiel pour l’essentiel…

L’important, là-bas ce n’est pas la manivelle, mais le ciel.

Conclusion :

Le Gorafi est plus instructif que le Figaro. Plus rigolo et moins ramolo!

Son mensonge est utile alors que la vérité du Figaro est débile… facile et docile puisqu’elle ne fait que reproduire la propagande saoudienne qui cherche à faire plaisir à ses alliés et complices d’hier et d’aujourd’hui!

https://www.lejournaldepersonne.com/2017/12/figaro-et-gorafi/

 

Le nettoyage ethnique de la Palestine – Ilan Pappe


A la fin de 1947, la Palestine compte près de 2 millions d’habitants : un tiers de Juifs, deux tiers d’Arabes. La résolution 181 des Nations unies décide sa partition en deux Etats : l’un doit être presque exclusivement peuplé d’Arabes ; dans l’autre, les Juifs seraient légèrement majoritaires.

Un an plus tard, c’est un Etat à très forte majorité juive, Israël, qui occupe 78 % de la Palestine. Plus de 500 villages ont été rasés, de nombreuses villes ont presque entièrement perdu leur population arabe. Et 800 000 Arabes palestiniens originaires des territoires qui font désormais partie d’Israël peuplent des camps de réfugiés hors de ses frontières.

A en croire l’historiographie israélienne traditionnelle, cette situation serait la résultante imprévisible, involontaire, des aléas d’un conflit armé : la « première guerre israélo-arabe ».

Mais Ilan Pappe en donne ici une explication bien différente. A l’aide de documents d’archives, de journaux personnels, de témoignages directs, il reconstitue en détail ce qui s’est vraiment passé à la fin de 1947 et en 1948, ville par ville, village par village. Apparaît alors une entreprise délibérée, systématique, d’expulsion et de destruction : un « nettoyage ethnique » de la Palestine.

En quelques mois, forts de leur supériorité militaire, de leur accord secret avec le roi de Jordanie, de la passivité complice des soldats britanniques et de l’impéritie de l’ONU, les dirigeants du mouvement sioniste ont organisé le « transfert », par la violence et l’intimidation, d’une population arabe plutôt pacifique, sans défense, abandonnée de tous.

A la veille du soixantième anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, ce livre passionnant vient rappeler que la résolution du problème des réfugiés doit être la pierre angulaire de toute tentative de paix dans la région.

Ilan Pappe est l’un des « nouveaux historiens » israéliens, connu pour sa critique des politiques d’Israël à l’égard des Palestiniens. Parmi ses ouvrages traduits en français : La Guerre de 1948 en Palestine. Aux origines du conflit israélo-arabe (La Fabrique, 2000), et Une terre pour deux peuples. Histoire de la Palestine moderne (Fayard, 2004).

Traduit de l’anglais par Paul Chemla. Fayard, 2008 396 p.
ISBN : 9782213633961
22 ?

dimanche 9 mars 2008 – 17h:44

Ilan Pappe – Fayard                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     http://www.info-palestine.eu/spip.php?article3950

 

Comment Israël a fait de la Palestine la plus grande prison du monde


Palestine-Auswitch-Gaza Photo  : Salim Sellami                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         Histoire de l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Gaza décrivant les techniques militaires utilisées pour contrôler la vie des Palestiniens.

Une interview d’Ilan Pappé par Mustafa Abu Sneineh

Publié le 24 novembre 2017 par Middle East Eye sous le titre How Israel turned Palestine into the biggest prison on earth

La guerre des Six jours de 1967 entre Israël et les armées arabes a entraîné l’occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Israël a fait passer cette guerre pour une guerre fortuite. Mais de nouveaux documents historiques et minutes d’archives montrent qu’Israël l’avait, au contraire, bien préparée.

En 1963, des personnalités de l’armée, des autorités judiciaires et civiles israéliennes ont participé à l’Université hébraïque de Jérusalem à l’étude d’un plan global de gestion des territoires qu’Israël allait occuper quatre ans plus tard et du million et demi de Palestiniens qui y vivaient. Ces recherches étaient motivées par l’échec d’Israël dans le traitement des Palestiniens de Gaza pendant sa courte occupation à l’occasion de la crise de Suez en 1956.

Interview Partie 1

En mai 1967, quelques semaines avant la guerre, les gouverneurs militaires israéliens ont reçu des instructions légales et militaires sur la façon de contrôler les villes et villages palestiniens pour continuer à transformer la Cisjordanie et la bande de Gaza en de gigantesques prisons sous contrôle et surveillance militaires.

Les colonies, les points de contrôle et les punitions collectives faisaient partie de ce plan, comme le montre l’historien israélien Ilan Pappé dans La plus grande prison sur terre: Une histoire des territoires occupés, une étude circonstanciée de l’occupation israélienne.

Publié à l’occasion du 50ème anniversaire de la guerre de 1967, le livre a été présélectionné pour le Palestine Book Awards 2017, un prix qui sera décerné par Middle East Monitor à Londres le 24 novembre. Middle East Eye a interrogé Pappé sur son livre et sur ce qu’il nous apprend.

Middle East Eye: Dans quelle mesure ce livre s’appuie-t-il sur votre livre précédent, Le nettoyage ethnique de la Palestine, qui portait sur la guerre de 1948?

Ilan Pappé: Ce livre est évidemment la suite de mon livre précédent, Le nettoyage ethnique, qui décrivait les événements de 1948. Je vois tout le projet sioniste comme une structure, pas seulement comme un événement unique. Une structure de colonisation par laquelle un mouvement de colons colonise un pays. Tant que la colonisation n’est pas absolue et que la population indigène résiste à travers un mouvement de libération nationale, chaque période que j’étudie n’est qu’une phase de la même structure.

La plus grande prison est un livre d’histoire, mais cette histoire n’est pas finie, nous sommes toujours dans le même chapitre historique. D’ailleurs, il y aura probablement un troisième livre sur les événements du 21ème siècle et la manière dont la même idéologie de nettoyage ethnique et de dépossession est mise en œuvre dans ce nouveau siècle et celle dont les Palestiniens s’y opposent.

MEE: Vous parlez du nettoyage ethnique qui a eu lieu en juin 1967. Qu’est-il arrivé aux Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza? En quoi était-ce différent du nettoyage ethnique de la guerre de 1948?

IP: En 1948, le projet était clairement d’expulser autant de Palestiniens que possible d’autant de Palestine que possible. Les colons croyaient pouvoir créer en Palestine un espace juif complètement débarrassé des Palestiniens. Ils ont presque atteint leur objectif, comme vous le savez. 80% des Palestiniens qui vivaient dans ce qui est devenu l’Etat d’Israël sont maintenant des réfugiés.

Comme je le montre dans le livre, il y avait des décideurs politiques israéliens qui pensaient que nous pourrions refaire en 1967 ce que nous avions fait en 1948. Mais la grande majorité d’entre eux savait que la guerre de six jours de 1967 était trop courte. De plus il y avait déjà la télévision, et il y avait déjà les réfugiés de 1948.

Donc, je pense que la stratégie choisie n’a pas été le nettoyage ethnique comme en 1948. Ils ont décidé de procéder à ce que j’appellerais un nettoyage ethnique progressif. Dans certains cas, ils ont expulsé des foules de gens comme à Jéricho, dans la vieille ville de Jérusalem et autour de Qalqilya. Mais, le plus souvent, ils ont enfermé les Palestiniens sur leur propre terre et sous la botte d’un strict régime militaire, dans l’idée qu’un siège serait aussi efficace que des expulsions.

De 1967 à aujourd’hui, il y a un nettoyage ethnique très lent qui s’étend sur une période de 50 ans, si lent que, parfois, il peut ne toucher qu’une seule personne en une seule journée. Mais si on regarde l’ensemble de la situation de 1967 à aujourd’hui, on voit qu’il y a des centaines de milliers de Palestiniens qui ne sont pas autorisés à retourner en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza.

MEE: Vous faites la différence entre deux techniques militaires utilisées par Israël : le modèle de prison ouverte en Cisjordanie et le modèle de prison à sécurité maximale dans la bande de Gaza. Comment définissez-vous ces deux modèles? Les termes que vous employez sont-ils les termes militaires officiels?

IP: J’utilise ces termes comme des métaphores pour expliquer les deux formes de la colonisation qu’Israël fait subir aux Palestiniens dans les territoires occupés. J’insiste pour utiliser ces termes parce que je pense que la solution à deux États correspond en fait au modèle de la prison ouverte.

Interview Partie 2

Les Israéliens contrôlent les territoires occupés directement ou indirectement, et ils évitent d’aller dans les villes et villages palestiniens densément peuplés. Ils ont morcelé la bande de Gaza en 2005 et ils continuent de morceler la Cisjordanie. Il y a une Cisjordanie juive, et une Cisjordanie palestinienne qui n’a plus de cohérence territoriale.

A Gaza, les Israéliens sont des gardiens de prison qui privent les Palestiniens de tout contact avec le monde extérieur mais qui n’interfèrent pas avec ce qu’ils font à l’intérieur.

La Cisjordanie est une sorte prison à ciel ouvert pour petits délinquants qui ont le droit de sortir pour travailler à l’extérieur. Et même si à l’intérieur il n’y a pas de graves sévices, cela n’en reste pas moins une prison. Le président palestinien Mahmoud Abbas lui-même, s’il veut passer de la zone B à la zone C, doit demander aux Israéliens de lui ouvrir la barrière. Et c’est pour moi tout un symbole que le président ne puisse pas se déplacer sans que le geôlier israélien ouvre sa cage.

Cet état de choses provoque, bien sûr, des réactions palestiniennes. Les Palestiniens ne sont pas passifs et ils n’acceptent pas la situation. Nous avons eu la première Intifada et la deuxième Intifada, et peut-être verrons-nous une troisième Intifada. Les Israéliens disent aux Palestiniens avec leur logique de gardiens de prison : si vous résistez, nous supprimerons tous vos privilèges, comme nous le faisons en prison. Vous ne pourrez pas travailler à l’extérieur. Vous ne pourrez pas vous déplacer librement et vous serez punis collectivement. Les gardiens de prison utilisent communément la punition collective comme représailles.

MEE: La communauté internationale condamne du bout des lèvres la construction ou l’expansion des colonies israéliennes dans les territoires occupés. Elle ne les considère pas comme une partie essentielle de la structure coloniale israélienne comme vous dans le livre. Comment les colonies israéliennes ont-elles commencé et leur fondement est-il rationnel ou religieux?

IP: Après 1967, il y avait deux cartes des colonies ou de la colonisation. Il y avait une carte stratégique conçue par la gauche en Israël. Et le père de cette carte était feu Yigal Allon, le principal stratège qui a travaillé avec Moshe Dayan en 1967 sur un plan de contrôle de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Leur objectif était stratégique, pas tellement idéologique, même si, dans leur esprit, la Cisjordanie appartenait à Israël.

Ils ne voulaient pas que les Juifs s’installent dans les zones arabes densément peuplées. Ils disaient que nous devions nous installer là où les Palestiniens ne sont pas trop nombreux. C’est pourquoi, ils ont commencé avec la vallée du Jourdain parce que dans la vallée du Jourdain il y a de petits villages mais le peuplement n’est pas aussi dense que dans d’autres parties de Palestine.

Mais ils ont rencontré un problème : au moment où ils dessinaient leur carte stratégique, un nouveau mouvement religieux messianique est né. Gush Emunim, ce mouvement religieux national juif, ne voulait pas s’inspirer de leur carte stratégique pour implanter des colonies. Ils voulaient suivre la carte biblique. Ils pensaient que dans la Bible on trouve le site exact des anciennes villes juives. Et selon la carte biblique, les Juifs devaient s’installer en plein milieu de Naplouse, Hébron et Bethléem, en plein milieu des plus importants lieux de vie palestiniens.

Au début, le gouvernement israélien a essayé de contrôler ce mouvement biblique pour qu’ils s’implantent de façon plus stratégique. Mais selon des journalistes israéliens, Shimon Peres, qui était ministre de la défense au début des années 70, a décidé d’autoriser les colonies bibliques. Les Palestiniens de Cisjordanie ont eu à subir l’implantation de deux sortes de colonies, les stratégiques et les bibliques.

La communauté internationale reconnaît que, selon le droit international, peu importe que ce soit une colonie stratégique ou biblique, elles sont toutes illégales.

Malheureusement, la communauté internationale de 1967 a accepté l’argument israélien selon laquelle « les colonies sont illégales mais temporaires, une fois la paix assurée, nous veillerons à ce que tout soit légal, mais tant que la paix n’est pas là, nous avons besoin des colonies parce que nous sommes toujours en guerre avec les Palestiniens. »

MEE: Vous dites que « occupation » n’est pas le terme juste pour décrire la réalité en Israël, en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Et dans Sur la Palestine, un entretien avec Noam Chomsky, vous critiquez le terme « Processus de paix ». Pourquoi ces termes ne sont-ils pas les bons?

IP: Je pense que le choix des mots est très important. La façon dont vous définissez une situation peut affecter votre capacité à la changer.

On a collé les mauvais mots sur la situation en Cisjordanie dans la bande de Gaza et à l’intérieur d’Israël. Le mot occupation implique normalement une situation temporaire.

La solution à l’occupation est la fin de l’occupation, l’armée d’invasion retourne dans son pays, mais ce n’est pas la situation en Cisjordanie ni en Israël ni dans la bande de Gaza. Le terme qui la décrit le mieux, à mon avis, est celui de colonisation, même si ce terme semble anachronique au XXIe siècle. Oui, Israël colonise la Palestine. Il a commencé à la coloniser à la fin du XIXe siècle et la colonise encore aujourd’hui.

Il y a un régime colonial qui implante des colonies et qui contrôle l’ensemble de la Palestine de différentes manières. Dans la bande de Gaza, il contrôle de l’extérieur. En Cisjordanie, le contrôle est différent selon les zones A, B et C. La politique est encore différente envers les Palestiniens vivant dans des camps de réfugiés qu’Israël ne laisse pas rentrer chez eux. Ne pas laisser les personnes expulsées revenir sur leurs terres est une autre façon de perpétuer la colonisation. Tout est lié, tout fait partie de la même idéologie.

Donc, je pense que les mots « processus de paix » et « occupation » donnent, quand on les met ensemble, l’impression fausse que la seule chose à faire pour avoir la paix entre Israël et la future Palestine, c’est de faire sortir l’armée israélienne de Cisjordanie et de la bande de Gaza.

Mais l’armée israélienne n’est pas dans la bande de Gaza ni dans la zone A. Elle est aussi très peu présente dans la zone B, où elle n’est pas nécessaire. Il n’y a pas pour autant de paix dans ces endroits-là. La situation y est même bien pire qu’avant les Accords d’Oslo de 1993.

Le soi-disant processus de paix a permis à Israël de poursuivre sa colonisation, mais cette fois avec le soutien international. Je suggère donc de parler de décolonisation, pas de paix. Je suggère de discuter d’un changement de la législation qui régit la vie des Israéliens et des Palestiniens.

Je pense qu’il faut parler d’un état d’apartheid. Il faut parler de nettoyage ethnique. Il faut trouver par quoi remplacer l’apartheid. Nous avons un bon modèle avec l’Afrique du Sud. Le seul moyen de remplacer l’apartheid est un système démocratique. Une personne, une voix, ou, au moins, un état bi-national. Je pense que c’est ce vocabulaire qu’il faut se mettre à utiliser, parce que si nous continuons à utiliser les anciens mots, nous continuerons à perdre notre temps et nos forces sans changer la réalité sur le terrain.

MEE: Qu’est qui va advenir de la domination militaire israélienne sur les Palestiniens? Va-t-il y avoir un mouvement de désobéissance civile comme celui de Jérusalem en juillet dernier?

IP: Je pense qu’il va y avoir de la désobéissance civile non seulement à Jérusalem mais dans toute la Palestine, et cela inclut les Palestiniens qui vivent en Israël. La société elle-même n’acceptera pas éternellement cette situation. Je ne sais pas quelle forme la désobéissance prendra. On ne sait ce qui peut arriver quand les autorités n’ont pas de stratégie claire et que les individus décident de mener leur propre guerre de libération.

Ce qui a été vraiment impressionnant à Jérusalem, c’est que personne ne croyait qu’une résistance populaire réussirait à forcer les Israéliens à annuler les mesures de sécurité qu’ils avaient mises en place à Haram al-Sharif. Je pense que cela peut être un modèle pour la future résistance. Une résistance populaire ponctuelle, pas partout à la fois mais partout où il faut.

La résistance populaire ne cesse jamais en Palestine, même si les médias n’en parlent pas. Les habitants manifestent contre le mur de l’apartheid, ils manifestent contre l’expropriation des terres, ils font des grèves de la faim parce qu’ils sont prisonniers politiques. Le petit peuple se bat obstinément. Les élites palestiniennes, elles, attendent de voir venir.

Traduction Dominique Muselet

Source: Chronique de Palestine

Traduit en espagnol par Bea Morales Rebelion.org

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