De la mécanique des fluides et du boulon BENGHEBRIT


Réponse à monsieur Kamel Daoud

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De la chronique, du billet, du commentaire, jusqu’au cœur de la pure fiction, une plume est belle quand elle est bien informée !
A défaut de l’être, elle affiche la laideur de l’obscurantisme qu’elle est censée aveugler de lumière ; elle n’est plus que ce caillou qui ricoche dans une nuit d’encre, sur une mer de sang d’encre pour couler, lourd, lourd… Si au moins c’était de sens !

« Un journal islamiste soutient les enseignants grévistes et se fait discret sur la grève des Résidents. Le but est de déboulonner Benghebrit, pas d’assurer un système de santé équitable et efficace pour l’Algérie… »
Signé Kamel Daoud… Et à cet écrivain chroniqueur aux heures assidument perdues de se mêler les pattes, dans un effet d’annonce plus médiocre que ceux officiels qui nous font rire à force de chialer sur la misère de nous autres algériens.

Un journal islamiste, lequel ? Il y en a tant… Un journal islamiste à qui il est reproché de ne pouvoir jouer dans le surréalisme, dans l’absurde puisqu’incapable de viser les buts d’un système de santé équitable alors qu’il tire son penalty sur les boulons de Benghebrit ?…
On n’aura jamais autant exigé d’une feuille de chou qui plus est, islamiste…

De but en blanc, on assigne un but avoué, inavouable à l’autre car il s’agit bien d’altérité…

Par le caprice d’une encre qui n’est fluide qu’au gré de la mécanique d’une plume que l’on ose suffisante, Daoud joue au mécanicien qui s’inquiète du filetage d’un boulon officiellement sociétal, vital, tout en serrant la vis aux islamistes qui foisonnent dans le taraudage graisseux de ses lubies.
Ainsi, le gréviste résident serait l’autre, albinos, du gréviste enseignant… ?
Ainsi, l’idée fixe califale serait l’autre (impardonnable vision d’avenir) face à l’obsession d’une vision   statique, puisque bien établie dans un angélique statuquo et consacrée moderne, modernisatrice par l’idée simpliste de quelqu’islamophobie… ?
En somme, une conception du monde bien daoudienne où crier au viol risqué est un réel bonheur qui néantise le viol en cours !

Maintenant, allons voir, de l’œil illuminé des grandes cités, en voyeurs accomplis, ce qui se passe dans les « vastes ruralités »…
Le bon vieil enseignant républicain serait poussé vers la sortie par son homologue barbu et non par le système, médiocre en soi, foncièrement perverti qui obère tous les avenirs !… Si je n’étais pas, ici présent, dans ces vastes trous perdus de ruralité, je le croirais presque comme je prêterais crédit à cet imaginaire terrorisme immatériel qui fait ses massacres jusque par l’infanticide avant conception… Une belle page de dystopie, bourrée de cauchemars, digne de mille Goncourt !

Réveillez-vous, Kamel Daoud !
Réveillez-vous donc, les mauvais rêves qui vous font un savoureux fonds de commerce sont loin d’égaler le cauchemar que les algériens de tous bords vivent les yeux grand-ouverts, par le fait d’un système de pouvoir qui ne s’imagine plus qu’en ploutocratie absolue et tend à en finir avec les droits bien relatifs que vos compatriotes comptent encore à leur actif !
C’est bien ce régime corrompu, dans tous les sens du terme, que vous soutenez en soutenant madame la Ministre qui n’est après tout qu’un rouage de ce fumeux Système !

Libre à lui, me diraient certains…
Certes, vous êtes bien libre là où vous vous trouvez, mais de grâce, informez-vous convenablement, dans votre rôle de chroniqueur invétéré… Vous verrez que vous poussez bêtement vers l’idéologisation d’une action fondamentalement syndicale…
Sachez, une fois pour toutes que les enseignants, leur écrasante majorité, se foutent de déboulonner Benghebrit.
Cela n’est pas dans leurs revendications qui  sont par ailleurs non politiques puisque syndicales. Vous m’opposeriez quelques slogans ? Oui, mais un slogan a le creux que n’ont pas les revendications expressément consignées sur papier et que ne peuvent avoir les promesses officielles jamais tenues !!!!

Informez-vous bon sang !
Vous vous rendez coupable, par l’idée, des mêmes insanités que celles verbales que vous reprochez, par une généralisation crétine, à la « génération Benbouzid » !

Si les choses continuent comme cela, l’histoire locale retiendra qu’un Kamel Daoud, géant à la plume d’argile aura contribué à enterrer le droit de grève dans un pays où les populations, notamment actives, n’ont plus que ça pour survivre à la mondialisation « à l’algérienne » !

Et« pour ce qu’elle représente » concluez-vous ? 
Le mal est autant à ce niveau qu’à celui de vos représentations du monde, monnayables à merci, et où, l’élève, le collégien, le lycéen, le réel avenir de l’Algérie sont affreusement absents.

https://www.facebook.com/kamel.daoud.509?hc_location=ufi

Azeddine Alloun.

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لماذا ينتشر المذهب المالكي في الجزائر و شمال افريقيا ؟ …. ابن خلدون يجيب ..


tribus Algeriennes

لماذا ينتشر المذهب المالكي بكثرة في الجزائر و شمال افريقيا ؟ ….
لماذا السعودية حنابلة ، والسوريين والمصريين حنفيين ، بينما الجزائريين مالكية؟
يجيبنا العلامة ابن خلدون

يرى ابن خلدون أن انتشار المذهب المالكي في دول المغرب راجع لسببين وهما:
(الأول) جغرافي، لأن المغاربة (بما فيهم الجزائريين)
كانوا دوما مرتبطين بالحجاز(منطقة في السعودية)

(الثاني) اجتماعي ويرجع  » لبداوة  » سكان شمال افريقيا 
( أي أنهم كانوا بدوا منذ القدم لم تترسخ فيهم الحضارة )

في مقدمته في الفصل السابع من الباب السادس يقول :

« وأما مالك رحمه الله فاختص بمذهبه أهل المغرب (شمال افريقيا) والأندلس، وإن كان يوجد في غيرهم إلا أنهم لم يقلدوا غيره إلا في القليل، بما أن رحلتهم كانت غالبا إلى الحجاز وهو منتهى سفرهم، والمدينة يومئذ دار علم ومنها خرج إلى العراق، ولم يكن العراق في طريقهم فاقتصروا على الأخذ من علماء المدينة وشيخهم وإمامهم مالك وشيوخه من قبله، ولتلاميذه من بعده فرجع إليه أهل…

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Mainmise du prince héritier saoudien Ben Salman sur les médias arabes DE MBC À « AL-HAYAT »


L’arrestation de plusieurs centaines de membres de la famille royale et de l’élite économique saoudiennes n’a pas eu seulement pour conséquence de renforcer le pouvoir politique du prince héritier Mohamed Ben Salman. Elle a marqué une étape dans sa mainmise sur les médias arabes, notamment au Liban.

mbc

La libération du prince Walid Al-Ibrahim, l’un des princes saoudiens accusés de corruption et détenus à l’hôtel Ritz-Carlton de Riyad, ne dissipe pas l’atmosphère de forte inquiétude qui règne dans les couloirs de MBC. Les chaînes de ce groupe sont les plus diffusées du monde arabe, et son actionnaire principal n’est — ou n’était — autre que le milliardaire libéré après deux mois de détention, sans qu’on sache rien des détails de l’accord ayant conduit à cette libération. Dans les médias saoudiens de MBC et dans le journal Al Hayat, ainsi que dans un certain nombre d’organes de presse libanais financés par le marché golfien de l’information, les employés se préparent à des changements qui incluront très probablement des licenciements à la mode du Golfe, assortis d’indemnisations symboliques dans le meilleur des cas. Cette crise vient s’ajouter à celle du financement des journaux et des télévisions dans le monde arabe qui commençait, juste avant les récents évènements en Arabie saoudite, à prendre un tour catastrophique aux accents de fin d’époque. S’y révèle l’ampleur de l’emprise des capitaux golfiens et plus généralement pétroliers sur l’essentiel des médias de la région, qui avait atteint son apogée dans les années 1990.

L’affaire est désormais tranchée : Al-Hayat, le plus important des journaux saoudiens, déménagera à Dubaï sans la majorité de ses employés, qu’ils soient au Liban ou à Londres où se situait son siège principal1. La nouvelle, qui circule depuis plusieurs semaines, a aggravé l’inquiétude du personnel arabe d’autres médias saoudiens. Il semble en effet que le royaume, qui amorce sa phase post-pétrolière, projette de licencier l’essentiel de ses « effectifs étrangers » pour les remplacer par des « citoyens du Golfe ». Ces craintes concernent aussi une partie de la presse libanaise qui connaît depuis l’effondrement du cours du pétrole des difficultés économiques menaçant son existence même.

L’OBJECTIF DE LA « SAOUDISATION »

La libération du propriétaire de MBC — si tant est qu’il possède toujours le groupe — n’a donc pas apaisé les employés qui ont été et demeurent exposés à diverses analyses et rumeurs qui se répandent alors que le sort de la chaîne ne fait l’objet d’aucune information certaine. Ils indiquent toujours recevoir leurs salaires de manière régulière. Sous couvert d’anonymat, l’un d’eux explique : « Il ne faut pas croire ce qu’on pourrait vous raconter : personne ne dispose de la moindre information sûre. » Mais les observateurs de la scène médiatique saoudienne, et de MBC en particulier, remarquent la forte tendance au remplacement du personnel non Golfiens par des employés locaux. Le prince Al-Walid Al-Ibrahim leur servait jusque-là de protecteur et d’intermédiaire auprès des représentants de la cour royale qui, conformément à la loi saoudienne, sont présents dans tous les médias du pays.

Cette politique de sélection et de discrimination conduit parfois à favoriser les artistes du Golfe au détriment des autres, et à choisir les premiers parmi ceux qui ont fait allégeance au prince héritier Mohamed Ben Salman. Les programmes non artistiques connaissent également un changement de style notable, mettant de plus en plus en valeur ce qu’il est convenu de nommer la « saoudisation » et la promotion du « sentiment patriotique », dans des émissions qui insistent sur la nécessité de renforcer la confiance en soi d’une nation qu’on entend souder autour des guerres lancées par le prince héritier. D’autre part, le citoyen saoudien et les affaires intérieures, voire locales se voient accorder la priorité absolue dans un discours qui oscille entre la pure propagande et une approche extrêmement prudente de la situation sociale. Tout ceci donne des programmes qui ne susciteront assurément pas tant l’intérêt du public arabe — comme prétendait le faire MBC, la « première chaîne arabe » à en croire son slogan — que celui du seul public saoudien.

On assiste en bref à une phase de repli sur le local qui semble n’être que l’application d’un plan de transition post-pétrolière, précipité par les prévisions budgétaires saoudiennes. Selon le journal britannique The Guardian, elles affichent en 2017 un déficit de 79 milliards de dollars, aggravé par la poursuite de la guerre de Mohamed Ben Salman contre le Yémen. L’obtention du feu vert du président américain Donald Trump, dans ce dernier dossier, a constitué une dépense coûteuse.

L’ARTICLE DU « FINANCIAL TIMES »

En l’absence de déclarations de Walid Al-Ibrahimdepuis sa libération conditionnelle au sujet de l’arrangement qui lui a permis d’être libéré, les rédactions débattent d’un article du journal britannique The Financial Times, paru le vendredi 26 janvier, selon lequel « Ben Salman, qui n’a jamais caché son intérêt pour MBC, est en négociation avec le prince Walid depuis deux ans. Ce dernier a cependant refusé l’offre proposée par les représentants du prince, et dont le montant est estimé entre 2 et 2,5 milliards de dollars, estimant quant à lui autour de 3,5 milliards de dollars la valeur de la société, dans la mesure où elle concentre la moitié du marché publicitaire de la région. »L’article note également que « les responsables saoudiens ont demandé au prince Walid de renoncer à ses parts dans la société en échange de sa mise en liberté. » Le correspondant du Financial Times à Dubaï Simeon Kerr précise que « l’une des offres faites au prince Walid au cours des négociations est son maintien dans l’administration de la chaîne une fois que Ben Salman ou l’État saoudien en auraient entièrement pris le contrôle. Il aurait alors à traiter avec un conseil d’administration comprenant des responsables proches des nouveaux propriétaires. »

Le journal saoudien Al-Madina avait quant à lui indiqué que Ben Salman avait fait le choix de son ami d’enfance Badr Ben Abdallah Ben Mohamed Al-Farhane Al-Saoud pour diriger la chaîne, avant de retirer l’article quelques heures après sa publication. L’information a ensuite été démentie officiellement. Les employés de la chaîne ont également nié avoir remarqué des changements dans ce sens dans leur rédaction. Plusieurs sources s’accordaient pourtant à dire que le prince Badr prendrait ses fonctions dans la chaîne au cours du mois de février.

LICENCIEMENTS DE MASSE

Quant à Al-Hayat, propriété du prince Khaled Ben Sultan Al-Saoud, considéré comme un proche du prince héritier, il semble que la crise qu’il traverse depuis le début de la dernière crise pétrolière se soit aggravée, le réduisant à fermer ses bureaux principaux à Londres ainsi qu’à Beyrouth, ville considérée comme la capitale de la presse arabe. L’administration du journal a annoncé à ses employés des deux capitales qu’ils seraient, à l’exception d’un petit nombre d’entre eux, licenciés en juin prochain au motif du déménagement du journal à Dubaï pour raisons financières. La même administration a indiqué aux autorités compétentes au Liban que les raisons de ces licenciements étaient purement économiques, ce qui impliquerait qu’aucun dédommagement, même symbolique, ne serait versé aux personnes licenciées, selon des sources travaillant pour le journal.

Quelles que soient les différentes causes des plans de licenciement, ces évènements révèlent la profonde crise financière que traverse le royaume, longtemps détenteur d’un contrôle direct sur les éditoriaux des journaux et les bulletins d’information au Liban et dans d’autres pays du monde arabe. Pour ce faire, l’Arabie saoudite passait tantôt par le financement direct de titres, tantôt par le biais du marché des médias (et notamment du groupe Choueiri, menacé d’exclusion de la scène médiatique golfienne suite à des accusations de corruption), ou encore par le contrôle gouvernemental direct, récemment illustré par la confiscation par Ben Salman de la chaîne Al-Arabiya, qui était la propriété du prince Walid, en plus du journal Al-Sharq Al-Awsaten 2016. Cette crise révèle le secret de polichinelle qu’était l’ampleur du financement saoudien des médias arabes en général et libanais en particulier. Elle montre aussi qu’il pâtit, depuis la chute de certains régimes arabes (Libye, Irak…) et l’effondrement du cours du pétrole, d’un manque de ressources à allouer tant au financement direct qu’à la publicité.

LES « ARRANGEMENTS » D’AL-WALID BEN TALAL

Le prince Al-Walid ben Talal, patron du groupe Rotana (mais dont l’administration est désormais dirigée par Turki Al-Chaykh, imposé par Ben Salman), avait pour sa part licencié en 2009 tous ses employés libanais, soit environ 400 personnes travaillant pour la chaîne LBC Sat. Le prince Walid était copropriétaire de cette chaîne avec Pierre El-Daher, qui dirigeait le conseil d’administration du groupe LBC via sa société PAC. Les licenciements étaient intervenus à la suite d’un différend entre les deux associés à propos d’un contrat concernant le contrôle des programmes des chaînes du bouquet. LBC Sat a ainsi cessé d’émettre et cette interruption d’activité a causé une perte de plusieurs millions de dollars, l’émir refusait cependant de payer la moindre indemnisation aux employés licenciés. Ceci a entraîné la réquisition des studios du groupe, situés au nord de Beyrouth, par le prince Walid, que les employés licenciés ont poursuivi en justice. La justice française a ordonné, en 2015, la restitution à Pierre El-Daher des chaînes confisquées par Al-Walid, tandis que le procès des licenciements reste à ce jour en instance devant les tribunaux libanais.

Il est peu probable que ces employés reçoivent un jour le moindre sou après l’arrangement ayant permis à l’émir — qui est par sa mère le petit-fils de feu le premier ministre libanais Riad Al Solh — de sortir de la prison dorée où il avait été placé en résidence forcée à Riyad. Lors d’un entretien avec l’agence Reuters qui ressemblait à s’y méprendre au discours de démission prononcé depuis Riyad par le premier ministre libanais Saad Al-Hariri en novembre dernier, le prince a nié avoir renoncé à aucun de ses biens, arguant que « l’arrangement n’était pas de nature financière. » Le journal libanais Al-Akhbar citait toutefois le 29 janvier dernier une source officielle saoudienne en ces termes : « Le procureur général d’Arabie saoudite a donné son accord aujourd’hui — 27 janvier 2018 — à l’accord établi avec le prince Al-Walid Ben Talal. » Cette source ajoute que « ces accords n’existent qu’en cas d’infraction, et ne peuvent être conclus que si l’accusé reconnaît les faits par écrit et s’engage à ne pas récidiver. »

LE MARCHÉ LIBANAIS DE LA PUBLICITÉ

Du point de vue libanais, la question prioritaire est celle du contrat d’exclusivité signé entre le groupe MBC et l’entreprise publicitaire libanaise Choueiri Group de feu Antoine Choueiri, qui demeure l’un des symboles de la période d’intense partenariat économique et commercial entre le Liban et le Golfe. Dans le domaine publicitaire, Al-Akhbar parle de « l’objectif de la direction saoudienne, qui est de rompre son contrat de services avec Choueiri Group et de ne pas renouveler automatiquement le contrat qui s’achève en février prochain ». L’affaire garde cependant quelque chose d’obscur. La transparence n’est pas le fait de ce genre de groupe, ni de l’information saoudienne. La réticence à faire des déclarations est généralisée, par crainte de perdre son poste ou de représailles venues des troupes du prince héritier, implacables quand il s’agit de « fidélité à Son Altesse » Ben Salman.

La société Choueiri est notoirement l’un des acteurs les plus importants du secteur en Arabie saoudite et a contrôlé pendant plus de trois décennies une part importante du marché dans le Golfe, MBC compris, grâce aux liens étroits qui unissaient son fondateur aux princes de la famille régnante. Comme l’indique Al-Akhbar dans ce même article, se référant à des sources saoudiennes fiables, les problèmes qu’y rencontre la société « l’exposent à une inculpation pour dissimulation de fonds, que le prince Walid a été accusé d’effacer des comptes de MBC ces dernières années. » Ces ambiguïtés ont conduit l’actuel directeur du groupe, Pierre Choueiri, à s’abstenir de se rendre à Riyad depuis l’arrestation de Walid, à rechercher activement auprès des autorités d’Abou Dhabi, réputées proches du prince héritier saoudien, un accord d’immunité l’empêchant d’être inquiété pour ses activités aux Émirats arabes unis, tout en acceptant de répondre aux demandes du gouvernement saoudien dans leurs investigations sur les entreprises et les hommes d’affaires dont le nom est cité dans l’enquête en cours sur les détenus du Ritz-Carlton.

En l’absence d’informations attestées, le milieu publicitaire fourmille de rumeurs au sujet des dizaines de millions de dollars qu’aurait perçus le groupe Choueiri en échange de la promotion des émissions de MBC. On évoque aussi l’implication de la branche libanaise de la société de sondages et de statistiques française IPSOS, active dans le Golfe. A ce sujet, « des rumeurs persistantes prétendent que la véritable propriétaire de cette société est la famille Choueiri, qui l’a toujours utilisée pour présenter les résultats d’enquêtes statistiques les aidant à gagner des parts de marché qu’ils réservaient aux médias collaborant avec le groupe Choueri au Liban et dans le Golfe. » Les activités d’IPSOS à Beyrouth et dans le Golfe ont été, depuis des années, l’objet de nombreuses polémiques à la suite d’études contestables consacrées sur les médias libanais.

En cas de chute de la société Choueiri, il est vraisemblable que certains médias comme la Lebanese Broadcasting Corporation International (LBCI) ou le journal Al-Nahar aient à essuyer de graves revers. En effet, Antoine Choueiri alimentait des journaux et des télévisions à Beyrouth en utilisant une partie de ses bénéfices saoudiens et golfiens. Cette pratique lui donnait un vaste contrôle de la scène médiatique libanaise, où il pouvait faire et défaire les destinées et où il mettait au premier plan ses organes de presse préférés sans même faire aux autres la faveur de les laisser disparaître complètement.

Il ressort des évènements d’Arabie saoudite et de ses diverses péripéties que la spéculation sur les destins est ouverte aux risques en tous genres. Une seule chose est sûre : les milliers de travailleurs des médias libanais et arabes qui dépendaient totalement ou partiellement du financement du Golfe se dirigeront petit à petit vers un « marché du chômage » déjà saturé suite à la fermeture successive de multiples journaux et de télévisions libanaises. Dans le même temps, les lecteurs finançant une presse libre à l’abri de la domination des professionnels de l’industrie médiatique se font de plus en plus rares…

1Le personnel a d’ailleurs décidé de porter plainte au Liban contre la direction pour licenciement abusif.                                                                                                                                                                                                                                                                                                  https://orientxxi.info/magazine/mainmise-du-prince-heritier-saoudien-ben-salman-sur-les-medias-arabes,2272

Palestine-Israël : limites éthiques et politiques du combat nationaliste « LE DROIT D’AVOIR DES DROITS »


À l’occasion du centième anniversaire de la déclaration Balfour, Leila Farksakh réexamine l’histoire de la lutte palestinienne pour l’autodétermination et son rapport avec la présence juive. Elle avance, pour l’étape actuelle, des solutions originales qui permettent à la fois de dépasser les limites éthiques et politiques du combat nationaliste et de créer un État où serait garanti, selon la formule de Hannah Arendt, « le droit d’avoir des droits ».

fresque

La mort du projet d’État palestinien plonge le mouvement national palestinien dans une crise existentielle majeure, sans précédent depuis 1967. Dans « The ‘rights to have rights’. Partition and Palestinian Self-Determination »1, Leila Farsakh réexamine la lutte palestinienne pour l’autodétermination. Elle estime qu’une solution viable fondée sur deux États n’a jamais été véritablement possible et que seule une solution à un seul État pourrait empêcher l’effacement des Palestiniens. Encore faut-il définir la nature de cet État.

Des universitaires et des militants exercent une pression croissante sur les dirigeants palestiniens pour les forcer à redéfinir leur projet de libération politique et à le renouveler sous le paradigme des droits. Chercheurs et activistes soutiennent qu’un État démocratique ou binational est supérieur, ou plus légitime que tout autre modèle parce qu’il permet de revigorer le concept de souveraineté populaire, lié aux droits des premiers habitants du territoire. Selon eux, un État unique, démocratique ou binational serait mieux placé pour garantir la réalisation des droits des Palestiniens, tant politiques que civils, car il reconnaîtrait et protègerait le droit au retour, conformément à la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies, ouvrant la voie au retour de plus de six millions de réfugiés palestiniens. En outre, cette option engloberait tous les Palestiniens, y compris ceux de la diaspora et d’Israël, plutôt que de privilégier les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. Pour Omar Barghouti, un État démocratique unitaire offrirait une forme de justice relativement acceptable, car il permettrait aux victimes palestiniennes de vivre sur un pied d’égalité avec les responsables de leur malheur, malgré toutes les injustices du passé2.

Toutefois les tentatives de définir la forme constitutionnelle et institutionnelle de cet État unique sont restées vagues. Parmi ceux qui cherchent à recadrer la lutte palestinienne dans un paradigme des droits, on entend d’un côté des échos de la position de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1971 en faveur d’un État démocratique. La renaissance de cette option de l’État unique lui confère une source palestinienne de légitimité. Mais les partisans d’un État démocratique libéral ne s’attaquent pas au risque d’un régime majoritaire pour les minorités et ne reconnaissent pas non plus les droits collectifs des juifs en Palestine. Ils considèrent l’autodétermination comme un droit individuel — et non collectif3 — et supposent qu’un tel État sera arabe. Ils ne parviennent donc pas à déterminer comment les juifs israéliens pourraient faire partie d’un tel État sans perdre leur identité collective.

RECONNAISSANCE MUTUELLE DES DROITS NATIONAUX

Il y a d’un autre côté les partisans d’une option démocratique binationale. Ils reconnaissent aujourd’hui la revendication identitaire et les droits collectifs à l’autodétermination des Palestiniens comme des juifs israéliens. Leur position reprend des éléments du rapport minoritaire du Comité spécial des Nations unies sur la Palestine (United Nations Special Committee On Palestine, Unscop)4, car ils appellent à des mécanismes de partage du pouvoir tels que la décentralisation des autorités, des structures étatiques fédérales et la représentation proportionnelle dans divers cadres institutionnels. Ils considèrent l’option binationale comme la plus à même de s’adapter à la réalité actuelle et de protéger les droits des réfugiés, qu’ils soient palestiniens ou juifs, ainsi que les droits collectifs des autochtones, qu’ils soient palestiniens ou israéliens.

On trouve les principaux avocats d’une telle solution parmi les citoyens palestiniens d’Israël (NDT. Appelés également « Arabes israéliens ».). Azmi Bishara dans les années 1990, le Parti israélien Balad, la Déclaration d’Haïfa de 2007 et la Liste arabe commune élue à la Knesset en 2015 ont tous mené des initiatives appelant Israël à devenir un État de tous ses citoyens, et donc à ne pas donner aux droits collectifs juifs la priorité sur les droits collectifs palestiniens. La capacité des Palestiniens d’Israël à mener la revendication de la solution à un seul État et à influencer le mouvement national palestinien reste toutefois limitée. Leur influence, tout comme celle de tous les autres partisans palestiniens de la solution d’un État unique dépendra de leur capacité à convaincre les dirigeants palestiniens que l’abandon du projet d’État-nation n’est pas l’abandon des droits palestiniens, mais plutôt la seule façon de les réaliser5.

Le défi est d’autant plus grand que la solution à deux États bénéficie toujours du soutien de la communauté internationale, alors même que cette dernière a échoué à arrêter l’expansion coloniale israélienne, et qu’il n’existe pas de mouvement israélien désireux de coopérer avec les Palestiniens pour créer une alternative démocratique. Aujourd’hui, il peut être très risqué de demander une solution à un État sans traiter des droits individuels et collectifs de tous ceux qui vivent en Israël/Palestine, car les défenseurs de la solution à un État au sein de la droite israélienne insistent pour qu’Israël soit reconnu comme un État juif et démocratique.

Bien que de nombreux députés Likoud et représentants du mouvement des colons aient exprimé leur volonté d’accepter les droits humains et les droits individuels des Palestiniens, ils ne leur reconnaîtront pas de droits nationaux, car ils estiment qu’« entre la mer et le Jourdain il y a place pour un seul État, un État juif ». À cet égard, la droite israélienne n’est pas très différente des défenseurs palestiniens de l’État démocratique formule 1971 ; tous deux reconnaissent que l’ennemi existe et qu’il a des droits politiques individuels, mais dans un cadre national unique. Pour la droite israélienne, la nationalité de cet État doit être israélienne, à la fois pour des raisons de realpolitik et en vertu de ce qu’elle considère comme un impératif moral, l’État démocratique juif offrant la seule garantie contre un nouvel holocauste, ou la réponse au caractère exceptionnel du problème juif. Les défenseurs palestiniens de l’État unique et leurs partisans doivent déconstruire et discuter ces arguments sionistes, plutôt que de les rejeter simplement comme paranoïaques et/ou prétexte d’un projet impérialiste.

UN ÉTAT AU-DESSUS DES NATIONS

Après cinquante ans d’une occupation quasi permanente des terres palestiniennes, la nécessité s’impose d’un État qui affirme le droit des peuples à avoir des droits. Pourtant, les cinquante dernières années ont également montré que l’État doit être supérieur à la nation plutôt que de lui être soumis. Ces cinquante ans d’occupation démontrent clairement qu’aucune solution n’est possible si elle ne s’attaque pas aux causes profondes du conflit israélo-palestinien, à savoir l’iniquité engendrée par la Déclaration Balfour de 1917, l’injustice de la Nakba et le droit au retour des réfugiés. Pour paraphraser Hannah Arendt, pour aller de l’avant, il faudrait définir une organisation humaine qui ne serait pas un État ethnique, mais une organisation guidée par des principes de justice dans laquelle les « droits mutuellement égaux » de tous seraient reconnus et protégés.

Le défi est de parvenir à un tel résultat dans le contexte des graves inégalités de pouvoir et de l’absence de volonté de vivre ensemble des Israéliens et des Palestiniens. La communauté internationale a indubitablement un rôle à jouer en obligeant Israël à tenir compte des prescriptions du droit international : arrêt de l’expansion des colonies de peuplement, retrait des territoires occupés pendant la guerre de 1967, conformément à la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies, ou encore application du droit au retour conformément à la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies. De tels résultats pourraient être obtenus par la persuasion, comme le préconisent les États-Unis, ou par des sanctions comme le demande le mouvement Boycott-désinvestissement-sanctions (BDS) et ses partisans dans le monde entier.

Toutefois, cette pression ne suffirait pas à elle seule. Les Israéliens et les Palestiniens devraient s’attaquer aux limites éthiques et politiques de leur combat nationaliste, et s’atteler à deux tâches difficiles : premièrement, accepter « l’autre » comme égal en droits et en responsabilités, ce qui signifie que chacun devrait reconnaître la tragédie nationale de l’autre peuple, sans que l’une devienne un objet en soi, au détriment de l’autre ; deuxièmement, faire face à l’histoire et au destin communs des juifs israéliens et des Palestiniens. Les Israéliens qui veulent sortir de l’impasse actuelle devront prendre en considération « la question arabe », ce qui impliquerait d’assumer la responsabilité de la Nakba, plutôt que de lui trouver diverses excuses. De même, Israël devra réexaminer sa prétention irréalisable à être un « État juif et démocratique », ainsi que reconnaître les injustices infligées aux juifs d’origine arabe. Une réflexion qui ne sera pas facile, car elle exigera des Israéliens de rompre avec le fondement colonial et orientaliste du sionisme. Ils devront aller au fond et prendre en compte la dimension arabe de leur judaïté. Le sionisme ne peut pas faire face à cette réalité puisqu’il s’est défini lui-même comme une entreprise civilisatrice, cherchant à universaliser le juif, y compris le juif arabe, et à le transformer en un juif éclairé, c’est-à-dire un juif ashkénaze de style occidental, qui a son propre État comme n’importe quel habitant d’un monde civilisé. La reconnaissance des injustices faites aux juifs arabes, tant en Israël que dans plusieurs pays arabes, sera essentielle à la guérison et à la création d’un État de droit.

UNE VISION MULTIETHNIQUE ET MULTICULTURELLE

Les Palestiniens, pour leur part, devront faire face à « la question juive », à savoir l’attachement des juifs à la Palestine et le fait que le colonialisme ne résume pas le sionisme. Cela ne signifie pas qu’ils doivent accepter le sionisme ou renoncer au démantèlement de la structure d’implantation coloniale israélienne, mais qu’ils doivent définir clairement ce à quoi pourrait ressembler la décolonisation, sans nier la culture et le patrimoine national qu’Israël a créés au cours des 70 dernières années. Les juifs devront faire reconnaître leurs droits de vivre et de continuer à émigrer en Palestine, à parler hébreu, à une autonomie politique et à rester liés à leurs origines, que ce soit dans les pays occidentaux, par leur lignée ashkénaze ou, pour les mizrahi(NDT. Juifs originaires du Proche-Orient.), dans diverses parties du monde arabe.

Une telle vision implique que l’État démocratique ne peut pas être un État-nation arabe au sens étroit du terme ni que les juifs qui en font partie doivent devenir des ressortissants arabes, ou autrement vivre sous un statut de résidents avec des droits limités. En d’autres termes, les Palestiniens et les Israéliens doivent élever l’État au-dessus de la nation, et adopter un discours multiethnique et multiculturel qui honore la diversité de la Palestine au lieu de la confiner à une identité essentialiste, islamiste ou arabe. Retrouver l’État de droit, c’était précisément la raison des révoltes arabes. Même s’ils n’ont pas réussi à faire tomber les régimes autoritaires, que ce soit dans les territoires palestiniens ou en Égypte, ni à démanteler les ethnocraties en Israël et en Syrie, les révolutionnaires ont affirmé la détermination du peuple à revendiquer ses droits et à rappeler à l’État sa responsabilité d’assurer l’égalité de tous.

Si on veut mettre fin au colonialisme israélien et que les réfugiés rentrent chez eux, qu’ils soient syriens ou palestiniens, juifs ou yézidis, la seule solution reste l’État de droit, qui inclut tous ses citoyens dans leurs multiples identités. C’est aussi ce que le droit international a promis de protéger et doit faire respecter.

1Publié dans le numéro d’automne 2017 du Journal of Palestine Studies à l’occasion du [centième anniversaire de la déclaration Balfour.

2Omar Barghouti, « Al-Dawla al-Dimuqratiyya al-’Almaniyya hiya al-Hal al-Wahid wal-. Amthal » [en arabe] (l’État démocratique laïc est la seule solution possible et idéale), Majallat al-Dirasat al-Filastiniyya 19, no 76, 2008 ; p. 18–25.

3Bashir Bashir, « The Strengths and Weaknesses of Integrative Solutions for the Israeli-Palestinian Conflict », Middle East Journal 70, no. 4, 2016.

4NDT. L’Unscop a publié deux rapports : le rapport majoritaire qui a été approuvé par sept membres, tous des représentants de pays européens ou latino-américains, et le rapport minoritaire, présenté par les représentants de l’Inde, de l’Iran et de la Yougoslavie (le onzième membre, l’Australie, s’est abstenu de voter.) Le premier a proposé une partition ; le second a demandé plutôt un seul État fédéral en Palestine.

5Leila Farsakh, « The One-State Solution and the Israeli-Palestinian Conflict : Palestinian Challenges and Prospects »” Middle East Journal 64, no 1, 2011 ; p. 20–45.                                                                                                                                                                                                   https://orientxxi.info/magazine/palestine-israel-l-etat-unique-une-alternative-a-la-partition,2286 

Qui a perdu le Nil ? L’ÉGYPTE PARALYSÉE FACE À L’ÉTHIOPIE ET AU SOUDAN


L’édification par l’Éthiopie du barrage de la Renaissance sur le Nil bleu a exacerbé les tensions entre les pays riverains. L’Égypte craint de voir sa part des eaux du fleuve diminuer sensiblement, mais elle semble incapable de s’opposer au projet d’Addis-Abeba qui bénéficie désormais du soutien du Soudan.

barrage

« L’Égypte est un don du Nil » ! Tous les écoliers à travers le monde qui ont étudié les pharaons connaissent cette formule du grand historien et voyageur grec Hérodote, qui vécut au Ve siècle avant Jésus Christ. Le Romain Tibulle, au siècle précédant la naissance du Christ, rendait hommage au fleuve, car le « sol que tu arroses ne réclame pas l’eau du ciel, et l’herbe desséchée n’implore pas Jupiter qui distribue l’eau des pluies1. » Pourtant, cette manne multimillénaire est menacée et au Caire, experts comme fonctionnaires, intellectuels comme diplomates reconnaissent, sous couvert d’anonymat, que la bataille menée par l’Égypte pour conserver le contrôle des eaux du plus long fleuve du monde est bien mal engagée.

Avec l’achèvement prévu pour cette année du gigantesque barrage de la Renaissance construit sur le Nil bleu, l’Éthiopie aura la haute main sur le débit des eaux. « Nous avons perdu, reconnaît à contrecœur un officiel égyptien. Nous n’avons pas été capables d’empêcher la construction du barrage ; nous n’avons pas été en mesure d’obtenir des modifications au projet, notamment la réduction de ses capacités. Notre seul espoir, et il est mince, c’est que le remplissage du lac du barrage s’opère sur une période plus longue que les trois ans prévus par Addis-Abeba. » Dans le cas contraire, le pays risque de connaître des pénuries d’eau, peut-être dès l’an prochain. Et l’on évoque encore une fois au Caire l’épisode plus ou moins légendaire du roi éthiopien Dawit IIqui à la charnière des XIVe et XVe siècles menaça les sultans mamelouks de barrer les eaux du Nil2.

UNE EXPLOSION DÉMOGRAPHIQUE

Le dossier sur l’usage des eaux du Nil est complexe, alimenté à la fois par le droit international (comment doit-on répartir les eaux d’un fleuve qui traversent plusieurs pays ?), par l’histoire (les nombreux traités signés), par une rhétorique sur les « droits inaliénables » des uns et des autres, et par les rapports de force entre pays riverains. Au risque de schématiser, essayons de dégager les données essentielles du contentieux. Les sources du Nil se situent en Éthiopie, qui alimente le Nil bleu, et au Burundi, qui alimente le Nil blanc. Le Nil bleu et le Nil blanc opèrent leur jonction à Khartoum, le premier fournissant 90 % du total de l’eau. Depuis le début du XXe siècle, l’Égypte a fait reconnaître par différents traités ses droits sur l’eau, d’autant plus cruciaux que le pays en dépend à 97 %, contrairement aux autres pays riverains qui, comme l’Éthiopie, connaissent une pluviométrie élevée.

En 1959, Le Caire signe avec le Soudan, qui a accédé à l’indépendance en 1956, un accord de répartition des eaux : elle obtient 55,5 milliards de m3 et son voisin 18,5 milliards, les 10 milliards restants étant perdus par l’évaporation. Jusque dans les années 1990, malgré les réclamations d’autres pays riverains, les choses étaient restées en l’état : l’Égypte dominait le Nil.

Pourtant, ces données de base en apparence intangibles ont été bouleversées. D’abord, la région a connu une explosion démographique : en 1959 l’Égypte comptait 25 millions d’habitants, le Soudan 11 millions et l’Éthiopie 27 millions. En 2016, leur population respective est de 95 millions, 40 millions (l’amputation du sud du Soudan devenu indépendant en 2011), et 102 millions. Et les autres pays riverains ont vécu un accroissement similaire. À quoi il faut ajouter l’intensification de l’élevage qui représente pour le Soudan et l’Éthiopie la moitié de leur PNB agricole et absorbe de plus en plus d’eau, tandis que la pluviométrie décroit sous l’effet du réchauffement climatique. Enfin, l’urbanisation a progressé rapidement entraînant aussi une consommation grandissante en eau3. Celle-ci est donc devenue une ressource plus rare, plus chère, alors même que la désertification s’étend dans la corne de l’Afrique.

UN PROJET AVANT TOUT POLITIQUE

C’est dans ces conditions que l’Éthiopie lance le projet Renaissance sur le Nil bleu. Ce sera le plus colossal barrage d’Afrique, plus imposant que le Haut-Barrage d’Assouan, construit dans les années 1960 par l’Égypte avec l’aide soviétique et vitrine du régime nassérien. Haut de 175 mètres et long de 1 800 mètres, sa capacité de stockage se montera à 67 milliards de mètres cubes, soit l’équivalent de presque une année de débit du fleuve. Décidée unilatéralement, sa construction commencée en 2013 par une entreprise italienne serait, selon Addis-Abeba, achevée aux deux tiers. Il permettra de produire 6 450 mégawatts (MW) d’électricité.

Pour Hani Raslan, chercheur au Centre d’Al-Ahram pour les études politiques et stratégiques et l’un des principaux spécialistes égyptiens du dossier, le projet éthiopien est « avant tout politique. Il vise à consolider l’unité nationale dans un pays où le pouvoir est accaparé par une petite minorité ethnique, les Tigréens, et se heurte à de nombreuses oppositions, notamment de l’ethnie la plus nombreuse, les Oromos. » Ceux-ci ont notamment manifesté fin 2016-2017 et Addis-Abeba a accusé Le Caire de pousser à la révolte. « Pourquoi vouloir produire plus de 6 000 MW d’électricité, s’interroge Raslan, alors que la consommation de l’Éthiopie et de tous ses voisins réunis atteint à peine 800 MW ? »

« Il aurait été plus rationnel d’un point de vue économique, mais également d’un point de vue écologique, de construire une série de petits barrages », confirme un expert occidental. Car les conséquences de l’édification de ces grands barrages (pas seulement en Afrique) font débat depuis longtemps. Et l’expert de rappeler : « Les barrages retiennent l’eau mais aussi les sédiments charriés par les fleuves et qui servent à fertiliser les terres. »

Mais le régime d’Addis-Abeba a investi son prestige et son autorité dans le barrage, mobilisé toutes ses ressources internes et imposé des contributions forcées à la population. Et rien ne semble pouvoir l’arrêter. « L’Éthiopie se conduit comme la Turquie », s’étrange Raslan, ce qui dans sa bouche n’a rien d’un compliment : les relations entre Le Caire et Ankara se sont détériorées depuis l’arrivée de Abdel Fattah Sissi au pouvoir en 2013, Recep Tayyip Erdogan étant accusé de soutenir les Frères musulmans, ennemis jurés du régime. Raslan fait référence au projet d’Anatolie du Sud-Est (Güneydoğu Anadolu Projesi, GAP), avec le grand barrage Atatürk auquel s’est ajoutée une vingtaine d’ouvrages de moindre importance qui a asséché en partie l’Euphrate et le Tigre et privé de ressources en eau la Syrie et l’Irak4. Maintenant, ce serait au tour de l’Égypte d’être « asséchée »…

« LA CRISE EST FINIE, IL N’Y A PAS DE CRISE »

Face à cette détermination éthiopienne et au ralliement soudanais à la position d’Addis-Abeba, l’Égypte a été incapable de mettre en œuvre une stratégie cohérente, oscillant entre un discours ultranationaliste — notamment dans les médias prompts à s’enflammer pour cette cause qu’est le Nil — et une affirmation publique de sa disposition à coopérer qui confine souvent à l’illusion. Ainsi, en marge de la réunion du sommet de l’Union africaine de janvier 2018, on a vu Sissi entouré des deux présidents éthiopien et soudanais prétendre que les problèmes seraient résolus en un mois : « Nous avons les mêmes intérêts, nous parlons comme un seul État, pas comme trois États. La crise est finie, il n’y a pas de crise. » Il renonçait dans le même temps à la demande de médiation de la Banque mondiale qu’il avait proposée quelques semaines plus tôt pour débloquer le dossier. En mars 2015 déjà, un accord intérimaire avait été signé entre les trois pays, que Sissi avait approuvé contre l’avis de nombre de ses proches, dont sa conseillère sur les questions de sécurité nationale Faiza Abou El-Naga. Il est resté lettre morte.

Dans une région où n’existe aucune volonté de coopération, où chacun des trois régimes privilégie une approche nationaliste, l’Égypte se heurte, même si elle ne le reconnaît pas, au déclin de son influence. Comme le note Nabil Abdel Fattah, lui aussi chercheur au centre d’Al-Ahram, bon connaisseur du Soudan, « nos capacités diplomatiques se sont réduites depuis des décennies en Afrique ; nous regardions vers les États-Unis et l’Europe. Nous avons négligé les transformations profondes de ce continent et nous manquons de chercheurs, de diplomates, de militaires qui connaissent vraiment l’Éthiopie. Nous avons même été incapables, pour sortir de l’impasse, d’actionner les réseaux coptes, alors que les Églises des deux pays sont profondément liées ».

COMME LES RAPPORTS ENTRE LA FRANCE ET L’ALGÉRIE

Et le revirement du Soudan, allié traditionnel de l’Égypte « L’histoire des relations entre nos deux pays est complexe,explique Nabil Abdel Fattah. Nous avons occupé ce pays pendant la moitié du XXe siècle et celui-ci a accédé à l’indépendance contre notre gré. Il existe entre les deux voisins une forme de relations d’amour-haine similaire à celle qui règle les rapports entre la France et l’Algérie. » Bien après l’indépendance du Soudan en 1956, les relations humaines et économiques sont restées étroites. « Les plus grands écrivains soudanais, note Nabil Abdel Fattah, comme Tayib Salih, auteur de Saison de la migration vers le nord, ont vécu et travaillé au Caire. »

Mais le temps a passé et les relations se sont distendues. Le Caire a négligé son voisin du Sud. Le 30 juin 1989, un coup d’État à Khartoum porte au pouvoir les islamistes avec Omar El-Béchir. « Cela fait vingt-huit ans que ce pouvoir s’est installé, note un diplomate égyptien, et cela fait vingt-huit ans qu’il fait tout pour couper les relations entre les deux pays. Il a fermé les universités égyptiennes au Soudan et alimenté une hostilité à l’égard de l’Égypte, notamment chez les jeunes qui n’ont pas connu la période des relations. En réalité, c’est un pouvoir des Frères musulmans qui veulent se venger de ce qui s’est passé en 2013. »

« Une culture d’exclusion s’est répandue au Soudan, explique Nabil Abdelfattah. Les salafistes ont étendu leur emprise sur la société, sur les jeunes, souvent avec l’aide de l’Arabie saoudite. »Même s’il reconnaît qu’il existe un racisme anti-soudanais en Égypte et que son pays a fréquemment négligé les questions de développement chez son voisin du sud.

Régulièrement agité par Khartoum, un des points de contentieux bilatéral concerne le triangle de Halayib au sud-est de l’Égypte, revendiqué par le Soudan depuis l’indépendance. « Ils parlent d’occupation, s’indigne Raslan et désignent notre armée commemisraili,un mot qui allie l’Égypte (misret Israël et établit ainsi un parallèle entre l’occupation de la Palestine et celle de Halyib. Ils ont perdu le Sud-Soudan devenu indépendant et ils lèvent le drapeau de Halayib pour le faire oublier ! » Et les deux capitales s’accusent régulièrement d’abriter leurs opposants respectifs : les Frères musulmans égyptiens ou les insurgés du Darfour. La visite du président Recep Tayyip Erdoğan au Soudanet les débats sur l’installation d’une base militaire ont aussi inquiété au Caire.

ENTRE L’ARABIE SAOUDITE ET LA TURQUIE

Pourtant, au-delà de ses orientations idéologiques, ce qui caractérise Omar El-Béchir — inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide et crimes contre l’humanité au Darfour — c’est son pragmatisme. Longtemps allié à l’Iran, il a rompu avec ce pays pour se rallier à l’Arabie saoudite en 2014 — ce qui a contribué à la levée des sanctions américaines le 6 octobre 2017 — et envoyé des milliers de soldats au Yémen. Et même en Égypte, on reconnaît que le ralliement de Khartoum à l’Éthiopie sur le dossier du Nil tient d’une forme de réalisme : « Le Soudan a compris que l’Éthiopie allait gagner, explique un diplomate égyptien, et il espère y trouver son compte, une électricité abondante et gratuite. » Cependant, il néglige les retombées écologiques et le diplomate d’agiter la possibilité bien improbable que le barrage s’effondre, et Khartoum « se retrouverait sous dix mètres d’eau ».

Déjà écartelés entre les trois pays, le Nil et la corne de l’Afrique sont devenus les otages des puissances régionales qui s’affrontent au Proche-Orient, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Turquie et l’Iran. Et dans ce jeu d’échecs d’une grande complexité, l’Égypte se trouve plutôt isolée. Après une période difficile avec l’Arabie, les relations se sont améliorées, néanmoins Riyad continue d’octroyer une aide économique indispensable au Soudan, qui vient de dévaluer sa monnaie nationale. « Ils ont versé le prix du sang au Yémen, et pour les Saoudiens, des Bédouins, cela compte » remarque, un peu méprisant, un intellectuel égyptien. Disposant du soutien soudanais et des États-Unis pour qui elle est une alliée-clé dans la guerre contre le terrorisme, notamment en Somalie et dans la corne de l’Afrique, l’Éthiopie a récemment reçu l’appui de la Turquie. Son président Mulatu Teshome s’est rendu à Ankara en février 2018 pour y rencontrer Erdoğan. En novembre 2017, le premier ministre éthiopien a signé à Doha un important accord de coopération bilatéral – et le Qatar a même été accusé par la presse égyptienne de financer la construction du barrage, ce qui relève des fake news5.

UNE GUERRE DE L’EAU ?

Si la diplomatie échoue, une guerre est-elle imaginable « Le prochain conflit dans la région du Proche-Orient portera sur la question de l’eau. (….) L’eau deviendra une source plus précieuse que le pétrole », assurait en 1992 l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali qui venait de prendre ses fonctions de secrétaire général des Nations unies. Certes, on entend des bruits de bottes et la presse soudanaise a annoncé en janvier la création d’une force commune avec l’Éthiopie destinée, notamment, à protéger le barrage6. La flotte égyptienne croise dans le détroit du Bab Al-Mandeb, dans le cadre de la guerre au Yémen, mais pourrait jouer un rôle en cas de conflit avec l’Éthiopie. Et Le Caire a déployé des troupes en Érythrée, ennemi mortel de l’Éthiopie à qui l’a opposé un conflit meurtrier (1998-2000). « Pourtant, reconnaît un diplomate égyptien, si notre supériorité militaire face à l’Éthiopie est incontestable, un scénario de guerre est peu probable. Il isolerait totalement l’Égypte. » Et l’aventure elle-même serait sans doute moins facile que le pense notre interlocuteur.

« Pour Sissi, note un journaliste égyptien, il est urgent d’attendre et de laisser passer l’élection présidentielle de fin mars. » Mais que se passera-t-il après ? Quand les Éthiopiens commenceront à emmagasiner cet été des milliards de m3 d’eau, privant l’Égypte d’une partie de ses ressources ? Depuis 2013, Sissi a développé une rhétorique nationaliste, voire chauvine ; mais la cession l’an dernier à l’Arabie saoudite des deux îles de Tiran et Sanafir, où des soldats saoudiens viennent de s’installer, a provoqué une levée de boucliers et une chute de sa popularité, même parmi ses soutiens les plus fermes. Peut-il faire perdre à l’Égypte le Nil, la veine jugulaire du pays depuis des milliers d’années ?

1Du Nil à Alexandrie, histoires d’eaux, CNRS/Centre d’études alexandrines, 2011.

2Lire l’étude érudite d’A. Caquot, « Aperçu préliminaire sur le Maṣḥafa Ṭēfut de Gechen Amba »Annales d’Éthiopie, ] 1955 ; p. 89-108.

3Lire Ibrahim Elnur, « The Changing Hydraulics of Conflict and Cooperation in the Nile Basin » in The Burden of Ressurces. Oil and Water in the Gulf and Nile Basin (Sharif E. Elmusa, éd.), Cairo Papers in Social Sciences, Vol. 30, n° 4, hiver 2007.

4Le projet a été lancé dans les années 1980, bien avant l’arrivée du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir.

5L’Éthiopie avait coupé ses relations diplomatiques avec le Qatar en avril 2008 à la suite d’une couverture critique par Al-Jazirah de la situation en Ogaden.

6Al Mihjar, Khartoum, 17 janvier 2018.                                                                                                                                                                                                                                                                https://orientxxi.info/magazine/qui-a-perdu-le-nil,2268 

Pas besoin d’un télescope pour trouver un « pays de merde ». Par Chris Hedges


Pas besoin d’un télescope pour trouver un « pays de merde ». Par Chris Hedges

Une affiche représentant le révolutionnaire des années 1930 et du Front de libération nationale qui porte son nom (FMLN), l’un des principaux participants à la guerre du Salvador dans les années 1980 et 1990. (@martixos)

Les Crises - Des images pour comprendre

J’ai couvert la guerre au Salvador pendant cinq ans. C’était un soulèvement paysan de la part des dépossédés contre les 14 familles dominantes et la poignée de corporations américaines qui dirigeaient le Salvador comme si c’était une plantation. La moitié de la population était sans terre. Les ouvriers travaillaient comme des serfs dans les plantations de café, les champs de canne à sucre et les champs de coton dans une pauvreté effroyable.

Les tentatives pour s’organiser et manifester pacifiquement afin de combattre l’énorme inégalité sociale se sont heurtées à la violence, y compris les tirs de mitrailleuses montées sur le toit des bâtiments du centre-ville de San Salvador, qui ont fait pleuvoir des balles sans discrimination sur une foule de manifestants. Des paysans, des travailleurs, des responsables religieux et universitaires ont été enlevés par les escadrons de la mort, sauvagement torturés et assassinés, leurs corps mutilés ont souvent été laissés sur les bords des routes pour être vus par le public. Quand je suis arrivé, les escadrons de la mort massacraient entre 700 et 1000 personnes par mois.

Une armée d’insurgés se leva, le Farabundo Martí National Liberation Front (connu sous l’abréviation espagnole FMLN), du nom du dirigeant d’un soulèvement paysan de 1932, qui a fut brisé par le massacre de milliers, peut-être des dizaines de milliers, dont beaucoup ont été tués lors d’exécutions sommaires. Le FMLN a repris une grande partie du pays des mains des militaires corrompus et démoralisés. A l’automne 1983, les rebelles, armés par le gouvernement sandiniste du Nicaragua, étaient sur le point de prendre la deuxième ville du pays. Au début, je ne voyageais pas avec l’armée. C’était trop dangereux. Il était beaucoup plus sûr d’aller au combat avec le FMLN. Sans une intervention extérieure, les rebelles auraient pris le contrôle du Salvador en quelques mois et évincé les oligarques.

Mais, loin au nord, il y avait un pays de merde dirigé par un ancien acteur de série B qui avait joué dans « Bedtime for Bonzo » et qui était aux premiers stades de la démence. Ce pays de merde, qui voyait le monde en noir et blanc, communiste et capitaliste, était déterminé à contrecarrer les aspirations des pauvres et des sans-terre. Il ne permettrait pas d’entraver les profits de ses entreprises, comme United Fruit, ou le pouvoir de la classe des oligarques dociles qui avait misé sur le Salvador. Il méprisait les aspirations des pauvres, en particulier les pauvres d’Amérique latine ou d’Afrique, les misérables de la terre, comme l’écrivain Frantz Fanon les appelait, des gens qui, aux yeux de ceux qui gouvernaient ce pays de merde, devaient travailler dans la misère toute leur vie pour les oligarques et les grandes compagnies américaines alliées avec eux. Laissez les pauvres, bruns et noirs avoir faim, regarder leurs enfants mourir de maladie ou être assassinés. Pouvoir et richesse, comme le croyaient ceux qui dirigeaient ce pays de merde, leur appartenaient de droit divin. Ils étaient dotés d’attributs spéciaux, en tant que seigneurs du royaume de merde. Que Dieu bénisse les pays de merde.

Le poète chilien Pablo Neruda a compris comment ceux qui gouvernaient ce pays de merde regardaient les misérables de la terre.

La dictature des diptères avait ses mauvais côtés. Elle promut l’imbécillité et l’ineptie, des hommes dont les attributs principaux étaient la brutalité, la fausseté et le vol. Ils étaient tous des créatures déplaisantes. Anastasio « Tachito » Somosa au Nicaragua. Les Duvalier en Haïti. Augusto Pinochet au Chili. Efrain Rios Montt au Guatemala. Ces mouches ont exécuté les ordres du pays de merde. Ils assassinaient leur propre peuple sans le moindre scrupule et en échange de gros pots-de vin, ils permettaient l’exploitation et le pillage par les sociétés. Oui, ils avaient leurs excentricités. C’est ce que font souvent les personnes dépravées.

Le général Maximiliano Hernández Martínez, qui accéda au pouvoir par un coup d’état militaire, dirigeait le gouvernement au Salvador qui organisa les massacres de 1932, connus sous le nom de La Matanza (La Tuerie). Le général, un reclus qui apparaissait rarement en public, croyait en des puissances occultes et tenait des séances dans la résidence présidentielle.

Il fut un des modèles de Gabriel Garcia Marquèz pour son portrait d’un tyran sud-américain dans L’Automne d’un Patriarche. Martinez avait copié son style sur celui du dictateur fasciste italien Benito Mussolini. Il interdit toute immigration d’Arabes, d’Hindous, de Chinois et de Noirs. Il déclara, une fois : « C’est une bonne chose que les enfants marchent pieds nus. C’est comme cela qu’ils peuvent mieux recevoir les effluves bénéfiques de la planète, les vibrations de la terre. Les plantes et les animaux n’ont pas de chaussures ». Et il a dit que c’était un crime plus grand, de tuer une fourmi que de tuer un être humain « parce qu’un homme qui meurt se réincarne, alors qu’une fourmi est morte pour toujours ». Sa solution lors d’une épidémie de rougeole a été d’ordonner d’envelopper les lampadaires dans de la cellophane pour purifier l’air. Il croyait que l’eau colorée pouvait guérir la plupart des maladies.

Quelle ne serait pas la surprise des dirigeants du pays de merde s’ils connaissaient les poètes, les écrivains et les artistes, les intellectuels et les hommes et les femmes d’une grande probité morale, comme l’archevêque salvadorien Oscar Romero, qui fut assassiné en 1980 avec une balle envoyée aux tueurs depuis le pays de merde. Les dirigeants du pays de merde ne voient pas les peuples d’Amérique latine ou d’Afrique comme des êtres humains à part entière. Mais enfin ce ne sont pas de grands lecteurs, surtout de poésie écrite par les races inférieures de la terre. Ils n’ont pas entendu la véracité du poète salvadorien Roque Dalton, qui a écrit :

Faites attention, vous valez votre pesant d’or

Car pour le capitalisme, seuls les possédants

d’or valent leur pesant d’or.

Le pays de merde a versé 1 million de dollars par jour en aide et en armes dans le pays. Ils envoyèrent leurs meurtriers les plus impitoyables, dont Félix Rodríguez, l’agent de la CIA et vétéran de la Baie des Cochons qui avait supervisé la traque de Che Guevara en Bolivie, dirigé son exécution et portait fièrement la montre-bracelet qu’il avait prise sur le corps du révolutionnaire martyr. La nuit, vous pouviez voir les tueurs envoyés au Salvador par le pays de merde, généralement avec leurs femmes vietnamiennes, assis autour de la piscine à l’hôtel Sheraton. Ils avaient perfectionné les arts obscurs d’infiltration, de torture, d’interrogatoire, de disparition et de meurtre par la pratique sur le peuple vietnamien pendant la guerre là-bas. Ils pouvaient vous apprendre comment étrangler quelqu’un avec une corde de piano pour qu’il n’y ait pas de bruit quand la victime s’étouffe. Ils ont apporté beaucoup de ces compétences avec eux en Amérique centrale.

Ils ont dirigé les escadrons de la mort pour exterminer les chefs de la résistance, les prêtres et les religieuses travaillant dans les communautés pauvres, les enseignants, les journalistes, les syndicalistes, les leaders étudiants, les professeurs et les intellectuels qui dénonçaient la barbarie. Ils ont formé et équipé de nouveaux soldats pour les oligarques.

Ils ont formé des unités mercenaires avec des centaines de soldats recrutés dans des pays comme le Honduras, le Venezuela et le Chili. Ils appelaient ces unités militaires, qui étaient secrètes, « Actifs latino-américains contrôlés unilatéralement ». Ils les ont envoyés combattre le FMLN [Front Farabundo Martí de libération nationale,NdT] parce que l’armée salvadorienne était si peu fiable. Ils ont fourni des unités d’hélicoptères pour chasser les insurgés par les airs. C’était une orgie de militarisme.

Au moment où le pays de merde en a terminé, il avait dépensé 4 milliards de dollars pour écraser le soulèvement. Et pendant qu’il orchestrait le bain de sang au Salvador, il a fourni un milliard de dollars aux malfrats et aux tueurs connus sous le nom de Contras au Nicaragua, où 50 000 personnes ont été assassinées. Il a également assisté discrètement les assassins du Guatemala, où 200 000 personnes ont été tuées. Les pauvres paysans n’avaient aucune chance. Des fosses communes parsèment l’isthme centre-américain, témoignage de leur travail.

Les dirigeants de ce pays de merde superviseraient l’assassinat de 80 000 personnes et 8 000 disparus au Salvador. Les agents des services secrets du pays de merde étaient apparemment complices de l’assassinat de l’archevêque Romero en 1980, organisé par un ancien officier de l’armée salvadorienne du nom de Roberto D’Aubuisson – connu affectueusement sous le nom de « Blowtorch Bob » – qui était l’un des tueurs préférés du pays de merde.

Le pays de merde a protégé les commanditaires du meurtre et du viol de quatre religieuses américaines en décembre 1980. Ils ont protégé les officiers de la Brigade Atlacatl – qui en 1981 avait massacré plus de 700 civils à El Mozote – lorsqu’en 1989, ils ont abattu six prêtres jésuites espagnols, dont l’un était le recteur de l’Université d’Amérique centrale, ainsi que leur gouvernante et sa fille adolescente, sur le campus de l’université. Les officiers salvadoriens qui ont supervisé ces massacres, et d’innombrables autres, avaient été sélectionnés et formés à l’école militaire américaine des Amériques. La guerre détruirait une grande partie de l’infrastructure.

Le Salvador ne s’en est jamais remis. Il regorge d’armes. Il y a un meurtre toutes les heures et demie. Laissons couler le sang, ont dit les dirigeants du pays de merde. Le sang des noirs et des bronzés n’a pas d’importance.

Ce qu’est un pays de merde dépend de votre point de vue.

Source : Truthdig, Chris Hedges, 14-01-2018                                                                                                                                                                                                                                                      http://canempechepasnicolas.over-blog.com/2018/02/pas-besoin-d-un-telescope-pour-trouver-un-pays-de-merde.par-chris-hedges.htm

L’ « œuvre positive » de la colonisation Que du bonheur!


«Notre système de colonisation consistant à ruiner l’Arabe, à le dépouiller sans repos, à le poursuivre sans merci et à le faire crever de misère, nous verrons encore d’autres insurrections.»  Guy de Maupassant Au Soleil (1884)

Mon attention a été attirée par une contribution d’un auteur français qui sévit depuis quelque temps et s’est fait une réputation de négationniste s’agissant des horreurs de la colonisation. Pour lui et pour ceux qui sont encore nostalgériques dans leur fuite en avant, la colonisation y a bon. Ce qui m’a fait bondir outre mesure c’est le nouveau concept de la colonisation, outre sa «positivité», celui du bonheur, l’auteur parle de colonisation heureuse!! Par honnêteté intellectuelle je rapporte les propos essentiels d’une contribution de Bernard Lugan colonialiste engagé.

« Les bienfaits des invasions » et l’encouragement à   ne pas en rougir

Lisons cette logorrhée: «Lorsque, à la fin du XIXe siècle, l’Europe entreprend la colonisation de l’Afrique noire, la situation de ce continent est catastrophique. (…) Or, en quelques années, administrateurs, officiers et missionnaires apportent aux Africains la notion jusque-là inconnue de sécurité quotidienne. Comment ils ont apporté, et pourquoi sont-ils venus Médecins et infirmiers font reculer le paludisme, la tuberculose, la bilharziose, la maladie du sommeil, le trachome et les diverses parasitoses qui achevaient de tuer des millions de malheureux sous-alimentés. Outre les soins, les Africains mangent alors partout à leur faim et l’essor démographique devient considérable (…).» (1)

«Pourtant, l’Europe a appris à avoir honte de cette oeuvre humanitaire, tant les esprits ont été imprégnés par les slogans culpabilisateurs. (…) Durant trente années au moins, l’idée sans cesse répétée, pour ne pas dire martelée, selon laquelle le Nord s’était enrichi en exploitant le Sud a acquis force de loi.» (1)
«De la boucle du Niger à la mer Rouge et du Soudan au Mozambique, les musulmans esclavagistes s’employaient à vider l’Afrique de ses habitants quand la colonisation y mit un terme. Ne perdons jamais de vue – contrairement à ce que veulent faire croire les culpabilisateurs – que l’Europe n’a pas eu l’initiative de la traite des Noirs, puisque, du VIIIe au XXe siècle, les Arabes n’ont cessé de la pratiquer. Si durant trois siècles, les Européens transplantèrent environ 8 millions d’hommes d’Afrique en Amérique, en 12 siècles, les Musulmans en puisèrent environ 15 millions dans le véritable vivier humain qu’était pour eux l’Afrique noire (…)» (1)

Parlant de l’esclavage arabe pour minimiser celui des Blancs il écrit:

«En 1890, il y a encore 78 marchands d’esclaves au Caire et 73 à Alexandrie, qui reçoivent des captifs clandestinement, puisque la traite est officiellement interdite. En Afrique orientale, les musulmans de Zanzibar sont les organisateurs d’un vaste trafic dont ils tirent d’énormes bénéfices(…) Une fois encore, l’Europe intervient et il faudra un demi-siècle d’efforts aux pères du Saint-Esprit, aux Pères blancs, aux pasteurs de la Church Missionary Society pour combattre les esclavagistes sur leur propre terrain. Mais leurs efforts seraient demeurés vains sans l’implantation militaire de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, de la France, du Portugal et de la Belgique»(1)

Ensuite l’auteur fait appel à un autre auteur aussi « convaincu que lui des bienfaits de la colonisation en l’occurrence l’universitaire Jacques Marseille et qui part du principe que les Européens ne se sont pas enrichis Il compare des pays entre eux . Nous lions : « Et pourtant, déclare-t-il parmi les pays du Nord, les plus riches ne sont ni l’Espagne, ni le Portugal, ni la France, ni la Grande-Bretagne, qui furent les principales puissances impériales, mais la Suisse, la Suède, l’Allemagne, les États-Unis et le Japon.»

«Le cas français étudié par Jacques Marseille constitue la seule analyse scientifique de la question. Ses conclusions permettent d’affirmer que, depuis 1930 environ, l’empire entravait plus qu’il ne stimulait la croissance économique de la France et que la décolonisation fut un délestage voulu par une certaine fraction du patronat français pour stimuler la croissance de ses activités ». Mais il y a plus important encore. Non seulement les productions coloniales coûtent très cher à l’économie française, puisqu’elles sont achetées largement au-dessus de leur cours mondial, mais encore, en entrant en concurrence directe avec des productions métropolitaines (…) Après la décolonisation, dégagée des subventions indirectes et allégée des secteurs moribonds, l’économie française a pu se lancer dans la bataille de la compétitivité.» (1)

La colonisation heureuse : nouveau concept

Bernard Lugan conclut: «La colonisation fut une parenthèse brève mais positive – et pourquoi pas heureuse? – pour les populations d’Afrique: le gendarme assurait la paix; le médecin soignait les corps; l’instituteur transmettait son savoir; le colon fournissait du travail; le juge protégeait de l’arbitraire.». «Certains penseront peut-être que ce tableau est trop résolument favorable à la colonisation. Qu’ils lui opposent alors la situation qui prévaut actuellement dans des pays comme l’Ethiopie, l’Angola, le Mozambique, le Zimbabwe, l’Uganda, l Tanzanie, le Nigéria, le Ghana, le Tchad, Madagascar, etc., où famines, épidémies, massacres inter-ethniques, gabegie, concussion, arbitraire sont le lot quotidien des malheureuses populations.» (1)

Après la lecture de ce plaidoyer pro-colonisation, nous allons répondre à monsieur Bernard Lugan point par point. D’abord, l’auteur tente de nous expliquer pédagogiquement – en fait il s’adresse à ses concitoyens – qu’il ne faut pas rougir, qu’il ne faut pas culpabiliser que c’était çà la civilisation, il n’apporte aucun argument sauf que c’est la méthode Coué, croyez que vous êtes irréprochables et vous serez irréprochables à force d’incanter cela.

Les races supérieures et le devoir de civilisation

Son postulat de base est que les races blanches ont reçu d’une façon immanente le droit de civiliser les races inférieures et tout doit être fait pour les présenter aux concitoyens comme des peuplades préhistoriques s’exterminant les unes les autres; sans unité – oubliant à titre d’exemple que quand l’Europe était « gouvernée- le mot est fort, de «rois fainéants», de « seigneurs, en fait d’Astérix plus frustes les uns que les autres il y avait à titre d’exemple un empire au Mali et même une charte des droits de l’homme vers 1200 bien avant l’Habéas corpus anglais, qui fut copiée par les révolutionnaires en France et par la suite l’Occident qui les codifie sous le vocable de déclaration des droits de l’homme que naturellement la France s’attribue au point de vouloir, d’une façon incantatoire en se souvenant que pour Jules Ferry déjà, la fin du XIXe siècle les droits de l’homme ne sont pas valables dans les colonies.

Pire encore il martèle il y a un devoir pour les races supérieures de civiliser les races inférieures. Ce concept de droit sera mis au gout du jour un siècle par Bernard Kouchner avec son fameux et triste devoir d’ingérence, avec des conséquences qui sont passées à la trappe, à savoir le million de morts au Burundi,, et quelques années plus tard, ce même devoir d’ingérence sera invoqué par Bush en Afghanistan en Irak en Libye et en Syrie, se permettant même en commandeur de tracer des lignes rouges que les peuples barbares ne doivent pas dépasser….

L’esclavage arabe en première ligne

Là où on sent la jouissance de l’auteur c’est d’avoir trouvé le maillon faible, à savoir celui de l’esclavage des Arabes qui, certes, avait lieu mais n’avait rien à voir quantitativement avec le commerce triangulaire et la règle des trois C: Christianisation commerce, colonisation. «Naturellement, les chiffres qu’il donne ne reposent sur aucune donnée. Il va jusqu’à repérer des marchands d’esclaves à l’unité oubliant d’une façon pudique désintéressée pour tout simplement, par crainte de représailles, le commerce non moins tragique des juifs esclavagistes.» Ensuite, il nous dit que la métropole n’a rien pris, elle n’a fait que donner. Il n’est que de voir comment les Suds épuisés ont vu leurs matières premières partir de ces pays africains qui n’avaient pas de développement endogène, les matières premières servaient l’industrie française.

Nous conseillons à M. Lugan apparemment ignare en ce qui concerne par exemple l’oeuvre positive au Congo de lire un excellent texte d’Aimé Césaire, sur le chemin de fer Congo Océan. Et sur le verdict sans concession d’André Gide : « Le chemin de fer Congo-Océan est un effroyable consommateur de vies humaines »

S’agissant de ce qu’a « donné » l’Algérie à la France, C’est un fait, que la « Métropole » a aspiré tout ce qui pouvait l’être en terme de métaux ( fer, Nickel, cuivre, plomb, mercure…) de charbon et bien plus tard de pétrole   Un document nous apprend, à titre d’exemple, que toute la métallurgie française de qualité doit beaucoup à l’acier algérien; On peut dire sans se tromper que l’essentiel de la fabrication de qualité est du au fer algérien. On avance que la tour Eiffel a été construite avec le fer algérien. La contribution suivante en témoigne :

«Les Algériens visitant ce monument, ne se doutent certainement pas que cette dame de fer » symbole et fierté des Français, est en fait du minerai extrait de la terre algérienne. Et pour cause, tout le fer utilisé pour sa construction, 8000 tonnes pour la charpente métallique, a été extrait des mines algériennes, de Rouina (Aïn Defla) et de Zaccar (Miliana). «D’ailleurs, en guise de reconnaissance, Gustave Eiffel avait remercié les mineurs de Rouina, en offrant une horloge (montée sur une tour métallique) à l’école du village de Carnot (l’actuel El Abadia, wilaya de Aïn Defla). Il faut souligner que Rouina était l’une des premières mines exploitées en Algérie par les Français. Gustave Eiffel fut ébloui par la pureté de son fer qui est un minerai à haute valeur ajoutée, ayant des propriétés mécaniques idéales et convenables à ses projets, titrant une teneur moyenne de 56-60%, ce qui permettait l’obtention de fer «puddlé» (brassé), très indiqué pour ce genre de structure, contrairement au minerai de fer extrait des «minettes de Lorraine» et autres mines européennes, pauvre et inadapté aux structures nécessitant une résistance et une flexibilité mécanique aux aléas naturels »
« Le journal français l’Echo des mines avait rapporté en 1896 que «le fer qui a servi à la construction de la tour n’est pas n’importe lequel. Il a fait l’objet d’un choix minutieux. Il vient de mines algériennes et a été fabriqué dans les forges et usines de Pompey Fould-Dupont’ en Lorraine, Gustave Eiffel l’a choisi notamment en raison de ses propriétés mécaniques. Pour illustrer l’intensité de l’activité minière, à cette époque, il y a lieu de noter que la production du minerais de fer a enregistré en Algérie une moyenne de 400 000 tonnes par an depuis 1875 pour culminer en 1928 à 2 006 092 tonnes, Le prix de la tour Eiffel, avec l’ornementation et les nécessités architecturales, a atteint les 5 millions de francs, tandis que la tour métallique a coûté à elle seule 3,405 millions de francs de l’époque. Le minerai provenant d’Algérie représente plus de 68% du prix de la tour! (…)» (2)

Un autre site confirme s’il en était besoin la pureté et la provenance du fer nécessaire à la construction de la Tour Eiffel. Nous lisons :

« Le fer qui a servi à la construction de la tour n’est pas n’importe lequel, bien sûr. Il a fait l’objet d’un choix minutieux. Il a été acheté à une usine de Meurthe-et-Moselle et vient de mines algériennes. La question de l’origine du fer de la tour Eiffel nous amène donc en voyage… Lorsque Gustave Eiffel passe commande pour 8 000 tonnes de fer puddlé, ce dernier se tourne vers des fournisseurs de minerai. La qualité demandée par Eiffel est à récupérer en Algérie, dans les mines de Zaccar et de Rouïna, deux sites distincts. Les mines du Zaccar sont en Algérie, à Miliana. La mine est surprenante, son entrée n’est qu’un simple trou de deux mètres de diamètre, à flanc de coteaux de la montagne. L’étaiement laisse à désirer, la galerie finit par arriver à un puits de plus de 10m de profondeur. C’est au fond de ce puits que commencent les galeries d’extraction. Ces galeries sont équipées de chemin de fer et de wagonnets dans lesquels sont versées les roches. Tirés à main d’hommes, ils sont ensuite vidés dans une fosse qui tombe sur des terrasses à ciel ouverts. C’est de ces terrasses que l’on récupérait les pierres avant chargement et envoi en Lorraine. Il faut signaler que ce site n’est pas un site industriel, c’est la raison pour laquelle il n’y a aucun équipement comme des hauts-fourneaux. C’est juste un site d’extraction. Rouïna est une ville d’Algérie, assez proche de Miliana. Durant l’occupation française la mine de Rouïna était équipée d’infrastructure sidérurgique de pointe, avec entre autre un haut-fourneau à moyenne température. Le minerai qui en était extrait était broyé et acheminé dans ces fonderies d’Algérie ou de France » (3).

L’auteur nous explique ensuite que la civilisation a pacifié (trois pages) les escarmouches intertribales (en prenant un cas sur la multitude) c’est comme si on rapportait les escarmouches de lorrains de Bretons entre eux comme connaissent tous les peuples, à l’instar des guerres dites de trente ans, de cent ans en Europe où les serfs en nombre veillaient au confort des nobles

Pour lui, Dieu fait alors appel aux Européens pour sauver les Africains. Ce qu’il firent avec un sabre dans un main et un goupillon de l’autre si on en réchappe pour donner l’extrême onction ou être converti en étant   sauvé par l’église Pour lui c’est une bénédiction qu’il y ait eu ce sabre et ce goupillon et la guerre d’épouvante pour sauver ceux qui restent des génocides européens pour les faire rentrer à tout prix dans le giron de la vraie religion tout en faisant des sous –hommes taillables et corvéables

La colonisation n’est donc apparemment pas plus à l’origine de la puissance industrielle de l’Occident qu’elle n’est la cause du sous-développement de l’Afrique. En clair, malgré toute la rapine les pays européens du Sud, l’auteur avoue que les pays du Nord sont plus développés. Naturellement, il n’attribue pas ce retard économique à une déficience scientifique économique, la cause – fausse au demeurant- est le boulet colonial.

L’auteur martèle à la suite de son renfort Jacques Marseille, que les colonies était un poids mort pour la métropole – chiffres discutables à l’appui- et que quand elle s’en est débarrassée la France s’est développée La question que nous lui posons est la suivante : Pourquoi la France est restée dans un pays qui lui coutait cher ? Pourquoi fallait il ensuite une guerre -évènements d’Algérie pendant longtemps- qui a duré huit ans, une guerre qui a laissé des cicatrices dans l’imaginaire algérien qui ne s’est pas remis d’un tsunami qui a eu lieu un matin de juillet 1830,qui s’est perpétué pendant 132 ans de malheur et de désolation et terminé avec l’extermination d’un million des meilleurs enfants Pourquoi a-t-il fallu huit ans de guerre pour qu’il y ait délestage, qu’il y ait 30000 soldats français morts pour une cause perdue d’avance malgré toutes les tentatives de « troisième force du MNA, des Bellounis, .. » , de Sahara mer intérieure »…

On est en droit de s’interroger pourquoi la propagande coloniale a-t-elle donné l’illusion aux Français nés en Algérie, qu’ils étaient là pour l’éternité en tant que colons ne faisant rien pour considérer les Algériens comme des citoyens à part entière qui avaient droit à la dignité au lieu et place du Code de l’indigénat qui leur a été infligé ?

La détresse réelle des rapatriés européens et des harkis – considérés bien plus tard comme des sous hommes par un ténor du parti socialiste n’avaient pas vocation à rester en France parce que pour de Gaulle ,ce n’était pas la patrie de leur père » , cette détresse , ils la doivent au pouvoir colonial et pour certains à leur certitude qu’ils appartenaient à une race supérieure, ne pouvant concevoir d’avoir des concitoyens algériens comme eux dans une République algérienne libre et équidistantes des espérances religieuses. L’OAS n’a fait qu’ élargir le fossé entre les communautés, et les 200.000 Français d’Algérie qui sont restés, en définitive, sur le million ont compris qu’ils n’avaient à craindre que leur avenir était en Algérie. Certains même reviennent d’une façon discrète et sont étonnés de voir comment les Algériens sont avenants dans leur accueil au point que certains regrettent d’être partis..

Certains parmi ces français d’Algérie eux se sont battus côte à côte avec les autres Algériens pour la liberté et l’indépendance de l’Algérie. Il eut été plus sage pour la France de n’être jamais venue en Algérie ou au mieux partir à partir du moment où les dépenses de la colonie étaient insupportables pour la colonie et l’empêchaient d’avoir le niveau de la Suède si elle n’avait pas perdu 132 ans à supporter une colonie qui n’a fait que prendre!!

 Ce que fut « l’œuvre positive » de l’Algérie pour la France

Sans rentrer dans le détail de tout ce qu’a fait l’Algérie pour la France durant un compagnonnage de 132 ans , nous en avons rendu compte dans plusieurs de nos écrits il nous plait de nos ressouvenir de quelques « moments’ » par exemple ce que l’auteur « oublie pieusement » d’écrire que -la France fut accompagnée dans toutes les querelles qu’elle a faites au monde- par les Algériens qui payèrent le prix du sang en vain. Non content de prendre les matières premières, le pouvoir colonial «s’empare de la force vive pour guerroyer de par le monde et offrir de la chair à canon algérienne. Mieux encore, en période de paix ce sont les tirailleurs béton qui ont participé à la reconstruction de la France, les trente glorieuses, les constructions des autoroutes, des bâtiments, des usines et tous les métiers indignes des Français ont été le lot des émigrés sans reconnaissance aucune. Dans son texte, l’auteur va jusqu’à s’apitoyer sur le sort des peuples africains, il oublie que c’est grâce à la colonisation que ces peuples sont clochardisés pour reprendre l’expression de Germaine Tillon. Qui sait s’ils n’auraient pas évolué différemment s’ils n’avaient pas été tenus soigneusement en marge du progrès et de la connaissance? Quand on pense qu’en 132 ans la colonisation a formé en Algérie moins d’un millier de personnes aucune pratiquement dans les sciences et la technologie. (4)

Le président Ferhat Abbas a déclaré lors d’une réunion avec les cadres formés alors que la guerre d’épouvante battait son plein, «nous avons formé en cinq ans plus que le système éducatif colonial en 132 ans en cadres techniques et scientifiques».

La reconnaisse des Algériens pour les « Justes »

 Cependant, le peuple algérien de par sa culture, son identité et son espérance religieuse n’est pas ingrat, il n’oublie pas les  » Justes »,  toutes celles et ceux qui l’on accompagné pendant ces 132 ans d’épreuve. Dans ce cadre, si l’éducation ne fut permise aux Algériens qu’à dose homéopathique,-nous fûmes des voleurs de feu pour reprendre l’élégante formule de Jean El Mouhouv Amrouche nous ne pouvons pas être reconnaissants à nos maîtres, ces hussards de la République qui prirent beaucoup de risques pour venir devant nous et nous éduquer. Je veux associer dans le même hommage le dévouement de beaucoup de médecins qui comprirent leur mission en soignant la détresse des Algériennes et des Algériens. Je veux enfin ajouter le dévouement de tous les Européens d’Algérie qui ont cru en la nécessité de l’indépendance de l’Algérie qu’ils considèrent à juste titre comme leur pays pour s’y être battus, je pense notamment à Claudine et Pierre Chaulet, à Daniel Timsit, à Fernand Yveton, à Maurice Audin, à Henri Maillot à Maurice Leban, l’abbé Berenguer et tant d’autres qui se dévouèrent à en mourir pour l’Algérie.

Pour ma part, je n’oublie pas d’ajouter que dans ce long et douloureux compagnonnage il y eut des Français qui défendirent la cause algérienne, je veux citer là aussi Frantz Fanon, Francis Jeanson, Jean-Paul Sartre. Ils se dévouèrent sans retenue. Notre pays grandirait en affirmant qu’à côté de Saint Arnaud qui avait «les états de service d’un chacal» à en croire Victor Hugo,, des Berthezène, des Bugeaud, il y eut des justes à qui nous témoigneront de notre reconnaissance. La nostalgérie  n’a pas d’avenir devant la réalité de la colonisation qui fut globalement négative et malheureuse pour les indigènes que nous étions.

En terminant cette analyse, je retiens le nouveau concept de colonisation heureuse voilà qui nous perturbe quant à la définition du bonheur! Les 6 millions d’Algériens qui sont passés de vie à trépas, victimes de l’oeuvre d’épouvante, de l’évangélisation forcée d’un autre enragé, le cardinal Lavigerie, des famines organisées et par-dessus tout de la torture tout au long de ces cent trente deux ans témoignent de cette colonisation heureuse; Non, la réconciliation n’est pas pour demain avec ces envahisseurs imbus de la certitude d’appartenir à la race des élus qui veulent notre bonheur à tout prix, même à celui de nous exterminer…

Prof. Chems Eddine Chitour

Ecole Polytechnique Alger

Notes

1.Bernard Lugan: Le vrai bilan de la colonisation en Afrique (L’Occident sans complexes) https://henrydelesquen.fr/2016/03/15/le-bilan-positif-de-la-colonisation-en-afrique/

2.https://salimsellami.wordpress.com/2017/10/03/en-fait-saviez-vous-que-la-tour-eiffel-est-algerienne.

3.https://www.merveilles-du-monde.com/Tour-Eiffel/Fer-de-la-tour-Eiffel.php

4.Chems Eddine Chitour : https://www.legrandsoir.info/ce-que-fut-la-colonisation-l-oeuvre-positive-de-l-algerie-envers-la-france.html

Article de référence http://www.lexpressiondz.com/chroniques/analyses_du_professeur_chitour/286569-que-du-bonheur.html