♦L’historien Ali Farid Belkadi à Ouyahia : «Au nom de quelle morale l’Algérie céderait-elle les crânes des résistants à la France ?»


Ahmed Ouyahia,

Ahmed_Ouyahia, le conseiller du président_Bouteflika, a suggéré dernièrement d’abandonner les crânes des résistants algériens entreposés à Paris. Il a clairement pris le parti des assaillants contre leurs victimes. Je suis convaincu, personnellement, qu’il aurait fait partie, au temps de Rome, de l’#élite_provinciale_berbéro_kabyle_romanisée. Cette fine fleur des provinces berbères d’antan, qui s’était dressée comme un seul homme contre la résistance de Jugurtha, n’était pas pour la déchéance de Rome ; elle faisait avec, attachée à ses commodités, à ses standings et à ses conforts, clans et castes, décorums obligent.

*Selon Ahmed Ouyahia, si les crânes des résistants algériens au Musée de l’Homme de Paris, en France, devaient être enterrés en Algérie, «ils seraient oubliés comme les millions d’autres martyrs. Mais si on les laissait dans leur boîte en France, cela leur rappellerait toujours les horreurs que la colonisation française a commises en Algérie». On m’a dit la même chose pour les centaines de stèles d’El-Hofra (Constantine), que j’avais inventoriées au Musée du Louvre, il y a quelques années : «Ces stèles sont mieux sauvegardées en France. L’Algérie ne saura pas quoi en faire. Elles disparaîtront.» L’Algérie saura quoi en faire, qui garde dans ses musées de fortunées collections, insoupçonnées de nos foules indifférentes au passé fabuleux de leur pays. Un peuple est un organisme créé par le passé, disait quelqu’un.

Mais venons-en aux ossements de nos héros qui sont retenus dans des boîtes à chaussures à six euros (le prix d’une canette de soda à la terrasse d’un café parisien), dans les armoires du principal muséum de l’ex-métropole coloniale.

Selon Ahmed Ouyahia, «enterrer ces ossements à Alger, ce serait les vouer à l’oubli, comme les millions d’autres martyrs». Mais, qui donc a négligé ces martyrs ? Si ce n’est la classe politique algérienne, les condisciples d’Ahmed Ouyahia, dont les préoccupations essentielles sont d’amonceler des biens licites et illicites, et qui agissent généralement de manière à ne pas froisser l’ancienne puissance coloniale ?

A mon humble avis, Ahmed Ouyahia est un personnage politique au bout du rouleau, achevé politiquement. Il n’est pas mandaté par les Algériens pour exiger ou suggérer ceci ou cela dans cette affaire du Musée de l’Homme. Ahmed Ouyahia est apparu dans la chose publique non pas par quelque don infus de la providence, mais par le choix d’une carrière, comme on devient boulanger, maçon ou plombier après une solide instruction. Les idées, les sentiments du passé, ceux de la génération de Novembre qui déplaça les montagnes, qui ne sont pas éteints dans le cœur, l’esprit et l’âme de la plupart des Algériens, ne lui sont pas coutumiers.

Les traces indélébiles du siècle des années de braise, qui servirent de proue à tant d’insurrections, sont toujours vivaces dans l’hyper-mémoire des Algériens. Ahmed Ouyahia est la synthèse déclinée de jeunes loups d’antan, recyclés bon an mal an dans la horde assoiffée de pouvoir, qui pèse de tout son poids sur l’Algérie. Ces martyrs du Muséum, ce ne sont pas les têtes de momies égyptiennes ou phéniciennes ni les débris humains du temps de Rome. Ils ont des noms.

Il parle d’abandonner à la France les crânes des résistants algériens détenus au Musée de l’Homme de Paris. Mais que faire des familles de ces résistants, qui ont été identifiées, dont celle du héros Mokhtar El-Titraoui, qui porte les références MNHN-HA-5944 ? Les familles sont là, vivantes et éprouvées par la situation barbare faite à leurs ancêtres.

J’ai retrouvé quelques-unes de ces familles. Dont la descendante de Mokhtar El-Titraoui, Mme Metmoura Khedoudja, une vieille et honorable dame de plus de 90 ans, qui m’a accordé sa bénédiction, dont je conserve précieusement le témoignage audio et vidéo. Elle garde toujours en mémoire les évènements qui se sont produits lors de la décapitation de Mokhtar El-Titraoui.

Voici son témoignage, héréditaire : «C’est ma grand-mère qui se prénommait Kheïra, dont Kouider El-Titraoui, le père du martyr Mokhtar était l’oncle paternel, qui m’a relaté ces évènements, en particulier la décapitation de Mokhtar El-Titraoui. Ces évènements sont connus de la famille depuis les années 1840.» Selon ce témoignage, Mokhtar El-Titraoui, le fils de Kouider, a été décapité pour son engagement dans la lutte de libération du pays. Sa tête qui avait été fixée sur une pique ou une baïonnette fut exposée sur la place du soukpour servir d’exemple à la population. Le père et le fils luttaient ensemble en Kabylie. Kouider El-Titraoui, rescapé de l’embuscade tendue par la soldatesque française, a dissimulé son identité afin de ne pas être reconnu par les Français et leurs supplétifs indigènes. Ensuite, le corps sans tête de Mokhtar El-Titraoui a été amené de Grande Kabylie jusqu’à sa région natale, à Boukhari. Sa vie durant, il avait formulé le vœu d’être inhumé à M’fatha, parmi les siens. Il sera enterré à Ben Khefir, dans un endroit appelé El-Faïdja, dans la tribu des M’fatḥa, selon Mme Matmoura Khedoudja, sa descendante. Sa famille a refusé qu’il soit enterré seul, à l’écart du caveau familial.

Mokhtar El-Titraoui, un «Arabe» qui lutta aux côtés de ses frères kabyles, s’est marié en Kabylie et il aurait eu une fille avec une femme kabyle. Kouider, le père, repose dans sa terre natale dans la tribu des Ouled El-Boukhari, commune de M’fatḥa, daïra de Ksar El-Boukhari, wilaya de Médéa (ex-Titteri), aux côtés de ses ancêtres, dont son père, feu Sidi M’hamed Ben Farhat et sa mère Al-Aouniya (Témoignage vidéo du 25 mai 2013)

Que fait Ahmed Ouyahia des souvenirs émouvants de cette noble famille de Chorfas, qui appartient aux Ahl Al-Beyt ? Que faire d’une autre famille, de Moussa El-Darkaoui, le saint de Djelfa, qui porte le n° MNHN-HA-594 au Muséum de Paris, dont les descendants sont également connus ?

Un siècle avant les maquis de la guerre de Libération nationale, les mêmes populations des régions de Skikda, Sétif, Béjaïa, la Mitidja et d’ailleurs dans toute l’Algérie, dont les insoumis Touareg à l’ordre colonial, avaient déjà pris part à la lutte armée contre la colonisation française. Ce sont ces gens-là qui ont été décapités par les Français.

J’ai tiré de l’ombre cet ensemble d’hommes et de mouvements dont l’importance est négligée et passée sous silence dans les livres algériens d’histoire tronqués et obsolètes. Les révoltes dans l’Algérie coloniale qui ont précédé la guerre de Libération 1954-1962, ne se résument pas seulement à la résistance d’Abdelkader dans l’Ouest algérien, jusqu’en 1847, ni à la révolte de Mohamed et Boumezrag Mokrani en Kabylie, de mars à octobre 1871

De quel droit l’Algérie vertueuse et probe céderait-elle ces ossements aux Français ? Au nom de quelle morale et de quelles valeurs universelles ?

La France à travers ses musées a adhéré à la résolution qui a été adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU, le 13 septembre 2007. Celle-ci enjoint aux Etats (barbares européens), dans ses articles 11 et 12, d’accorder réparation aux peuples autochtones. L’article 12 précise que «les Etats veillent à permettre l’accès aux objets de culte et aux restes humains en leur possession et/ou leur rapatriement, par le biais de mécanismes justes, transparents et efficaces mis au point en concertation avec les peuples autochtones concernés».

Le code de déontologie de l’Icom, le Conseil international des musées, aboutissement de six années de révisions, a été formellement approuvé lors la 21e Assemblée générale à Séoul, en octobre 2004. Il a largement abordé cette question de ce qui est encore pudiquement appelé «le matériel culturel et sensible». Un certain nombre de principes ont été fixés pour favoriser les retours des restes humains éparpillés dans les musées à travers le monde. Les Africains, dont les Algériens, détiennent-ils des cadavres d’hommes blancs dans leurs armoires ?

La France a adhéré à cette résolution internationale. De nombreux pays ont déjà répondu favorablement à ces demandes. La France ne bouge pas. Sauf en ce qui concerne les restes maoris, qui ont été retournés au peuple aborigène de la Nouvelle-Zélande.

Ahmed Ouyahia voudrait que la France continue de garder les ossements de nos martyrs dans une armoire, à la manière des assiettes de Limoges qui sont soigneusement rangées dans les dessertes des salles à manger. Ahmed Ouyahia rajoute : «Je me demande pourquoi cette question des crânes a été soulevée il y a deux années.» Il est mal informé. La question des crânes a été soulevée par moi dès le mois de mars 2011. J’ai donc la prétention de connaître cette affaire sensible, pour l’avoir entretenue durant des années. J’ai mis trois années pour écrire mon livre, Boubaghla, le sultan à la mule grise, la résistance des Chorfas, paru à la fin de l’année 2014, qui éclaircit un pan obscur de l’histoire algérienne contemporaine, resté dans l’ombre. Je n’ai jamais baissé les bras dans cette affaire.

Ahmed Ouyahia peut formuler une demande de prêt de ces têtes au Muséum de Paris. Le prêt de ces têtes peut durer de quelques jours à plusieurs semaines. Cela ne devrait pas poser de problèmes ; c’est relativement simple s’agissant de prêt pour exposition et non pas de prêts scientifiques. Il suffit de préciser les dates d’exposition, le lieu, la liste complète des spécimens sollicités, les conditions de présentation et de conservation…

Afin que les Algériens puissent admirer leurs héros, les priser temporairement et se souvenir de leurs luttes, avant leur retour définitif vers leurs boîtes en carton à la métropole française démocratique et républicaine. Il suffit de retourner un questionnaire au Muséum de Paris à compléter par l’emprunteur. Les frais d’emballage et de transport vers Alger étant assurés par les équipes professionnelles de Musée de Paris.

Les forums inspirés de la déclaration d’Ouyahia parlent de simple dérision de sa part. Il se serait donc exprimé par moquerie ou plaisanterie, allusivement. On ne plaisante pas ainsi sur le sort malheureux de nos héros, morts les armes à la main et décapités, dont les têtes ont été expédiées à Paris dans des tonneaux, avant de finir dans des boîtes en carton à 6 euros.

Selon Ahmed Ouyahia, le conseiller du président Bouteflika, «l’État algérien ne veut toujours pas se positionner officiellement sur ce dossier». Hélas !, il n’a rien compris. Il ne s’agit pas de se positionner sur ce dossier. Il s’agit de défendre officiellement la mémoire collective des Algériens. Ces têtes du muséum, qui appartiennent à des martyrs de la lutte de Libération nationale, font partie du factum national, elles méritent leur belle part de commémoration, ainsi que la reconnaissance impérissable de la nation algérienne.

La dette envers ces martyrs vaut bien plus que les protocoles habiles et les décorums ministériels.

Ali_Farid_Belkadi 12 Oct, 2016

Historien, anthropologue, auteur notamment de Boubaghla le sultan à la mule grise. La résistance des Chorfas, éditions Thala, Alger

http://slisel.over-blog.com/…/l-historien-ali-farid…?

♦ Mediapart et ses gros ciseaux


Quand Médiapart censure un collaborateur du Grand Soir

Ahmed BENSAADA

Le saviez-vous ? Médiapart a de gros ciseaux. Aussi gros que la bêtise, l’information biaisée et le manque d’éthique professionnelle, tous réunis dans le même lieu. Oui, Mediapart, le canard du moustachu trotskyste, celui-là même dont les pratiques journalistiques très louches ont été étalées dans « La Face cachée du Monde » et qui ont mené à sa démission de la direction du Monde. Celui-là même dont on disait :

« En matière d’investigation, il ne faisait rien d’autre que de recopier les fiches des renseignements généraux et reprendre les matériaux que ses amis syndicalistes policiers lui amenaient régulièrement ».

C’est dans son journal, Mediapart, transformé par je ne sais quelle escroquerie intellectuelle en « temple de la déontologie », qu’une géante paire de ciseaux a été érigée en totem de la censure.

Et cet outil a été récemment utilisé à l’occasion d’un piteux article signé par Rachida El Azzouzi, une journaleuse qui a fait du Hirak algérien un fonds de commerce lucratif (on y reviendra dans un article plus approfondi). La disciple du moustachu trotskyste titra, sans cligner des yeux et en bombant le torse : « En Algérie, le journalisme continue de mener en prison ».

Bien que je sois personnellement contre l’emprisonnement des journalistes dans le cadre de l’exercice de leur fonction, il est quand même étonnant de constater les nombreuses lacunes qui jonchent son texte. Et en journalisme cela porte un nom : « mensonge par omission ».

Tout d’abord, elle passe sous silence le fait que Radio M, dirigée par Ihsane El Kadi, un autre moustachu trotskyste (bizarre, bizarre, comme c’est étrange…) a été financée par le Quai d’Orsay et, de ce fait, sert directement ou indirectement les intérêts français. Cela a été explicité de manière détaillée dans un de mes articles. Mme El Azzouzi pourrait-elle nous dire dans quel pays occidental un média supposé national peut être largement financé par une puissance étrangère ? Et dans quel but ?

Ensuite, elle omet sciemment de dire que le mouvement Rachad a été classé comme organisation terroriste par le gouvernement algérien, alors que cela est de notoriété publique.

Finalement, dans sa diatribe contre l’Algérie, elle fait intervenir l’organisation fantoche « Reporters sans frontières » (RSF). En effet, le rôle de ce « machin » autoproclamé « défenseur de la liberté de la presse et des journalistes » a été très souvent trainé dans la boue. Rappelons que RSF a été (est encore ?) largement financé par la United States Agency for International Development (USAID) et la National Endowment for Democracy (NED), deux organisations étatiques américaines qualifiées de « paravents de la CIA », spécialisées dans les « regime change » à travers le monde. Et cela, sans compter l’Open Society Institute de George Soros et d’autres officines du même acabit.

Alors, Mme El Azzouzi, le mensonge par omission, cela mène à quoi d’après vous ?

Mais revenons à notre paire de ciseaux, si chère à Mediapart.

Répondant au titre provocateur d’El Azzouzi qui était donc « En Algérie, le journalisme continue de mener en prison », mon ami le journaliste Jacques-Marie Bourget commenta son article avec six petits mots :

« Et en Israël à la mort » (1).

Son commentaire fut immédiatement censuré par les gardiens du « totem du ciseau » qui se fendirent d’une explication abracadabrante enveloppée dans un ridicule galimatias.

Pourquoi l’avoir censuré ? Le journalisme ne mène-t-il pas à la mort en Israël ? Depuis l’an 2000, pas moins de 55 journalistes palestiniens ont été tués par l’armée israélienne. La dernière en date est Shirine Abou Aqleh (Paix sur son âme) qui a été abattue par l’ignoble soldatesque israélienne. Y a-t-il un autre pays qui peut se « vanter » d’un tel record ?

Et Jacques-Marie Bourget n’a-t-il pas été ciblé par l’État hébreu dans l’exercice de ses fonctions ? Il ne doit sa survie qu’à un extraordinaire miracle. Ce n’est que par hasard qu’en Israël, le journalisme ne l’ait pas conduit, lui aussi, à la mort tout comme ses 55 collègues.

Et il peut en parler lui. Hier, aujourd’hui et demain. Car il n’est pas un journaliste de canapé comme El Azzouzi qui griffonne ses articles bidons en sirotant sa camomille. Il l’a sentie, lui, cette balle du sniper israélien qui a traversé sa chair pour chercher son cœur.

Et qu’a fait cette perfide association nommée RSF pour défendre sa cause ? Rien, absolument rien.

À ce sujet, Jacques-Marie Bourget est clair :

« Si RSF ne m’a pas défendu, c’est pour ne pas offenser l’Etat d’Israël auteur d’une tentative d’assassinat contre moi. Entre le soutien de Tel -Aviv et moi, le choix a été vite fait. C’était Israël ».

Alors, ne peut-on pas dire que le comité de censure de Mediapart a fait la même chose avec le commentaire de Jacques-Marie Bourget ? N’a-t-il pas tiré sur ses six mots afin de ne pas « offenser » Israël ?

Où est donc passée la solidarité d’un média français avec un journaliste français qui a failli succomber aux balles des assassins de la liberté d’expression ? Où sont passées l’éthique et la déontologie journalistiques dont on nous bassine les yeux et les oreilles à longueur de pixels et de vocalises ?

Après 55 décès, Rachida El Azzouzi (ainsi que tous les trotskystes de ce monde, moustachus ou pas) aura-t-elle le courage de pleurer Shirine Abou Aqleh et d’accuser Israël de sa mort en titrant :

« En Israël, le journalisme continue de mener à la mort »

ne serait-ce qu’une fois dans sa vie, sans cligner des yeux et en bombant le torse ?

https://www.legrandsoir.info/il-est-scientifiquement-prouve-qu-une-bal… ]

»»http://www.ahmedbensaada.com/index.php++cs_INTERRO++option=com_content++cs_AMP++amp ;view=art…

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https://www.legrandsoir.info/mediapart-et-ses-gros-ciseaux.html

♦ Ces juifs orientaux honnis par Israël


Dans un film qui sort le 8 juin 2022 en France, Mizrahim, les oubliés de la terre promise (2022), Michale Boganim revient sur l’histoire de ces juifs orientaux « montés » en Israël et qui se heurteront au mépris et au racisme des élites ashkénazes.

« Ma fille, j’aimerais te dire que je suis une exilée de la Terre promise. Enfant, ce départ, je l’ai vécu comme une déchirure… On ne quitte pas le paradis de l’enfance sans un sentiment de trahison. » C’est sur ces mots adressés à sa fille que s’ouvre le documentaire de Michale Boganim, Mizrahim, les oubliés de la terre promise. Des mots qui pourraient être ceux de n’importe quel exilé de ce monde, blanc ou noir, occidental ou oriental.

Née en Israël à Haïfa, Michale Boganim a d’abord étudié la philosophie à l’université hébraïque de Jérusalem avant de se consacrer à l’anthropologie à Paris sous la direction de Jean Rouch et d’intégrer la National Film School de Londres. Elle a réalisé notamment Tel Aviv/Beyrouth (2021), La Terre outragée (2012) et Odessa… Odessa ! (2005).

UNE ÉLITE ASHKÉNAZE IGNORANTE DU MONDE ARABO-MUSULMAN

Avec Mizrahim, les oubliés de la terre promise, Michale Boganim signe une œuvre à la fois personnelle et historique dédiée aux mizrahim (orientaux en hébreu), les juifs venus du monde arabe et des pays musulmans (Proche-Orient et Afrique du Nord), mais aussi de Géorgie, des Balkans, d’Iran, du Yémen, d’Inde ou du Kurdistan. Souvent partis à la hâte, ces juifs orientaux ont fait leur aliyah (montée) vers Israël peu après la naissance de l’État hébreu. Fondé par des juifs occidentaux, l’État d’Israël naissant était alors dirigé par une élite ashkénaze travailliste ignorant tout du monde arabo-musulman, voire le méprisant. Les mizrahim y furent longtemps traités comme des citoyens de seconde zone, au même titre que les « Arabes » palestiniens, ou les Éthiopiens aujourd’hui.

Venus du Maroc, d’Irak, du Yémen, de Libye…, les mizrahim étaient venus réaliser eux aussi leur rêve d’un État juste et égalitaire en terre promise. La réalité fut moins rose. « We don’t promise you a rose garden », annonçait en 1971 un slogan du ministère de l’immigration et de l’absorption placardé dans tous les offices d’immigration du monde. Mais au lendemain de l’indépendance, on faisait moins dans la dentelle. Il fallait vite peupler Israël et trouver une main-d’œuvre corvéable et bon marché, juive ou pas.

De la Terre promise « où coulent le lait et le miel », les mizrahim ne goûtèrent qu’à la saveur amère des ma’abarot (camps de transit) et des « villes de développement », qui tardent encore aujourd’hui à prospérer. D’abord des tentes plantées serrées les unes contre les autres, balayées par le sable, puis des cités-dortoirs comme on en connaît dans les banlieues parisiennes pauvres, mais chauffées à blanc par un soleil implacable. Bâties à la hâte pour peupler le désert du Negev face à Gaza, des villes comme Yeruham, Sderot, Dimona, Ofakim surgissent du sable, éloignées de tout, sans eau, sans transport. L’Agence juive n’y installe que des juifs orientaux. Comme si « on avait pris des morceaux du peuple juif et on les avait jetés ensemble dans une réserve naturelle, avec les bons côtés de la réserve, mais aussi avec les aspects durs du ghetto », explique l’essayiste Haviva Pedaya, enseignante à l’Université Ben Gourion du Néguev.

Des blocs rectangulaires de HLM (« chikounim »), nus, parfaitement alignés, sans arbre ni végétation, plantés au milieu de nulle part, où l’on mord la poussière à longueur d’année. Où l’on subit la plaie du chômage, l’oisiveté, l’ennui, la pauvreté, la désolation, l’absence d’infrastructures culturelles, la délinquance, la drogue. Aucun espoir d’en sortir ni de grimper un beau jour dans l’échelle sociale.

MARX ET LA BIBLE

C’est après la mort de son père que Michale Boganim se lance dans la réalisation de ce documentaire, en germe depuis plusieurs années. Membre fondateur du mouvement israélien des Panthères noires (« des gens pas sympathiques », disait d’eux la première ministre Golda Meïr, non sans mépris), Charles Boganim créera par la suite une association d’aide aux enfants des villes de développement (Oded) pour lutter contre la relégation des mizrahim dans les quartiers misérables de la périphérie. Mais il finit par jeter l’éponge et quitte Israël. Arrivé du Maroc en 1965, des rêves de justice et d’égalité plein la tête, Charles Boganim voulait « participer à la construction de ce pays nouveau, qu’il a imaginé fondé sur une société juste et égalitaire », un pays né « d’une constellation de rêves souvent contradictoires, les uns nourris par Marx, les autres par la Bible ».

Dans ce road-movie, Michale Boganim va de ville en ville à la rencontre de témoins. D’abord la ville de Yeruham, que son maire Michaël Biton, fils d’immigrés marocains de Ouarzazate Tamassinte, s’évertue à développer pour attirer de nouvelles populations. Contre leur gré, et croyant arriver à Jérusalem, les émigrés du Maroc y furent déversés en masse dans les années 1950-1960, de préférence la nuit pour ne pas découvrir la supercherie.

Puis la ville de Lod, où le poète Erez Bitton, né à Oran de parents marocains, émigre à la fin des années 1940. Après quelques mois dans un camp de transit de Ra’anana, ses parents occupent une maison arabe de Lod puis une « cabane ». Les enfants jouent dans les terrains vagues alentour. Sans le savoir, ils s’emparent d’une grenade, qui traîne là. Erez Bitton, alors âgé de 10 ans, est gravement blessé, il perd une main et la vue. Reconnu comme le père fondateur de la « poésie israélienne orientale », il écrit ses premières œuvres dans les années 1960-1970, perçues alors comme marginales. Il faudra attendre l’année 2015 pour qu’il bénéficie d’une reconnaissance officielle en recevant le prestigieux prix Israël de poésie et de littérature hébraïque.

DES IMAGES DE PROPAGANDE

À Elyakhin (au sud de Hadera), l’activiste d’origine yéménite Shlomi Hatuka rappelle que la plupart des Israéliens ont eu des comportements racistes envers les mizrahim, toujours décrits comme des gens « violents, bêtes, machistes et criminels ». La grand-mère de Shlomi s’est fait voler sa fille dans les années 1960, alors il fonde une association pour documenter ces disparitions et recueillir les témoignages de femmes yéménites dont le nouveau-né a été enlevé et confié (ou vendu) pour adoption.

Tous ces témoignages sont émaillés d’images d’archives du Fonds Spielberg (pour beaucoup des images de propagande de l’Agence juive acquises par le Fonds) et de la télévision israélienne montrant l’arrivée d’immigrés orientaux souriants, et émus de fouler le sol de la Terre promise.

Depuis ces années noires, les Orientaux ont continué à faire parler d’eux, pour le meilleur ou pour le pire. Ils contribuèrent notamment au renversement du pouvoir travailliste historique en votant massivement en 1977 pour le Likoud de Menahem Begin, sans jamais changer de bord politique depuis. David Lévy, un des premiers ministres israéliens du Likoud à être né au Maroc, fit en son temps l’objet de nombreuses railleries et plaisanteries racistes dans les milieux ashkénazes. Puis ils fondèrent le parti politique ultra-orthodoxe Shas en 1984, présidé par l’indéboulonnable Aryé Dery, qui fut à deux reprises ministre de l’intérieur malgré des accusations de corruption.

Et en 2016, le poète Erez Biton fut chargé par le ministre de l’éducation de l’époque Naftali Bennett de proposer des recommandations sur l’intégration des communautés orientales dans la société israélienne. Répondant enfin au vif désir de la chanteuse d’origine marocaine Neta Elkayam, qui aurait tant voulu entendre parler de l’histoire de sa grand-mère à l’école, une histoire marocaine exclue de la grande geste officielle d’Israël.

RITA SABAH

Journaliste et traductrice, elle a collaboré notamment avec Le Monde diplomatique, l’ONG Article 19 et les éditions La Découverte

● Ex-députés, ex-sénateurs : que sont-ils devenus ?


Il suffit juste d’avoir goûté à l’ivresse d’un seul mandat pour que l’on devienne otage malheureux de ce prestige avachi et de ces privilèges perdus. Une fois out l’hémicycle, tout s’estompe, l’on range ses cravates bigarrées, ses costumes cuivrés, ses mocassins dorés et l’on garde l’amertume au bout des soupirs et des regrets de voir le vieux beau temps finir de sitôt. Elle est difficile l’accoutumance, elle torture, elle crucifie en silence. Rares sont ceux qui savent s’en découdre. C’est dans les parages des deux Assemblées, à Alger, sur la terrasse de la Rotonde qu’ils viennent sentir leurs victoires disparues et leurs lauriers fanés. Le temps subi à applaudir et à lever haut les mains est un manque à ne pouvoir le combler que par le retour sur des selfies avec d’anciens ministres qu’ils ne peuvent ni montrer ni diffuser en réseau social. Tous ou presque ont été les adeptes du cadre et roulaient pour le cinquième mandat dont ils ne disent plus rien maintenant. Même Bouteflika, par qui juraient-ils à tous les podiums, n’est plus un mot utile à prononcer. Certains de ces ex-députés et sénateurs s’effacent dans les places de leurs provinces et ne soufflent le bon vent qu’une fois installés sur une chaise de café en face de l’Aletti ou de la Grande Poste. C’est là qu’ils croient grandir pour ne pas se voir mourir tout de suite là où l’urne les a vu naître. Les autres, à défaut d’être dans la grande avenue Zighoud Youcef, se rabattent sur les environs du siège de leur wilaya. Là où ils bombaient le torse et s’évanouissaient dans les sofas soyeux du salon d’honneur des walis. De loin, à l’abri des regards, à bord de véhicules, ils sustentent leur ego flétri par les souvenances et les bobards envers ceux qui ne les ont pas connus p’tits poussins de laboratoire. Attablés, je les ai vus, avec les nouveaux venus, tous tombés sous le charme de l’enthousiasme du moment; les ex tiennent à relater tel un conte biblique leur passage sur les bancs des immeubles formant la belle façade maritime algéroise. Ils ne disent plus rien sur l’exploit du cadenas ou sur la déferlante mouvance du 22 février qu’ils tentent de s’en y identifier louant ses effets. L’audace aussi persiste à couvrir sans gêne et à l’éternité leur drôle de visage. Mayna ! Pour preuve qu’aucun sens partisan ou idéologique n’était leur priorité, n’ayant de prévalence que le tremplin recherché; ils ne pointent plus aux instances de base de leurs partis. Fini l’élan de dissuasion, les yeux doux et le verbe enivrant. S’occuper et remplir son vide temporel par une réjouissance inachevée ou par un investissement quelconque ne peut suppléer le rang social qu’ils croyaient avoir acquis. Ils semblaient avoir été quelque chose, ils sont rien du tout. C’est naturel, quand on provient du néant, on réintègre en fin de course ce même néant. Quant aux élus locaux à mandat échu, la nostalgie du poste les dévore à la mesure du lourd temps qui passe depuis leur extinction. Les cérémonies ne sont plus au rendez-vous. Ni les audiences ni les sollicitations. Ils les guettent à la moindre occasion.

Lorsqu’on bâtit sa personne sur le précaire et l’on se convainc que c’est durable, c’est à l’angoisse, à l’isolation de vous tenir compagnie. Ce phénomène d’accoutumance est parfois vécu dans la chair et ne s’avoue jamais en public. On le malaxe à l’intérieur de soi, mais il reste visible chez les observateurs pertinents. «A qui racontes-tu, ton Zabor, ô Daoud» !? La pension grasse et gracieuse, l’aisance financière, le confort matériel des rejetons ne suffiront pas à compenser la considération sociale que l’on prétendait avoir. Il manquera toujours cette position valorisante, même fausse, dans la hiérarchie du douar.

par El Yazid Dib

http://www.lequotidien-oran.com/?news=5312836

♦ Les abus montrent que l’affaire Assange n’a jamais été une affaire de droit


Il est étonnant de voir combien de fois on entend encore des gens bien informés et raisonnables dire de Julian Assange : « Il a fui les accusations de viol portées contre lui en Suède en se réfugiant à l’ambassade de l’Équateur à Londres. »

Cette courte phrase comporte au moins trois erreurs factuelles. En fait, pour la répéter, comme tant de gens le font, il faudrait avoir vécu sur une île déserte au cours de la dernière décennie – ou, ce qui revient à peu près au même, s’être fié aux médias commerciaux pour s’informer sur Assange, y compris auprès d’organes de presse prétendument progressistes comme le Guardian et la BBC.

Ce week-end, un éditorial du Guardian – la voix officielle du journal et probablement la rubrique la plus suivie par les dirigeants – a fait une telle fausse déclaration :

Il y a ensuite l’accusation de viol dont M. Assange a fait l’objet en Suède et qui l’a conduit à chercher refuge dans l’ambassade d’Équateur.

Le fait que le Guardian, censé être le principal défenseur des valeurs libérales dans les médias britanniques, puisse faire cette déclaration pleine d’erreurs après près d’une décennie de couverture de l’affaire Assange est tout simplement stupéfiant. Et qu’il puisse faire une telle déclaration quelques jours après que les États-Unis ont finalement admis qu’ils voulaient enfermer Assange pendant 175 ans sous de fausses accusations d’ »espionnage » – une mesure que toute personne qui n’était pas volontairement aveugle a toujours su que les États-Unis se préparaient à prendre – est encore plus choquant.

Assange ne fait encore l’objet d’aucune accusation en Suède, et encore moins d’ »accusations de viol ». Comme l’a récemment expliqué l’ancien ambassadeur britannique Craig Murray, le Guardian a induit ses lecteurs en erreur en affirmant à tort que la tentative d’extradition d’Assange par une procureure suédoise – alors que sa démarche n’a pas reçu l’approbation du système judiciaire suédois – équivaut à son arrestation pour viol. Ce n’est pas le cas.

De plus, Assange n’a pas cherché refuge dans l’ambassade pour échapper à l’enquête suédoise. Aucun État au monde n’accorde l’asile politique à un non-citoyen pour éviter un procès pour viol. L’asile fut accordé pour des raisons politiques. L’Équateur a accepté à juste titre les inquiétudes d’Assange, qui craignait que les États-Unis ne demandent son extradition et ne l’enferment à l’abri des regards pour le reste de sa vie.

L’évolution de la situation a donné – une fois de plus – résolument raison à Assange.

Pris au piège de la pensée collective

Le fait que tant de gens ordinaires continuent de commettre ces erreurs fondamentales a une explication très évidente. C’est parce que les médias commerciaux continuent à répéter ces erreurs.

Ce n’est pas le genre d’erreurs que l’on peut expliquer par le fait que les journalistes, qui courent après les nouvelles de dernière minute dans des bureaux vidés de leur personnel par des réductions budgétaires, sont trop surchargés pour couvrir correctement les sujets.

Les journalistes ont eu de nombreuses années pour mettre les faits au clair. À l’ère des médias sociaux, les journalistes du Guardian et de la BBC [et français – NDT] ont été bombardés par des lecteurs et des militants de messages leur expliquant qu’ils se trompent sur des faits essentiels dans l’affaire Assange. Mais les journalistes continuent quand même à le faire. Ils sont prisonniers d’une pensée collective totalement déconnectée de la réalité.

Plutôt que d’écouter les experts ou le bon sens, ces « journalistes » continuent de régurgiter le discours de l’État sécuritaire britannique, qui sont pour ainsi dire identiques à celui de l’État sécuritaire américain.

Ce qui est si frappant dans la couverture de l’affaire Assange, c’est le nombre impressionnant d’anomalies juridiques dans son cas – et celles-ci se sont accumulées sans relâche depuis le tout début. Presque rien dans son cas ne s’est déroulé selon les règles normales de la procédure juridique. Et pourtant, ce fait très révélateur n’est jamais remarqué ou commenté par les médias commerciaux. Il faut avoir un angle mort de la taille de Langley, en Virginie, [siège de la CIA – NdT] pour ne pas le remarquer.

Si Assange n’était pas à la tête de Wikileaks, s’il n’avait pas mis dans l’embarras les plus importants États occidentaux et leurs dirigeants en divulguant leurs secrets et leurs crimes, s’il n’avait pas créé une plateforme permettant aux lanceurs d’alerte de révéler les outrages commis par l’establishment du pouvoir occidental, s’il n’avait pas sapé le contrôle de cet establishment sur la diffusion de l’information, rien des dix dernières années n’aurait suivi le cours qu’il a pris.

Si Assange ne nous avait pas fourni une révolution de l’information qui sape la matrice narrative créée pour servir l’État sécuritaire américain, deux Suédoises – mécontentes de la conduite sexuelle d’Assange (voir ci-dessous) – auraient obtenu exactement ce qu’elles ont dit vouloir obtenir dans leurs dépositions : des pressions de la part des autorités suédoises pour qu’il subisse un test de dépistage du SIDA afin de les rassurer.

Il aurait été autorisé à rentrer au Royaume-Uni (comme la procureure suédoise l’a en fait autorisé à le faire) et aurait pu continuer à développer et à affiner le projet Wikileaks. Cela nous aurait tous aidés à prendre conscience de manière plus critique de la façon dont nous sommes manipulés – non seulement par nos services de sécurité, mais aussi par les médias commerciaux qui leur servent si souvent de porte-parole.

C’est précisément pourquoi cela ne s’est pas produit et pourquoi Assange est en détention sous une forme ou une autre depuis 2010. Depuis lors, sa capacité à jouer son rôle de dénonciation des crimes d’État en série et de haut niveau a été de plus en plus entravée, au point qu’il pourrait ne plus jamais être en mesure de superviser et de diriger Wikileaks.

Sa situation actuelle – enfermé dans la prison de haute sécurité de Belmarsh, en isolement et privé d’accès à un ordinateur et de tout contact significatif avec le monde extérieur – repose jusqu’à présent uniquement sur le fait qu’il a commis une infraction mineure, à savoir la violation de sa liberté sous caution. Une telle infraction, commise par n’importe qui d’autre, n’entraîne presque jamais de poursuites, et encore moins une longue peine d’emprisonnement [50 semaines de prison, peine accomplie – JA est détenu depuis deux ans en préventif… dans une prison de haute sécurité – NdT].

Voici donc une liste loin d’être complète – aidée par les recherches de John Pilger, Craig Murray et Caitlin Johnstone, ainsi que par le travail d’enquête original de la journaliste italienne Stefania Maurizi – de certaines des anomalies les plus flagrantes dans les ennuis judiciaires d’Assange. Vous en trouverez 17 ci-dessous. Chacune d’entre elles aurait pu être possible de manière isolée. Mais prises ensemble, elles constituent une preuve accablante qu’il n’a jamais été question d’appliquer la loi. Dès le début, Assange a été persécuté politiquement.

Aucune autorité judiciaire

* À la fin de l’été 2010, aucune des deux femmes suédoises n’a allégué qu’Assange les avait violées lorsqu’elles ont fait leur déclaration à la police. Elles se sont rendues ensemble au poste de police après avoir appris qu’Assange avait couché avec les deux à quelques jours d’intervalle et voulaient qu’on le contraigne à passer un test de dépistage du sida. L’une des femmes, SW, a refusé de signer la déclaration de police lorsqu’elle a compris que la police cherchait à inculper Assange pour viol. L’enquête concernant la deuxième femme, AA, portait sur une agression sexuelle spécifique à la Suède [des rapports sexuels consentis sans protection peuvent être qualifiés de « viol mineur » (« minor rape ») – NdT]. Un préservatif produit par AA, qu’Assange aurait déchiré lors d’un rapport sexuel, ne contenait ni son ADN ni celui d’Assange, ce qui a sapé sa crédibilité.

[si AA est une figure politique connue en Suède, SW a étrangement et littéralement disparu. – NdT]

* Les médias suédois ont violé les lois strictes de la Suède protégeant les suspects pendant les enquêtes préliminaires pour salir Assange comme un violeur. En réponse, la procureure en chef de Stockholm, Eva Finne, a pris les choses en main et a rapidement clos l’enquête : « Je ne crois pas qu’il y ait de raison de soupçonner qu’il a commis un viol. » Elle conclut plus tard : « Il n’y a aucun soupçon de quelque crime que ce soit. »

* L’affaire a été relancée par une autre procureure, Marianne Ny, bien qu’elle n’ait jamais interrogé Assange. Il a passé plus d’un mois en Suède à attendre l’évolution de l’affaire, mais les procureurs lui ont ensuite dit qu’il était libre de partir pour le Royaume-Uni, suggérant que les soupçons à son encontre n’étaient pas considérés comme suffisamment sérieux pour le détenir en Suède. Néanmoins, peu après, Interpol a émis une alerte rouge pour Assange, habituellement réservée aux terroristes et aux criminels dangereux.

* La Cour suprême du Royaume-Uni a approuvé une extradition vers la Suède sur la base d’un mandat d’arrêt européen (MAE) en 2010, bien que celui-ci n’ait pas été signé par une « autorité judiciaire », mais uniquement par la procureure suédoise. Les termes de l’accord MAE ont été modifiés par le gouvernement britannique peu après l’arrêt rendu contre Assange afin de s’assurer qu’un tel abus de procédure légale ne se reproduise plus.

[En émettant – illégalement – son mandant d’arrêt, Marianne Ny a prétendu citer les dépositions des femmes tout en déformant leurs propos pour leur faire dire qu’Assange avait eu un comportement violent et agressif. NdT]

* La Cour suprême du Royaume-Uni a également approuvé l’extradition d’Assange, même si les autorités suédoises ont refusé d’offrir l’assurance qu’il ne serait pas extradé vers les États-Unis, où un grand jury élaborait déjà en secret des accusations draconiennes contre lui en vertu de l’Espionage Act. Les États-Unis ont également refusé de donner l’assurance qu’ils ne demanderaient pas son extradition.

* Dans ces circonstances, Assange s’est réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres à l’été 2012, demandant l’asile politique. C’était après que la procureure suédoise, Marianne Ny, ait bloqué la possibilité pour Assange de faire appel à la Cour européenne des droits de l’homme.

* L’Australie a non seulement refusé à Assange, citoyen australien, toute aide pendant sa longue épreuve, mais la première ministre Julia Gillard a même menacé de lui retirer sa citoyenneté, jusqu’à ce qu’on lui fasse remarquer qu’il serait illégal pour l’Australie de le faire.

* La Grande-Bretagne, quant à elle, a non seulement encerclé l’ambassade d’une importante force de police à grands frais, mais William Hague, le ministre des Affaires étrangères, a menacé de bafouer la Convention de Vienne et de violer le territoire diplomatique de l’Équateur en envoyant la police britannique dans l’ambassade pour arrêter Assange.

Six ans de tergiversations.

* Bien qu’Assange faisait toujours officiellement l’objet d’une enquête, Marianne Ny a refusé de se rendre à Londres pour l’interroger, bien que des entretiens similaires aient été menés par des procureurs suédois 44 fois au Royaume-Uni pendant la période où Assange s’est vu refuser ce droit.

* En 2016, les experts juridiques internationaux du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, qui se prononce sur le respect par les gouvernements de leurs obligations en matière de droits de l’homme, ont jugé qu’Assange était détenu illégalement par la Grande-Bretagne et la Suède. Bien que ces deux pays aient participé à l’enquête de l’ONU et qu’ils aient apporté leur soutien au tribunal lorsque d’autres pays ont été reconnus coupables de violations des droits de l’homme, ils ont résolument ignoré sa décision en faveur d’Assange. Le ministre britannique des affaires étrangères, Phillip Hammond, a carrément menti en affirmant que le gruoupe des Nations unies était « composé de profanes et non d’avocats ». Le tribunal est composé d’éminents experts en droit international, comme en témoigne leurs CV. Néanmoins, ce mensonge est devenu la réponse officielle de la Grande-Bretagne à la décision de l’ONU. Les médias britanniques n’ont pas fait mieux. Dans un éditorial du Guardian, le verdict fut présenté comme un simple « coup de pub ».

* Ny a finalement cédé à l’idée d’interviewer Assange en novembre 2016, une procureure suédoise fur envoyée à Londres après six ans de tergiversations. Toutefois, l’avocat suédois d’Assange fut empêché être présent. Ny elle-même devait être interrogée sur cet entretien par un juge de Stockholm en mai 2017, mais elle a clos l’enquête contre Assange le jour même.

* En fait, la correspondance qui a été révélée plus tard dans le cadre d’une demande de liberté d’information [FOI] – menée par la journaliste d’investigation italienne Stefania Maurizi – montre que le ministère public britannique, le CPS, a fait pression sur la procureure suédoise pour qu’elle ne se rende pas à Londres pour interroger Assange en 2010 et 2011, créant ainsi l’impasse de l’ambassade.

* Le CPS a également détruit la plupart de la correspondance incriminée pour contourner les demandes du FOI. Les courriels qui ont fait surface ne l’ont été que parce que certaines copies ont été accidentellement oubliées lors de la destruction. Ces courriels étaient déjà suffisamment graves. Ils montrent qu’en 2013, la Suède voulait abandonner les poursuites contre Assange, mais qu’elle avait subi de fortes pressions britanniques pour continuer à faire semblant de demander son extradition. Il y a des courriels du CPS qui disent : « Ne vous avisez pas » d’abandonner l’affaire, et le plus révélateur de tous : « Sachez que cette affaire n’est pas traitée comme une simple extradition de plus. »

* Il est également apparu que Marianne Ny avait supprimé un courriel qu’elle avait reçu du FBI.

* Bien que son entretien avec une procureure suédoise ait eu lieu fin 2016, Assange n’a pas été inculpé par contumace – une option que la Suède aurait pu choisir si elle avait estimé que les preuves étaient suffisamment solides.

* Après l’abandon par la Suède de l’enquête contre Assange, ses avocats ont cherché à faire annuler le mandat d’arrêt britannique contre lui pour la violation de sa mise en liberté sous caution. Ils avaient de bonnes raisons, à la fois parce que les allégations pour lesquelles il avait été libéré sous caution avaient été abandonnées par la Suède et parce qu’il avait des raisons légitimes de demander l’asile étant donné la volonté évidente des États-Unis pour l’extrader et l’enfermer à vie pour des crimes politiques. Ses avocats ont également pu faire valoir de manière convaincante que le temps qu’il avait passé en détention, d’abord en résidence surveillée puis à l’ambassade, était plus qu’équivalent au temps, s’il en est, qui devait être purgé pour la violation de la caution. La juge, Emma Arbuthnot, a toutefois rejeté les solides arguments juridiques de l’équipe Assange. Elle n’était guère un observateur impartial. En fait, dans un monde bien ordonné, elle aurait dû se récuser, étant donné qu’elle est l’épouse d’un chef de groupe parlementaire, qui était aussi un partenaire d’affaires d’un ancien chef du MI6, la version britannique de la CIA.

* Les droits légaux d’Assange ont encore été violés de manière flagrante, avec la complicité de l’Équateur et du Royaume-Uni, lorsque des procureurs américains ont été autorisés à saisir les objets personnels d’Assange à l’ambassade alors que ses avocats et des représentants de l’ONU se sont vu refuser le droit d’être présents.

L’âge des ténèbres de l’information

Même aujourd’hui, alors que les États-Unis préparent leur dossier pour enfermer Assange pour le reste de sa vie, la plupart des gens refusent encore de relier les points. Chelsea Manning a été emprisonnée à plusieurs reprises et risque maintenant des amendes ruineuses pour chaque jour où elle refuse de témoigner contre Assange, alors que les États-Unis cherchent désespérément à étayer leurs allégations d’espionnage bidon. À l’époque médiévale, les autorités étaient plus honnêtes : elles mettaient simplement les gens au pilori.

En 2017, alors que le reste des médias prétendait encore qu’il s’agissait d’Assange fuyant la « justice » suédoise, John Pilger a noté ce qui suit :

En 2008, un document secret du Pentagone préparé par la « Cyber Counterintelligence Assessments Branch » prévoyait un plan détaillé pour discréditer WikiLeaks et salir Assange personnellement. La « mission » était de détruire la « confiance » qui constituait le « centre de gravité » de WikiLeaks. Cet objectif serait atteint par des menaces « d’exposition [et] de poursuites pénales ». L’objectif était de réduire au silence et de criminaliser une source aussi imprévisible d’expression de la vérité. » …

Selon des câbles diplomatiques australiens, la tentative de Washington de mettre la main sur Assange est « sans précédent par son ampleur et sa nature ». …

Le ministère américain de la Justice a inventé des accusations d’ »espionnage », de « conspiration en vue de commettre un acte d’espionnage », de « conversion » (vol de biens publics), de « fraude et abus informatiques » (piratage informatique) et de « conspiration » générale. La loi privilégiée sur l’espionnage, qui visait à dissuader les pacifistes et les objecteurs de conscience pendant la Première Guerre mondiale, prévoit la prison à vie et la peine de mort. …

En 2015, un tribunal fédéral de Washington a bloqué la diffusion de toutes les informations relatives à l’enquête de « sécurité nationale » contre WikiLeaks, parce que l’enquête était « active et en cours » et que cela nuirait aux « poursuites en cours » contre Assange. La juge, Barbara J. Rothstein, a déclaré qu’il était nécessaire de faire preuve d’une « déférence appropriée envers l’exécutif en matière de sécurité nationale ». Un tribunal arbitraire.

Toutes ces informations étaient à la disposition de tout journaliste ou journal désireux de les rechercher et de les rendre publiques. Et pourtant, aucun média commercial – à l’exception de Stefania Maurizi – ne l’a fait au cours des neuf dernières années. Au lieu de cela, ils ont relayé les récits d’État américains et britanniques grotesques, conçus pour maintenir Assange derrière les barreaux et renvoyer le reste d’entre nous à l’âge des ténèbres de l’information.

JONATHAN COOK

Traduction « et ceci n’est qu’un aperçu » par Viktor Dedaj avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

Ajoutons à cette liste – entre autres – le fait que le témoin principal des Etats-Unis contre Julian Assange a admis en juin 2021 au magazine islandais Stundin qu’il avait menti (preuves à l’appui). AUCUN grand média, malgré les interpellations, n’a cru bon de vous en informer. – NdT

»»https://www.jonathan-cook.net/blog/2019-05-27/abuses-show-assange-case…

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♦ Notes sur la guerre russo-ukrainienne


1) Au lendemain de l’invasion, l’Europe avait deux options :

Elle pouvait accompagner les nécessaires sanctions d’une demande auprès de Zelensky et de Poutine de lancer des négociations immédiates sur la base des deux requêtes fondamentales du contentieux : la neutralité de l’Ukraine et le respect des accords de Minsk. Si Zelensky ne s’était pas senti couvert et protégé pour la poursuite de la guerre, on pouvait probablement obtenir la paix en une semaine.
Ou bien, et c’est le choix qui a été fait, l’Europe pouvait se mettre à dire que Poutine était le nouvel Hitler, un fou, une bête, elle pouvait se mettre à ravitailler l’Ukraine en argent, instructeurs et armements lourds, elle pouvait déchaîner une vague de russophobie gênante et persévérer sur cette ligne jusqu’à dire (Josep Borrell) que la guerre devait se décider sur le terrain (les diplomates qui s’improvisent guerriers en risquant la peau des autres).

2) En fournissant à l’Ukraine des quantités d’armes et sans aucune garantie quant à leur destination finale, l’Europe a créé à ses portes un bassin guerrier insensé, auquel participent non seulement l’armée régulière, non seulement des milices mercenaires, mais aussi des groupes et groupuscules paramilitaires, incontrôlables, qui agissent de façon autonome, souvent avec des buts plus terroristes que militaires (comme le bombardement, le 30 mai, sur une école de Donetsk), et qui n’obéiront jamais à une paix éventuellement signée par Zelensky.

On prévoit (et ç’a été dès le départ une volonté des EU) un conflit durable, peut-être, après la déclaration d’une trêve, un conflit d’intensité réduite, qui engagera l’armée russe pour longtemps et qui mènera à la destruction totale de l’Ukraine – du moins celle située à l’Est du Dniepr.

3) Comme il arrive toujours, plus le conflit dure, plus il se produit de deuils, plus les esprits se chargent d’une haine irrévocable, et plus il y aura d’espace pour un abandon des derniers freins dans la conduite de la guerre (la Russie a progressivement augmenté le poids du type d’armement utilisé, l’Ukraine a commencé à cibler le territoire russe dans la province de Belgorod). Quelle sera la limite de cette escalade ? Nous verrons.

4) Entre-temps, nous avons tous tranquillement écarté le fait que, outre des gazoducs et des centrales nucléaires, il y a en Ukraine quelques-uns des plus importants dépôts de plutonium et d’uranium enrichi du monde. Bref, nous jouons à la guerre, en une escalade progressive, dans une des zones les plus dangereuses de la planète quant à de possibles répercussions générales. Il est utile de rappeler que la distance entre l’Italie et l’Ukraine est de 1500 km à vol d’oiseau, celle entre l’Ukraine et les EU de 7500 km (avec un océan entre deux).

5) Sur le plan économique, l’Europe a ainsi mis en jeu son accès à des sources énergétiques abondantes et à des prix modérés. Comme l’Europe est la zone du monde la plus majoritairement consacrée à la transformation industrielle et la moins dotée de ressources naturelles, cela équivaut à s’être fabriqué un nœud coulant et à mettre le cou dedans. L’Europe soutient et alimente une guerre à ses portes, plus encore, elle fait tout ce qu’elle peut pour la faire durer longtemps et pour trancher définitivement toutes les relations avec le reste de l’Eurasie. Bref, nous coupons les ponts avec cette partie du monde avec laquelle nous sommes économiquement complémentaires (la Russie pour les ressources, la Chine pour les fabrications de base, tous les BRICS en tant que plus grand marché du monde). En même temps, nous nous subordonnons de nouveau et sans alternatives à un concurrent de premier ordre avec lequel nous sommes en concurrence directe sur le plan industriel mais qui, à la différence de l’Europe, est énergétiquement autonome.

6) A ce stade, la Russie n’a plus un intérêt essentiel à parvenir à une paix rapide. Sur le plan économique, elle paie certes un certain prix, mais sur le plan stratégique, elle devient le point de référence mondial pour une « revanche » de cette partie majoritaire du monde qui se sent brimée depuis des décennies par l’hégémonie américaine. Cette victoire stratégique permet à la Russie de cultiver une alliance essentielle avec la Chine, une alliance absolument invincible et inébranlable de quelque point de vue que ce soit : territorial, démographique, économique et militaire.

7) Par contre, l’Europe a creusé sa tombe. Si les gouvernements européens ne réussissent pas d’une façon ou d’une autre (et, à ce stade, cela se fera de toute façon avec des coûts importants) à renouer les relations avec le reste de l’Eurasie, son destin est scellé.

Les deux siècles d’ascension sur le plan mondial commencés au début du XIXe siècle s’acheminent vers une conclusion sans gloire. A partir déjà de l’automne, nous commencerons à ressentir les premiers signes de ce qui s’annonce comme une nouvelle et durable contraction économique, contraction qui, impliquant les pays européens en bloc, aura des caractéristiques jusqu’ici inédites, beaucoup plus lourdes que la crise de 2008, parce qu’il n’y aura pas de « garanties de fiabilité financière » qui tiennent.

Si, aujourd’hui, on regarde bien les Draghi, les Macron, les Scholtz, et leurs soutiens parlementaires (en Italie, le spectre parlementaire presque tout entier), la seule question qui reste c’est : quelqu’un paiera-t-il ?

Qui paiera pour l’opération la plus autodestructrice sur le continent européen depuis la Deuxième Guerre mondiale ? Les journalistes téléguidés qui ont fomenté la narrative propagandiste qui sert à alimenter la guerre ? Les politiciens qui ont activement soutenu la guerre ou qui se sont agenouillés devant les diktats du président du Conseil ?

Ou bien, face aux nouveaux chômeurs et aux nouveaux working poors, réussiront-ils encore une fois le tour de passe-passe consistant à expliquer qu’il n’y avait pas d’alternative ?

Andrea ZHOK

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♦ Le fiasco de la guerre économique de l’Occident contre la Russie


Dans un mélange d’irréalisme géopolitique, de diplomatie spectacle et d’atlantisme aveugle, l’Union européenne a dégainé l’arme économique pour contrer l’invasion russe en Ukraine. Ces sanctions se sont révélées dommageables pour les Européens.

Les séries de sanctions économiques appliquées par l’Union européenne dès l’intervention russe en Ukraine en février dernier, avaient pour objectif de fragiliser la Russie pour la forcer à cesser les hostilités. Or, cette véritable guerre économique déclenchée par Bruxelles contre Moscou a très vite fait, comme déjà en 2014 avec les sanctions contre la Russie après l’affaire de la Crimée, de pénaliser également les pays européens.

La Russie est le cinquième partenaire économique de l’UE derrière la Chine, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Suisse. Et les relations commerciales avec la Russie sont plus ou moins importantes selon chaque pays membre de l’Union.

Par exemple, la France est le premier employeur privé en Russie avec près de 160 000 salariés. Près de 500 entreprises françaises opèrent dans le pays de Vladimir Poutine, dont 35 entreprises du CAC 40 (groupe Mulliez avec ses filiales comme Auchan, Leroy Merlin, Décathlon ou encore Total, la Société Générale et Renault…). Ainsi, en cédant aux diktats et aux pressions d’ONG (souvent liées à des gouvernements ou à des grands groupes anglo-saxons), d’associations humanitaires ou même du gouvernement ukrainien, les forçant à quitter la Russie, ce sont les sociétés françaises qui sont de fait elles aussi sanctionnées et cela aura nécessairement des répercussions négatives en France…

En Allemagne, 66% du gaz consommé vient de Russie. C’est pourquoi, Berlin, même si elle a voté les sanctions, a fait en sorte que celles-ci ne touchent par leurs intérêts vitaux, notamment en renonçant à un embargo énergétique total à l’encontre de la Russie.

Dernièrement, à la suite de l’italien Eni, plusieurs gros acheteurs européens de gaz russe ont été forcés de trouver une solution technique afin d’effectuer le paiement en roubles, imposé par le Kremlin en représailles aux sanctions, sans faire eux-mêmes la conversion. La Commission européenne s’est vue alors obligée d’accepter ce compromis, qui permettra donc de continuer à acheter du gaz… aux Russes ! Tout acheteur de gaz venant de Russie devra donc ouvrir un compte à Gazprombank. Cette banque russe reçoit ainsi les paiements dans la devise du contrat, les convertit à ses frais sur un deuxième compte en roubles ouvert par la société européenne acheteuse de gaz et paie ainsi Gazprom, le fournisseur de gaz, en monnaie russe !

Selon l’agence Bloomberg, ce sont déjà 20 entreprises européennes qui ont ouvert des comptes auprès de Gazprombank pour payer le gaz russe en convertissant des euros en roubles. 14 autres clients ont demandé des documents nécessaires pour les ouvrir et quatre (dont Eni) ont déjà effectué le paiement en roubles !

Il s’agit donc d’une pitoyable et hypocrite capitulation de l’Union européenne. L’essentiel pour Moscou étant d’éviter la saisie des paiements en euros ou en dollars dans des comptes ouverts auprès des banques occidentales. De plus, ces dollars et euros sont immédiatement revendus sur le marché des changes contre des roubles avec des frais de change facturés à la société européenne acheteuse de gaz. C’est la raison pour laquelle le rouble a non seulement retrouvé son taux de change d’avant le 24 février 2022, date de l’intervention militaire russe en Ukraine, mais il l’a même dépassé, narguant l’euro en train de dévisser et même le dollar américain ! Et dire que le ministre français de l’économie, Bruno Le Maire, voulait mettre l’économie russe à genoux et que les Occidentaux rêvaient de voir le rouble s’écrouler pour déclencher une inflation monstrueuse en Russie…

Quant à la politique des sanctions contre le pétrole russe, c’est également un fiasco. Là encore, les divergences entre les États membres de l’UE sont patents. La Hongrie, dépendante à 100 % de l’énergie russe par gazoduc et oléoduc, a chiffré à 15-18 milliards d’euros le coût d’un arrêt de ses achats de pétrole russe pour expliquer sa demande d’exemption, suite à son exclusif approvisionnement russe, du projet d’embargo pétrolier de l’Europe. Certains pays européens, tels que la Slovaquie, la République tchèque ou la Bulgarie ne sont pas mécontents de voir la Hongrie monter au créneau. Les inconséquents dirigeants européens se sont également résolus à abandonner un projet visant à interdire aux navires de l’UE de transporter du pétrole russe, à cause de la concurrence de Londres qui voulait profiter de la situation et surtout après l’opposition de la Grèce et de Chypre craignant un impact trop dangereux sur leur économie.

Au final, après quatre mois de guerre, les sanctions énergétiques voulues par les Européens ne sont ni plus ni moins qu’un suicide économique et industriel pour l’Allemagne mais aussi pour tous les États européens qui ont besoin d’une énergie abondante, écologique par pipelines (tout le contraire des méthaniers !) et peu coûteuse.

En attendant, la Russie est en train de gagner plus d’argent avec ses ventes de gaz et de pétrole qu’avant la guerre en Ukraine. Moscou croule même sous les excédents financiers. Ses profits avec la hausse du baril sur les marchés internationaux sont supérieurs à ce qui était anticipé dans les prévisions budgétaires russes.

Les céréales, l’autre arme de guerre de la Russie

La Russie avait par ailleurs mis en place depuis plusieurs années un certain nombre de protections de son système bancaire et détient d’importantes ressources naturelles ainsi que des réserves financières conséquentes (en or notamment). On l’a déjà vu ailleurs, et Poutine s’y était préparé, les sanctions internationales ne font en général que renforcer les régimes politiques qui en sont la cible et les forcent au contraire à innover et diversifier leur économie. Même si les oligarques sont aujourd’hui très fortement touchés par les sanctions occidentales, rares sont ceux qui ont pris leurs distances avec le clan Poutine.

Et surtout, souvenons-nous au passage que c’est depuis 2014, en réponse aux sanctions financières et politiques adoptées par l’Union européenne et les États-Unis après l’annexion de la Crimée, que Vladimir Poutine avait mis en place un embargo strict sur tous les produits alimentaires venus d’Europe (pénalisant déjà fortement les agriculteurs français) pour parallèlement moderniser ce secteur en Russie. Mécaniquement, cette situation a fait de la Russie, quelques années plus tard, l’un des leaders mondiaux de l’agroalimentaire notamment en devenant le premier exportateur de blé de la planète !

Aujourd’hui, bénéficiant d’une météo très favorable, la prochaine moisson russe devrait battre des records alors que tous les concurrents de la Russie, comme l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Inde, doivent faire face à la sécheresse et au contraire risque de produire moins de blé, d’orge ou de maïs. Par ailleurs, les Russes mettent la main sur quasiment toutes les exportations de blé de l’Ukraine (huitième producteur mondial mais également, cinquième producteur de maïs et troisième de sarrasin). Ils se sont déjà accaparé plusieurs centaines de milliers de tonnes des stocks ukrainiens et attaquent régulièrement les principaux ports au bord de la Mer noire, empêchant ainsi l’Ukraine d’acheminer ses céréales. L’Europe essaie d’aider l’Ukraine à les faire venir par train, mais cela reste très compliqué et plus cher. Les rails n’ont pas le même écartement qu’en Europe et donc la Russie qui représentait déjà 20% des exportations mondiales de blé risque d’en détenir le tiers à la prochaine récolte cet été.

Pour Moscou, c’est donc un formidable moyen de pression sur le monde. Toute l’Afrique noire, le Maghreb ou encore le Moyen-Orient sont dépendants presque à 100% des importations. Le Kremlin est dès lors en mesure de privilégier les pays « amis » ou refuser de vendre à ses ennemis déclarés ou pas.

Ceci explique le fait que si la Russie est devenue un véritable « paria » en Occident, elle est loin d’être isolée et coupée du monde. Car seuls les Occidentaux ont adopté des sanctions contre elle. Plus prudents, les BRIC, Brésil, Inde, Chine les ont rejetées. Comme aussi de nombreux pays d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie ou du monde arabo-musulman. D’ailleurs, Moscou est sur le point de réorienter son secteur des hydrocarbures mais également son économie et son commerce (céréales) vers tous ces pays émergents. C’est même une nouvelle organisation mondiale qui est en train de se mettre en place et peut-être la fin du monopole de la puissance occidentale.

En fonçant tête baissée sur la ligne de l’administration Biden et en s’alignant aveuglément sur la logique de guerre otanienne, au mépris de ses propres intérêts, la guerre économique irresponsable et chaotique de l’Union européenne contre la Russie, pour un conflit qui n’était pas le sien mais celui des États-Unis, est en train de pousser le Vieux continent dans le gouffre. Au-delà de la rupture géostratégique avec la Russie, l’UE perd l’un de ses principaux partenaires commerciaux et va s’enfoncer dans une crise énergétique et économique durable dont les peuples européens seront les premières et principales victimes. L’Europe va également perdre surtout sa dépendance énergétique au profit de pays hostiles comme l’Algérie, le Qatar, l’Azerbaïdjan et aussi les États-Unis qui veulent se substituer aux Russes pour alimenter l’Europe en gaz, en vendant leur gaz de schiste plus cher et dont l’UE s’interdit l’exploitation sur son sol pour des raisons environnementales !

Bref, Washington est donc pour l’instant le seul grand gagnant occidental de la guerre en Ukraine et des sanctions contre la Russie. Ne commerçant guère avec Moscou, les États-Unis sont peu touchés par celles-ci. Au contraire, on vient de le voir, ils en tirent même profit !

Les EU sont donc parvenus à séparer pour longtemps les Européens des Russes et compromettre ainsi une potentielle alliance russo-européenne, leur cauchemar historique. Ils ont réactivé l’OTAN et vont ainsi pouvoir intensifier leur mainmise sur l’Europe et la vente de leur armement aux Européens. Or, en affaiblissant leurs cousins européens et en poussant encore plus la Russie dans les bras de la Chine, la superpuissance de demain, les États-Unis font une grave erreur stratégique qui à long terme leur sera probablement fatale… Surtout en cas d’un futur conflit contre l’Empire du milieu !

Roland LOMBARDI

illustration : https://www.globaltimes.cn/page/202205/1264813.shtml

»»https://francais.rt.com/opinions/98818-fiasco-guerre-economique-occide…

URL de cet article 38043
https://www.legrandsoir.info/le-fiasco-de-la-guerre-economique-de-l-occident-contre-la-russie.html  

♦ Hichem Abboud et cette disponibilité avérée pour la trahison


Mettez vos masques, l’odeur nauséabonde des scabreuses affaires de Hichem Abboud remonte en surface. La dernière en date concerne les révélations faites par le journaliste algérien Abderaouf Harzallah, de la chaîne saoudienne Al Arabya établie aux EAU ; au sujet d’une somme colossale d’argent, exigée par «  le danseur » pour porter son témoignage sur le détournement du Boeing koweitien en 1988.
Sollicitée, « le danseur » d’El Ayoune occupée avait exigé 10000 dollars pour deux minutes d’intervention, suscitant la surprise du journaliste algérien et des responsables saoudiens de la chaîne qui s’attendaient à voir leur hôte, s’exprimer pour rendre hommage aux services de renseignements Algériens pour leur intervention, permettant de libérer les otages  du Boeing 747 Kuwait Airways, sans perte de vies humaines.

Quand Abboud est cité par le sioniste Edy Cohen

Pour renflouer ses poches, le fugitif Abboud est disposé à vendre son âme au diable. Et ce n’est nullement une question d’opposition aux dirigeants du pays, mais une ADN de trahison de la patrie chez le « danseur ». Et ce n’est pas le sioniste et conseiller du génocidaire Benjamin Netanyahou, en l’occurrence Edy Cohen, qui va nous contredire.

Le sioniste Edy Cohen, lui avait conseillé l’année dernière, d’opter pour la nationalité de l’entité sioniste si les autorités algériennes procédaient à sa déchéance de la nationalité algérienne. Et ce n’est pas un hasard si le sioniste est invité par l’autre fugitif et traître Anouar Malek, pour la somme de 14000 euros en vue de s’exprimer aux algériens

Lire : https://algerie54.dz/2021/03/05/justice-58/

Danser pour la « marocanité » du Sahara Occidental

Pour gagner de l’argent, le fugitif n’a pas tardé une seule seconde pour montrer son talent de «  danseur » lors d’une conférence tenue à El Ayoune occupée, justifiant par voie de conséquence son profil d’un objet personnalisé goûtant à toutes les sauces de la trahison.
Lire : https://algerie54.dz/2022/05/21/sahara-occidental-244/

ParMehdi Messaoudi

https://algerie54.dz/2022/06/02/trahison/?fbclid=IwAR2utY5z9SuQJkCAOPLP0eE_DVb3G0ZLQbQZ6B6nQBLt6NJH6jm9iR7WVMs

♦ «Cette discussion a eu lieu» : Dumas sur la promesse occidentale de non-extension de l’OTAN en 1990


L’ancien ministre français des Affaires étrangères, Roland Dumas, en 2011.

L’ancien chef de la diplomatie française explique avoir participé aux discussions auxquelles se réfère aujourd’hui la Russie quand elle évoque des promesses occidentales de non-élargissement de l’OTAN, faites à l’URSS à la fin de la guerre froide. Depuis plusieurs semaines, des chancelleries occidentales reprochent à Moscou de «masser ses troupes» dans le sud-ouest de la Russie, en s’appuyant sur l’hypothèse, brandie avec insistance par l’administration américaine, selon laquelle l’armée russe serait sur le point d’envahir l’Ukraine. L’allégation a d’ailleurs récemment provoqué une vive réaction de l’exécutif ukrainien, qui a reproché à Washington d’être à l’origine d’une panique malvenue. Démentant catégoriquement le projet d’invasion qui lui est imputé, Moscou a de son côté assuré à plusieurs reprises que les activités militaires menées sur son territoire étaient conformes au droit international et avaient pour principal objectif de garantir la sécurité de la Russie face à la politique d’élargissement de l’OTAN en direction de ses frontières. Ce point préoccupe particulièrement la partie russe, qui perçoit l’accumulation des troupes de l’Alliance en Europe de l’Est comme une trahison des promesses occidentales faites à l’URSS à la fin de la guerre froide. Cependant, les promesses sur lesquelles se base aujourd’hui la Russie sont fortement remises en question au sein du paysage politico-médiatique occidental, où elles sont parfois présentées comme un «mythe» ou encore comme une «contrevérité historique».  Promesses occidentales, mais encore ? A l’occasion d’un entretien publié le 13 février sur le site Les Crises, l’ancien chef de la diplomatie française Roland Dumas est revenu sur le sujet, rappelant avoir lui-même participé aux discussions auxquelles se réfère la Russie. Alors ministre français des Affaires étrangères, Roland Dumas a en effet participé en 1990 aux tractations en amont du traité de Moscou, qui portaient en premier lieu sur la réunification de l’Allemagne, et au cours desquelles ont également été abordées les considérations générales visant à mettre un terme définitif à la guerre froide. Cette discussion a eu lieu, d’abord parce que les Russes l’ont demandée [et] parce que nous l’avons soutenue «On voulait surtout éviter un retour de la guerre froide», témoigne aujourd’hui l’ancien haut diplomate. Selon lui, la délégation de l’URSS avait à l’époque soumis deux requêtes majeures auprès de ses alliés occidentaux : l’une portait sur l’entretien des monuments à la gloire de l’armée soviétique après le départ de ses troupes ; l’autre portait sur un engagement occidental sur le fait qu’«il n’y ait pas de déplacement des troupes de l’OTAN dans les régions du pacte soviétique qui [devaient] être désarmées». «Cette discussion a eu lieu, d’abord parce que les Russes l’ont demandée [et] parce que nous l’avons soutenue : moi le premier, les Américains aussi, et les Allemands évidemment», explique alors l’ancien haut diplomate. «Je me souviens très bien de la scène, [James] Baker [alors secrétaire d’Etat américain] est intervenu après moi en disant : « Même si M. Dumas ne l’avait pas demandé, moi, je l’aurais demandé »», relate-t-il encore en référence à l’engagement occidental d’un non-élargissement de l’OTAN vers l’est.

En tout état de cause, la portée des engagements occidentaux en la matière continue de faire débat. En témoignent par exemple des propos tenus en 2014 par le dernier dirigeant de l’Union soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, qui, auprès du journal Russia Beyond, avait entre autres affirmé : «Le sujet de « l’expansion de l’OTAN » n’a pas été discuté du tout, et il n’a pas été évoqué au cours de ces années (1990). Je le dis en toute responsabilité. Pas un seul pays d’Europe de l’Est n’a soulevé la question, pas même après que le Pacte de Varsovie a cessé d’exister en 1991. Les dirigeants occidentaux n’en ont pas parlé non plus.» Et l’instigateur de la Perestroïka de poursuivre : «Une autre question que nous avons soulevée a été discutée : s’assurer que les structures militaires de l’OTAN ne progressent pas et que des forces armées supplémentaires de l’Alliance ne soient pas déployées sur le territoire de l’ancienne RDA après la réunification allemande.» Fin 2021, en pleine poussée de crise diplomatique autour de l’épineux dossier ukrainien, le même Gorbatchev a par ailleurs critiqué avec virulence la politique atlantiste qui s’est depuis intensifiée. «Ça leur est monté à la tête, l’arrogance, l’autosatisfaction, ils se sont proclamés vainqueurs de la guerre froide alors qu’on avait ensemble sauvé le monde de la confrontation […] Comment peut-on espérer des relations d’équité avec les Etats-Unis, avec l’Occident, dans cette situation ?» Selon lui, le camp occidental voulait «bâtir un nouvel empire» et «c’est là qu’est née l’idée de l’élargissement de l’OTAN».

https://francais.rt.com/international/95762-discussion-a-eu-lieu-dumas-promesse-occidentale-non-extension-otan-1990

♦ Affaire Benalla: entre comptes anonymes et faux montage vidéo, comment l’Élysée a organisé la riposte


Selon Le Monde, Ismaël Emelien a fait un montage mensonger des événements de la Contrescarpe avant de le faire diffuser sur un compte Twitter anonyme.

POLITIQUE – Le Monde dévoile qu’Ismaël Emelien, le conseiller spécial d’Emmanuel Macron, a bien fait diffuser un montage vidéo composé d’une séquence mensongère et d’images obtenues illégalement. Le tout pour tenter de disculper, ou d’atténuer la responsabilité d’Alexandre Benalla quelques heures après que le quotidien a révélé l’affaire, dans la torpeur du mois de juillet.

C’est ce très proche du président de la République, démissionnaire qui fait désormais la tournée des médias pour prôner le “progressisme”, qui a organisé cette riposte, grâce notamment à des comptes Twitter anonymes, nous apprend Le Monde

Le quotidien du soir revient en détail sur cette nuit du 18 au 19 juillet, lorsqu’un vent de panique saisit l’Élysée. Alors que les premiers éléments de langage sont rodés et doivent faire d’Alexandre Benalla un conseiller repenti, déjà sanctionné pour les faits de violence du 1er mai, Ismaël Emelien veut aller plus loin. 

Outre l’allocution exceptionnelle de Bruno Roger-Petit le lendemain matin, le conseiller spécial du chef de l’État est persuadé qu’il faut convaincre l’opinion qu’Alexandre Benalla n’a fait que répondre à l’extrême violence des manifestants. Il trouve alors des images censées disculper son collègue et les fait parvenir à Pierre Le Texier, le responsable du “pôle e-influence” d’En Marche! de l’époque. Ce dernier possédant de nombreux comptes Twitter, dont un anonyme baptisé ”@Frenchpolitic”.

“Tu verras que Benalla n’est pas celui qu’on dit”

C’est par ce canal-là que l’Élysée va donc organiser la fuite de la vidéo en question. On peut donc y voir, dans un premier extrait, le jeune couple de la Contrescarpe lancer des projectiles sur les policiers présents sur la place, juste avant qu’Alexandre Benalla n’intervienne. 

Ces images ont été obtenues par le chargé de mission le plus célèbre de la Ve République auprès de la Préfecture de Police de Paris et de son système de vidéosurveillance. Avant qu’il ne les confie à son collègue, Ismaël Emelien. Une séquence obtenue illégalement donc, qui provoquera d’ailleurs le licenciement de plusieurs policiers mis en cause. 

Les autres images, c’est le conseiller spécial du président de la République qui les trouve, sur les conseils d’Alexandre Benalla qui lui en aurait indiqué l’existence. Ismaël Emelien ajoute donc cette séquence -sur laquelle on voit un homme très agité poursuivre un policier avec une chaise à la main- au montage et envoie le tout à Pierre Le Texier qui le publie via son compte anonyme @frenchpolitic le 19 juillet à 13 heures. Le tout avec cette légende: OK, même si ce n’était pas à Alexandre Benalla de le faire, ne faisons pas passer cet étudiant pour un garçon bien sous tous rapports. C’était un individu violent qui était sciemment venu place de la Contrescarpe pour casser du flic.”

La conseillère presse d’Emmanuel Macron propose, dans le même temps à plusieurs journalistes de prendre connaissance de ce montage, pour voir “que Benalla n’est pas celui qu’on dit.”

“Vous savez, sur Twitter, c’est un peu la règle”

Problème? La personne qui poursuit le policier avec une chaise n’est absolument pas le jeune homme dit “de la Contrescarpe.” Selon Le Monde, il apparaît clairement -grâce notamment à la luminosité- que les images ont été tournées le soir, quelques heures après l’intervention de Benalla. Par ailleurs, les deux hommes ne sont pas habillés de la même façon. Fait que ni le montage, ni la légende de Pierre Le Texier ne précisent à aucun moment. 

Interrogé dans “C à vous”, sur cet aspect de la tentaculaire affaire Benalla, l’ex-conseiller du président de la République a indiqué qu’il ne savait pas que l’homme du deuxième extrait n’était pas celui qui avait subi les coups de l’ancien chargé de mission à l’Élysée. “Vous savez, sur Twitter, c’est un peu la règle”, a-t-il toutefois admis au sujet de l’utilisation de comptes anonymes. 

De nouvelles informations qui tombent mal alors que le gouvernement a fait de la lutte contre les fake news une de ses priorités, au point de faire voter une loi sur le sujet au parlement.

Certains journalistes ou responsables politiques se souviennent également des nombreuses saillies du président de la République contre une presse qui ne chercherait, selon lui, “plus la vérité.” “Macron dénonce ceux qui utilisent la dissimulation et l’anonymat pour agir avec malveillance sur Twitter et l’on découvre que dans l’affaire Benalla, l’Elysée a utilisé des comptes anonymes pour diffuser des vidéos mensongères”, s’est par exemple indigné Benoît Hamon sur les réseaux sociaux. 


Par Anthony Berthelier

https://www.huffingtonpost.fr/entry/affaire-benalla-montage-video-contrescarpe_fr_5c9f58e9e4b0474c08cf4c05

♦ GEORGE W. BUSH DIT PAR INADVERTANCE LA VÉRITÉ SUR LA GUERRE D’IRAK.


Dans un discours prononcé à son centre présidentiel de Dallas mercredi soir, l’ancien président George W. Bush a commis ce que l’on appelle parfois une «gaffe», c’est-à-dire qu’il a dit une vérité politique par erreur. Condamnant les actions du président russe Vladimir Poutine en Ukraine, il a attribué l’invasion russe à «la décision d’un seul homme de lancer une invasion totalement injustifiée et brutale de l’Irak».

Réalisant son erreur, il a poursuivi, «de l’Ukraine», puis a marmonné, «l’Irak aussi, de toute façon». Il a secoué la tête alors que les membres de son auditoire aisé et amical riaient, puis il a plaisanté sur son âge, 75 ans, avant de reprendre ses remarques critiques de Poutine et de saluer le soutien militaire américain au président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Une brève vidéo Twitter de ce moment clé de son discours est devenue virale, plus de 23 millions de personnes l’ayant regardée rien que jeudi. Et les médias sociaux étaient remplis de commentaires sarcastiques et parfois de déclarations que Bush est un criminel de guerre et coupable des mêmes crimes qu’il attribue à Poutine.

Mais c’est pire que cela, bien pire. Aussi graves que soient les conséquences de l’invasion réactionnaire de Poutine pour le peuple ukrainien, elles ne sont rien en comparaison de la destruction systématique de toute une société en Irak, exécutée à deux reprises, d’abord par le père de Bush, puis par Bush lui-même.

La campagne de bombardement américaine contre l’Irak en janvier-février 1991, ordonnée par le président George H. W. Bush, a donné lieu à 110.000 sorties d’avions de guerre américains, britanniques et d’autres alliés, qui ont largué près de 90.000 tonnes de bombes sur un pays essentiellement sans défense. Cela représente quatre fois le tonnage total des bombes larguées par les puissances alliées pendant toute la Seconde Guerre mondiale, dans tous les théâtres de guerre, et cette fois contre un pays à peine plus grand que l’Allemagne.

L’effet combiné des bombardements et de l’assaut terrestre de quatre jours – qui s’apparentait davantage à une opération de nettoyage qu’à un véritable combat – a été de réduire une force militaire irakienne de 620.000 hommes à seulement 20.000 soldats organisés. Au moins 200.000 ont été tués sur le coup, la plupart sur la fameuse «autoroute de la mort» entre le Koweït et la ville de Bassora, dans le sud de l’Irak.

Les quatre jours de guerre terrestre ont été, selon les termes du journal Bulletin, ancêtre américain du World Socialist Web Site, «les quatre jours les plus sanglants que l’humanité ait vus depuis les 6-9 août 1945, lorsque l’impérialisme américain a incinéré des centaines de milliers de Japonais lors du bombardement atomique d’Hiroshima et de Nagasaki».

Un recueil de 2013, «Génocide en Irak, les arguments contre le Conseil de sécurité de l’ONU et les États membres» (Genocide in Iraq, The Case Against the UN Security Council and Member States), par Abdul Haq Al-Ani et Tarik Al-Ani (Clarity Press, the UK) détaille l’impact des bombardements américains lors de l’opération Desert Storm(Tempête du désert):

* 85 pour cent de la production d’électricité a été détruite, ce qui fait que seules deux des 20 centrales électriques irakiennes fonctionnent, produisant moins de 4 pour cent de la production d’avant-guerre, qui était de 9.000 mégawatts.

* Près de la moitié des 900.000 lignes téléphoniques de l’Irak ont été détruites, 14 centrales téléphoniques ayant été irrémédiablement endommagées et 13 autres mises hors service pour une durée indéterminée.

* Les huit principaux barrages polyvalents de l’Irak ont été frappés à plusieurs reprises et fortement endommagés.

* Quatre des sept principales stations de pompage d’eau ont été détruites, 31 installations municipales de distribution d’eau et d’assainissement ont été touchées par des bombes et des missiles, dont 20 dans la seule ville de Bagdad.

* Les bombardements ont visé 139 ponts, dont 26 dans la seule ville de Bassora.

* L’usine irakienne de lait en poudre pour bébés d’Abu Ghraib, la seule usine de ce type dans toute la région, a été attaquée à trois reprises, les 20, 21 et 22 janvier 1991.

* Des silos à grains et des fermes ont été attaqués dans tout le pays, décimant plus de 30 pour cent des troupeaux d’ovins et de bovins et détruisant la production de volaille du pays.

* Les États-Unis ont bombardé 28 hôpitaux civils et 52 centres de santé communautaires.

* Une importante installation de seringues hypodermiques à Hilla a été détruite par des roquettes guidées au laser.

* On a attaqué un total de 676 écoles, détruisant complètement 38 d’entre elles, dont huit étaient des installations universitaires.

* Rien qu’à Bagdad, 25 mosquées ont été bombardées, et 31 autres mosquées ont été bombardées ailleurs dans le pays.

Ce n’était pas une guerre contre Saddam Hussein et ses forces armées pour l’occupation du Koweït. C’était une guerre contre le peuple irakien dans son ensemble, contre le pays tout entier et sa capacité à survivre en tant que société fonctionnelle.

Cette guerre a été suivie de 12 années de sanctions économiques si dures qu’on estime que 500.000 enfants irakiens sont morts prématurément de malnutrition, de maladies causées par la destruction des systèmes d’eau et d’assainissement, et de l’impact des bombardements et du blocus sur les soins de santé, en particulier le manque d’accès aux médicaments.

Puis vint l’invasion de l’Irak en 2003 par George W. Bush, au cours de laquelle davantage de soldats irakiens furent anéantis, davantage de cibles civiles furent bombardées, en particulier dans des villes comme Bagdad, et les infrastructures qu’on avait reconstruites depuis 1991 furent détruites une seconde fois.

Le World Socialist Web Siteet le Parti de l’égalité socialiste (PES) se sont opposés à la guerre en Irak dès le début. Ils ont condamné le soutien à la guerre, non seulement par le gouvernement Bush et la droite républicaine, mais aussi par le gros du parti démocrate. C’est le principal démocrate de la commission des affaires étrangères du Sénat, le sénateur Joe Biden, qui a joué un rôle central dans l’adoption de l’autorisation du recours à la force militaire, permettant au Congrès d’approuver cette invasion illégale.

Dans une série d’articles publiés en mai 2007, le WSWS a résumé la dévastation infligée par la conquête et l’occupation de l’Irak par les États-Unis, en la qualifiant de «sociocide», c’est-à-dire la destruction délibérée d’une société entière, tout en soulignant que l’impérialisme américain, sous la direction de Bush et de son père, avait commis des crimes du type de ceux qui n’étaient auparavant associés qu’aux régimes fascistes. Nous avons écrit:

L’Irak, autrefois parmi les pays les plus avancés de la région, a été réduit, en termes d’indices économiques et sociaux de base, au niveau des pays les plus pauvres de l’Afrique subsaharienne.

Il s’agit de la destruction systématique d’une société entière par le déchaînement de la violence et de la criminalité à une échelle jamais vue depuis que les armées d’Hitler ont ravagé l’Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.

Moins d’un tiers de la population nationale a accès à l’eau potable, et seulement 19 pour cent disposent d’un système d’égouts fonctionnel. Les bombardements américains avaient largement endommagé les systèmes d’adduction d’eau et d’égouts lors de la guerre du Golfe persique de 1991 et de l’invasion de 2003…

En moyenne, les Irakiens ne reçoivent que huit heures d’électricité par jour, les conditions étant encore pires à Bagdad où la plupart des sept millions d’habitants de la capitale ne bénéficient que de six heures ou moins d’électricité quotidienne.

Nous avons noté l’augmentation de 150 pour cent du taux de mortalité infantile entre 1990 et 2005. La moitié des enfants irakiens souffraient de malnutrition et seulement un tiers d’entre eux étaient scolarisés. La moitié des médecins irakiens avaient fui le pays. Le PIB par habitant était inférieur de moitié à celui de 1980. Les industries publiques irakiennes avaient été privatisées et fermées. Cela a entraîné la perte d’un demi-million d’emplois. C’était dû à une campagne à motivation idéologique de l’autorité d’occupation irakienne mise en place par les États-Unis à Bagdad. Le WSWS a conclu:

La destruction préméditée d’une société entière, menée sur la base de mensonges et à la poursuite des intérêts financiers et géostratégiques de l’élite dirigeante américaine, constitue un crime de guerre aux proportions historiques. Ce crime est punissable en vertu des mêmes statuts et sur la base des mêmes principes que ceux utilisés pour condamner les figures de proue du Troisième Reich allemand à Nuremberg.

Les responsables du lancement de la guerre en Irak ne sont pas seulement la cabale républicaine de droite regroupée autour de Bush, Cheney, Rumsfeld et Wolfowitz. Ils comprennent également les démocrates qui ont permis cette guerre, les dirigeants des conglomérats énergétiques et des sociétés financières américaines qui espéraient en tirer profit et les chefs des monopoles médiatiques qui en ont fait la promotion. Toutes ces couches, qui constituent l’establishment politique et l’aristocratie financière des États-Unis, sont coupables du même crime fondamental pour lequel les nazis ont été poursuivis il y a près de 60 ans: la planification et la conduite d’une guerre d’agression. C’est de ce crime principal que découlent tous les multiples crimes et horreurs infligés au peuple irakien.

Ce n’est pas justifier l’attaque réactionnaire de Poutine contre l’Ukraine que de souligner que la guerre qu’il a lancée n’a rien produit de comparable au niveau de destruction infligée par les États-Unis en Irak. C’est peut-être un facteur important dans les gains militaires limités de la guerre, du moins jusqu’à présent. De plus, l’Ukraine se trouve fortement armée par toutes les puissances de l’OTAN, alors que l’Irak de Saddam Hussein, certainement en 2003, était complètement isolé et sans alliés.

En 1991, le père de Bush a décidé de limiter la guerre à l’éjection des forces irakiennes du Koweït. Il a rejeté les suggestions de certains assistants d’envoyer les forces américaines vers le nord jusqu’à Bagdad et d’évincer Saddam Hussein. Il considérait que c’était trop risqué, car l’Irak était alors allié à l’Union soviétique. Bush père ne voulait rien faire qui puisse interrompre la désintégration en cours de l’URSS, qui était une priorité bien plus importante pour Washington. En 2003, les opérations agressives de l’impérialisme américain n’étaient plus soumises à une telle restriction.

Alors que les médias bourgeois américains et européens hurlent pour que des accusations de crimes de guerre soient portées contre Poutine et dénoncent la guerre en Ukraine comme un «génocide», les architectes de crimes incommensurablement plus graves en Irak bénéficient de retraites confortables, d’emplois lucratifs comme consultants et de postes de haut niveau dans l’État et les médias. Bush, Cheney et Tony Blair ne sont que les premiers noms d’une longue et effroyable liste.

L’ampleur des tueries et des destructions perpétrées par les États-Unis en Irak éclipse les actions de la Russie en Ukraine.

Partout dans le monde, les travailleurs entrent dans la lutte sociale. Ils doivent adopter comme revendications centrales non seulement la lutte contre la guerre, mais aussi l’exigence que ceux qui, comme Bush, sont coupables de la destruction de sociétés entières soient tenus de rendre des comptes.

L’ampleur des tueries et des destructions perpétrées par les États-Unis en Irak éclipse de mille fois ce que la Russie a fait en Ukraine.

Trois décennies de guerre sans fin au Moyen-Orient et en Asie centrale, au cours desquelles la guerre d’Irak se distingue par son illégalité flagrante et sa brutalité meurtrière, se sont transformées en un conflit direct des États-Unis et des puissances de l’OTAN contre la Russie. Après avoir tué un million de personnes en Irak, les stratèges de l’impérialisme américain envisagent et discutent d’une guerre mondiale qui entraînerait la mort de dizaines de millions de personnes.

La classe ouvrière, en entrant en lutte dans le monde entier, doit relier la lutte contre les inégalités et l’exploitation à la lutte contre la guerre. Elle demandera des comptes à tous ceux qui sont responsables des crimes de l’impérialisme, passés et présents.

Source: WSWS

Photo: US Army (CC)

https://www.investigaction.net/fr/george-w-bush-dit-par-inadvertance-la-verite-sur-la-guerre-dirak/?89Ljvs9VU

♦ La Reine du slam épouse l’Islam


#Diams#islamophobie#islamisme#islam#Salam

C’est de Lui que nous venons et c’est à Lui que nous revenons

Aimez-vous encore Diams ?

La haïssez-vous ?

Est-ce que son « islamisme » indispose ou repose l’âme ?

Parce qu’à travers elle c’est l’islam qui est de nouveau en cause… pour tous ceux qui ne l’ont pas vu venir et qui ne sont pas heureux de la voir revenir sur la scène de leur désir… que Diams trouve désormais obscène.

Pour éclairer la lanterne de tous les non musulmans qui approuvent son passé et désapprouvent sa façon de le composer sans boulette et sans boulet… je voudrais attirer leur attention sur la nécessité de faire une distinction rien que pour échapper aux complications d’usage ; distinction entre les avertis, les divertis et les convertis en islam.

Les avertis, ce sont ceux qui ont entendu dire qu’il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu.

Les divertis, ce sont ceux qui ne l’ont pas entendu ou n’ont pas voulu l’entendre et continuent d’assouvir leur volonté de puissance et de jouissance.

Enfin les convertis, ce sont ceux qui y ont cru en estimant qu’il n’y a rien d’autre à dire : c’est de Lui qu’on procède et c’est à Lui qu’on accède.

Le retour de Diams n’est qu’un rappel de ce retour à Dieu.

« Inna lillah wa inna ilayhi raaji’uun »

Pour être plus juste, je dirais que ces verbes d’action : divertir, avertir, convertir constituent des étapes nécessaires pour toute démarche spirituelle où le cœur et l’esprit s’associent pour prendre leur envol et rejoindre le ciel… cela s’appelle : sortie du désert. L’auteur des Pensées, Pascal, est là-dessus très clair : l’âme renonce à ses vains plaisirs pour se laisser absorber par de vrais désirs. Du divertissement à la conversion, il n’y a que deux pas, celui de la Grâce et celui de la Foi.

Diams n’est que le récit d’une folie qui a fini par retrouver son esprit… au cœur de l’infini. Mais il y a une catégorie de gens qui ne l’ont pas entendu de cette oreille et estiment que Diams s’est damnée et condamnée à vie. Pour eux, elle est morte, elle est finie. L’islam lui a dévoré l’âme, toute l’âme…

Ces gens là peuvent être assimilés à des subversifs. Des gens qui pratiquent la subversion, pour asseoir et faire valoir leur propre version : substituer leur délire à votre désir ou substituer leur désir à votre délire… c’est à chacun de choisir son diamant !

Et c’est écrit dans le Coran, dans la Sourate Luqman, le prénom que Diams a donné à son fils après avoir abandonné la chanson : « Et, parmi les hommes, il est (quelqu’un) qui, dénué de science, achète de plaisants discours pour égarer hors du chemin d’ Allah et pour le prendre en raillerie… »

lejournaldepersonne

♦ Rapport : Navires de l’UE liés à la pêche illégale dans l’océan Indien


L’albacore est gravement surexploité. 
(Photo : 
Joe Laurence, Agence de presse des Seychelles , 
Wikimedia , 
Licence )

Des navires de pêche espagnols et français auraient pêché illégalement dans les zones économiques exclusives de la Somalie, de l’Inde et du Mozambique, selon un nouveau rapport de la Blue Marine Foundation, une ONG dédiée à la conservation marine.

L’UE est le plus grand pêcheur de thon de l’océan Indien, la France et l’Espagne représentant la plupart des captures.

Les deux exploitent d’importantes flottes hauturières qui se livrent à la pêche à la senne coulissante, une pêche industrielle à grande échelle, qui constitue une menace non seulement pour les espèces ciblées mais aussi – en raison des grandes quantités de prises accessoires qu’elle produit – met en danger la vie marine en général.

Les zones économiques exclusives (ZEE) ont été établies par l’ONU en 1982 et sont réservées à l’usage exclusif de nations souveraines individuelles. Les autres navires ne peuvent y accéder que dans le cadre de dispositions légales particulières.

Dans le cas des navires immatriculés dans les États de l’UE, l’accès est négocié par la Commission européenne par le biais des accords de partenariat dans le domaine de la pêche durable (APPD).

S’il n’y a pas d’APPD, les entreprises individuelles peuvent conclure des accords d’accès privés avec des représentants du pays concerné.

Cependant, le rapport a révélé qu’aucun de ces éléments n’était en place pour les périodes en question.

Peut-être encore plus inquiétant, il a été constaté que les navires français et espagnols avaient leur système d’identification automatique (AIS) désactivé pendant 59 % et 74 % de leur temps en mer au cours de la période analysée entre janvier 2019 et décembre 2020.

L’AIS, mandaté par la législation de l’UE, transmet la position d’un navire. Il est utilisé principalement à des fins de sécurité maritime, mais peut également permettre aux pays de suivre les activités de pêche dans leurs eaux.

Ces violations se produisaient dans un contexte où les stocks d’albacore de l’océan Indien étaient au bord de l’effondrement, ce qui pourrait, selon les estimations , survenir dès 2024 à moins que l’échelle actuelle de la pêche ne soit considérablement réduite.

Pour tenter d’empêcher l’effondrement, les membres du Comité des thons de l’océan Indien ont convenu en 2016 de réduire la pêche de 14 %, en utilisant leurs prises de 2014 comme référence.

Les efforts ont cependant échoué et le volume de pêche a en fait augmenté de 7% à partir de 2020.

L’UE a attribué cet échec aux États non conformes, à savoir l’Inde, l’Indonésie, l’Iran, Madagascar, Oman et la Somalie, se vantant d’avoir réduit ses captures de plus de 21 %.

Néanmoins, certains indices montrent que l’UE n’a pas non plus respecté les règles.

Les conclusions du groupe de travail de la CTOI sur les thons tropicaux (GTTT) ont impliqué l’Espagne dans la sous-déclaration de ses prises de thon de 2018 de plus de 30 %.

De plus, un total de 16 senneurs français et espagnols, exploitant des pavillons de complaisance, sont connus pour opérer sous les pavillons seychellois et mauricien.

Cela leur permet d’éviter les limites de capture imposées aux navires de l’UE et d’exploiter les quotas de capture aux Seychelles et à Maurice, qui ont été fixés de manière plus flexible, compte tenu de leur statut de pays en développement fortement dépendants économiquement de la pêche.

A titre de comparaison, la flotte de l’océan Indien battant pavillon espagnol et français ne compte que 27 navires.

La 26e session de la CTOI, qui s’est tenue il y a deux semaines, a tenté une fois de plus de résoudre la crise.

Aucun accord n’a cependant été conclu, laissant le sort de la population d’albacore – et avec elle d’autres espèces victimes de la pêche à la senne coulissante – incertain.

ÉCRIT PAR JOSEF SKRDLIK

https://www.occrp.org/en/daily/16391

♦ Le CRIJF au bord de la crise d’Israël


FRANCE-ISRAËL. LOBBY OR NOT LOBBY ?  (6)

Enquête · Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIJF) se veut avant tout le représentant des Français juifs, en première ligne dans le combat contre l’antisémitisme. Mais au fil des années, il est devenu le fidèle porte-parole de la droite au pouvoir en Israël.

Paris, 7 mars 2018. Le président Macron et son épouse au 33e diner annuel du CRIF
Ludovic Marin/AFP

« Nous ne sommes pas une deuxième ambassade de l’État d’Israël », tonne Francis Kalifat, président depuis 2016 du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIJF). « Nous ne sommes pas un lobby, bien que la défense d’Israël et sa légitimité soient au cœur de nos préoccupations, ajoute-t-il dans l’entretien qu’il nous a accordé. Le volet Israël ne représente qu’une petite partie de l’action du CRIJF, dont l’essentiel est en France et exclut le champ confessionnel. Le CRIJF fédère 73 associations, soit la quasi-totalité du spectre communautaire juif. C’est ce qui en fait l’organisation représentative de la communauté juive française ».

Une bonne partie de l’action du CRIF est d’ailleurs consacrée à la vie de la communauté, à des rencontres avec les pouvoirs publics, à l’entretien et la redécouverte de la mémoire juive dans notre pays et à la lutte contre l’antisémitisme, et ce de façon indiscutable. Certes aussi, c’est une petite organisation avec des moyens limités, qui n’a rien à voir avec la puissance de frappe d’un véritable lobby assumé, comme l’Aipac aux États-Unis et ses centaines de salariés.

Institution dont l’engagement est « républicain et l’action avant tout citoyenne », précise Kalifat, le CRIJF s’est de façon assez récente aligné sur la droite israélienne. Théo Klein, avocat et président de l’organisation de 1983 à 1989, « on pouvait lui parler, mais le CRIF aujourd’hui c’est le Likoud France », déplore un ancien ambassadeur de France. « Cela n’a cessé de se dégrader par la suite, prolonge l’ancien ministre des affaires étrangères Hubert Védrine, le CRIJF relayant sans nuances les positions du Likoud. Les successeurs de Théo Klein ont même essayé de lui retirer son titre de président d’honneur du CRIF, le trouvant trop modéré. » Une députée de la majorité déplore en off le « côté unilatéral des positions du CRIF. Avec eux, on a l’impression que tous les Israéliens sont pro-Nétanyahou et que les Palestiniens n’existent pas ». « Ils sont obsédés par le soutien à Israël, la moindre critique fait de vous un suspect d’antisémitisme. On ne peut pas discuter avec des ânes butés », déplore un élu d’une grande ville.

SILENCE SUR NÉTANYAHOU, HARO SUR LE BDS

Certes Francis Kalifat ne passe pas forcément toutes ses journées à parler d’Israël, mais l’agenda du CRIJF est bel est bien devenu à ce sujet celui du gouvernement israélien. Un exemple parmi cent l’illustre. Le 21 septembre 2020, Libération publie une tribune de David Grossman, « Israël au miroir de Nétanyahou ». Avec Amos Oz, décédé en 2018, Grossman est l’un des plus importants romanciers israéliens. Ses livres sont traduits dans de nombreuses langues. Partisan désabusé du défunt « camp de la paix », Grossman évoque dans cet article les milliers de personnes qui manifestent chaque vendredi devant la résidence de Nétanyahou rue Balfour à Jérusalem, près de sa villa privée de Césarée et sur 315 carrefours sur les routes. Il décrit un premier ministre « coupé du reste du monde, confiné dans un espace qui ne lui renvoie que sa personne et ses intérêts », qui « aime à se considérer comme “le père de la nation”, mais il s’agit tout au plus d’un père manipulateur à nul autre pareil, un père cynique, profiteur et utilitariste ». Grossman réclame son départ, pour que « nous sachions éteindre l’hostilité et la méfiance qui nous embrasent lorsque nous regardons nos frères, chair de notre chair, qui pensent différemment de nous ».

Ce même 21 septembre, que trouve-t-on à la une du site du CRIJF ? Des vœux pour le Nouvel An juif, le compte-rendu d’une rencontre entre le premier ministre Jean Castex et le président du CRIF Francis Kalifat sur « l’antisémitisme du quotidien » et la « haine en ligne », autant de sujets malheureusement incontestables. Et puis la présentation d’un ouvrage, De quoi le boycott d’Israël est-il le nom ? de Joël Kotek et Alain Soriano, avec une préface de Philippe Val, publiée en avant-première par le site du CRIF. Val écrit que « le BDS est une flaque de boue dans laquelle pataugent les personnalités et les groupements les plus divers ». Il s’inquiète de la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS), que soutient « Caetano Veloso, ce musicien si doué, si délicat… Ou encore, pour les plus âgés, Gilles Vigneault, ce chanteur québécois qui eut son heure de gloire — méritée — en France, auteur de quelques chansons mémorables. Quelle sale mouche a pu les piquer ? Comment peuvent-ils croire que ceux qui préconisent l’interdiction de dialoguer avec David Grossman ou Amos Oz font avancer la cause de la paix et de la justice ? »

Je trouve le nom de David Grossman sur le site du CRIJF, avec une contre-vérité au passage : le BDS n’interdisant nullement de dialoguer avec quiconque et n’appelant pas au boycott des individus, mais des institutions. Ni Grossman ni Oz n’ont jamais soutenu le BDS, mais Oz, à la fin de sa vie, refusait tout contact officiel dans son pays et boycottait — mais oui, c’est le mot — les ambassades d’Israël dans ses tournées à l’étranger.

Après les extraits de la préface de Val, le site publie une interview vidéo de 38 minutes des auteurs de l’ouvrage sur le BDS, Joël Kotek et Alain Soriano, qui parlent fort peu de la France, où le BDS est assez faiblement implanté. S’ils ne lisent pas Libération, les juifs de France ne sauront rien de la crise sociale et morale que décrit Grossman. Drôle de « dialogue », comme dirait Val. Pas un mot sur le site, pas une citation dans la revue de presse quotidienne publiée par le CRIJF, mais cette obsession de contrer le BDS. « Je ne surjoue pas la menace du BDS, affirme Francis Kalifat. Je suis convaincu que ses campagnes indignes ont des conséquences réelles sur les Français juifs, c’est en cela que le BDS contribue à l’aggravation de l’antisémitisme dans notre pays. On a créé autour d’Israël une bulle de haine et les Français juifs en subissent les conséquences. Il faut que cela change, car l’antisémitisme rend la vie impossible aux Français juifs. S’attaquer à la légitimité d’Israël comme le fait BDS c’est bien sûr discriminatoire et antisémite ».

UN COMBAT ORIGINEL CONTRE L’ANTISÉMITISME

Le combat contre l’antisémitisme est certes indispensable, et le CRIJF a mis en place une cellule chargée de repérer les contenus antisémites sur le web, où se déchaînent sans retenue des partisans des antisémites plusieurs fois condamnés par la justice, comme le comique Dieudonné ou Alain Soral. Mais cela ne devrait pas être instrumentalisé pour faire accepter la politique israélienne, « y compris la plus blâmable », pour reprendre des mots de la sénatrice Esther Benbassa. « Quand le CRIJF combat l’antisémitisme, il fait son boulot, explique Bertrand Heilbronn, le président de l’Association France-Palestine Solidarité (AFPS). Quand il l’utilise contre la politique de la France, c’est plus problématique, et encore plus quand il l’utilise contre les militants ».

À l’origine, la question d’Israël n’est d’ailleurs pas au centre des préoccupations du CRIF, tant s’en faut, comme l’ont raconté Samuel Ghiles-Meilhac dans un ouvrage solidement documenté, Le CRIJF, de la Résistance juive à la tentation du lobby (Robert Laffont, 2011), ainsi que Charles Enderlin avec Les juifs de France entre République et sionisme (Seuil, 2020). Né dans la France occupée en 1943 sous le nom de « Conseil représentatif des Israélites de France », alors que la branche officielle de l’Union générale des israélites de France a sombré dans la collaboration, le CRIJF regroupe essentiellement des résistants juifs se revendiquant du communisme ou des mouvements sionistes socialistes. Après-guerre, ils feront alliance avec le Consistoire, qui représente depuis Napoléon les lieux de cultes juifs, et aura comme objectif commun de faire du CRIJF « l’interprète du judaïsme en France devant les pouvoirs publics ».

Mais à la création de l’État d’Israël en 1948, les communistes, toujours très présents dans ses rangs, refusent que le CRIJF le soutienne sans réserve. Ils expliquent, rapporte Samuel Ghiles-Meilhac, que « la question sioniste ne devrait pas figurer dans la charte du CRIJF, de même que n’y figure pas la question polonaise ». Le CRIJF évite alors tous les sujets qui fâchent, en dehors des affaires communautaires, et n’a que peu de liens dans les années 1950 avec le lobby pro-israélien très actif dans les rangs de la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO) et dans le complexe militaro-industriel. Pendant la guerre d’Algérie qui déchire l’opinion française et voit les communistes dans les premiers rangs de la mobilisation contre elle, le CRIJF ne s’engagera pas pour éviter les divisions internes, des dizaines de milliers de juifs vivant en Algérie. Jacques Soustelle, alors président de la modeste Alliance France-Israël qui n’a jamais caché son « admiration » pour Israël, fera lui le choix de l’Algérie française, et soutiendra l’Organisation armée secrète (OAS). Et Israël soutient la France en Algérie.

« Jusqu’au début des années 2000, le CRIJF s’interdisait d’intervenir en tout cas officiellement dans les affaires israéliennes », explique un ancien proche. « En France dans les années 1980, il est très peu engagé sur la question israélienne, se souvient Hubert Védrine. [François] Mitterrand et [Roland] Dumas ont invité [Yasser] Arafat à Paris afin d’obtenir de lui des concessions. Des intellectuels comme Jean Daniel approuvent Mitterrand, le CRIJF était divisé, les relations étaient excellentes avec Théo Klein. Mais la majorité du CRIJF était hostile. De façon très gaullienne, Mitterrand leur a dit : “la politique étrangère de la France c’est moi, ce n’est pas vous”. Grâce à cette invitation, Arafat a déclaré que la Charte de l’OLP était “caduque” ».

Les relations avec Arafat provoqueront plus tard une quasi-rupture entre le CRIJF et Israël quand Henri Hajdenberg — passé en 1995 de la direction du Renouveau juif, mouvement né de l’hostilité à la politique proche-orientale de Valéry Giscard d’Estaing, à la présidence du CRIJF —, partisan des accords d’Oslo rencontre le leader palestinien en 1999. Nétanyahou, déjà premier ministre à l’époque, refuse de recevoir la délégation du CRIJF à Jérusalem. Leila Shahid, déléguée de l’autorité palestinienne en France entre 1994 et 2005, assiste même à plusieurs diners du CRIJF, tout comme la plupart des dirigeants du Parti communiste français (PCF) et des Verts dont Francis Kalifat considère aujourd’hui qu’ils sont avec l’extrême gauche « des soutiens logistiques très forts du mouvement BDS ». Ils ne sont plus conviés aux agapes annuelles qu’avaient initiés Théo Klein. Mais des secrétaires généraux comme Robert Hue puis Marie-Georges Buffet y ont eu table ouverte.

LA RUPTURE AVEC LE PCF

Entre le PCF et le CRIJF, deux partenaires qui ont partagé une histoire certes complexe, mais commune, « le basculement se fait entre la sortie de Sharon sur l’esplanade des Mosquées en 2000, l’offensive au Liban en 2006 et l’offensive à Gaza en 2008-2009, raconte Jacques Fath, qui fut longtemps le responsable international du parti. S’il faut sourcer la cassure, elle est d’abord liée à la façon dont les Israéliens ont traité la question de la Palestine dans cette période ». Et encore, le processus sera long. Dans un communiqué commun en décembre 2003, PCF et CRIJF réaffirment leur attachement « à l’existence d’un État israélien et d’un État palestinien ». Marie-Georges Buffet et Roger Cukierman écrivent de concert : « Les différentes appréciations sur la situation et les solutions au conflit israélo-palestinien en France et le débat démocratique ne sauraient en aucun cas justifier une quelconque forme de violence, verbale ou physique, et ne sauraient dégénérer en stigmatisations de quiconque, en accusations et en amalgames dangereux. »

Cette belle entente va cependant voler en éclats, au fur et à mesure que, comme le résume Jacques Fath, se développe en Palestine « une colonisation renforcée, permanente, la séparation avec une configuration d’apartheid, géographique, social, juridique, politique et la domination, avec l’écrasement de toute résistance possible et une extrême violence de la répression ». Le gouvernement israélien exigeant des organisations juives à travers le monde un soutien sans réserve, le CRIJF va changer de ton. Roger Cukierman, puis Richard Prasquier et enfin Francis Kalifat ne vont plus supporter aucune voix critique d’Israël, ni à l’intérieur ni à l’extérieur. Désormais, il faut être inconditionnel.

« Le PCF a fait des efforts pour maintenir un dialogue qui respectait l’identité de chacun, mais c’est devenu impossible, se souvient Jacques Fath. L’agressivité du CRIJF a été inqualifiable : nous avons toujours été ensemble dans le combat contre l’antisémitisme, mais il n’était pas question de s’engager dans un soutien à la politique israélienne. Il y a eu des amalgames entre des organisations extrémistes rouge-brun tournées vers l’antisémitisme et le PCF, et l’équation antisionisme=antisémitisme perdure. Pour le CRIJF, toute critique contre Israël devient de l’antisémitisme ».

PCF et CRIJF n’ont plus rien à se dire, et la tentative de renouer « le fil d’un dialogue opposé », entre Roger Cukierman et le secrétaire général du PCF Pierre Laurent à l’automne 2013 tourne court, soulevant d’ailleurs une mini-tempête à l’intérieur du parti communiste, nombre de militants croyant à « un canular ».

SOUTIENS INCONDITIONNELS À ISRAËL

Le CRIF est devenu plus dur, totalement aligné sur les positions de la droite israélienne. « Sous la présidence de Roger Cukierman, confirme Hubert Védrine, le CRIJF a plusieurs fois mis en cause l’antisémitisme du Quai d’Orsay, par exemple après que j’ai cité à l’Assemblée le président de la Knesset d’alors, Avraham Burg, ou quand nous reprenions les déclarations préparées par la présidence en exercice de l’Union européenne ! » Burg est alors un partisan modéré du camp de la paix, comme Oz, comme Grossman.

Les temps avaient décidément bien changé, mais le CRIJF n’a pas été seul à évoluer. En France, beaucoup de forces politiques y ont contribué, soutenant Israël en dépit de la politique de son gouvernement. D’abord la droite et l’essentiel du Parti socialiste PS), et puis Emmanuel Macron et les siens. « Ce qui compte, écrivait la sénatrice Esther Benbassa dès 2010 à propos du CRIJF, c’est qu’il est perçu comme un lobby (mot horripilant en France) par les politiciens. Et considéré comme tel, il l’est bien, un lobby, en fait. Ceux qui s’agglutinent à son dîner croient vraiment qu’il joue un rôle important dans la machine électorale. On y vient à la pêche aux voix juives ».

En 2019, avec comme invités d’honneur Brigitte et Emmanuel Macron, le dîner annuel (dernier en date en raison de la crise de la Covid-19) recevait plus de mille invités, dont l’ex-président François Hollande, son ex-premier ministre Manuel Valls, Christophe Castaner ministre de l’intérieur, et Nicole Belloubet, ministre de la justice, ainsi d’ailleurs que la majorité du gouvernement, des maires de grandes villes, des vedettes de la télévision. Le fidèle Philippe Val était bien sûr présent et honoré du prix du CRIF pour « son combat contre l’ignorance et l’obscurantisme ».

« Je ne voudrais pas que l’on réduise l’activité du CRIJF à notre dîner annuel, c’est un événement unique, sous les projecteurs, avec une couverture médiatique très importante, un moment républicain qui incarne parfaitement notre action, explique Francis Kalifat. Le fléau de l’antisémitisme, par exemple, ne concerne pas seulement les juifs, mais l’ensemble des Français. Derrière ceux qui haïssent les juifs, on trouve souvent ceux qui haïssent la France et ses valeurs ».

« Pour moi le président du CRIJF est le porteur des inquiétudes et des préoccupations des Français juifs auprès des pouvoirs publics », répète pour conclure notre entretien Francis Kalifat. Et quand je lui dis que certains Français juifs s’inquiètent aussi de la politique du gouvernement israélien, il répond : « Je ne peux pas représenter celui qui ne veut pas l’être ». CQFD.

JEAN STERN 

https://orientxxi.info/magazine/le-crif-au-bord-de-la-crise-d-israel,4543

♦ Quand le « CRIJF » obtient la destitution d’un candidat « macronien »


Retour sur l’affaire Christian Gerin · Parmi les personnalités désignées par Emmanuel Macron pour réfléchir à une nouvelle loi qui traquera les contenus racistes et antisémites sur les réseaux sociaux, on trouve le nom du vice-président du Conseil représentatif des institutions juives de France, Gil Taïeb. Le choix n’est pas neutre : il s’agit de l’un des partisans les plus actifs de l’amalgame entre antisémitisme et critique d’Israël. Ce qui éclaire rétrospectivement la mésaventure d’un ex-candidat de La République en marche aux élections législatives de 2017.

En mai 2017, Christian Gerin, producteur de télévision renommé, adoubé par le parti La République en marche (LRM) pour les législatives s’est vu quasi instantanément retirer son investiture à la suite d’une intervention de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) l’accusant d’antisémitisme. L’association était soutenue par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIJF). Le parti a validé en moins de deux heures cette dénonciation, sans entendre l’intéressé. Le motif avancé par le CRIJF et la Licra ? Quelques tweets critiquant la politique du gouvernement israélien et le CRIJF lui-même.

En un clin d’œil, l’accusation infamante a été reprise sans nuance sur les chaînes « tout info », les sites de journaux et les réseaux sociaux. La précipitation de LRM à obéir aux injonctions est surprenante quand on connaît la personnalité de l’« accusé ». Christian Gerin ne souhaitait pas jusqu’ici s’exprimer publiquement. Il le fait aujourd’hui, car plus que la déception de se voir brutalement lâché par sa formation politique, il ne supporte pas de se voir désigné comme antisémite.

PLUSIEURS VOYAGES EN ISRAËL ET EN PALESTINE

Christian Gerin, 63 ans, est un producteur français de programmes de télévision bien connu des milieux audiovisuels. Après une première carrière de journaliste, il a fondé la société 17 juin Média qui produit des émissions à succès comme « Le magazine de la santé » et « Faites entrer l’accusé », ou des docu-fictions scientifiques comme « L’odyssée de l’espèce ». Depuis 2013, il préside le Syndicat des agences de presse audiovisuelles (Satev).

En 2017, désireux de s’impliquer en politique, il demande l’investiture de LRM dans la cinquième circonscription de Charente Maritime, qu’il connaît bien et où il possède une maison. Gerin est auditionné le 30 avril 2017 par Auxence Moulin, responsable des relations du parti macronien avec les élus. « Au cours de cette longue conversation, Auxence Moulin m’a dit qu’il connaissait mon intérêt pour la question du Proche-Orient à travers mes tweets », se rappelle Christian Gerin. « Je lui ai expliqué quelques réticences. En particulier que je ne comprenais pas pourquoi Emmanuel Macron refusait de reconnaître l’État de Palestine. »

En mai 2017, Christian Gerin, producteur de télévision renommé, adoubé par le parti La République en marche (LRM) pour les législatives s’est vu quasi instantanément retirer son investiture à la suite d’une intervention de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) l’accusant d’antisémitisme. L’association était soutenue par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIJF). Le parti a validé en moins de deux heures cette dénonciation, sans entendre l’intéressé. Le motif avancé par le CRIJF et la Licra ? Quelques tweets critiquant la politique du gouvernement israélien et le CRIJF lui-même.

En un clin d’œil, l’accusation infamante a été reprise sans nuance sur les chaînes « tout info », les sites de journaux et les réseaux sociaux. La précipitation de LRM à obéir aux injonctions est surprenante quand on connaît la personnalité de l’« accusé ». Christian Gerin ne souhaitait pas jusqu’ici s’exprimer publiquement. Il le fait aujourd’hui, car plus que la déception de se voir brutalement lâché par sa formation politique, il ne supporte pas de se voir désigné comme antisémite.

PLUSIEURS VOYAGES EN ISRAËL ET EN PALESTINE

Christian Gerin, 63 ans, est un producteur français de programmes de télévision bien connu des milieux audiovisuels. Après une première carrière de journaliste, il a fondé la société 17 juin Média qui produit des émissions à succès comme « Le magazine de la santé » et « Faites entrer l’accusé », ou des docu-fictions scientifiques comme « L’odyssée de l’espèce ». Depuis 2013, il préside le Syndicat des agences de presse audiovisuelles (Satev).

En 2017, désireux de s’impliquer en politique, il demande l’investiture de LRM dans la cinquième circonscription de Charente Maritime, qu’il connaît bien et où il possède une maison. Gerin est auditionné le 30 avril 2017 par Auxence Moulin, responsable des relations du parti macronien avec les élus. « Au cours de cette longue conversation, Auxence Moulin m’a dit qu’il connaissait mon intérêt pour la question du Proche-Orient à travers mes tweets », se rappelle Christian Gerin. « Je lui ai expliqué quelques réticences. En particulier que je ne comprenais pas pourquoi Emmanuel Macron refusait de reconnaître l’État de Palestine. »

Le slogan « une seule solution, BDS » n’implique pas l’adhésion, plaide le producteur auprès de son parti. « C’était une réponse à un autre tweet de mon amie Raphaëlle Bacqué, journaliste au Monde, qui disait : ‟Obama laisse passer une résolution condamnant la colonisation israélienne. Que fera Trump ?” Je voulais dire que si on abandonne la diplomatie, reste seulement la manière dure. Pour ma part, je ne l’approuve pas. »

Le « tweet BDS » aurait pu mettre Gerin en porte-à-faux avec son parti. Emmanuel Macron se place en effet dans la continuité de la position française, qui depuis la circulaire Alliot-Marie de 2008 criminalise le soutien à ce mouvement, faisant de la France le seul pays occidental à légaliser cette entrave à la liberté d’expression. Mais le déroulé de la séquence ne permet pas le doute. LRM a accepté les explications de son candidat sur BDS. Il l’a bien suspendu plus tard, en réaction au communiqué de la Licra accusant Gerin d’antisémitisme.

Une fois élu, Emmanuel Macron fera de l’antisionisme, position politique, « la nouvelle forme de l’antisémitisme » en pleine commémoration de la rafle du Vél d’Hiv le 16 juillet 1942, au cours de laquelle 13 152 juifs, hommes, femmes et enfants ont été raflés à Paris par la police et la gendarmerie françaises et envoyés dans les camps de la mort nazis. Déclaration faite devant l’invité d’honneur, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, appelé « cher Bibi » dans le discours du président français. C’était la première fois qu’un officiel israélien était associé à l’anniversaire du Vél d’Hiv.

Christian Gerin a reçu rapidement de nombreux soutiens. Un comité s’organise en sa faveur dans sa circonscription. Le bureau du Satev lui renouvelle sa confiance : « Non, Christian Gerin n’est pas antisémite. S’il y avait eu le moindre doute à ce sujet, le Satev ne l’aurait pas élu et réélu à sa tête. » De nombreuses personnalités de l’audiovisuel signent en sa faveur, de Marc-Olivier Fogiel à François de Closets en passant par Michel Cymès3.

ABSOUT PAR LE COMITÉ D’ÉTHIQUE, MAIS…

L’accusation ignoble force aussi Gerin à rappeler au Comité d’éthique la mémoire de son père, Louis Gerin, responsable de l’Association des prisonniers et déportés de la zone sud à Lyon en 1945. Et à convoquer, comme il le dit lui-même, « d’autres fantômes : Pierre Pierre-Bloch, président de la Licra de 1993 à 1999, dont le fils, Jean-Pierre Pierre-Bloch m’a choisi, embauché et nommé directeur des informations de France-Soir, le journal de Pierre Lazareff. Et la mémoire de Chaïm et Mendel, les grands-pères de Michel Cymès [animateur du « Magazine de la Santé »] exterminés à Auschwitz ». À l’époque où on le traite d’antisémite, Gerin produit le film tiré du livre de Michel Cymès, Hippocrate aux enfers, sur les médecins nazis des camps de la mort…

Épilogue : le Comité d’éthique s’est réuni le 8 mai, un mois avant le premier jour des élections législatives de 2017. Il absolvait Christian Gerin de l’accusation d’antisémitisme. Mais il ne le réinstallait pas comme candidat en Charente-Maritime. Le président du comité, l’avocat Jean-Pierre Mignard, s’en explique : « à titre tout à fait exceptionnel », dans une lettre embarrassée à Christian Gerin qu’Orient XXI s’est procurée : « Votre candidature n’a pas été validée… sans qu’un quelconque grief d’antisémitisme n’ait été retenu contre vous. C’est du fait de l’exceptionnelle gravité de ce grief que le Comité éthique tenait à ce que ni votre honneur ni votre considération n’aient à souffrir du choix qui a été fait par la Commission nationale d’investiture et sur lequel ses responsables se sont déjà expliqués auprès de vous. »

Christian Gerin avait bien reçu une explication, mais réduite à de la cuisine politique : LRM ne présenterait finalement pas de candidat pour laisser la circonscription à un membre du Modem de François Bayrou. Le parti macronien ne sera pas allé jusqu’à laver publiquement l’honneur de son candidat. Ni Jean-Pierre Mignard ni les autres responsables de LRM n’ont donné suite aux sollicitations d’Orient XXI. Un cadre de LRM a toutefois accepté de s’exprimer anonymement. À l’entendre, on comprend que les accusations étaient fausses, mais qu’elles ont en même temps pesé sur la décision : « À la suite de la polémique, le Comité d’éthique a rendu un avis défavorable à la candidature de Christian Gerin. Mais il n’a pas retenu le caractère antisémite de ses tweets. »

Pierre Prier

Journaliste. Son premier contact avec le Proche-Orient date de 1987, avec la première intifada. Il a quitté Le Figaro après 21 ans passés à couvrir le Proche-Orient et l’Afrique. Il a couvert la deuxième intifada en tant que chef du bureau de Jérusalem de 2000 à 2004.

https://orientxxi.info/magazine/quand-le-crif-obtient-la-destitution-d-un-candidat-macronien,2417

♦ LE BURKINI : REQUÊTE XXL


Vous êtes sur « Requête XXL » la radio qui excelle dans le traitement des sujets rebelles… Allo, je vous écoute !

#burkini #Dati #Mabrouk #Zineb #République #burqa #musulman #islamophobie

Lejournal Depersonne

♦ Un insoumis nommé : Macron


En dire du mal, ça fait du bien… aux uns

En dire du bien, ça fait du mal… aux autres.

Mais par delà le bien et le mal, qui est vraiment Macron ?

Un homme de pouvoir sans doute. Mais pas de n’importe quel pouvoir.

Je le distinguerais de tous les autres en le définissant comme un pouvoir incantatoire qui enchante et désenchante en même temps, réalise et déréalise en même temps, nous grise et nous brise sans façons.

Le pouvoir a proprement dit, il ne l’a pas, il l’est, s’efforce de l’être, de l’incarner charnellement et intellectuellement. Je n’ai pas dit spirituellement… Parce que la spiritualité n’a pas beaucoup de liens de parenté avec son esprit.

Il se dit « esprit libre » donc en rupture avec toutes sortes d’enchaînements. Un insoumis qui sait pourquoi et comment vous soumettre. Vous avoir ou devenir votre maître. Point commun avec Jean-Luc Mélenchon. Les deux utilisent à la perfection le piège de l’insoumission, du franc-parler pour ceux qui veulent vous entendre parler franc. Populisme de haut niveau, qui fait de la franchise le plus sûr moyen de s’affranchir de toute main mise… voire de la bêtise. Le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ? Pas question répondra l’un pas l’autre.

A l’opposé de Prométhée qui a volé le feu à Jupiter pour le donner aux hommes… Macron a volé le feu aux hommes pour le donner à Jupiter. Il l‘a fait mais on ne sait pas comment il l’a fait. Comment il s’y est pris pour ne pas se faire prendre jusqu’à surprendre à deux reprises les plus avisés des électeurs!

Magie du verbe. En vérité cette magie n’a rien de magique, elle est fondamentalement stratégique. Avec le recul nous l’avons maintenant compris, l’heureux élu n’a rien fait d’autre qu’un savant calcul pour obtenir le suffrage de ses malheureux électeurs… non point en leur lançant de la poudre aux yeux mais en faisant mine de s’approprier leurs dieux.

Il l’a fait sans ambages en faisant usage d’un triple pouvoir :

Un pouvoir de séduction qui le rend inspirant plutôt qu’aspirant comme la Carmen de Bizet qui chante que l’amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser.

Un pouvoir de persuasion qui lui été inspiré par les sophistes grecs qui avaient l’art de prouver une chose et son contraire.

Et enfin un pouvoir d’imagination qui lui permet de viser et d’improviser en toute aisance comme s’il avait plus d’une muse à sa disposition. Il invente et s’invente en même temps.

Les mauvaises langues vous diront que ce ne sont que des éléments de langage sans tenir compte de la complexité du phénomène : je dirais plutôt que le langage est son élément. Comme l’inconscient de Lacan, Macron ça nous parle même quand il ne nous parle pas. Parce qu’il y a en lui quelque chose de nous, il y a en nous quelque chose de lui : le culot, oser… oser comme dit la publicité !

Mais tous ces éléments ne nous disent pas vraiment ce qui est propre à Macron.

Quelle différence y a-t-il entre lui et nous ? Qu’est-ce qui le distingue, pour de vrai, pour de bon ?

C’est que son pouvoir n’est pas exclusivement politique. Son pouvoir est essentiellement ludique. Macron joue. Il joue avec nous. Il joue contre nous. Il joue malgré nous. Parce que c’est un joueur avant tout. Un joueur par-dessus tout.

– Qu’est-ce que cela veut dire au premier degré ?

Qu’il n’est pas, jamais lui-même, qu’il est autre, toujours autre. Je est un autre disait Rimbaud, c’est Macron poétiquement parlant. Un masque sans visage derrière… pour ouvrir et fermer le bal sans se mouiller et sans se souiller.

– Au deuxième degré : Macron est un actant et non un acteur. C’est sa vie qu’il joue et non celle de quelque personnage. C’est Molière écrivant Tartuffe et non Tartuffe écrit par Molière… il est l’auteur des drames qu’il met en scène ou en actes.

Du style : tu traverses la rue et tu trouves un emploi… ou bien : je veux emmerder ceux qui refusent de jouer le jeu… ou encore : il y a des moins que rien… je poursuis : qui vous donnent l’impression d’être plus que tout.

C’est du jeu… dangereux, mais qui correspond à la somme de ses vœux.

– Au troisième degré : Macron est un battant mais au sens grec du terme. Là-bas et autrefois, les Grecs disaient Agon pour caractériser la compétitivité comme jeu dans lequel excellaient les gladiateurs…au péril de leur vie… parce qu’il s’agit comme dans toute agonie d’une lutte à mort contre la mort et pour la vie.

C’est ce que se dit peut-être Macron lorsqu’il joue au héros auprès de ses deux maitresses : Brigitte et la France…

Laquelle des deux est réelle, laquelle est irréelle ?

Ce n’est pas à lui mais à vous de tirer votre épingle du jeu.

Lejournal Depersonne

#Macron#insoumis#Melenchon#pouvoir#Jupiter#élections#politique#France

♦ Nos gouvernements, complices des crimes en Palestine


On a beau vivre dans un monde inondé d’images, toujours plus envahissantes tant dans la sphère publique que privée – photos, magazines, cinéma, télés, pubs, clips, selfies,… – il en est certaines qui sont plus difficiles à digérer que d’autres, et qui demandent un certain temps pour y revenir. Tant le choc qu’elles provoquent vous met KO. Ainsi du meurtre de la journaliste Shireen Abu Akleh, puis de l’hommage funéraire que lui a rendu le lendemain la population palestinienne chrétienne comme musulmane.

Les tentatives obséquieuses de certains responsables politico-médiatiques insinuant le doute d’une balle perdue tirée par la résistance palestinienne ajoute encore à l’abjection du geste et du régime qui l’autorise, quand la localisation par GPS ne laisse aucun doute et permet d’établir l’impossibilité d’une telle hypothèse. Et pourtant, les autorités israéliennes persistent à refuser toute enquête extérieure sur les faits. Ce qui peut laisser penser à la responsabilité de hauts placés à protéger dans la sinistre hiérarchie de ce régime d’assassins dont on sait qu’il s’évertue par tous les moyens à taire et cacher ses crimes.

Comme si cela n’avait pas suffi, il a fallu ensuite assister à la barbarie de la soldatesque israélienne s’en prenant au cortège funèbre qui avec dignité et sans rendre les coups portait le cercueil de la victime jusqu’à sa dernière demeure. Ce que ce régime à bout de souffle – ainsi de ceux qui le soutiennent – ne comprend pas, c’est que de telles images sont finalement bien plus mortelles pour lui que n’importe quel missile qui lui serait destiné. Et referment la tombe sur cette sinistre colonie où se réfugient tous les demeurés qui y revendiquent leur lieu de vie au nom d’une judéité plus qu’ambiguë, sans voir que ce pourrait bien être leur lieu de mort.

Suivre les sites alternatifs et locaux d’informations – parce que les merdias habituels et leurs journaleux de service se gardent bien d’en parler – pour avoir des éléments fiables sur ce qui se passe en Palestine occupée finirait presque par habituer le citoyen aux horreurs devenues quotidiennes sous l’étendard de ce régime colonial présenté comme ‘’la seule démocratie de la région’’. Mais en tant qu’êtres humains nous ne pouvons en aucun cas tomber dans ce piège d’être blasés et blindés par l’insoutenable. Les images qui nous arrivent de ce territoire exigu et les drames qui s’y déroulent ne peuvent jamais nous trouver hermétiques à ce qu’elles véhiculent. Nous devons en priorité garder le sens de la justice et préserver notre humanité, notre esprit de compassion, d’empathie et de solidarité qui fait de ces opprimés palestiniens, des frères et des sœurs auxquels nous avons le devoir de solidarité.

L’on ne peut passer en revue toute l’horreur des crimes quotidiens de ce régime qui se manifeste à tous les niveaux. L’horreur des blessures infligées volontairement à la jeunesse palestinienne pour l’handicaper à vie ; celle des maisons détruites à coup de bulldozers et leurs habitants jetés à la rue ; celle des check-points où s’entassent les travailleurs en pleine nuit pour tenter d’arracher à l’aube quelque boulot leur permettant d’assurer le minimum vital pour la famille ; celle du déracinement d’oliviers parfois centenaires par des colons tarés à peine arrivés ; celle de ces tentes misérables démantelées pour la énième fois où vaille que vaille survivent quelques familles bédouines ; ou encore celle du camp concentrationnaire qu’est devenue la bande de Gaza maintenue sous un blocus féroce depuis près de 15 ans, etc. Toutes, insupportables, sans même aborder celle des dommages psychologiques sur plusieurs générations que cette barbarie provoque. Mais l’assassinat de la journaliste Shireen Abu Akleh – s’ajoutant à celui d’autres journalistes systématiquement ‘’liquidés’’ – aux abords du camp de réfugiés de Jenin, filmé en direct par la résistance palestinienne ne laisse plus aucune doute. Ce crime délibéré s’ajoute à ceux qui pavent l’enfer de ce que vivent les Palestiniens depuis la Nakba de 1947 et qui ne s’est jamais arrêtée. Et devra s’ajouter à ceux du dossier instruit à la CPI.

Comment nos Etats, claironnant à tous vents leurs critères indépassables en termes de ‘’droits humains’’, peuvent-ils accorder une telle impunité aux responsables de ces atrocités incessantes et espérer rester crédibles ?! C’est précisément à cause de cet octroi d’impunité que ce régime se permet tout, perpétue ses crimes et s’enfonce dans l’innommable. Au point qu’il y a quelques jours, une délégation officielle de l’UE a voulu se rendre en Palestine pour enquêter sur le crime de Shireen Abu Akleh, mais s’en est vue refuser l’accès. Voilà la réponse cinglante des autorités de ce régime à la lâcheté de nos responsables politiques. Celle-ci est une courroie de transmission directe aux exactions que pratiquent ce régime, ses colons racistes fanatisés et ses forces armées d’occupation.

Il faut d’ailleurs souligner que cette colonie qui prétend à l’appellation ‘’d’État’’ n’en est pas un. Et vu les lois et les règles qui y sont appliquées sur une partie de sa population, l’ajout ‘’démocratique’’ est un comble d’hypocrisie, tout autant immérité. Tous les citoyens qui utilisent encore cette qualification ‘’d’Etat’’ devraient intégrer cet élément. ‘’Israël’’ doit être assimilé et qualifié pour ce qu’il est : un régime colonial d’apartheid nourri de racisme et d’idéologie fasciste, comme l’est toute idéologie coloniale. Il ne mérite en aucun cas l’appellation ‘’d’État’’. Et tous ceux qui se revendiquent d’une vraie ‘’démocratie’’ savent et connaissent le sort qui doit être réservé à de tels régimes : l’abolition, tel que ce le fut en Afrique du Sud.

Si l’écrasante majorité des citoyens du régime colonial d’apartheid israélien s’est habitué à ce que ses forces armées traitent les Palestiniens de la sorte, c’est en grande partie à cause de son aveuglement obtus à l’idéologie sioniste et au laisser-faire occidental. Raison de plus pour laquelle l’amalgame entre anti-sionisme et anti-sémitisme de certains doit être refusé. Et si nombre de nos responsables politico-médiatiques y souscrivent c’est pour tenter de se départir de leur écrasante responsabilité dans les crimes que l’on voit se perpétuer contre les Palestiniens depuis des décennies… et que ceux-là autorisent sans la moindre mesure ou sanction à la hauteur des forfaits, se bornant à leurs habituelles ‘’inquiétudes’’ ou ‘’leurs vives préoccupations’’ et toutes sortes de formules hypocrites du même style qui ne dupent plus personne. Le sionisme présente, avec parfois ses nuances de gris, tous les signes d’une pathologie, le racisme, et par leur manque de courage et de probité nos gouvernements entretiennent la maladie.

Ainsi, faut-il également répéter à ceux qui envers et contre tout soutiennent ce qu’ils nomment le ‘’peuple élu’’ que le terme même de ‘’peuple’’ est inadéquat : il n’y a pas plus de ‘’peuple’’ juif que de ‘’peuple’’ musulman ou de ‘’peuple’’ chrétien. C’est-là encore une tentative sournoise pour récupérer la chose politique par le biais religieux. Et quand ils en rajoutent et en encensent l’intelligence, ils devraient surtout comprendre qu’il s’agirait plutôt d’un ‘’peuple maudit’’. Parce que s’il était aussi intelligent que ceux-là le prétendent dans leur essentialisme primaire, ce ‘’peuple’’ aurait compris depuis longtemps qu’il creusait activement sa propre tombe. Autre raison pour laquelle le sionisme est bien l’ennemi du judaïsme traditionnel qui ne s’y reconnaît pas.

En réalité, derrière leur fidélité de façade, les pro-sionistes de chez nous n’ont toujours pas réglé leur problème raciste vis-à-vis des juifs et voudraient se montrer plus juifs que les premiers intéressés. Ils sont en réalité l’un des dangers majeurs pour eux. Alimentés par cette funeste idéologie qui leur rappelle régulièrement leurs crimes sous l’occupation nazie, et voulant ainsi prouver leurs regrets éternels pour le mal causé, ceux-là veulent arrimer la colonie et la faire appartenir à l’Occident par l’entremise de tout ce qui leur tombe sous la main, invitant cet odieux régime à participer ‘’quoi qu’il en coûte’’ (mais sur le dos des Palestiniens) aux manifestations européennes culturelles, artistiques, sportives et autres. Ainsi, entretiennent-ils le mythe, nourrissent-ils l’illusion de se racheter.

Cet abject régime colonial et les images d’horreur qu’il véhicule est pourtant condamné à disparaître. Et les Palestiniens le rappellent de manière brûlante, chaque jour. Ce régime est une horreur. A vrai dire, il est l’horreur incarnée. Et puisque nos responsables le laissent non seulement se développer mais s’en rendent complices, les Palestiniens lui régleront son compte. N’en doutez jamais !

Daniel VANHOVE

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https://www.legrandsoir.info/nos-gouvernements-complices-des-crimes-en-palestine.html

♦FRANCE-ALGÉRIE, DEUX SIÈCLES D’HISTOIRE


Quand l’armée française « pacifiait » au napalm

Parler de l’usage du napalm par la France durant la guerre d’indépendance, c’est revenir sur un déni d’État. À l’instar d’autres armes chimiques, ce produit a été utilisé en dépit des conventions de Genève dont Paris était signataire. S’il est difficile de dresser un bilan complet aujourd’hui, les témoignages sont là pour rappeler l’étendue de cette violence.

Les autorités françaises le répèteront sans trembler : « Napalm rigoureusement proscrit et jamais employé opération militaire en Algérie »1. Ce mensonge clairement affirmé par le ministre résidant Robert Lacoste2 en 1957 est répété sous la Ve République. Au quai d’Orsay, on assure ainsi que l’armée française « n’a jamais fait usage du napalm » et que « des instructions permanentes du haut commandement militaire français en Algérie interdisent l’emploi de ce produit »3.

Si la France ne peut reconnaître l’usage de cette essence gélifiée utilisée dans des bombes incendiaires, c’est que cette arme est proscrite par les conventions internationales dont le pays est signataire. Son usage viendrait en outre contredire la fiction de simples opérations de maintien de l’ordre menées dans l’Algérie française depuis novembre 1954.

UN PAYS EN FLAMMES

Ce que Paris, Genève ou New York ignorent est pourtant devenu une évidence dans les montagnes algériennes où l’armée française lutte contre les maquisards de l’Armée de libération nationale (ALN). Les forêts qui dérobent ces combattants aux avions français sont particulièrement ciblées : largué par les airs, le napalm enflamme immédiatement la surface sur laquelle il se répand, ce qui le rend particulièrement redoutable dans les régions boisées.

Des témoignages français confirment d’ailleurs ce que les indépendantistes dénoncent à mesure que l’Algérie s’enfonce dans la guerre. En 1959, Hubert Beuve-Méry, le directeur du journal Le Monde, acquiert ainsi la certitude de son usage après s’être entretenu avec le successeur de Robert Lacoste, Paul Delouvrier. Peu de temps auparavant, un caporal avait adressé une lettre au journal pour dévoiler la réalité cachée derrière une dépêche officielle parlant de « rebelles mis hors de combat avec l’aide de l’aviation » : « Ayant participé à l’encerclement et à la réduction de la ferme où [les « rebelles »] étaient retranchés, je puis vous indiquer qu’ils ont en réalité été brûlés vifs, avec une dizaine de civils dont deux femmes et une fillette d’une dizaine d’années, par trois bombes au napalm lancées par des appareils de l’aéronavale », non loin de Sétif, le 14 août 1959.

Les pilotes savent parfaitement ce qu’ils larguent, et les militaires qui demandent leur appui au sol aussi. L’usage du napalm étant interdit, on opte pour un langage codé : « bidons spéciaux ». Dans le secteur de Bou Saada, au sud-est d’Alger, est ainsi consignée, fin septembre 1959, une « action de l’aviation en bombes de 250 livres et en bidons spéciaux sur un camp rebelle »4. Les comptes-rendus d’opérations mentionnent aussi les effets de ces « bombing par bidons spéciaux » comme dans ce bilan d’une opération des 23 et 24 février 1959 qui indique : « Pertes rebelles : 6 cadavres dénombrés dont un sergent et un caporal. Débris humains découverts dans une zone traitée aux bidons spéciaux et correspondant à 5 rebelles repérés par un observateur ». Parfois, le camouflage cède, comme quand le 14e régiment de chasseurs parachutistes relate un affrontement entre plusieurs régiments d’élite et leurs ennemis début avril 1961. La « réduction du nid de résistance » ayant échoué face au « feu violent et précis des rebelles », l’intervention de l’aviation de chasse est demandée. Le journal de marche du régiment note que sont utilisées « des roquettes et des bombes au napalm contre les retranchements rebelles ».

« UNE ODEUR HORRIBLE »

Mohamed Kaced était l’un de ces « rebelles » visés par des bombardements. La grotte où, blessé, il se cache est repérée par l’aviation : « Ils nous ont jeté du napalm ». Un de ses compagnons est atteint :

Le soldat qui avait été brûlé, qu’allions-nous lui faire ? Si on le touchait, on allait être brûlés aussi. Qu’est-ce qu’il fallait faire alors ? Il fallait prendre de la terre et la lui jeter dessus ou prendre un chiffon et le couvrir. Il fallait faire comme ça et surtout éviter de se faire brûler aussi. Parce que les flammes peuvent très vite te toucher5.

Khadija Belguenbour a assisté, impuissante, au bombardement d’une infirmerie :

Il y avait une montagne juste en face : ils ont utilisé le napalm. Il y avait un hôpital, enfin une infirmerie, où ils cachaient les blessés. Je les voyais, ils essayaient de s’évader… Une odeur horrible. Ils se roulaient par terre et leurs chairs restaient sur les pierres. Ils criaient. Ce cri, encore de temps en temps, il me revient aux oreilles6.

Plus tard, elle a elle-même reçu une goutte de napalm et en a gardé un trou dans la tête.

Quand l’aviation approche, la terreur s’empare de ceux qui sont au sol. Si les mitraillages au sol sont redoutés, le napalm donne à la guerre ses couleurs infernales. Meriem Mokhtari l’évoque encore avec précision en 2020 :

L’avion qui a lancé le napalm… Tu vois, la lave des volcans… Le feu arrive, en brasier… Dans la forêt, on voyait aussi les poules fuir avec leurs poussins… les chiens… les bêtes… Les chevaux galopaient, et haletants… Les civils, des femmes qui portaient leurs courses… les vieillards… Il y avait une femme qui a été happée par le napalm… elle a été grillée comme un aliment qu’on grille… elle a été carbonisée par le napalm… Après, dans la forêt, le napalm a provoqué un incendie… Alors les gens le combattaient avec de l’eau et de la terre… Il y en a qui ont pris des couvertures, pour protéger leur tente du feu. (…) Le napalm avait été jeté du haut d’une pente, alors le feu se propageait très vite… On n’avait nulle part où se cacher à l’abri du feu. Alors tu cours, jusqu’à ce que tu trouves un cours d’eau… et tu y restes7.

Le caporal Jean Forestier évoque aussi de « gigantesques gerbes rouges surmontées d’énormes champignons noirs » provoquées par le napalm. Un matin d’avril 1959, sa section est envoyée au rapport : « Vingt et un corps sont dénombrés, une dizaine d’autres sont retrouvés brûlés par le napalm »8.

LA GÉOGRAPHIE À LA RESCOUSSE

Pour le CICR soucieux du respect des Conventions de Genève, c’est bien « l’usage de cette arme sur des objectifs non militaires » qui constitue une illégalité flagrante du droit international humanitaire par la France9. Mais le CICR ne peut pas mener d’enquête approfondie sur ce sujet alors que Paris nie toujours être en guerre en Algérie. Le délégué suisse, chargé de plusieurs missions en Algérie sur le sort des prisonniers, affirme pourtant avoir « acquis la conviction […] que l’aviation utilisait, assez couramment, le napalm pour ses bombardements »10. S’agissait-il d’un usage indiscriminé ?

Après huit années de conflit en Indochine qui avaient déjà vu l’utilisation de cette arme, les autorités françaises n’ignoraient pas ses caractéristiques. Cependant, alors que le déni officiel de l’état de guerre ne permet pas d’argumenter sur la possibilité de limiter l’usage du napalm au combat contre un ennemi armé clairement reconnu, c’est la nature du relief algérien qui fournit régulièrement un argument à ceux qui en préconisent l’utilisation. Là où la nature de l’ennemi se dérobe, la géographie fournit la justification ultime à l’emploi de « ce produit pour lutter contre les bandes de hors-la-loi retranchés dans des régions rocailleuses et désertiques où l’intervention des armes classiques entraîne des pertes importantes ou des délais incompatibles avec la fluidité des rebelles ». C’est ce que défend le commandant en chef en Algérie au printemps 1956 auprès de son ministre, avançant par précaution une réserve qu’il sait indispensable : « En aucun cas l’utilisation de ce produit ne sera tolérée sur les mechtas, villages ou lieux d’habitation et [que] je m’en réserverais la décision d’emploi lorsque les autres armes utilisables se seront révélées inefficaces »11.

L’usage restreint et maîtrisé que propose le commandant en chef a-t-il convaincu les responsables politiques ? La persistance des mensonges officiels jusqu’à la fin de la guerre, tout comme le camouflage lexical témoigne a minima, d’une délimitation floue dans son usage. La lutte contre les maquisards réfugiés dans les grottes a bien donné lieu à des recherches et à des expérimentations. Au printemps 1955 déjà, les premiers résultats concluaient à un usage efficace de certains produits chimiques, à condition de s’en tenir aux grottes et non aux terrains découverts qui exposaient trop les soldats français. Des archives régimentaires témoignent de ces tests comme, parmi d’autres, celles du 94e régiment d’Infanterie : à l’été 1956, des expérimentations techniques ont lieu, visant à « rendre l’utilisation de grottes impossible pour les rebelles par procédés chimiques ». Le napalm a certainement fait l’objet de pareils essais. Aumônier de la 25e division parachutiste engagée dans le Constantinois, le père Henri Péninou a témoigné avoir vu « quelques essais d’utilisation du napalm »12, encore approximatifs au début de la guerre :

Oui, moi en tout cas j’ai le souvenir… passant comme ça et larguant, larguant des bombes de napalm. Il nous était demandé, à nous, de faire très attention, quand on était en opération. Mais j’avais l’impression que c’était expérimental. Après, ça ne m’étonnerait pas que les choses se soient poursuivies et aient pris une extension… […] Le relief du terrain était un relief très, très dangereux, très favorable pour les caches des fellaghas, aussi bien pour eux-mêmes en tant que personnes que pour le matériel ou le ravitaillement. Alors… dangereux aussi pour les unités d’intervention, quand on ratissait.

À l’automne 1957, le commandant d’un régiment de chasseurs alpins expose encore à ses supérieurs l’intérêt de cette arme. À l’occasion d’un compte-rendu d’opération dans le massif du Kouriet, en Kabylie, il décrit le bouclage d’un village puis son mitraillage par l’aviation, qui n’a pas empêché un accrochage violent :

Les pertes que nous avons subies ont été l’œuvre de quelques rebelles seulement, remarquables tireurs et embusqués dans un terrain extrêmement mauvais et dangereux. Ces rebelles tenaient une position remarquable et ne pouvaient être délogés qu’à bout de munitions. La preuve a été malheureusement à nouveau faite que dans un terrain pareil, pour abattre un rebelle, on risque de perdre dix hommes.

Et il insiste :

Lorsque le terrain est particulièrement mauvais et qu’on l’on risque des pertes hors de proportion avec les résultats que l’on pourrait obtenir, il est certainement plus avantageux de faire matraquer la bande rebelle par l’aviation, des B26 par exemple, et l’emploi du napalm dans ce terrain rocheux où le rebelle peut s’embusquer remarquablement semble seul efficace13.

Dans les années suivantes, la justification par le relief allait pouvoir se combiner avec le développement de la pratique des zones interdites. Dans ces espaces officiellement interdits à tout civil, l’armée française pouvait affirmer n’avoir que des ennemis. De fait, le caractère discriminé de l’emploi du napalm était possible, du moins en théorie. C’est pourquoi, avec l’approfondissement systématique de la guerre, et en particulier le « plan Challe »14 à partir de 1959, le napalm a pu être utilisé à un stade qui n’avait plus rien d’expérimental. En dépit des incertitudes évidentes sur la précision des bombardements et l’identité des personnes visées, puisque les zones interdites étaient en fait loin d’être vides de civils, le napalm a été considéré comme une arme efficace jusqu’à la fin du conflit. Les autorités politiques ont laissé faire. Conscientes des conséquences politiques et diplomatiques d’un tel aveu, elles ont toutefois continué à préférer le déni global.

Après 1962, les forêts calcinées et pétrifiées des massifs montagneux algériens ont porté, pendant des années, le témoignage de cette violence. Quant aux corps réduits à des blocs charbonneux par ces produits incendiaires, leurs images hantent toujours celles et ceux qui les ont vus.

Illustration : Daniel Bechennec

RAPHAËLLE BRANCHE

Professeure d’histoire contemporaine à l’Université de Paris Nanterre.

POUR ALLER PLUS LOIN
Claire Billet, « La guerre des grottes », XXI, no. 58, 1er avril 2022
Raphaëlle Branche, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, Gallimard, Paris, 2001

♦ Que dit (vraiment) Chomsky à propos de l’Ukraine ?


Chomsky 

Cible de la droite conservatrice étasunienne qui l’accuse de se conformer au discours médiatique dominant sur le conflit en Ukraine et de montrer ainsi son vrai visage (sur lequel le voile aurait commencé à se lever au moment de la crise du covid), le linguiste américain est loin d’être coupable de ce dont on l’incrimine. Propos déformés et simplification à outrance servent davantage à écorner son image qu’à réellement relater les faits.

En préambule, il est impératif de faire un distinguo clair entre covid et Ukraine, car pour beaucoup, c’est un moyen d’embrouiller encore davantage le sac de noeuds informationnel qui caractérise ce début d’année 2022. Chomsky a tenu des propos controversés concernant les opposants à la vaccination aux États-Unis, propos qu’il est parfaitement légitime de désapprouver, mais qui ont été eux aussi déformés par la vindicte. Pourtant, quels qu’ils soient, ils n’ont rien à voir avec son interprétation de l’intervention russe en Ukraine et de manière générale, le covid, si ce n’est sa capacité à générer de la paranoïa, ne devrait pas être mêlé aux tentatives de compréhension du contexte actuel en Ukraine, ni en provenance de Chomsky ni de quiconque.

Une précision doit être également établie : à presque 94 ans, Chomsky a toute sa tête, n’est ni sénile ni croulant. Son débit, quoique très lent et à la limite du soporifique, est très clair et ses idées ordonnées. Chomsky a aussi l’ironie facile, ce qui peut parfois, c’est vrai, mener à des incompréhensions quant au fond de sa pensée.

Pour analyser les positions de Chomsky, je me suis référé à une de ses dernières interventions lors d’un entretien en visioconférence avec l’université de Stockholm sur le thème de l’intégration de la Suède dans l’OTAN. Le débat a largement dévié sur la situation générale du conflit en Ukraine.

Disons-le d’emblée : Chomsky n’aime pas Vladimir Poutine et le pouvoir au Kremlin actuellement, qu’il traite de voyous criminels. C’est ici précisément ce qui a dû lui valoir les foudres d’intellectuels conservateurs étasuniens dont on a écho jusqu’ici. Quoi que l’on pense, en bien ou en mal, de Poutine, il est nécessaire de ne pas se laisser aveugler par l’aura de ce personnage, indéniable figure historique du début du XXIe siècle. Il y a autant de choses bonnes que mauvaises à dire sur le président russe et Chomsky a parfaitement le droit de le juger comme bon lui semble, en fonction de ses propres valeurs, le fond du débat n’étant pas la personnalité mais les décisions de Poutine, leurs origines et leurs implications. Et, sur ce sujet, l’interprétation de Chomsky n’est pas, mais alors pas du tout, sur la ligne éditoriale mainstream.

En tant qu’un des plus fins analystes des médias en activité, Chomsky met en évidence plusieurs contradictions dans le discours dominant actuel et particulièrement aux États-Unis que l’on retrouvera dans les médias mainstream européens, notamment le Monde en France.

D’abord, il y a selon lui deux idées qui se contredisent mais qui prédominent dans le discours occidental : d’un côté, une jubilation sans retenue devant une prétendue démonstration que l’armée russe serait un « tigre de papier », incapable même de conquérir à quelques kilomètres de ses frontières des villes défendues seulement par leurs habitants en armes. De l’autre, que nous devons en conséquence nous incliner, tout pleins d’une terreur devant cette impressionnante machine militaire sur le point d’attaquer et de soumettre quiconque se trouve sur son chemin.

En bref, face à une armée russe « faible » il faut nous armer jusqu’aux dents, rejoindre la plus puissante des machines de guerre de l’histoire, une alliance militaire qui prétend toujours être défensive, alors que ses archives démontrent clairement le contraire, dirigée par les EU et le Royaume-Uni et qui a jusqu’à aujourd’hui un historique d’agressions, de violences et de subversions. Nous devons exacerber les tensions pour nous protéger d’un tigre de papier incompétent.

Ensuite, toujours selon Chomsky, le gouvernement des EU considère la propagande russe comme tellement ridicule que quiconque y est confronté éclatera de rire. Donc, en toute logique, il est nécessaire de protéger les citoyens étasuniens (et européens) en leur en empêchant l’accès par le blocage de tous les médias russes. Pas question d’entendre ce que les dirigeants russes disent. Et il est aussi impératif de censurer d’éminents reporters, tels que Chris Hedges, ancien grand reporter pour le New York Times, spécialiste du Moyen-Orient et des Balkans. Tout ce qui vient de lui doit être détruit. Nous ne sommes pas autorisés à écouter une seule chose que les Russes pourraient dire ou penser. Les Étasuniens (et les Européens) sont tellement faibles mentalement qu’ils pourraient être bouleversés par ce qu’ils entendent, aussi ridicule et risible que ce soit.

Les pays libres ont un long historique de protection de leurs populations contre tout ce qui pourrait dévier de la ligne officielle, contre toute pensée impropre. Cela remonte à la Première Guerre mondiale, reconnue aujourd’hui par les historiens comme une guerre « pour rien », dont les intelligentsias européennes soutenaient la nécessité pour protéger leurs nations respectives et où les voix dissidentes étaient simplement étouffées voire carrément éliminées : Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht en Allemagne, Eugene Debs aux États-Unis, Jean Jaurès en France. Dans les pays libres, on a le droit de s’exprimer mais à ses risques et périls.

Chomsky prend ainsi l’exemple de Jeremy Corbyn, député travailliste anglais et ancien candidat malheureux au poste de premier ministre britannique qui a récemment déclaré la nécessité pour le Royaume-Uni de se détacher de l’OTAN (et de l’influence des EU) afin de former une alliance européenne pour la paix, transposant de facto dans le présent une des deux positions européennes (hors cadre de l’UE) qui s’opposent après la fin de la Seconde Guerre mondiale : la vision atlantiste selon laquelle l’Europe doit rejoindre le système atlantique, sous domination des EU, vision que bien évidemment ce pays privilégie, et une vision alternative, dont le plus célèbre partisan fut Charles De Gaulle, celle d’une force indépendante dans les affaires du monde, allant de l’Atlantique jusqu’à l’Oural, idée soutenue également par Olof Palme, ancien premier ministre de la Suède et Willy Brandt, ancien chancelier allemand.

Pour ces positions, Corbyn vient d’être exclu définitivement du Parti travailliste (après en avoir été suspendu pour un soit-disant antisémitisme).

Chomsky, par une simple recherche en ligne, met un fait intéressant en évidence : lorsqu’on tape « invasion injustifiée de l’Ukraine », on obtient 2,5 millions de résultats. Lorsqu’on tape « invasion injustifiée de l’Irak », 11 000 résultats apparaissent, tous de publications marginales.

Or, il rappelle que l’invasion de l’Irak était totalement injustifiée : il n’y avait pas la moindre particule de provocation, et les EU ont dû recourir à des mensonges pour susciter une invasion. A contrario, l’invasion de l’Ukraine a été provoquée, et même si dans ce climat insensé, on se doit d’ajouter que ça ne la justifie pas, il y a eu de multiples provocations que même les ambassadeurs successifs des États-Unis en Russie ont désapprouvées depuis 30 ans et ce jusqu’à la dernière minute. Le secrétaire-général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, allant jusqu’à admettre avec fierté que depuis 2014 l’OTAN faisait entrer hommes et matériels en Ukraine dans le but de former et d’équiper l’armée ukrainienne, ce qui ne va pas sans rappeler l’opération Barbarossa lors de la Deuxième Guerre mondiale. Il est donc naturel que la Russie éprouve des inquiétudes pour sa sécurité. Pourtant, en dehors de toute logique, le discours médiatico-politique en Occident, et spécialement aux EU, est qu’en réponse à cette « propagande » russe, il faut intensifier les pouvoirs de l’OTAN et y intégrer l’Ukraine. Ce qui est clairement une provocation de plus.

Aujourd’hui, la moindre main tendue vers la Russie est taxée de poutinolâtrie par les EU et les diktats médiatiques, les dirigeants européens ayant fait clairement le choix de tomber dans la poche de ces derniers. L’Europe s’oppose fortement aux sanctions contre l’Iran ou Cuba mais s’incline car il faut obéir au maître. La politique choisie par l’UE est une politique de soumission, de vassalisation au souverain de Washington. Et malgré l’apparente dichotomie entre une opinion publique favorable à la neutralité en cas de conflit ouvert entre les EU, la Russie et/ou la Chine et une politique européenne qui y est symétriquement opposée, il s’agit d’une incompréhension totale des implications d’un tel conflit qui signifie notre disparition à tous.

La politique des EU est de combattre la Russie jusqu’au dernier Ukrainien, d’utiliser le conflit en Ukraine pour saigner la Russie. Les EU et l’UE se sont engagés dans une expérience grotesque et hideuse consistant à pousser Poutine aussi loin que possible dans ses retranchements pour voir s’il s’éclipsera dans le calme, défait, ou s’il utilisera la puissance, qu’il possède indubitablement, pour détruire l’Ukraine. Et cette expérience est soutenue par les intellectuels européens. Ceci en encourageant l’Ukraine à effectuer des frappes militaires sur le sol russe, confiants que les Russes ne répliqueront pas.

Selon Chomsky, Poutine, dans toute sa criminelle bêtise, a offert aux USA le plus beaux des cadeaux : l’Europe.

Et la seule alternative à la destruction de l’Ukraine et à un possible conflit nucléaire, c’est la négociation. Une négociation qui offrira à Poutine une porte de sortie honorable. Washington rejette catégoriquement cette idée. Chomsky rappelle enfin qu’en 2019, Volodomyr Zelensky, qui fut élu pour ses positions pacifistes, se rendit dans le Donbass afin d’aller y chercher des accords de paix, ce qui provoqua une levée de boucliers des franges nationalistes ukrainiennes qui y voyaient là une soumission aux désidératas du voisin russe. Celles-ci allèrent jusqu’à menacer de mort le tout jeune dirigeant ukrainien. Les États-Unis laissèrent faire, Zelensky retourna sa veste, ce qui mena à l’invasion russe trois ans plus tard.

En conclusion, on trouvera dans l’analyse chomskienne à boire et à manger. Mais on peut avec certitude affirmer que ce qu’il dit n’est pas exactement ce qu’on nous souffle tous les jours à travers les tuyaux médiatiques.

On partagera sa vision des intelligentsias et des bourgeoisies européennes, de gauche comme de droite, (avec la notable exception des extrême-droites européennes, plus proches des conservateurs étasuniens que les droites classiques et qui voient en Poutine, à tort ou à raison, la personnification d’un nationalisme viril) qui dans toute leur stupidité crasse font mine d’ignorer le caractère existentiel de l’engagement russe et qui en vain soutiennent moralement, financièrement et militairement la résistance ukrainienne, conduisant fatalement à la destruction totale de l’Ukraine et accessoirement au suicide économique de l’Union européenne.

On fera mieux d’accueillir avec perplexité ses affirmations sur les crimes de l’armée russe.

Sur ce point, on pourra lui opposer que les seuls crimes qui transpirent du conflit pour le moment sont les crimes de l’armée ukrainienne et la légèreté avec laquelle elle considère la convention de Genève. Si l’armée russe commettait des abus voire des crimes, nos médias à la recherche de la vérité ne se priveraient certainement pas pour nous en faire part, en boucle. Sur ce point en tout cas, il paraît plus sage d’attendre que les eaux troublées se décantent.

On désapprouvera (ou pas) son verdict sur le Kremlin et surtout sur Poutine.

Et sur ce point, on pourra lui opposer plein de choses.

Que Poutine est le président légitime de la Russie. Que malgré tous ses (probables) défauts, il a quand même une qualité indéniable : la patience. Qu’un homme qui se maintient au pouvoir et à ce niveau de popularité aussi longtemps, qui a redressé tout un pays et lui a rendu son honneur, qui a fait de la Russie une nation de premier plan dont le poids est essentiel pour contrebalancer la domination d’un empire agonisant et menaçant, ne peut pas être si bête qu’il le pense.

Xiao PIGNOUF

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