L’imposture des évènements .


« Lorsque l’on veut convaincre, la bonne foi et l’imposture vont parfois ensemble » Éric-Emmanuel Schmitt

Il y a certains ministères qui à défaut d’imagination, pensent trouver dans l’organisation de journées d’étude, de séminaires ou autre manifestation sans âme ; une présence publique. Un constat d’existence. Présent Monsieur ! pensent-ils dire en face de celui qu’ils croient les surveiller.

Ils estiment également gagner du temps et de la bonne appréciation en remplissant des salles, un data-show, un discours d’ouverture, deux ou trois intervenants. Le but recherché, le leur est d’acter par les nombreux micros et cameras de toutes les chaines conviées et prises en charge qu’ils sont là et qu’ils travaillent.

C’est envers les yeux du pouvoir que s’adresse la démonstration. Ne peut-on pas le faire sans cameras ? Chiche ! Même une réunion à tenir sous forme d’atelier ne traitant que les questions techniques ne peut se dérouler sans ces flashs, ces zooms et cet amas de perches posées à même un podium. En quoi cela intéresserait le citoyen, si l’on parlait du comment assurer une bonne semence et fissurer académiquement les sillons pour une meilleure qualité de la récolte ? Ou pourquoi sommes-nous obligés d’améliorer la prestation du service public par délégation, gérer le parasol ou conduire lentement ? Distribuer des clefs de logements ou faire des conclaves du béton armé et son impact sur l’écologie des esprits, festival de l’olive ou de la fraise ; tout ceci ne nécessite pas des déplacements, des dépenses publiques, des p’tits fours et des amuse-gueules. De surcroit veillant et uniquement à l’impérative couverture médiatique.

Les attributions régaliennes sont plus nobles et plus solennelles que ces kermesses de petite épicerie.

L’on se rappelle encore de ce Ministre qui s’est laissé choir et s’est attardé de retirer le bandeau d’inauguration d’un service hospitalier jusqu’à l’arrivée des cameras. Il ne serait pas le seul à attendre le caméscope pour une exhibition programmée.

Ainsi il n’y a pas de journée qui passe sans une journée qui s’organise. Il n’y a pas un mois qui passe où un département ministériel ne s’empêche d’ameuter des participants, figurants orateurs et les regrouper autour d’une quelconque thématique. Le génie, s’il existe se limiterait juste à innover dans les intitulés d’affiches, l’infographie et le mirage du sujet retenu.

L’évaluation, le suivi et le résultat ; s’oublient à la clôture de l’événement. L’on attend, l’écho, le retour d’investissement.

Cette façon de croire gérer ainsi les dossiers de l’État n’est pas de nature à exprimer une détermination substantielle dans l’exercice du pouvoir ministériel. Aucune chose ne semble l’emporter sur l’autre. Sauf leur carrière. Chaque événement qu’ils se créent est un rajout dans ce laps de temps. La morale qui est censée animer tout acte politique ou administratif se pétrit aux ingrédients de l’immoral qu’ils ont réussi à susciter auprès de chaque observateur. Aucune chose, ni mesure n’arrive à inciter les passions à redevenir ardentes dans le sens d’une hypothétique remise en état de confiance. Cette confiance qui se perd de jour en jour par devant les spectacles que l’on offre. La crise qui transcende le pays ressemble copieusement à une affection qui, dans son évolution chronique, ne rechigne pas pour épargner tout organe où la vitalité n’aurait été qu’une cellule d’une raison d’être. Le travail de tout ministre doit être visible dans la poche territoriale la plus éloignée dans ce beau pays.

C’est comme la relation charnelle, neuf mois après après la nuptialité ; le résultat est là. Sinon, il n’y aurait eu que le nirvana festif et le plaisir jouissif de la nouvelle couche. Vivre dans une telle situation perplexe, s’apparente à un acte délibéré de vouloir s’installer dans l’inconfort d’une éternité fatale. L’évidence quotidienne pousse davantage notre crédulité à sombrer dans l’irréel, tellement que l’irréel tend à sombrer à son tour dans le monde du possible et de l’évidence. Croyez-vous qu’une réunion sur n’importe quoi, faite à gros coups de média reste capable de faire changer l’avis que le citoyen se façonne sur tel ou tel autre Ministre ? L’on a beau à crier dès l’installation, ses ardents projets. Le temps passe, l’ardeur s’amincit. Le discours s’appauvrit et la routine reprend ses droits et se met en quête de quelque chose. N’importe quoi. Une journée, un salon, un colloque, une foire, une rencontre, un cycle, des assises. La capacité de création d’un thème avec qui l’on pourra tenir encore quelque temps est tellement féconde qu’elle est devenue rébarbative et répétitive. L’on ramène, une année après ou deux années, du réchauffé, l’on change de couleur et de garniture et l’on force autrui de penser qu’il s’agit là, d’une nouveauté.

Le peuple ne peut être dupe. Il est certes spectateur silencieux, mais non adhérant. Les ministres s’agitent chacun dans l’aridité de sa tête. Plus de programme, tout est épuisé. Les freins à ses élans, ne sont plus faits de la mesure, du moyen et de la capacité. L’on dirait qu’ils le font express pour provoquer ce dégoût quasi-général. Tout est possible et toute possibilité n’est pas aussi facilement accessible. A nous voir ainsi invités à regarder des activités ordinaires se faire, nous poursuivrons à marcher dans le faux tant que nos yeux sont captés inutilement. Nous continuerons à nous engouffrer dans le marasme de la dévaluation du travail, tant que nos revendications légitimes sont prises pour désirs et fantasmes. La guérison ne se trouve pas dans la répétition de pieuses prières mais bien dans le départ de ceux qui alimentent les langues, font bouger les luettes et dégarnissent nos bonheurs. Ils nous forcent à croire qu’ils font ces démonstrations afin de nous combler.

Savez-vous qu’en absence d’une organisation festive ou événementielle, tous les ministres recourent à la visite de travail et d’inspection. En dehors de leurs bureaux. Non seulement ils y trouvent là, un tuyau de bouffée d’oxygène, loin des audiences obligatoires et des parapheurs, mais aussi une idoine occasion pour gonfler le torse et autant que possible jeter la culpabilité sur l’une ou l’autre des autorités locales ou sectorielles. Ainsi nous avons pu dépasser la définition usuelle de la parodie. Nous sommes en plein comble de gens et de faits contrefaits. Les visites auprès des wilayates sont aussi un autre micro ouvert pour déballer une réponse tardive à une situation donnée ou s’aligner sur une position que l’on aurait ratée à son avènement.

Elles constituent, pour eux le summum de l’extase et l’image la plus expressive qu’ils se font du poste. Le reste ne sera qu’une tchatche à vomir conformément à l’opportunité. Que de ministres, éteints, blafards et enténébrés se sont mis sur orbite grâce à ses visites amplement couvertes par des chaines tirées à la tirelire. Les gloires, paraît-il, ne se conjuguent qu’à un temps d’un passé simple ou d’un antécédent compliqué. La caméra peut créer un visage mais pas une figure emblématique. Ou sont les centaines de visages que l’on a vues et revues ? Enseignement, intérieur, autoroute, hôpital, culture ….

Est-ce un anathème que de sentir notre revers à savoir sur quarante millions, cibler et installer une élite de cadres aptes et possédant au moins la vertu d’apprécier tant les hommes que l’imposture, le bluff et la roublardise ? Prendre des initiatives, encadrer les missions qui sont dévolues, animer, stimuler son staff sont les seuls fondements à faire ériger dans la tête de chaque ministre. Pas la peine de se faire trop voir, trop discourant, trop envahissant.

Certains sont dans la bonne foi, d’autres plus nombreux et plus en télé ne sont qu’une copie d’une comédie ministérielle.

La seule initiative qui leur reste est cette prudence, cette attente angoissante de savoir de quoi sera fait leur lendemain. Celui pour qui ils sont là, ce peuple n’est en finalité qu’un objet d’une circulaire ou d’une note de service. Garde-à-vous, le glas va sonner ! Publié par El-Yazid Dib.

http://-oran.com/?news=5267813

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CORRUPTION… AU DELÀ DES MONTANTS PERÇUS, L’HONNEUR PERDU!


Les grosses turpitudes politico-financières surgissent à intervalles trop réguliers pour ne pas constituer des phénomènes parfaitement bien gérés pour être synchronisés avec des échéances politiques d’importance ou, plus grave, avec des opérations qui dépassent le cadre du pays pour rentrer dans celui des impératifs dictés par les velléités de reconfigurations géopolitiques.

D’aucuns ironiseront bien sûr en rappelant que le verbe « ourdir » est une pure invention des « complotistes » pour dénoncer des complots qu’ils fomentent eux-mêmes ou qui n’existent que par leur volonté de recherche du bouc émissaire sur lequel essuyer les couteaux de leurs forfaitures … C’est de bonne guerre !

Des affaires éléphantesques échappent pourtant inexplicablement durant toute leur période de maturation puis d’exécution à la perspicacité des sentinelles légales, des partis politiques, des médias d’ici et d’ailleurs, des analystes et autres experts qui ne s’en rendent compte à l’unisson, comme si le la était donné par un maître d’orchestre de l’ombre, qu’après que le mal ait été fait et que ses acteurs aient été éjectés du pouvoir et se soient mis hors de portée du droit.

C’est alors la curée !

Tout ce beau monde s’indigne, ironise, condamne, analyse, prédit, extrapole, généralise, oubliant les pleutres silences complices et très souvent rétribués d’hier ou les tonitruantes approbations appuyées par des appréciations parfois si technicistes qu’elles feraient pâlir de jalousie Ziegler et Sarkis réunis…

Mais le point commun remarquable à toutes ces levées de boucliers simultanées qui font un boucan endiablé, c’est leur focalisation sur les chiffres plutôt que sur les actes ; un peu comme si le crime de corruption n’était pas en lui-même condamnable, mais seulement en regard du préjudice financier causé au trésor public et aux deniers de l’Etat quand personne ne se soucie de toutes les autres formes de gabegies qui malmènent ce « trésor » et ces deniers livrés à la prédation et à la mauvaise gouvernance.

Il y’a comme une corruption de l’idée même de corruption qui a fini par la dédouaner de l’aspect immoral qui la caractérise quelle que soit son envergure et les sommes qu’elle brasse, pour confiner son ignominie dans la seule qualité de son auteur et surtout, dans le « volume » de son pot de vin.

La corruption est une perversion très grave de l’acte de gouverner. Qu’elle concerne le préposé à l’état-civil qui monnaie l’établissement d’un extrait de naissance, le juge qui s’entend avec un avocat moyennant commission sur un verdict de clémence pour un prévenu, l’enseignant qui use de générosité mal à propos pour présenter un cancre comme un génie, l’homme en uniforme qui s’abstient de verbaliser s’il se fait arroser, le douanier qui ferme l’œil pour recevoir ses dessous de table, le médecin qui reçoit le patient dans sa blouse publique et l’opère dans sa blouse privée, l’entrepreneur qui décroche son marché en gratifiant le maire d’une part des bénéfices attendus, le vétérinaire qui appose son cachet sur une viande douteuse contre une enveloppe garnie, le banquier qui n’accorde un financement que s’il en prélève une généreuse contrepartie, le wali qui se fait émir des croyants et fait de sa Wilaya un makhzen, ou le ministre qui use de son autorité pour gonfler ses comptes en banque d’outre-mer et entretenir son ranch du Texas.

La corruption qui régit aujourd’hui en maîtresse absolue la moindre relation d’administrateur à administré, de contrôleur à contrôlé, de dirigeant à dirigé, de vérificateur à vérifié, est une preuve très grave de la déliquescence générale de nos valeurs avant que d’être une source de problèmes pour notre trésor public; c’est sous cet angle qu’il faut absolument regarder ce phénomène destructeur de sociétés et non sous l’aspect pécuniaire car si l’argent se récupère ou se perd sans grosses conséquences quand il prend des chemins détournés, c’est l’hoeur qui s’obère irrémédiablement quand il se fait monnayer !

Alors, de grâce Messieurs les faiseurs d’opinions, axez vos réquisitoires sur la perfidie des corrompus, pas sur ce qu’ils ont engrangé… sur la morale bafouée et non sur le trésor floué… sur l’honneur perdu des flibustiers, non sur la consistance de leurs rapines…
4/3/2013. Publication de Mohamed Adjou……Facebook.

LA REPENTANCE NE GRANDIRA PAS LA RÉVOLUTION


Voici un texte texte publié dans un quotidien en juin 2011 et que je publie à nouveau à l’occasion du souvenir des glorieuses et tragiques journées d’octobre 1961…

Juppé est venu, il a dit ce qu’il avait à dire et tu ce qu’il devait taire.

Prétextant une visite à la ville jumelle de celle ou il fait le maire, il a exploité ses fonctions de ministre des affaires étranges de la France sarkozienne pour discuter entre deux thés des questions qui opposent ou dérangent les diplomaties de nos deux pays qui n’ont pas encore réussi à trouver une entente durable, se contentant d’amourettes sporadiques et éphémères dont l’ardeur est vite refroidie par les problèmes en suspens qui ressurgissent toujours au mauvais moment, un peu comme si un mauvais djinn faisait tout pour empêcher toute confluence durable.

C’est vrai que beaucoup de questions de fond restent en suspens et qu’il est aléatoire de croire en leur règlement par l’effet d’une visite ministérielle. Des questions dans lesquelles très souvent, interfèrent le passé, les sentiments et les susceptibilités et pas seulement les intérêts économiques ou géostratégiques.

Comment pourrait-il en être autrement quand on sait le poids de la colonisation, du fait peut-être moins de ses drames que d’autres considérations, car si les drames des guerres devaient entretenir la haine comme s’entretient la flamme des monuments aux morts, la Chine n’oserait jamais accepter l’existence même du Japon et les descendants de Churchill n’aimeraient même pas voir en photo Angela Merkel…

Les peuples savent enterrer leur passé sous les dalles commémoratives, passé qu’ils ne font ressurgir parfois que pour cultiver l’ego national et titiller la fibre patriotique, juste pour cimenter les cohésions sociales.

La repentance qui fit l’objet d’un beau tintamarre médiatique est peut-être une de ces diversions programmées par des politiciens en mal de diversion afin de faire oublier leur léthargie conceptuelle et conceptionnelle.

Les hommes de grande indigence pragmatique ont souvent recours aux tollés dogmatiques pour détourner les index de ceux qui s’insurgent devant leur immobilisme…

Belkhadem et ceux qui font les indignés du colonialisme voulaient que la France d’aujourd’hui dont se revendiquent Mgr Duval, Zidane et Vergès, se reconnaisse coupable pour des crimes commis hier par Papon, Aussaresses et Grazziani que les français abhorrent comme ils abhorrent Barbie, Laval et Brasillach.

Les acteurs de cette guerre qui portent encore dans leurs corps et dans leur âmes les stigmates de la gégène n’ont pas fait autant de tapage que ces politiciens en mal de causes à anoblir et de forfaiture à avilir.

Si les Juifs ont réussi à faire admettre au monde l’ignominie du nazisme, c’est pour que l’holocauste serve à l’Humanité pour contraindre ceux qui s’en sont rendus coupables non pas à se repentir pour se repentir mais à payer leurs méfaits par des dédommagements non seulement moraux mais financiers et pour que l’humanité édicte des interdits afin d’assurer que ces grandes dérives ne se reproduisent plus contre eux…

Qu’en est-il des objectifs de la démarche des « repenteurs » ?…

Une illusoire et stérile reconnaissance de l’injustice d’une de ces crapuleries cycliques que le monde connaît depuis Alexandre le Grand jusqu’à Custer en passant par Cortez… et dont la France n’est pas seule coupable puisque les Turcs, les Mongols, les Arabes, les Portugais, les Hollandais, les Persans et les Anglais en furent aussi coupables avant 1830 et après 1962…

Cette exigence de repentance est en réalité une de ces « conditions draconiennes » qu’on n’impose que pour faire capoter tout compromis et si elle devait être posée, ce n’est pas en ces termes, ni par une seule victime, ni à un seul acteur des tragédies coloniales car comme la France ne fut pas la seule puissance coloniale ni la plus féroce, nous n’avons pas nous aussi, n’en déplaise à notre égo, l’exclusivisme des souffrances, des tortures, des brimades, des charniers, de l’exploitation et des sacrifices.

Monsieur Belkhadem et ceux qui le suivent dans cette logique de culpabilisation devraient mobiliser tous les peuples victimes des occupations, le peuple français inclus, parce qu’au long des siècles il fut lui aussi mis sous la botte des Romains, des Ostrogoths ou des Vikings…

Ces peuples pourraient alors décider que nul d’entre eux n’a le droit de dominer un autre, pour quelque raison que ce soit, ni par les hordes déferlantes, ni par les Rafales, les Tornados et les Apaches…

C’est un grand service qu’ils rendraient à l’Humanité… et s’ils veulent montrer que le colonialisme fut réellement une œuvre de piraterie indigne, qu’ils commencent à inculquer son histoire aux enfants de l’indépendance qui, comme le montrait il y’a quelques jours un dessin de notre ami Aider, croient que 1er Novembre, 20 Août et 5 Juillet ne sont que des… noms de stades…

Qu’ils veillent aussi à éviter à tous les supplétifs du colonialisme, planqués dans les administrations, de surnommer perfidement et officiellement une impasse au nom du 1er Novembre… comme à Rouiba, et qu’ils donnent le nom de Colonel Abbès à une plage qui mériterait mieux celui de Bois de Boulogne ou qu’ils surnomment « Hai El Houria » un quartier aux égouts éventrés et où s’amoncellent les détritus… et s’ils en ont la volonté et la force, qu’ils essaient donc de faire de ce pays indépendant de la France coloniale une grande démocratie où les jeunes n’auront pas besoin d’ aller quérir leur pitance, leurs loisirs et leur liberté au risque de leur vie, chez cet occupant d’hier qu’ils vilipendent… et enfin, qu’ils fassent revenir à la raison tous ces acteurs de notre grande Histoire, de Ben Bella à Kafi et de Yacef Saadi à Ighilahriz qui, par leurs querelles de clochers, administrent à la Révolution libératrice des ruades qui font très mal à son honneur et à sa grandeur…

En réalité, quoi que ces « repenteurs » confèrent comme légitimité à leur exigence, vu le sort réservé à l’indépendance, leur démarche restera aussi irréaliste que très peu crédible et ne témoignera ni de leur trop plein de nationalisme ni de leur prétendue haine du colonialisme mais seulement d’une manœuvre dilatoire pour faire oublier certaines expectatives devant des questions plus urgentes, plus vitales ou qui nécessitent plus de lucidité ou plus de … courage!

Quant à la repentance et à bien réfléchir, notre Révolution n’en sortira que plus grandie si la France continue à défendre le caractère « civilisateur » de ses « grandes œuvres coloniales » qu’à les considérer comme ignominies car dans le premier cas nous aurons la fierté de revendiquer une libération arrachée de haute lutte et contre la volonté de l’occupant comme ce fut le cas, et dans le second, une indépendance octroyée volontairement, par cet occupant qui aurait fini par prendre conscience par lui-même de l’injustice de ses « basses œuvres »…

Certains planqués n’affirmaient-ils pas déjà, aux lendemains du 19 mars 1962 que l’indépendance était… un cadeau de De Gaulle ?… La repentance ne ferait qu’accréditer cette thèse… publication de Mohamed Adjou…Facebook.

LES ARCHIVES DE LA VEUVE (Afin que nul n’oublie )


Le vendredi 08 juillet 1960 à Dijon est exécuté Mahmoud Mokrani 23 ans, Algérien, manoeuvre à Givors, coupable d’avoir exécuté à Seyssuel (Isère) avec trois complices un Algérien opposant au F.L.N.
Très courageux. Ecrit une lettre à son oncle : « Mon cher Oncle, je te prie d’écrire à ma mère et la saluer. Embrasse tous mes frères et dis-leur que Dieu dispose de toutes choses et que je ne meurs pas pour rien. »

Le samedi 09 juillet 1960 à 4h30 à Lyon est exécuté Tafer Boukhmis 26 ans. Membre d’une troupe de choc FLN, coupable d’avoir tué l’imam Ezziane, le 13 janvier 1958, et Mohamed Douha, le 27 janvier 1958, tous les deux à Givors.
A son réveil, il s’adresse à ses co-détenus condamnés à mort dans les cellules voisines : « Adieu, mes frères ! Ils m’emmènent ! Saluez bien de ma part l’Algérie, ma patrie. Adieu Mahmoud… Adieu Moussa ! Bon courage, et bonne chance ! » Tout au long de ses dernières minutes, d’un calme absolu, il répète : « Nous mourrons et l’Algérie vivra. » Il refuse d’entendre les prières des morts et demande à son avocat, Louis Denuelle, d’écrire à son père. Il meurt courageusement.

Le samedi 30 juillet 1960 à 4h30 à Lyon fut exécuté Lakhlifi Abderrhamane 20 ans pour avoir organisé le 20 septembre 1958 un raid contre un commissariat de Lyon, place Antonin-Poncet à Bellecour, où sept personnes furent blessées.

Il Meurt très calmement : dans la prison retentissent les cris et les protestations des autres détenus en apprenant l’imminence de son exécution. Certains condamnés de longue date procèdent, à tout hasard, à leurs dernières ablutions. Un détenu nommé Actis (Robert?), arrêté pour avoir refusé d’aller se battre en Algérie et enfermé à Montluc faute de place, l’encourage : « Courage, mon frère ! » et hurle aux officiels : « Assassins ! »

Il parvient à tromper quelques secondes la vigilance des gardiens pour échanger un regard et un dernier sourire avec un autre condamné, Moussa Lachtar, à travers le judas de la cellule de ce dernier. Saisi par les matons, il crie : « N’ayez pas peur, mes frères ! Courage et patience ! »

Le vendredi 05 août 1960 à 4h40 à Lyon sont exécutés Miloud Bougandoura ben Larbi et Abdelkader Makhlouf ben Mohamed 39 ans tous les deux, demeurant à Villeurbanne. Surnommés « Les Etrangleurs de la Doua ». Ils Avaient exécuté avec des complices, membres d’un groupe de choc FLN, onze coreligionnaires qui refusaient de payer leurs cotisations au FLN entre le 16 septembre 1957 et le 2 juin 1958. Eux et deux autres activistes furent condamnés à mort.

La veille au soir, Miloud affirme à tous ses co-détenus avoir repéré le bourreau dans la cour, et se prépare dès lors à mourir en rédigeant une lettre à sa femme. Réveil à 4h50. Le commissaire du gouvernement refusant que les condamnés puissent prier, Makhlouf prie en silence, mains attachées. En quittant le quartier, il crie : « Vive l’Algérie ! Salauds de Français ! » et crache au visage du commissaire du gouvernement

Miloud, conduit cinq minutes plus tard, s’arrête à la porte de trois cellules pour parler à ses co-détenus, dont Moussa Lachtar, à qui il dit : « Tu vois, frère, comme je te l’ai dit, ils m’emmènent. Dis aux frères de me pardonner. Bonne chance et courage. Ecris à mes parents. » Tous deux meurent avec courage.

Le samedi 27 août 1960 à 5h05 à Paris furent exécutés Mohamed Tirouche Seguir et Seddiki Ali 28 ans et 29 ans, coupables d’avoir tué un anti FLN soupçonné d’être un indicateur de police, Khiari, le 05 août 1958 à St-Pierre-de-Vauvray (Eure).

Malgré la volonté de l’un d’eux de mourir sans être assisté, Seguir et Siddiki entendent l’imam avant de mourir.

Tirouche écrit à sa mère : « Chère mère, je serai guillotiné dans quelques minutes. Je meurs comme des centaines de milliers d’Algériens pour le triomphe de notre révolution. Je suis convaincu que la révolution algérienne vaincra. Je t’embrasse avec toute mon affection et exprime avant de mourir l’amour de la patrie. »

Le samedi 26 septembre 1960 à Lyon est exécuté Mohamed ben Zouzou Ancien militaire dans l’armée française. Fort de son statut d’ancien combattant, il demande s’il peut être passé par les armes et non guillotiné.

Le jeudi 08 décembre 1960 à Paris sont exécutés Hamou Boucetta, 31 ans, Algérien, ouvrier et Abderrahmane Abdelkader Ben Hadj, 27 ans, Marocain, ouvrier carrossier. Condamnés pour avoir, à Paris, près de l’impasse Saumon, assassiné un certain Kaci, membre du MNA, dans la nuit du 27 au 28 octobre 1957. Ben Hadj écrit à sa mère : « Mère Chérie, dans quelques instant, je vais mourir pour l’Algérie et les Algériens qui ont tant fait pour nous. Ne pleure pas, je meurs en Combattant. J’espère que mon Gouvernement arrêtera les assassinats de De Gaulle. Vive l’A.L.N. Vive l’Afrique du Nord. ».
Boucetta, lui, écrit à son épouse : « Ma chère Femme, je serai mort sous peu car l’Indépendance n’est pas gratuite. Le Général de Gaulle m’exécute comme un criminel alors que je meurs Chahid. Tu peux être fière de moi, et dis autour de toi que la lutte doit continuer jusqu’à l’Indépendance totale. Vive l’A.L.N. Vive l’Algérie. »
L’un des condamnés se défend tant et si bien qu’un gardien a l’arcade sourcilière ouverte.

Le mardi 31 janvier 1961 à Lyon, fut guillotiné Salah Dehil 33 ans. Membre d’un commando FLN qui attaque le 8 septembre 1958 le commissariat de police place Jean Macé, à Lyon (quartier de la Guillotière) et abat de plusieurs balles le sous-brigadier Armand Sudon… Publication de Mohamed Adjou….Facebook.

« INSTITUTIONS » FACTICES ET TRISTE RÉALITÉ.


Loin de nous l’idée de nous inscrire dans la stratégie de ce régime illégitime ou de participer à son grenouillage boulitique, mais il est de notre devoir de mettre à nu ses pratiques ordurières et surtout attirer l’attention de notre jeunesse sur la facticité et la vacuité de ses institutions qu’il a pourtant taillé sur mesure et qu’il ne respecte même pas.
Nous avons vu par le passé, comment il a violé sa propre « Constitution » pour imposer un mandat pratiquement à vie au locataire actuel d’El Mouradia, en actionnant ses fonctionnaires de la Chambre Nationale d’Enregistrement.

Ce qui se passe actuellement dans cette Chambre est une autre illustration de sa vacuité.

Il n’est pas question pour nous de reconnaitre la légitimité de cette « institution » ni des autres, mais si nous restons sur le terrain de leur « légalité », les « lois » de leur République autorisent-t-elles ces fonctionnaires à démettre leur président ?

L’article 10 de leur règlement intérieur est très clair à ce sujet : « En cas de vacance de la présidence de l’Assemblée Populaire Nationale par suite de démission, d’incapacité ou d’incompatibilité ou de décès, il est procédé à l’élection du Président de l’Assemblée populaire nationale suivant les mêmes modalités prévues par le présent règlement intérieur, dans un délai   maximum de quinze (15) jours à compter de la déclaration de la vacance. »

Des fonctionnaires sensés élaborer des lois, les piétinent allégrement en :

  • Signant une pétition exigeant la démission du président de la Chambre d’Enregistrement.
  • Empêchant le président à accéder à son bureau.
  • Cadenassant l’entrée de « l’institution ».
  • Convoquant le bureau de la Chambre d’Enregistrement pour constater la vacance de la présidence, alors que seul le président est apte à convoquer ce bureau.

Toutes ces mesures sont illégales aux yeux de LEUR Constitution et du règlement intérieur de LEUR Chambre !!! Tout baigne dans l’illégalité !

Encore une fois, la réalité du terrain montre que toutes ces « institutions » ne sont que de façade. Issues des quotas des officines, elles ne reflètent nullement la véritable représentativité populaire et ce, depuis 63.

En réalité, ces fonctionnaires sont instrumentalisés par les acteurs de la guerre des gangs actuelle au sein de l’oligarchie militaro-financière dans le cadre d’un rééquilibrage des forces en son sein, comme cela s’est vu par le passé, à chaque crise qu’elle traverse.

Et cette fausse « crise institutionnelle » démontre encore une fois que nous avons affaire à un régime sans foi ni loi qui a fait de notre Algérie une « ferme privée » qu’il gère au détriment de l’intérêt National.

Derrière cette vitrine de pompeuses « institutions » vides et de vie boulitique factice, se cache une patrie qui se meurt.  L’injustice, l’oppression, la manipulation de la violence, la corruption institutionnalisée et le pillage des ressources nationales sont devenus le lot quotidien des Algériens, allant en s’aggravant, faisant de nous, un peuple en détresse, une société en perdition, une nation en péril.

N’est-il pas temps aux élites intellectuelles et politiques, sincères et probes de prendre leurs responsabilités historiques, à redonner l’espoir à notre Peuple et à œuvrer à la construction de notre Etat de Droit, de façon à ce que tous les Algériens se sentent réellement des citoyens à part entière, dans leur propre pays, que le pouvoir soit de nouveau l’émanation du peuple, dans un climat social de libre adhésion à la volonté populaire et de réelle égalité devant la loi ?                                                                                                                                                                                                                                                         Salah-Eddine SIDHOUM                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        http://lequotidienalgerie.org/2018/10/17/institutions-factices-et-triste-realite/                                                                                                  

LE BANDITISME BOULITIQUE AU SERVICE DU RÉGIME ILLÉGITIME.


Des dobermans du FLN aux chaînes de fer de l’APN : chronique d’une violence politique ordinaire

Mardi 16 octobre, des députés de l’APN, issus des partis majoritaires, observent un sit-in devant l’entrée principale du siège de l’institution qu’ils ont pris le soin de cadenasser à l’aide de grosses chaînes de fer. Objectif assumé : empêcher le président contesté, Saïd Bouhadja, d’accéder à son bureau pour pouvoir ensuite prononcer la vacance du poste.

À court d’arguments légaux, les contestataires n’ont donc que le coup de force comme alternative, un procédé auquel on a eu recours à chaque fois que le système a souhaité se débarrasser d’un responsable qui s’accroche un peu trop à son poste car ayant la légalité de son côté. Le procédé est éculé : un mouvement de redressement, des actes de violence si nécessaire et une action en justice qui finit toujours par légaliser le fait accompli.

Le système avait eu affaire à un tel os au milieu des années 1990 lorsque le secrétaire général du FLN, Abdelhamid Mehri, avait arrimé le parti à un projet politique aux antipodes de celui du pouvoir du moment. Mais on était à une époque où on se souciait encore des formes et l’affaire est réglée en douce grâce à un « coup d’État scientifique » peaufiné et exécuté par Boualem Benhamouda. Mais la force physique dans le règlement des litiges politiques ne tardera pas à être banalisée.

En 2003, Ali Benflis, alors chef du gouvernement et secrétaire général du FLN, est soupçonné de viser plus haut. Il comptait se présenter à l’élection présidentielle de 2004 contre la président Bouteflika. Son éjection du gouvernement était une simple formalité, mais pour le priver de la terrible machine électorale du FLN, c’était un peu plus compliqué. D’autant plus compliqué que Benflis avait le soutien de tous les opportunistes du parti qui croyaient que l’homme avait réellement le soutien de l’institution militaire. La preuve, le VIIIe congrès tenu en mars l’avait plébiscité.

Après avoir tenté en vain de rallier les députés de l’APN restés fidèles à Benflis, le clan présidentiel avait opté pour la manière forte. La mission est confiée à Abdelkader Hadjar. Alors ambassadeur d’Algérie en Iran, Hadjar est rappelé en « congé spécial » à Alger pour chapeauter l’opération ultime : l’assaut contre les mouhafadha du parti dans plusieurs wilayas. Les images des chiens dobermans utilisés par les assaillants resteront gravées dans les mémoires. La suite est plus simple : une décision de justice, rendue la nuit, invalidera les résultats du dernier congrès et Benflis sera contraint de se présenter à l’élection sans la couverture du FLN avec le fiasco que l’on sait.

En 2013, soit à l’approche d’une autre élection présidentielle, la même méthode ou presque sera utilisée pour avoir raison de la ténacité d’un autre chef du FLN, Abdelaziz Belkhadem. Les partisans de ce dernier avaient été empêchés à coup de ceinture par les hommes de main des « redresseurs » d’accéder à l’hôtel Aurassi où devait se tenir une réunion décisive du comité central. Résultat, Belkhadem est destitué et Amar Saâdani plébiscité. Saisi, le Conseil d’État, la plus haute instance administrative, donnera gain de cause aux soutiens de Belkhadem mais verra sa décision annulée par un tribunal de première instance, celui de Bir Mourad Raïs. Abdelaziz Belkhadem, auquel des ambitions « interdites » avaient été prêtées à tort ou à raison, se pliera devant le fait accompli et ne contestera même pas l’oracle présidentiel qui met fin à toutes ses activités au sein de l’État et du parti.

Les coups de force et les mouvements de « redressement » ne sont pas une marque de fabrique du FLN. De nombreux partis politiques en ont connu, parfois avec des actes plus violents et des images plus désolantes.

Au fil des années, le phénomène s’est banalisé pour toucher les associations, les clubs sportifs… Mais nul doute que personne n’imaginait qu’il atteindrait un jour une institution de l’État du rang de l’APN et que des députés puissent avoir recours à la force physique, devant les caméras de télévision, pour empêcher leur président d’accéder à son bureau. Nul doute aussi que, encore une fois, tout le monde finira par se plier au fait accompli, la méthode ayant bien fait ses preuves.

Dr. Anthony DiMaggio : «Il y a un besoin très fort d’un mouvement anti-impérialiste.»


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Dr. Anthony DiMaggio. DR.                                                                                                                     

Mohsen Abdelmoumen : Dans votre livre When Media Goes to War: Hegemonic Discourse, Public Opinion, and the Limits of Dissent, vous faites un constat très pertinent sur le rôle des medias qui se transforment en outil impérialiste de propagande. D’après vous, l’empire a-t-il besoin de médias qui informent ou a-t-il juste besoin de médias qui diffusent sa propagande ?

Dr. Anthony DiMaggio : Le but d’un système de propagande efficace est à la fois d’informer et d’endormir le public.Les gens devraient croire qu’ils apprennent des choses sur le monde pour que ce système prospère. Mais un tel apprentissage se produit d’une manière très tronquée et étroite, dans laquelle les points de vue des peuples à travers le monde sont minimisés ou ignorés, et les voix officielles du gouvernement américain sont mis en évidence et célébrés en tant qu’informateurs «légitimes» et conducteurs de la politique étrangère. Ce point remonte au marxiste italien Antonio Gramsci qui a écrit sur les systèmes de contrôle hégémoniques, via les efforts des élites politiques et commerciales pour endoctriner le grand public. Un système hégémonique sert des intérêts politiques dominants et surtout des intérêts économiques, donc, si ce système fait bien son travail, les individus vont croire qu’ils ne font qu’apprendre les affaires du monde, plutôt que d’être manipulés par de la désinformation politique.

Bien entendu, en limitant les rapports aux vues officielles, ces organes de presse pratiquent également la propagande en amplifiant artificiellement les vues officielles sur celles des critiques et des citoyens. Cette propagande est filtrée par des sociétés privées à but lucratif plutôt que contrôlée directement par le gouvernement lui-même, ce qui rend l’identification plus difficile pour de nombreuses personnes. L’impérialisme, comme vous le mentionnez, est une chose très réelle, car les États-Unis utilisent le pouvoir militaire pour s’imposer à un public mondial généralement réticent. Mais l’état de la propagande politico-médiatique américaine est consacré à la normalisation de l’impérialisme en dépeignant la nation comme étant engagée dans la promotion de la liberté, des droits de l’homme, de la démocratie et de la prospérité à l’étranger. Dans un état de propagande qui fonctionne sans heurts, les gens acceptent ces revendications par réflexe. Un exemple récent est la célébration généralisée dans les médias, et parmi d’innombrables américains, de John McCain le «héros de guerre», malgré la réalité de la guerre du Vietnam qui était une intervention illégale vendue par la tromperie et les mensonges et qui a entraîné la mort de millions de civils vietnamiens. Ces points de vue fondamentaux sont enfouis dans le discours politique américain qui célèbre la politique étrangère des États-Unis comme étant humaine et altruiste, tandis que les points critiques sont ignorés car ils ne flattent pas la bureaucratie américaine.

J’ai eu l’honneur d’interviewer Edward S. Herman et Noam Chomsky et leur livre « Manufacturing Consent » (La fabrication du consentement) reste une œuvre visionnaire qui explique la manipulation de masse. Quel est votre avis à ce sujet ?

Le livre d’Herman et Chomsky était et demeure un ouvrage majeur dans les études de propagande. La principale force du livre réside dans le fait qu’il documente sur la discipline extraordinaire de la propagande des médias américains en matière de défense de la politique étrangère US en Europe, en Amérique latine et en Asie, tout en omettant les critiques fondamentales. Ils ont démontré la discipline impressionnante qu’exercent les journalistes quand il s’agit d’ignorer et d’omettre de sérieuses contestations aux responsables américains. Mais les principales limites du livre sont qu’il n’analyse pas la couverture médiatique de la politique intérieure et ne cherche pas à évaluer l’efficacité des campagnes de propagande des responsables et des médias en termes de fabrication du consentement public. Malheureusement, en signe du mauvais état de la communauté intellectuelle américaine, leurs affirmations sur l’état de propagande ont été largement ignorées d’un point de vue empirique pendant des décennies. J’ai passé la plus grande partie de ma carrière universitaire jusqu’à présent à chercher à étendre leur recherche, à mesurer comment les messages politiques et la propagande sont effectivement reçus par le public consommateur d’informations. La preuve de l’efficacité de la propagande américaine est mitigée. Je trouve que les fonctionnaires réussissent beaucoup mieux à vendre leurs politiques en matière de politique étrangère, ce qui est logique si l’on considère que l’Amérique est extrêmement bornée et autonome sur le plan culturel et un grand nombre d’Américains connaissent peu ou pas du tout le monde. Il est beaucoup plus facile de manipuler des personnes qui connaissent peu ou pas le sujet. D’un autre côté, les responsables se battent beaucoup plus souvent pour vendre leurs propositions politiques sur des questions politiques nationales, en particulier lorsque les sondages d’opinion précédents sont contraires à ce que les fonctionnaires tentent d’accomplir, et concernant les questions politiques dont le public est déjà plus familier. C’est pourquoi, par exemple, les efforts pour vendre la privatisation de Medicare, Medicaid et Social Security échouent, et pourquoi les élites politiques luttent si souvent pour réduire ou éliminer l’État providence américain. Une fois que les Américains ont acquis une expérience avantageuse des programmes gouvernementaux, il est très difficile, voire impossible, de les convaincre que l’élimination de ces programmes aiderait ceux qui comptent sur ces avantages. Nous avons vu cela récemment avec l’opposition grandissante du public à l’abrogation de l’«Obamacare», malgré ses défauts, considérant que son expansion de Medicaid a beaucoup aidé les Américains nécessiteux à obtenir des soins de santé.

Enfin, Herman et Chomsky doivent être inscrits dans la mémoire pour avoir commencé un projet empirique pour étudier scientifiquement le fonctionnement de la propagande dans les sociétés occidentales «libres» et «démocratiques». Mais des décennies plus tard, le programme de recherche débute à peine. L’étude de la propagande occidentale en est encore à ses débuts, malheureusement, parce que le sujet est largement considéré comme un tabou parmi la grande majorité des intellectuels américains qui : 1) préfèrent les récits manigancés par les élites politiques, et 2) craignent d’offenser ceux qui détiennent le pouvoir politique en mettant l’accent sur ce sujet.

Vous avez écrit “Mass Media, Mass Propaganda: Understanding the News in the ‘War on Terror‘”. Peut-on dire que les medias américains ont cette spécificité d’être exclusivement au service de l’impérialisme US ?

Il est parfois possible pour les médias américains de contester l’impérialisme et la propagande, même par inadvertance. Un bon exemple est la guerre en Irak, et plus particulièrement la diffusion tardive par les médias des mensonges de l’administration Bush au sujet des armes de destruction massive et la couverture régulière par les journalistes de la violence en Irak à la fin des années 2000, les deux contredisant de manière flagrante la rhétorique absurde de l’administration Bush. L’administration a insisté sur le fait que l’Irak constituait une menace pour la sécurité nationale et que la situation en Irak s’améliorait quotidiennement tout au long de l’occupation, malgré la guerre civile de plus en plus violente qui a entraîné la mort de plus d’un million de personnes. Compte tenu notamment du nombre important de morts militaires américaines, il aurait été impossible pour les journalistes américains de conserver un minimum de crédibilité auprès des auditoires sans faire état de la réalité de la guerre civile en Iraq. Les journalistes excellent en général à amplifier les voix officielles et à ne pas contester les discours du gouvernement, mais certains mensonges sont tout simplement trop gros pour qu’on puisse les avaler. Le mythe du «progrès» en Irak dans les années 2000 en était un. Il en était de même de l’affirmation selon laquelle l’Irak constituait une menace pour la sécurité nationale – au moins dans la période qui a suivi l’invasion des États-Unis et à la suite de l’échec total de la découverte des prétendues armes de destruction massive. Les Américains sont devenus de plus en plus sceptiques face à la guerre, la plupart la considérant comme indéfendable et immorale à la fin des années 2000, en grande partie à cause des mensonges du gouvernement concernant les ADM et en réponse à l’escalade de la violence. Mes recherches récentes montrent comment l’attention portée aux nouvelles sur l’Irak et les ADM suite à l’invasion et l’attention portée à la violence en Irak ont produit une opposition graduelle et croissante à la guerre entre le milieu et la fin des années 2000.

Il est donc possible de parler de médias contestant les récits officiels. En règle générale, les journalistes semblent plus libres de contester la rhétorique officielle plus ils se concentrent sur les événements qui se produisent dans le monde, en particulier, ceux qui se sont déroulés loin du centre de pouvoir de Washington, DC. L’Irak, au milieu des années qui ont suivi la guerre et non les premières années, en a été un bon exemple. En reconnaissant les tromperies évidentes de l’administration Bush en Irak, les journalistes ont sapé l’effort de guerre, non pas parce qu’ils étaient idéologiquement attachés à un programme anti-guerre, mais parce qu’un niveau minimum de compétence en matière de reportage les obligeait à démystifier ce qui était devenu des tromperies évidentes, des mensonges proférés par l’administration Bush. Rien de tout cela ne signifie que nous pouvons régulièrement compter sur les médias américains pour contester la propagande officielle. Mais il y a parfois des exceptions à la règle.

Les médias restent muets face au massacre du peuple yéménite par l’Arabie saoudite, alliée des USA et d’Israël. Cette guerre ne reflète-t-elle pas le vrai visage des médias d’aujourd’hui, qui servent le plus puissant contre l’opprimé ?

Le Yémen est un allié politique, tout comme l’Arabie saoudite, cette dernière étant responsable de violations majeures des droits de l’homme au Yémen via ses frappes aériennes contre des civils et son interruption de l’aide humanitaire. Herman et Chomsky ont popularisé la notion de «victimes dignes» et «indignes» dans La fabrication du consentement, dans laquelle ils ont fait remarquer que les pertes civiles provoquées par des ennemis de l’État reçoivent une attention sans fin en raison de leur valeur de propagande à la politique des élites. En revanche, les pertes en vies humaines dans les pays alliés ou les violations commises par des alliés sont largement sous-estimées, car elles risquent de compromettre l’image des États-Unis et de leurs alliés en faveur des droits humains mondiaux. J’ai documenté la tendance des victimes dignes/indignes dans de nombreux ouvrages. Plus récemment, j’ai constaté que les victimes civiles en Syrie – officiellement désigné État «ennemi» – ont été régulièrement soulignées dans les médias américains. En comparaison, les décès dans les pays alliés et en cours de guerre et/ou de rébellion tels que le Bahreïn et le Yémen ont reçu très peu d’attention. Expliquer la couverture médiatique américaine est vraiment simple : il faut examiner à quelle fréquence les présidents américains discutent de chaque pays en question, ce qui est le principal facteur qui détermine si les journalistes américains couvrent ou non un conflit et les victimes associées. C’est encore une preuve d’un état de propagande politico-médiatique au travail.

Vous avez écrit “The Politics of Persuasion: Economic Policy and Media Bias in the Modern Era. Peut-on encore parler de liberté d’expression et du devoir d’informer quand on voit que des journalistes servent les intérêts de la classe dominante au lieu d’informer le peuple ?

Les journalistes ont toujours le devoir d’informer, même si le système des médias américains rend cette tâche difficile. Je pense que nous devrions reconnaître les limites institutionnelles des médias d’entreprise, qui s’intéressent principalement à la vente de produits de consommation de masse. Le recours aux voix officielles s’inscrit dans cet agenda commercial, dans la mesure où les journalistes régularisent leur accès aux sources d’information en s’appuyant sur Capitol Hill et la Maison-Blanche pour leurs informations, s’assurant ainsi d’un flux régulier de lecteurs, de téléspectateurs et d’auditeurs, et garantissant qu’ils sont en mesure de bénéficier d’un flux régulier de revenus publicitaires. Ce modèle a atteint son ultime absurdité sous l’administration Trump, lorsque le président de CBS, Les Moonves, a reconnu de façon tristement célèbre : «Ce n’est peut-être pas bon pour l’Amérique, mais c’est sacrément bon pour CBS.» Il faisait référence à l’audience croissante de la chaîne, compte tenu de la couverture des commentaires incendiaires et théâtraux de Trump, ce qui a considérablement accru la rentabilité du média au cours de la campagne présidentielle de 2016. Je pense que la voie à suivre avec la réforme des médias est de commencer à discuter de la manière de dépasser les médias d’entreprise et d’avoir une version des nouvelles à but non lucratif financées par des fonds publics – une version officiellement protégée de la censure gouvernementale. La voie à suivre n’a pas encore été définie, de sorte que la discussion sur la manière d’y parvenir est extrêmement importante. Lorsque nous commencerons à envisager des solutions de rechange au système actuel de médias de propagande à but lucratif, il sera plus facile de débattre sérieusement du devoir d’informer et de la liberté d’expression des voix dissidentes actuellement sur la liste noire des médias de masse.

Les États-Unis et leurs alliés ont déclaré des guerres et détruit de nombreux pays comme l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, etc. sous l’alibi fallacieux d’exporter la « démocratie », le « new way of civilization », « l’American way of life », le « monde libre », etc. Ne pensez-vous pas que toutes ces guerres sont juste des guerres impérialistes contre des peuples et des États visant à démanteler des pays pour pouvoir piller leurs richesses ? Ces guerres auraient-elles pu avoir lieu sans la complicité des médias au service de l’empire ?

Eh bien, il existe un long registre officiel de documents gouvernementaux et de discussions au Département d’État, au Bureau ovale, au Conseil de sécurité nationale et à d’autres organismes gouvernementaux, qui admet que les États-Unis s’intéressent principalement à la projection de la puissance militaire et économique dans le monde entier. D’importance primordiale, cette foule de documents – au cours des 70 dernières années – admet la domination du pétrole du Moyen-Orient, considéré comme le moteur du capitalisme américain. Quiconque qui a étudié l’histoire de la planification de la politique étrangère américaine ne doute ou nie ces points fondamentaux. Mais on voit aussi que les dirigeants américains sont extraordinairement bien placés pour mentir sur leurs motivations. Il arrive souvent que des documents classifiés des États-Unis sur la planification des politiques traitent des motivations impérialistes et de la realpolitik, ainsi que de hautes revendications sur les droits de la personne et de la démocratie. Cette contradiction devrait être absurde à première vue. Il ne peut pas y avoir d’impérialisme humanitaire, pas en ce qui concerne les effets tragiques des guerres que les États-Unis mènent à travers le monde, et en ce qui concerne les alliés répressifs que les États-Unis soutiennent et tous les dégâts qu’ils font à leurs propres peuples. Mais les humains ont une capacité remarquable à rationaliser les atrocités et les crimes les plus horribles, et les dirigeants américains ne sont pas différents à cet égard. Personne ne veut aller dormir la nuit en pensant qu’il est une mauvaise personne, alors ils se racontent des mensonges pour cacher leurs motivations égoïstes et leurs actions nuisibles. Mais les mensonges des responsables américains sont beaucoup plus préjudiciables que ceux d’une personne moyenne, car ils bénéficient de la puissance de la machine de guerre militaire américaine et de la responsabilité minimale en termes de punition pour leurs transgressions.

Dans votre livre “Selling War, Selling Hope: Presidential Rhetoric, the News Media, and U.S. Foreign Policy since 9/11”, vous avez abordé entre autres le printemps arabe. Les medias ne sont il pas aussi coupables que les régimes criminels qu’ils servent et n’ont-ils pas perdu toute crédibilité et honneur ?

Les États-Unis ont été complices d’actes répressifs et criminels dans les temps modernesIls utilisent la violence en toute impunité contre divers gouvernements au Moyen-Orient. Les exemples comprennent leurs frappes illégales de drones, leurs frappes aériennes illégales en Syrie et leur soutien aux attaques contre des civils par des gouvernements répressifs dans toute la région et ailleurs. Lors du «printemps arabe», les États-Unis ont contribué à la déstabilisation de la société syrienne, favorisant un déplacement interne massif et une crise des réfugiés. Ils appuient l’occupation illégale et violente des territoires palestiniens occupés par Israël, ainsi que la violence de l’Arabie saoudite au Yémen. La liste est encore très longue. Je ne pense pas que beaucoup au Moyen-Orient croient que les États-Unis étaient sérieusement engagés pour la «démocratie» lors du «printemps arabe», contrairement aux revendications d’Obama dans des pays comme l’Égypte, après la révolution qui a renversé Hosni Moubarak. Notons que l’administration Obama a continué d’apporter un soutien économique et militaire au régime au plus fort des manifestations et de la révolution de début 2011, et a insisté sur le fait que même si Moubarak ne pouvait pas rester au pouvoir, quelqu’un dans son régime dictatorial devrait prendre les rênes. Ce n’est qu’après que son renversement fut inévitable que les États-Unis commencèrent à célébrer leur «engagement» en faveur de la transition démocratique en Égypte, un signe révélateur du peu de valeur qu’ils avaient pour la démocratie.

Des mots comme «honneur» sont très répandus dans le discours politique américain, mais il y a peu d’honneur dans l’impérialisme. Les États-Unis ont certes beaucoup de «crédibilité» dans le monde, si ce terme est défini par la reconnaissance du danger que la nation fait peser sur la stabilité et l’ordre mondiaux. Mais si par «crédibilité» vous voulez dire que les gens prennent au sérieux la noble rhétorique du pays, je ne pense pas que ce soit le cas. Une grande partie du monde s’est laissé prendre par la rhétorique démocratique et idéaliste de l’administration Obama, les enquêtes mondiales ayant montré que des majorités dans la plupart des régions du monde, à l’exception du Moyen-Orient, contenaient des images positives des États-Unis sous Obama. La bonne volonté limitée d’Obama s’est rapidement dissipée sous Trump. Bien que les politiques de Trump s’inscrivent largement dans le prolongement de l’embargo impérialiste d’Obama, sa rhétorique est beaucoup plus belliqueuse et belliciste que celle d’Obama et, par conséquent, il a rapidement éloigné les États-Unis de la communauté internationale.

Ne pensez-vous pas que les États-Unis sont un pays fasciste ?

Les États-Unis se transforment progressivement en une nation fasciste, bien qu’ils conservent encore diverses protections et libertés démocratiques. Par exemple, je suis confiant que lorsque j’enseigne mon cours «Propagande, médias et politique américaine» et que je parle de la manipulation et de la désinformation du gouvernement à mes étudiants, je ne serai pas arrêté le lendemain par le FBI, torturé, et disparu. Et nous devrions reconnaître cette distinction par rapport aux dictatures à part entière gouvernées par des dirigeants autoritaires. Peut-être qu’une partie de mon privilège d’intellectuel et d’érudit est que je suis un homme blanc en Amérique, ce qui est un avantage significatif, contrairement à la répression habituelle et quotidienne des personnes de couleur qui souffrent des forces de police locales de plus en plus militarisées et violentes. Mais nous ne devrions pas toujours prendre pour acquis certaines des libertés américaines dans la mesure où elles existent. Les journalistes bénéficient toujours officiellement de la liberté de la presse en vertu du premier amendement, et l’ont exercé – dans une certaine mesure – dans leurs critiques régulières de Trump même si les médias ont également créé le phénomène Trump pour commencer. Ils n’ont pas encore été fermés, contrairement à la rhétorique de Trump, ce qui, selon moi, serait une bonne chose. Comme beaucoup d’Américains, je suis de plus en plus préoccupé par les efforts de ce président pour normaliser les forces fascistes d’extrême droite et suprématistes/nazies blanches, à l’ère post-Charlottesville. Mes propres recherches suggèrent que peut-être un cinquième de la population est sensible aux objectifs des nationalistes et suprématistes blancs, ce qui est inquiétant. Les États-Unis ont toujours conservé des éléments du fascisme dans leur politique, mais ces éléments, comme on le voit dans la vénération sectaire pour Trump, sa diabolisation des médias et de ses autres ennemis politiques et le soutien public important parmi les bases de Trump pour des activités politiques répressives telles que la fermeture des médias et le «report» des élections de 2020, devrait inquiéter quiconque croit en la primauté du droit et à un gouvernement limité.

Comment expliquez-vous la nécessité pour les États-Unis d’avoir un ennemi extérieur comme ce fut le cas jadis avec l’Union soviétique jusqu’à l’Iran aujourd’hui, en passant par le Vietnam, la Corée, Cuba, le Venezuela, etc. ?

Les nations impériales ont toujours besoin de construire des ennemis, malgré l’absurdité de l’effort. Étiqueter des pays entiers comme la Syrie comme un État «ennemi», et punir des millions de personnes par des bombardements aériens et la déstabilisation, est une forme de punition collective. De même que permettre aux pays alliés tels que l’Arabie saoudite de mettre sous embargo des «alliés» comme le Yémen, provoquant une crise des droits de l’homme. Je pense que tant que le monde aura le nationalisme, nous verrons toujours la construction d’ennemis par des leaders politiques opportunistes. Mais dans une nation impérialiste, le besoin d’ennemis est constant, car ils sont essentiels pour attiser la peur et l’hystérie nationale en justifiant le recours à la force et pour défendre le projet impérial en général.

À votre avis, en voulant une guerre contre l’Iran et son alliée la Russie, et la Corée du Nord, Donald Trump et les faucons qui l’entourent ne sont-ils pas en train de jouer avec la stabilité du monde ?

L’administration Trump s’est avérée extrêmement versatile, ce qui suggère très certainement une menace pour le monde entier. L’administration menace de «rayer la Corée du Nord de la carte» afin de faire pression sur elle dans une réunion, qui n’était guère plus qu’une victoire de relations publiques de l’administration Trump, et qui a produit peu de substance tangible. Nous aurions pu le faire sans les menaces de guerre nucléaire et de destruction mutuellement assurée, pour dire le moins, et sauter directement aux négociations. La théâtralité de l’administration Trump a rendu cela impossible. Cette administration a également intensifié radicalement sa rhétorique de confrontation avec la Chine, en particulier dans les premiers mois de l’administration lorsque Steve Bannon a promis une éventuelle guerre nucléaire, et plus récemment avec la tentative de Trump de provoquer une guerre commerciale. D’une part, c’est un signe positif que l’administration Trump – quelles que soient les raisons du Président – ait fait un pas en arrière devant la guerre nucléaire avec la Russie. Mais cela ne fait pas beaucoup de bien à la nation s’il intensifie la rhétorique de confrontation avec d’autres pays, comme il l’a fait. La nomination de John Bolton au poste de conseiller à la sécurité nationale ne me pousse pas non plus à la confiance, compte tenu de son bilan de guerre et de son comportement criminel en Irak pendant les années Bush. En fin de compte, il semble que cette administration, ce soit du pareil au même en matière de politique étrangère belliqueuse, bien que certains, à gauche, ont prétendu que Trump allait alimenter la politique anti-guerre et défier «l’État profond» et l’empire américain.

Face à l’offensive ultralibérale et aux guerres impérialistes qui ravagent le monde, ne pensez-vous pas qu’il y a une nécessité d’avoir un mouvement de résistance efficace qui fait abstraction des divergences tactiques et qui s’inscrit plutôt dans une démarche stratégique ?

Il y a un besoin très fort d’un mouvement anti-impérialiste. Dans la mesure où nous en avons eu un, il est rapidement mort au milieu des années 2000, quelques années après la guerre en Irak. En tant que partisan enthousiaste et membre de ce mouvement, son déclin rapide a été un moment déprimant pour moi. En prenant une vue d’ensemble, cependant, je suis heureux des succès des mouvements anti-guerre du Vietnam et anti-guerre d’Irak, car ils ont rendu tabou l’introduction d’un grand nombre de troupes au sol dans de nouveaux conflits, au moins après l’Irak. Mais les dirigeants américains ont fait preuve de beaucoup plus de discernement dans leur utilisation du militarisme ces dernières années, en s’appuyant davantage sur un nombre limité de forces spéciales, et particulièrement sur les frappes de drones. Le militarisme américain est encore incroyablement meurtrier, mais il est loin d’être aussi destructeur que dans les décennies précédentes. Chomsky fait valoir ce point lorsqu’il oppose les guerres en Irak et au Vietnam. La guerre du Vietnam a impliqué plus d’un million de troupes sur le terrain et des dizaines de milliers de victimes militaires (environ 58.000), et des millions de civils vietnamiens tués, associé à l’utilisation criminelle de la violence aveugle sous la forme de tapis de bombes, du napalm, de l’agent orange, etc. La guerre en Irak, criminelle et horrible, a impliqué environ 5 000 Américains tués et peut-être un million de morts irakiens en raison de la guerre civile et en grande partie de la violence et des frappes aériennes américaines. Aussi mauvais soit-il, ce n’était pas aussi grave que la destruction au Vietnam, et la criminalité en Irak était, relativement parlant, plus limitée par rapport au Vietnam en grande partie en raison de l’engagement militaire «léger» des États-Unis. Cet engagement limité était un signe direct aux tendances anti-guerre du grand public, même après les attentats du 11 septembre 2001, signifiant que les élites politiques et les intellectuels appellent largement le «syndrome du Vietnam» – opposition à de fortes concentrations des forces terrestres sur de longues périodes, entraînant un grand nombre de victimes et de destructions massives. Cette culture anti-guerre persistante ne peut se substituer à un véritable mouvement anti-guerre, loin de là. Mais cela vaut mieux que rien, et c’est certainement préférable à la culture de guerre belliqueuse qui a dominé les États-Unis pendant les premières années de la guerre du Vietnam, alors que peu d’Américains se sont interrogés sur la montée en puissance de l’Asie du Sud-Est.

À propos de la Palestine, on remarque, comme avec le Yémen, que les médias au service de l’impérialisme n’évoquent le massacre de ces peuples qu’en termes de statistiques et non pas comme une tragédie humaine. Dans ce conflit, les médias n’ont-ils pas encore choisi le camp de l’oppresseur plutôt que celui de l’opprimé ?

Il est assez bien documenté que les médias américains idéalisent la perspective israélienne par rapport à celle du peuple palestinien. J’avais l’habitude d’enseigner la politique du Moyen-Orient dans une autre vie, il y a plus de dix ans, et Israël a toujours été une plaie pour beaucoup de mes étudiants plus conservateurs, qui considéraient malheureusement toute critique du pays comme de l’antisémitisme. Mes expériences ne sont guère uniques. Il y a une longue histoire dans la culture politique des intellectuels américains qui ferme tout débat critique sur la politique étrangère israélienne, prétendant que critiquer Israël est antisémite. Et les médias jouent un rôle majeur dans cette culture politique réactionnaire. J’ai écrit à ce sujet il y a une dizaine d’années. Par exemple, voir mon analyse de la couverture médiatique du conflit israélo-palestinien ici et ici. La preuve statistique du privilège des vies israéliennes – «victimes méritantes» – sur celles des Palestiniens – «victimes indignes» – dans le conflit israélo-palestinien est également bien connue. Les États-Unis ont longtemps célébré une «relation spéciale» avec Israël, que j’ai documentée en détail ici, et qui remonte à la guerre des Six jours de 1967, durant laquelle des responsables américains ont pris conscience de la valeur stratégique et militaire d’Israël au sein du Moyen-Orient après avoir mené une série d’attaques militaires coordonnées contre ses voisins, dont l’Égypte, la Jordanie, la Syrie, et la Palestine. L’ancien président Nixon a qualifié Israël comme l’un de ses «flics locaux sur le terrain», et nous pouvons voir à quel point Israël était/est précieux pour les États-Unis. Cette valeur stratégique a été réitérée par les présidents suivants dans leurs documents et déclarations de planification. C’est dans ce contexte que les États-Unis ont cherché à normaliser les relations avec Israël, en plus de minimiser le colonialisme des colons dans les territoires occupés. Israël est largement connu dans le monde entier, sauf aux États-Unis, pour être le dernier pouvoir colonial. Le «lobby israélien» aux États-Unis a également joué un rôle important en consolidant la «relation spéciale» entre les deux pays, en diabolisant les universitaires, les intellectuels, les activistes et tous ceux qui critiquent Israël.

Interview réalisée par Mohsen Abdelmoumen

 

Qui est le Dr. Anthony DiMaggio ?

Anthony DiMaggio est professeur adjoint de sciences politiques à l’université Lehigh. Il a obtenu son doctorat à l’Université de l’Illinois à Chicago. Il a écrit pour de nombreux médias progressistes tels que CounterpunchTruthoutZ NetZ MagazineAlternetCommon Dreams, et Salon. Il est l’auteur de six livres, dont le plus récent est  Selling War, Selling Hope (SUNY Press, 2015) et The Politics of Persuasion (SUNY Press, 2017).

Published in American Herald Tribune in October 16, 2018:  https://ahtribune.com/interview/2553-anthony-dimaggio.html